Vlan!

Gregory Pouy

Un podcast pour comprendre ce qui est en train de se transformer avant que cela ne devienne évident et pour vous redonner envie du futur sans optimisme naif ni cynisme mais avec lucidité.Tendance humaniste. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  1. [Solo] On a confondu  confort et progrès. C'est une erreur qui coûte cher.

    -19 H

    [Solo] On a confondu confort et progrès. C'est une erreur qui coûte cher.

    Cet épisode solo est un développément de ma newsletter à laquelle vous pouvez vous abonner ici! Depuis vingt ans, la Silicon Valley nous vend la même promesse : une vie fluide, sans résistance, où tout est à portée de clic. Et on a dit oui. Collectivement, sans jamais vraiment en discuter. Le café en dosette plutôt que le café moulu. La playlist algorithmique plutôt que les morceaux glanés un à un. La livraison en deux heures plutôt que la sortie en ville. Individuellement, chaque choix semblait raisonnable. Dans cet épisode, j'explore ce que cette idéologie du "frictionless" nous a réellement coûté, au-delà de l'addiction aux écrans et de la perte d'emplois : une vie qui glisse sans s'accrocher nulle part, une capacité à raisonner qui s'atrophie, un monde commun qui disparaît, et une génération entière structurellement fragile face aux vraies tempêtes. J'interroge les travaux de Matthew Crawford sur la résistance productive, de Tim Wu sur la commodité comme idéologie dominante, d'Hannah Arendt sur le monde commun, de Jonathan Haidt sur la santé mentale des adolescents depuis l'arrivée des smartphones, de Pablo Servigne sur le "réseau des tempêtes" comme seule vraie résilience, et d'Hartmut Rosa sur la résonance. Je m'appuie aussi sur Viktor Frankl, Harry Frankfurt, Sherry Turkle et Cal Newport. Ce n'est pas un texte technophobe. Je commande sur Amazon, je prends des Uber, j'utilise Claude Cowork tous les jours. Mais je me demande, honnêtement, ce qu'on a accepté de sacrifier sans jamais en discuter collectivement. Et si le vrai futur, ce n'était pas un futur sans friction, mais un futur dans lequel on utilise les outils pour monter le niveau d'exigence, pas pour le faire descendre. CITATIONS MARQUANTES1. "La commodité, dans sa version la plus avancée, ne supprime pas juste la contrainte. Elle supprime aussi l'expérience." 2. "Une vie dans laquelle il n'y a aucune friction est une vie dans laquelle nous mourons dans le même état que celui dans lequel nous sommes nés. Il ne s'est strictement rien passé." (Michael Dandrieux) 3. "On a remplacé le raisonnement par l'accumulation de contenus et de données. Et ces deux choses ne sont pas du tout équivalentes." 4. "Des livrables plus beaux, des décisions moins bonnes." (dirigeant d'un cabinet de conseil en stratégie) 5. "La démocratie est un effort. Pas seulement un effort de l'intelligence rationnelle. Un effort de confiance aussi. D'aimer son prochain qu'on ne connaît pas." (Edward Snowden, via Flore Vasseur) IDÉES CENTRALES1. La friction n'est pas un bug, c'est ce qui nous constitue Timestamp estimé : 06:30 – 14:30 Matthew Crawford le formule mieux que quiconque : l'engagement avec la résistance du monde réel est précisément ce qui nous constitue comme humains. Quand vous apprenez un instrument, la difficulté des cordes, les fausses notes, la coordination des doigts, c'est ce qui crée la compétence. Et avec la compétence : la fierté, la dignité, le sens. Une application qui jouerait à votre place vous donnerait le son mais pas la musique. Le résultat sans le chemin. Et sans ce chemin, vous avez perdu l'essentiel. La Silicon Valley a fondé son modèle entier sur l'idée inverse : le chemin est le problème, le résultat est tout ce qui compte. C'est une erreur anthropologique majeure. Pourquoi c'est important : Cette inversion du rapport à la difficulté n'est pas anodine. Elle redéfinit ce qu'on entend par compétence, par satisfaction, par vie accomplie. 2. Le monde commun est en train d'être démantelé, et c'est une catastrophe démocratique Timestamp estimé : 17:30 – 26:00 Hannah Arendt avait conceptualisé le "monde commun" comme l'espace partagé où se construit la politique, l'humanité, la rencontre avec l'Autre. Ce que la Silicon Valley a systématiquement attaqué, pas par malveillance mais par logique économique, c'est exactement cet espace : chaque moment dans le monde commun est un moment non monétisé. Résultat : des "fantômes collectifs" qui occupent le même espace physique mais vivent dans des réalités informationnelles complètement différentes. Et une démocratie qui continue à s'animer mais qui a perdu sa fonction : elle produit du bruit, pas de la délibération. Pourquoi c'est important : La montée des autocraties, le repli tribal, l'incapacité à cohabiter avec la différence : ce n'est pas qu'un problème politique. C'est un problème d'espace. On a supprimé les lieux où on apprenait à vivre avec ceux qui ne pensaient pas comme nous. 3. Déléguer la pensée, c'est perdre la capacité d'apprendre de ses erreurs Timestamp estimé : 26:00 – 37:30 Les grands modèles de langage prédisent sans comprendre pourquoi. Ils corrèlent sans expliquer. Et quand on utilise un outil qui prédit sans expliquer, on obtient des réponses dont on ne peut pas évaluer la validité si on n'a pas cheminé sur le sujet. L'effet de contentement fait le reste : le résultat a l'air assez bon pour qu'on ne dépense pas l'énergie cognitive à voir si on serait arrivé à autre chose par soi-même. Des livrables plus beaux, des décisions moins bonnes. Pourquoi c'est important : La question n'est pas "est-ce que l'IA va remplacer les journalistes ?" La vraie question : est-ce qu'une société dans laquelle pas suffisamment de personnes ne s'entraînent à évaluer un argument est encore capable de se gouverner elle-même ? 4. Une génération protégée de l'inconfort mineur devient catastrophiquement fragile face à l'inconfort majeur Timestamp estimé : 37:30 – 46:30 Jonathan Haidt montre comment la corrélation entre smartphones et dégradation de la santé mentale des adolescents depuis 2012 est réelle et préoccupante. La thèse intuitive de Greg : si on protège quelqu'un de tout inconfort mineur, on lui retire les occasions de développer la capacité à gérer les inconvénients majeurs. Pablo Servigne ajoute la dimension collective : la résilience, ce n'est pas une infrastructure, c'est du lien. Et ce que la Silicon Valley a vendu, ce sont des substituts de lien : larges et superficiels plutôt qu'étroits et profonds. Pourquoi c'est important : La logique frictionless crée ses propres victimes : elle optimise pour les conditions normales et rend les gens catastrophiquement fragiles face aux conditions anormales. 5. La discipline de la résistance comme réponse systémique, pas individuelle Timestamp estimé : 01:03:00 – 01:08:00 Greg refuse le solutionnisme individuel. Il ne propose pas une liste de hacks. Il propose un concept : choisir consciemment de ne pas déléguer certaines choses précises, pas toutes, pas par idéologie, mais parce qu'elles vous construisent. Ce qu'Hartmut Rosa appelle la résonance : ces moments où quelque chose dans le monde vous touche vraiment, vous transforme, vous répond. La résonance ne se commande pas. Elle surgit dans la lenteur, l'attention, le contact vrai avec quelque chose qui résiste. Pourquoi c'est important : Le futur dont Greg parle n'est pas nostalgique et pas technophobe. Il utilise les outils pour monter le niveau d'exigence, pas pour le faire descendre. C'est une position nuancée dans un débat qui ne l'est généralement pas. QUESTIONS STRUCTURANTES THÉMATIQUES(Newsletter solo : pas d'invité. Voici les questions que le texte soulève et auxquelles il répond, utilisables comme fil éditorial ou comme amorces de discussion.) 1. En quoi la promesse d'une vie "sans friction" est-elle devenue une idéologie, et pas seulement une amélioration technique ? 2. Qu'est-ce qu'on a vraiment perdu en supprimant les petites résistances du quotidien, au-delà de l'inconfort évident ? 3. Pourquoi la difficulté est-elle constitutive de la compétence, de la fierté et du sens, selon Matthew Crawford ? 4. Comment la logique économique des plateformes explique-t-elle l'attaque systématique sur le "monde commun" d'Arendt, sans qu'il y ait besoin d'invoquer une théorie du complot ? 5. Quelle différence y a-t-il entre raisonner et générer, et pourquoi cette distinction est-elle cruciale pour comprendre ce que l'IA fait à notre capacité de décision ? 6. Comment l'atrophie de l'esprit critique, accélérée par les outils IA, peut-elle devenir un problème démocratique, pas seulement individuel ? 7. En quoi une génération numériquement protégée de l'inconfort mineur devient-elle structurellement vulnérable face aux crises majeures ? 8. Quelle est la différence entre une technologie qui augmente les capacités humaines et une technologie qui les remplace ? Comment faire la distinction dans ses propres usages ? 9. Qu'est-ce que le concept de "résonance" de Hartmut Rosa apporte au débat sur la relation à la technologie, au-delà du débat sur l'addiction aux écrans ? 10. Que signifie concrètement "une discipline de la résistance", et pourquoi ce n'est pas la même chose qu'un retour en arrière ou un rejet de la technologie ? RÉFÉRENCES CITÉESPhilosophes et penseurs Matthew Crawford, philosophe américain entre philosophie et mécanique moto. Livre cité : "The World Beyond Your Head". Thèse : l'engagement avec la résistance du monde réel constitue l'humain. Bloc 4, ~08:00 Tim Wu, professeur à Columbia. Livre cité : "Les marchands de l'attention". Concept : la commodité comme valeur suprême ayant remplacé la liberté et l'individualité. Bloc 5, ~11:30 Hannah Arendt, philosophe. Concept cité : le "monde commun", espace public partagé nécessaire à la démocratie et à la rencontre avec l'Autre. Bloc 7, ~19:00 Harry Frankfurt, philosophe américain. Distinction : le mensonge vs le "bullshit". L'IA comme infrastructure industrielle pour le bullshit. Bloc 10, ~35:00 Viktor Frankl, psychiatre, fondateur de la logothérapie, survivant des camps de concentration. Thèse : les humains supportent n'importe quelle difficulté si elle a un sens, et s'ef

    46 min
  2. #391  L'indépendance énergétique est-elle sous nos pieds? Avec Pierre Brossolet

    -2 J

    #391 L'indépendance énergétique est-elle sous nos pieds? Avec Pierre Brossolet

    Pierre Brosselet, ingénieur géologue et fondateur d'Arverne. Il a passé 25 ans à forer des puits pétroliers dans le monde entier, à marcher sur des pipelines, à voir de l'intérieur ce que l'industrie fossile fait réellement. Et puis il s'est retourné. Pas par idéalisme, mais parce qu'il a compris qu'on avait une solution sous nos pieds dont personne ne parlait. Son livre s'intitule d'ailleurs "La solution est peut-être sous nos pieds" et c'est précisément de ça qu'on parle dans cet épisode. Dans cet épisode, nous parlons de géothermie, de ce que c'est vraiment, de pourquoi cette énergie n'a jamais trouvé sa place dans le débat malgré ses vertus, et de ce qu'il faudrait pour changer ça. J'ai questionné Pierre sur les freins politiques, géopolitiques, économiques qui ont mis cette énergie à l'écart pendant des décennies. On parle aussi du lithium qu'on peut extraire de ces eaux chaudes souterraines, du paradoxe d'une France qui maîtrise parfaitement l'art du forage mais ne s'en sert pas pour elle-même, des pays qui ont fait ce choix en premier, de ce que ça coûte concrètement chez un particulier, et des risques réels, sans les minimiser. C'est un épisode plein de solutions concrètes. Et franchement, ça fait du bien. 3. Citations marquantes1. "Le plus gros avantage de la géothermie, c'est qu'elle est invisible. Mais c'est aussi son pire ennemi." 2. "La France a la capacité A. Mais elle n'a pas eu la volonté B." 3. "Tu fais un trou, et la chaleur, ensuite, elle vient en communication avec la surface. La Terre ne te fait pas payer." 4. "Ce que j'ai trouvé comme détracteurs, c'est des ignorants. Au vrai sens du terme. Des gens qui ne connaissaient pas." 5. "Je suis optimiste de nature, mais assez pessimiste d'intelligence. Parce que quand on voit ce qui se passe, c'est quand même pas rigolo." 4. Big Ideas1. L'invisibilité comme malédiction Timestamp : 0:03:10 à 0:05:05 La géothermie ne souffre pas de détracteurs mais d'oubli. Ce qu'on ne voit pas n'existe pas dans le débat public. Les éoliennes créent des oppositions parce qu'elles sont visibles. La géothermie génère de l'indifférence parce qu'elle est enfouie. C'est une leçon sur la façon dont la perception structure la politique énergétique bien plus que les faits. 2. Le mur de l'investissement court-termiste Timestamp : 0:08:00 à 0:10:31 La géothermie est économiquement gagnante sur 15 à 20 ans, mais perdante sur les 5 premières années. Dans un monde qui décide dans l'urgence, ce modèle économique est structurellement défavorisé, même quand il est objectivement meilleur. Le problème n'est pas technique, il est cognitif. 3. La géopolitique de l'énergie comme clé de lecture du monde Timestamp : 0:11:26 à 0:15:44 L'accès à l'énergie est le prisme principal de lecture des décisions des États depuis la Première Guerre mondiale. Le Covid et la guerre en Ukraine ont brutalement rappelé cette réalité à des pays européens qui avaient choisi l'optimisme de la mondialisation. La géothermie redevient soudainement audible parce que l'alternative, c'est dépendre de Poutine ou de Trump. 4. La géothermie est pilotable, contrairement au solaire et à l'éolien Timestamp : 0:37:24 à 0:40:39 Une critique récurrente des ENR est leur imprévisibilité. La géothermie échappe à ce reproche : on peut l'activer ou la couper à la seconde. Elle est stable, prévisible, décarbonée, souveraine. Pierre en fait le pendant chaleur du nucléaire : deux énergies qui forment ensemble un "club des énergies souveraines" qu'on n'a pas encore vraiment constitué. 5. Le lithium géothermal : deux ressources pour le prix d'un forage Timestamp : 0:55:34 à 0:57:44 L'eau remontée à 2300 mètres contient du lithium. Arverne, via sa filiale Lithium de France, est en train de démontrer qu'on peut chauffer un territoire ET produire un métal stratégique à partir du même puits. Un lithium made in France, vert, potentiellement moins cher que le lithium importé. Le sous-sol français est à la fois une source d'énergie et un gisement de matières premières critiques. 6. La France est experte mais absente Timestamp : 1:01:50 à 1:04:45 La France possède tous les atouts : experts pétroliers formés par Total et Elf, géosciences développées, sous-sol riche. Elle maîtrise l'art du forage. Mais les diplômes professionnels ont disparu, les filières se meurent, les experts vieillissent en Afrique. On a le savoir, on n'a pas construit la volonté industrielle. 5. Questions posées dans l'interview- Pourquoi personne ne parle de géothermie quand on a de l'énergie littéralement sous nos pieds ?- Quels sont les intérêts politiques, géopolitiques et économiques qui ont joué contre la géothermie ?- Est-ce que la géothermie est possible partout en France, à toutes les profondeurs, à toutes les échelles ?- Combien ça coûte concrètement d'installer de la géothermie chez un particulier ?- Y a-t-il des pays dans le monde où la géothermie est déjà développée à grande échelle ?- Est-ce qu'il y a des risques écologiques réels liés au forage ?- Comment se situe la géothermie par rapport aux autres ENR sur la question de la prédictibilité et du stockage ?- Quel est le vrai potentiel de la géothermie dans le mix énergétique français ?- Pourquoi Jean-Marc Jancovici, qui est monsieur énergie en France, n'en parle quasiment pas ?- Est-ce qu'on a les filières et les compétences pour industrialiser la géothermie en France si on décidait d'y aller vraiment ?6. Références citéesPersonnalités - Bruno Le Maire (ex-ministre de l'Économie) : cité comme premier interlocuteur politique majeur qui découvrait la géothermie au moment de la préface du livre de Pierre. Timestamp : 0:16:15- Jean-Marc Jancovici : évoqué comme la voix dominante de l'énergie en France, identifié comme "monsieur nucléaire", absent du débat géothermie sans que cela soit une critique. Timestamp : 0:43:01 à 0:46:04- Bertrand Piccard : cité comme non-spécialiste de l'énergie mais fervent défenseur de la géothermie. Timestamp : 0:44:45- Carbon4 (bureau d'études de Jancovici) : mentionné comme ayant abordé la question de la chaleur et de la géothermie en interne. Timestamp : 0:43:18Entreprises et institutions - Arverne : entreprise fondée par Pierre Brosselet, axe stratégique sur la géothermie profonde et la production de chaleur. Cité tout au long.- Lithium de France : filiale strasbourgeoise d'Arverne, dédiée à l'extraction de lithium dans les eaux géothermales. Timestamp : 0:55:34- Engie, Dalkia : cités comme grands acteurs qui font de la géothermie sans en avoir fait un axe stratégique. Timestamp : 0:53:19- Schlumberger, Total, Elf : évoqués comme les maisons d'excellence française du forage pétrolier, formateurs de l'expertise actuelle. Timestamp : 1:02:21- ADREAL : mentionné comme organisme de validation réglementaire du forage en France. Timestamp : 0:33:37- Institut français du pétrole (IFP) : cité comme l'une des dernières structures formant aux métiers du sous-sol. Timestamp : 1:02:21- École de géologie de Nancy : mentionnée comme école formant encore des géologues. Timestamp : 1:02:21Lieux et cas géographiques - Islande : 100% d'électricité géothermique, cas "naturel" par sa géologie volcanique. Timestamp : 0:22:04- Suisse : pays ayant rendu la géothermie obligatoire pour toute nouvelle construction, modèle de souveraineté énergétique. Timestamp : 0:23:41- Indonésie : fort potentiel géothermique, nombreux projets électrogènes. Timestamp : 0:25:11- Turquie, Italie (Marbella), États-Unis : cités comme pays géothermiques avancés. Timestamp : 0:25:11- Alsace : zone géothermique profonde en France, aussi évoquée pour des incidents de sismicité passés. Timestamp : 0:32:53- Chaudes-Aigues (Cantal) : premier réseau de chaleur en Europe, source naturelle à 87 degrés, musée de la géothermie française. Timestamp : 0:59:00Concepts techniques - Principe de Carnot / thermodynamique des pompes à chaleur : évoqué pour expliquer comment 15°C à 200m peut produire du 50°C. Timestamp : 0:19:04- Code minier : cadre réglementaire régissant le sous-sol et les forages profonds en France. Timestamp : 0:32:16- Géothermie haute entalpie : géothermie profonde produisant de l'électricité à partir de haute température (200°C+). Timestamp : 0:22:44- PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) : mentionnée comme cadre dans lequel la géothermie n'a aujourd'hui qu'une place symbolique. Timestamp : 0:40:577. Timestamps clés YouTube0:00:00 - Introduction : l'énergie triple problème Greg plante le contexte : écologie, économie, géopolitique. Pierre en quelques phrases ouvre la porte à une solution qu'on n'a pas encore creusée. 0:02:26 - Qu'est-ce que la géothermie ? Définition simple et directe. La chaleur du noyau terrestre, quasiment infinie, connue depuis les Romains. Pierre pose les bases pour tout le reste. 0:03:10 - Pourquoi personne n'en parle ? L'invisibilité comme problème existentiel. Ce qu'on ne voit pas n'entre pas dans le débat. Une réflexion sur la perception qui dépasse largement l'énergie. 0:06:47 - Les raisons politiques, géopolitiques et économiques Pourquoi le gaz a satisfait tout le monde pendant des décennies. Comment le Covid et la guerre en Ukraine ont tout changé. Le lobbying absent de la géothermie. 0:08:00 - Le modèle économique : payer plus pour ne plus rien payer La structure de coût de la géothermie expliquée clairement. Plus cher à l'installation, gratuit à l'usage. Et pourquoi ça bloque dans un monde qui raisonne à court terme. 0:16:15 - Pompe à chaleur géothermique vs aérothermique La distinction que tout le monde confond. 15 degrés constants à 200 mètres partout en France, quelle que soit la météo. La magie thermodynamique expliquée simplement. 0:20:

    1 h 9 min
  3. [Moment ] Le négoce, c'est littéralement la négation de ta conscience avec Jean Miguel Pire

    16 AVR.

    [Moment ] Le négoce, c'est littéralement la négation de ta conscience avec Jean Miguel Pire

    Jean-Miguel Pire, philosophe et essayiste. Son livre L'Otium remet en circulation un concept millénaire pour nommer ce que notre époque a méthodiquement effacé de son vocabulaire et de ses valeurs : le loisir intelligent. Je connais Jean-Miguel depuis un moment et j'avais envie de lui donner une tribune pour cette idée que je trouve rare : un concept ancien, presque disparu, qui permet de nommer quelque chose qu'on ressent tous sans jamais arriver à le formuler. Ce moment-là, quand une idée trouve enfin son mot, c'est pour moi l'une des expériences intellectuelles les plus jouissives qui soit. Dans cet épisode, nous parlons du temps libre comme espace de développement de la conscience, de l'origine grecque de l'Otium et de sa transformation romaine en quelque chose de secondaire, du lien sémantique vertigineux entre le "négoce" et la "négation de l'Otium", et de la question de savoir si le marché est vraiment le problème, ou si c'est plutôt l'hégémonie de ses valeurs dans des domaines qui n'ont rien à voir avec lui. J'ai questionné Jean-Miguel sur ce qui distingue l'Otium du développement personnel, sur la dimension politique du concept, et sur ce que ça change concrètement de nommer enfin quelque chose qu'on pratique sans le savoir. 3. Citations marquantes - "Le négoce, c'est la négation de l'Otium. Le marché a intérêt à nier la part la plus essentielle de nos existences."- "Comme on n'a pas vraiment conscience de ce loisir intelligent, on ne l'a pas nommé, et ça crée un espace de liberté sauvage pour les industries de la captation du temps de cerveau disponible."- "On est sur le logiciel romain : un Otium qui est prestigieux, mais considéré comme secondaire."- "L'objectif, il est quand même social. S'améliorer pour être une meilleure personne, c'est aussi pour être un meilleur citoyen."- "On est à un point de suffocation parce qu'on s'aperçoit que cet envahissement, cette hégémonie, nous mène à la catastrophe."4. Idées centrales (Big Ideas) 1. L'Otium : nommer pour exister Un concept ne peut être défendu que s'il est nommé. Le loisir intelligent existait dans nos vies, mais sans mot pour le désigner, il était indéfendable, vis-à-vis des autres comme de soi-même. Donner un nom à une pratique, c'est lui donner une réalité sociale. Pourquoi c'est important : c'est le fondement de tout le reste. Sans cette bascule sémantique, aucune résistance n'est possible. Timestamp approximatif : 01:07 à 03:25 2. Le négoce comme négation structurelle Le mot "négoce" porte littéralement en lui la négation de l'Otium (nec + otium). Ce n'est pas une coïncidence rhétorique, c'est une structure historique : le marché s'est construit sur l'éviction du temps de conscience. Pourquoi c'est important : ça requalifie le problème. Ce n'est pas l'ultralibéralisme des années 70, c'est une dérive qui remonte aux Romains. Timestamp approximatif : 08:27 à 09:07 3. De la scolée grecque à l'Otium romain : la dévaluation progressive Les Grecs valorisaient le temps consacré à la philosophie (la scolée). Les Romains l'ont maintenu, mais relégué au rang de luxe pour une élite restreinte. On n'a jamais vraiment rattrapé cette dévaluation. Pourquoi c'est important : ça montre que la crise n'est pas conjoncturelle, elle est structurelle et multi-séculaire. Timestamp approximatif : 03:41 à 05:55 4. Otium vs développement personnel : la dimension politique Le développement personnel s'arrête à l'individu. L'Otium le dépasse : l'objectif est d'être un meilleur citoyen, de contribuer au bien commun. Ce glissement change tout, parce qu'il réinsère la conscience individuelle dans le collectif. Pourquoi c'est important : il répond à une frustration réelle chez beaucoup de gens qui trouvent le développement personnel trop égotiste. Timestamp approximatif : 06:19 à 08:10 5. Le marché n'est pas le problème, ses valeurs hors-sol le sont Jean-Miguel refuse le discours marxiste de rejet total du marché. Il distingue le marché comme outil d'apaisement historique, et les valeurs du marché (rapidité, utilitarisme, matérialisme) qui ont contaminé des domaines où elles n'ont rien à faire : culture, santé, éducation. Pourquoi c'est important : c'est la nuance qui rend l'argument crédible et non idéologique. Timestamp approximatif : 09:07 à 10:00 5. Questions posées dans l'interview - Qu'est-ce que l'Otium, concrètement ?- C'est un mot ancien ou un concept que vous avez inventé ?- Comment les Grecs le nommaient-ils, et qu'est-ce qui s'est passé avec les Romains ?- Est-ce que la méditation, les podcasts, la contemplation font partie de l'Otium ?- Quelle est la différence entre l'Otium et le développement personnel ?- Pourquoi le fait de ne pas avoir de mot pour désigner quelque chose est-il si paralysant ?- Comment expliquer que le négoce porte littéralement en lui la négation de l'Otium ?- Est-ce que vous faites une critique du marché en tant que tel, ou seulement de ses valeurs ?- Quel est l'enjeu politique de l'Otium aujourd'hui ?- Concrètement, comment défend-on son Otium face aux injonctions de productivité ?6. Références citées Concepts et notions philosophiques - La scolée (Grecs anciens) : désignation du temps nécessaire à l'activité philosophique, ancêtre de l'Otium. Évoqué à 03:45.- L'Otium / Otium (Latins) : transformation romaine de la scolée grecque, valorisée mais réservée à une élite. Évoqué à 03:45 à 05:55.- Le négoce / Negotium : dérivé de "nec otium", littéralement la négation de l'Otium. Évoqué à 08:27. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    12 min
  4. #390 Faire de son quotidien un acte de resistance avec Fabrice Midal

    14 AVR.

    #390 Faire de son quotidien un acte de resistance avec Fabrice Midal

    Fabrice Midal, philosophe, fondateur de l'École Occidentale de Méditation et auteur d'une vingtaine de livres dont le dernier, Empêcher que le monde ne se défasse, paru récemment. C'est aussi l'auteur d'un podcast génial. Je le connaissais de loin. J'avais tort de ne pas l'avoir lu plus tôt. Dès qu'on s'est mis à parler, j'ai réalisé qu'on partageait une même manière de regarder le monde : avec inquiétude, mais sans résignation. Avec lucidité sur ce qui fout le camp, et une conviction tenace que quelque chose reste à faire, là, maintenant, à notre échelle. Dans cet épisode, nous parlons de ce que Fabrice appelle la calculabilité généralisée : cette tendance de notre époque à ne considérer comme réel que ce qui se mesure, se gère, se rentabilise. Et comment cette idéologie invisible, qu'on ne voit même plus parce qu'elle est partout, est à l'origine de beaucoup de nos souffrances, de nos burn-out, de notre sentiment d'impuissance collective. J'ai questionné Fabrice sur la différence entre la haine et la colère, sur ce que résister veut vraiment dire, sur pourquoi la méditation est devenue un outil de barbarie dans la majorité des entreprises, et sur ce que Camus, René Char, Etty Hillesum ont à nous dire aujourd'hui. Nous parlons aussi de la distinction entre le sacrifice et l'amour, entre le militantisme et l'engagement, entre réagir et agir. Ce qui m'a le plus frappé dans cette conversation : Fabrice ne propose pas de grand soir. Il propose un pas. Un seul. Et l'idée que ce pas, même invisible, même non mesurable, pourrait changer tout. 3. CITATIONS MARQUANTES - « Les gens font un burn-out parce qu'ils veulent trop bien faire. Ils ont tellement intégré ce modèle où il faut s'instrumentaliser, sinon on ne va plus trouver sa place. »- « Ce qu'on prétend rationnel est très irrationnel. On est obligé de réduire le réel à des équations extrêmement sommaires. Et donc, on oublie non seulement le sensible, mais le réel lui-même. »- « On meurt de chagrin. Personne ne meurt de colère. »- « Fais ce que tu dois, advienne que pourra. Nous avons à empêcher, dans nos actions au quotidien, que le monde ne s'effondre. »- « Ça ne change rien et ça change tout. Ce n'est pas nous qui pouvons mesurer les choses. »4. IDÉES CENTRALES (BIG IDEAS) 1. La calculabilité comme idéologie invisible [00:04:57] Notre époque a redéfini le réel : est réel ce qui est calculable, gérable, rentable. Tout le reste, y compris la qualité d'une présence humaine, a été évacué du champ de ce qui compte. Cette idéologie n'est pas neutre : elle produit de la déshumanisation à grande échelle. Pourquoi c'est important : cela requalifie nos problèmes. Ce ne sont pas des problèmes psychologiques, ce sont des problèmes idéologiques. La responsabilité change de camp. 2. Dépsychologiser nos souffrances [00:06:00] Le burn-out n'est pas un problème de gestion émotionnelle individuelle. C'est le symptôme d'un modèle qui demande aux gens de s'instrumentaliser pour garder leur place. Remettre la cause dans le système, pas dans la personne, est un geste philosophique et politique. Pourquoi c'est important : ça libère. Et ça déplace l'action possible. 3. Colère vs haine : une distinction vitale [00:18:30 – 00:27:00] La colère est saine, elle dit non à l'injustice. Elle est une force de vie, confirmée par l'éthologie, la physiologie, et Descartes lui-même. La haine, elle, veut détruire et jouir de la destruction. Toute résistance qui glisse de la colère vers la haine finit par devenir ce qu'elle combat. Pourquoi c'est important : savoir réussir sa colère, lui donner forme sans la transformer en haine, c'est la condition d'une résistance qui reste humaine. 4. Agir sans garantie de résultat [00:15:17 – 00:18:00] Toutes les grandes révolutions, toutes les résistances historiques, ont été faites par des gens qui ne calculaient pas leur impact. Les résistants disaient "je ne pouvais pas faire autrement", pas "j'ai optimisé ma stratégie". Attendre la certitude d'impact avant d'agir, c'est rester prisonnier du système même qu'on veut changer. Pourquoi c'est important : ça autorise à agir maintenant, à sa propre échelle, sans diplôme de héros. 5. L'excellence comme acte de résistance ordinaire [00:45:10 – 00:48:00] Sauver le monde n'est pas réservé aux militants. Un médecin qui prend le temps de parler, un cuisinier qui fait à manger avec du cœur : chaque acte fait avec présence empêche que le monde ne se défasse. L'excellence n'est pas la performance calculée, c'est l'humanité mise dans ce qu'on fait. Pourquoi c'est important : ça restitue à chacun une puissance d'agir concrète, immédiate, sans attendre les conditions idéales. 6. L'identité comme prison [00:49:39 – 00:51:30] L'injonction contemporaine à se définir, à s'enfermer dans une identité stable, est une illusion. Nous sommes des êtres relationnels, façonnés par le contexte. Ce qui nous libère n'est pas de savoir qui on est, mais d'être en relation. C'est la relation qui guérit. Pourquoi c'est important : cela remet en cause l'individualisme comme fondement de l'action et de l'identité. 5. QUESTIONS POSÉES DANS L'INTERVIEW - Comment toi, tu regardes et tu observes le monde dans lequel on évolue en ce moment ?- Pour la plupart des gens, ce qui est réel, c'est ce qui est calculable. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?- Qu'est-ce qui t'effraie dans ce monde ?- Tu penses qu'on est dans l'immonde ?- Comment tu redescends dans le concret pour traverser cette période, pour les gens qui sont perdus ?- Est-ce que c'est possible de vraiment s'extraire de ce modèle ?- Tu fais une différence entre la colère et la haine, et tu dis que la colère est saine. C'est quoi une colère réussie ?- La méditation n'est-elle pas devenue, elle aussi, un outil de gestion du stress au service du système ?- Comment faire son travail bien, dans ce monde-là, sans se trahir ?- Qu'est-ce qui te donne envie du futur, toi ?6. RÉFÉRENCES CITÉES Philosophes et penseurs - Albert Camus, Discours de Stockholm (prix Nobel) — titre du livre de Fabrice, fil rouge de l'épisode [00:02:15]- Albert Camus, L'Homme révolté — notion de révolte comme condition humaine [00:39:24]- Camus vs Sartre, querelle sur la guerre d'Algérie — "entre la justice et ma mère, je préfère ma mère" [00:18:30]- Emmanuel Kant — impossibilité de juger sa propre époque de l'extérieur [00:10:36]- René Char, Feuillets d'Hypnose — résister sans haine, capitaine Alexandre [00:36:34]- Simone Weil (philosophe), Note sur la suppression générale des partis politiques (1944) — danger de renoncer à penser par soi-même [00:21:31]- Spinoza — la joie comme carburant de l'action, évoqué par Greg [00:40:42]- Descartes — un être humain qui ne peut pas se mettre en colère n'est plus un être humain [00:25:00]Figures historiques et spirituelles - Etty Hillesum — jeune femme déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, figure de résistance intérieure, textes lumineux redécouverts il y a 30 ans [00:34:04]- Arnaud Beltrame, lieutenant-colonel mort à Trèbes — distinction sacrifice vs amour [00:43:30]- Nelson Mandela — agir sans calcul, tenir debout [00:47:21]- Le Bouddha — premier acte : déconstruire les castes et l'exclusion des femmes. Mécompréhension généralisée du bouddhisme [00:28:21]- Saint François d'Assise — "Sœur la lune, frère arbre", la création comme fraternité [00:04:57]Références culturelles et littéraires - Kabale juive — la légende des dix justes qui empêchent le monde d'être détruit [00:57:47]- Satish Kumar — "leçon de dépendance", nous sommes des êtres dépendants les uns des autres [00:51:00]- Œdipe (Sophocle) — les apparences trompeuses [00:04:57]Livres de Fabrice Midal - Empêcher que le monde ne se défasse — dernier livre, fil conducteur de l'épisode- Foutez-vous la paix — burn-out, auto-instrumentalisation, colère7. TIMESTAMPS CLÉS (YOUTUBE) 00:00 — Introduction : se réjouir du futur sans naïveté ni fatalisme 00:01:42 — Entrée en matière : comment Fabrice regarde le monde aujourd'hui 00:02:15 — Le titre du livre : ce que Camus voulait dire par "empêcher que le monde ne se défasse" 00:04:07 — Ce qui effraie vraiment Fabrice : la calculabilité comme nouvelle définition du réel 00:06:00 — Burn-out : ce n'est pas un problème psychologique, c'est un problème idéologique 00:08:05 — Le réel comme construction idéologique : économie vs écologie, même combat 00:13:01 — Ce qu'on prétend rationnel est profondément irrationnel 00:15:17 — Comment agir sans garantie de résultat : la leçon des grands résistants 00:18:30 — Haine vs colère : la distinction la plus importante du livre 00:20:14 — Militantisme vs engagement : être contre vs être pour 00:22:48 — Pourquoi la colère est saine, selon Descartes, l'éthologie et la physiologie 00:28:05 — La méditation instrumentalisée : quand elle devient un outil de l'immonde 00:31:09 — Le capitalisme absorbe tout : du self-care au développement personnel 00:33:06 — S'extraire du système ? Non. Remettre du monde là où il n'y en a plus 00:34:04 — Etty Hillesum : rester debout et digne dans l'effondrement 00:36:07 — René Char, Camus, Frankl : les résistants comme boussole 00:40:42 — Joie vs amour : le désaccord amical entre Greg et Fabrice 00:43:30 — Arnaud Beltrame : la différence entre le sacrifice et l'amour 00:45:10 — Sauver le monde commence par faire son travail bien 00:48:43 — Les contradictions font partie de la vie : personne n'est à la hauteur, et c'est soulageant 00:51:00 — L'identité comme illusion : nous sommes des êtres relationnels 00:54:00 — Ce qui donne de l'élan à Fabrice : l'amour et le goût de l'effort 00:57:47 — La légende des dix justes : on ne sait pas

    1 h 1 min
  5. [SOLO]  L'IA va t'elle tuer le capitalisme?

    9 AVR.

    [SOLO] L'IA va t'elle tuer le capitalisme?

    Dans cet épisode solo, je reviens sur une position que j'ai longtemps défendue, celle de tempérer face au catastrophisme ambiant sur l'IA, et j'explique pourquoi les preuves qui s'accumulent depuis quelques mois m'obligent à regarder les choses autrement. Pas pour rejoindre la panique, mais parce qu'une position qui ne s'interroge jamais devient une posture, pas une analyse. Dans cet épisode, nous parlons de la contradiction structurelle au cœur du capitalisme numérique : l'IA générative détruit les emplois cognitifs de niveau intermédiaire, précisément ceux qui constituent la base de consommation sur laquelle repose l'économie. J'ai questionné les travaux de Nick Dyer-Witheford, Karen Hao, Emad Mostaque et Anis Rahman sur ce que ça signifie concrètement, au-delà des chiffres de Goldman Sachs et des fuites internes d'Anthropic. Et parce que je déteste laisser les gens dans un état d'impuissance intellectuelle pire qu'avant la lecture, je finis sur des exemples concrets, locaux, qui montrent qu'une autre IA est possible même si les rapports de forces sont pour l'instant très déséquilibrés. Le tout pour vous redonner envie du futur bien sur :) CITATIONS MARQUANTES- "Il y a un mot pour décrire un système qui détruit méthodiquement sa propre base de clients. Ce mot n'est pas 'innovation' mais 'suicide'."- "C'est la boîte qui construit les outils qui sonne elle-même l'alarme sur leur impact. Ce n'est pas un philosophe marxiste."- "Ils ont entraîné leurs propres remplaçants." (sur les travailleurs d'annotation de Nairobi, Manille, Lahore)- "Regarde qui te chuchote à l'oreille chaque jour, et demande-toi de qui c'est l'intérêt." (Emad Mostaque)- "Une position qui ne s'interroge jamais elle-même, c'est une posture, pas une analyse."IDÉES CENTRALES 1. Le contrat de Ford est rompu, par design Henry Ford payait ses ouvriers pour qu'ils puissent acheter ses voitures : le capital paie le travail, le travail consomme, la production nourrit le capital. L'IA générative rompt ce cercle en rendant le capital structurellement indépendant du travail humain. Ce n'est pas un bug du système, c'est une conséquence logique de sa propre optimisation poussée à l'extrême. C'est important parce que cela remet en cause le mécanisme de stabilisation automatique sur lequel les démocraties libérales se sont appuyées depuis Keynes. 2. L'IA s'attaque précisément aux emplois qui étaient censés être la solution Contrairement aux révolutions industrielles précédentes qui frappaient d'abord les peu qualifiés, l'IA générative cible le travail cognitif intermédiaire : analyse, rédaction, code, diagnostic, comptabilité, marketing. Ces emplois constituaient la colonne vertébrale des classes moyennes éduquées. Ce sont eux qui avaient fait les études recommandées pour s'adapter. Si eux ne peuvent pas, qui peut ? 3. La disruption du mécanisme de relance économique Quand les banques centrales baissent les taux pour relancer l'emploi, les entreprises recrutent désormais des agents IA, pas des travailleurs humains. Le lien entre capital et emploi se rompt pour la première fois depuis deux siècles. Et contrairement à toutes les crises précédentes, l'IA ne devient pas moins intelligente après une récession. 4. La broligarchy et la capture réglementaire Les "Magnificent Seven" contrôlent 90,2% des modèles d'IA notables mondiaux. En 2024, les entreprises privées ont investi 109 milliards de dollars dans l'IA, contre 5,3 milliards d'investissement public. Sam Altman se pose en défenseur de la régulation en public et fait du lobby pour l'affaiblir en coulisses. L'administration Trump a inclus un moratoire de dix ans sur toute régulation étatique de l'IA. C'est une capture de la démocratie, pas seulement une concentration de marché. 5. L'IA coloniale et la souveraineté cognitive L'IA ne transmet pas seulement des informations, elle transmet les valeurs et le cadre moral de ceux qui l'ont construite. Quand 90% des modèles viennent de Silicon Valley, la question de la souveraineté cognitive devient aussi urgente que la souveraineté économique. Et le "colonialisme par l'IA" s'exerce aussi dans le sud global, où des travailleurs ont littéralement entraîné les outils qui ont ensuite concurrencé leur propre travail. 6. L'IA-vélo contre l'IA-fusée Karen Hao propose une distinction utile : l'IA-fusée, paradigme dominant à des centaines de milliards de paramètres visant l'AGI, et l'IA-vélo, des outils à échelle humaine pour des besoins spécifiques. Les architectures techniques sont les mêmes. Ce qui diffère, c'est le principe directeur. Des exemples comme Te Hiku Media en Nouvelle-Zélande, Chattanooga dans le Tennessee ou le modèle S1 développé pour 70 dollars prouvent que le choix existe. 7. La destruction créatrice a un problème de rythme L'argument de Schumpeter tient sur le fond : chaque vague technologique crée plus qu'elle ne détruit. Mais il bute sur le rythme. La machine à vapeur s'est étalée sur des décennies. L'IA générative frappe en années. Si le pouvoir d'achat des classes moyennes disparaît avant que de nouveaux emplois émergent, qui consomme les produits que les entreprises continuent de produire ? QUESTIONS DE L'ÉPISODE- Est-ce que ma position rassurante sur l'IA reflétait une lecture lucide, ou était-elle aussi une façon d'éviter une conclusion que je n'avais pas envie de regarder en face ?- Le capitalisme peut-il fonctionner sans consommateurs, et les consommateurs peuvent-ils exister sans travailleurs ?- Qu'est-ce qui différencie fondamentalement l'IA générative des révolutions industrielles précédentes en termes d'impact sur l'emploi ?- Pourquoi l'argument de la "destruction créatrice" de Schumpeter bute-t-il cette fois sur quelque chose de structurellement différent ?- Comment fonctionne concrètement la capture réglementaire par les grandes entreprises tech, et qu'est-ce que l'exemple de Sam Altman révèle sur ce phénomène ?- Qu'est-ce que le sort des travailleurs d'annotation du sud global dit de la nature systémique de l'IA capitaliste ?- Pourquoi le mécanisme de relance économique des banques centrales risque-t-il de ne plus fonctionner dans un monde d'IA générative ?- Qu'est-ce que la distinction entre "IA-fusée" et "IA-vélo" change concrètement à la façon dont on peut construire et déployer ces technologies ?- Comment des initiatives locales comme Te Hiku Media ou Chattanooga incarnent-elles une alternative crédible au paradigme dominant ?- Quelle est votre part personnelle dans cette reconfiguration, en tant qu'individu, professionnel, citoyen ?RÉFÉRENCES CITÉESLivres et rapports - Inhuman Power : Artificial Intelligence and the Future of Capitalism de Nick Dyer-Witheford (2019, + Cybernetic Circulation Complex, 2026, Verso). Thèse centrale : l'IA comme instrument par lequel le capital se rend indépendant du travail humain. Référence tout au long du texte.- The Last Economy d'Emad Mostaque (août 2025, disponible gratuitement). Fondateur de Stability AI, ex-gérant de fonds. Concept de "transition de phase" et des "mille jours". Utilisé sur la chute des coûts de l'IA et la fin du mécanisme de relance keynésien.- Empire of AI : Dreams and Nightmares in Sam Altman's OpenAI de Karen Hao (2025). Journaliste, ex-MIT Technology Review. Travailleurs d'annotation, double discours sur l'AGI, distinction IA-fusée vs IA-vélo.- Is Another AI Possible ? d'Anis Rahman (rapport, Annenberg School / Media Inequality & Change Center, Université de Washington, disponible gratuitement). Concentration des modèles, investissements publics vs privés, initiatives alternatives.- AI Snake Oil de Narayanan et Kapoor (Princeton University Press). Cité comme référence pour "démêler le réel du fantasme dans le discours tech".Personnes et institutions citées - Henry Ford : intuition du salaire comme condition de la consommation (1914, 5 dollars/jour).- Karl Marx : concept de "sujet automatique" dans les Grundrisse (vers 1850).- Joseph Schumpeter : concept de "destruction créatrice".- Andrew Ng (ex-Baidu, ex-Google Brain, Stanford) : formule "l'IA est la nouvelle électricité".- Dario Amodei (Anthropic) : projection de 10 à 20% de chômage dans certaines catégories professionnelles sur 5 ans.- Goldman Sachs : estimation de 300 millions d'emplois à plein temps à risque.- FMI : 89% des emplois de services externalisés aux Philippines à haut risque d'automatisation.- PwC : l'IA ajoutera 15 700 milliards de dollars au PIB mondial, 70% ira aux États-Unis et à la Chine.- Amy Webb et Sam Jordan (Future Today Institute) : concept de "crédit de contribution".- Les Magnificent Seven : Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla (90,2% des modèles d'IA notables).Initiatives et exemples - Te Hiku Media (radio Maori, Nouvelle-Zélande) : développement souverain d'outils IA en langue Maori, principe "kia tangata whenua".- Chattanooga, Tennessee : réseau haut débit municipal, 900 communautés américaines ayant suivi.- Modèle S1 (Stanford / Université de Washington) : modèle de raisonnement comparable à OpenAI pour 70 dollars de frais cloud.- xAI d'Elon Musk à Memphis, Tennessee : data center dans quartier majoritairement noir, dégradation de qualité de l'air signalée.TIMESTAMPS CLÉS Note : il s'agit d'une newsletter sans timestamps réels. Les repères ci-dessous sont structurés par section éditoriale et peuvent servir de chapitres si l'épisode est enregistré. 00:00 Introduction : pourquoi j'ai changé de position sur l'IA Pendant dix ans j'ai tempéré le catastrophisme. Quelque chose a changé. Des gens autour de moi perdent des contrats qu'ils avaient depuis dix ans. Je reviens sur ma posture et j'explique ce qui m'a forcé à regarder les choses autrement. 06:00 La contradiction centrale : le capitalisme peut-il se passer de consommateurs ? L'intuition

    41 min
  6. #389 Comment l'humain devient le prochain chantier technologique ? Avec Olivier Veran (partie 2)

    7 AVR.

    #389 Comment l'humain devient le prochain chantier technologique ? Avec Olivier Veran (partie 2)

    Olivier Véran est évidemment l'ancien mnistre de la santé qui a eu à gérer la crise du Covid mais c'est égaleemnt un médecin neurologue. Depuis, il a quitté la politique pour mieux l'observer, et il regarde le monde avec une lucidité qui, franchement, m'a surpris. On s'était croisés autour d'un café pour parler d'un sujet qui m'obsède : comment nos cerveaux vont évoluer à l'ère de l'IA. Et la conversation est allée beaucoup plus loin que prévu. Dans cet épisode, nous parlons de diagnostic préimplantatoire et de design d'enfant, de neurotechnologies d'augmentation, du projet d'Apple de lire vos pensées via les AirPods, de l'absence totale de débat démocratique sur ces sujets, de la société du commentaire vue de l'intérieur d'un ministère, des inégalités creusées par les campagnes de santé publique, de l'avenir de la Sécurité sociale, et de ce qui, selon Olivier, peut encore nous redonner de l'élan. J'ai questionné Olivier sur ce qui se joue vraiment autour des neurotechnologies, sur pourquoi il n'existe pas encore de "conférence d'Asilomar" pour le cerveau, et sur ce que ça dit de nous, collectivement, qu'on laisse ces décisions aux seuls acteurs privés. Un épisode dense, parfois inconfortable, et finalement assez stimulant j'espère. CITATIONS MARQUANTES - "Si ton collègue d'à côté parle 50 langues, comprend plus vite que toi et peut bosser 12 heures sans pause, à un moment donné, tu n'auras plus le choix."- "Il n'y a pas eu de conférence d'Asilomar pour les neurotechnologies. Pas 150 chercheurs réunis pour dire : est-ce qu'on veut vraiment aller là ?"- "L'IA, ça nous est littéralement tombé dessus. Aucun État n'était préparé. Et c'est déjà la preuve qu'on est incapables d'anticiper les révolutions technologiques."- "80% de tes dépenses de santé, c'est dans ta dernière année de vie."- "Je claque la porte à la radicalité de tous bords, celle qui veut nous faire croire qu'on n'a plus la capacité de s'entendre." QUESTIONS DE L'INTERVIEW - Le diagnostic préimplantatoire est interdit en France, mais légal ailleurs. Où en est-on techniquement, et à quelle fiabilité ?- Le film Bienvenue à Gattaca date de 1997. Est-ce qu'il a pris une ride ?- Comment la société du commentaire a-t-elle changé la gestion d'une crise sanitaire comme le Covid ?- On a été l'un des pays les plus vaccinés. Comment tu expliques ça, vu le niveau de défiance au départ ?- Si tu devais regérer le Covid aujourd'hui, qu'est-ce que tu ferais différemment ?- Les neurotechnologies d'augmentation, c'est de la science-fiction ou c'est pour demain ?- À quel moment est-ce qu'on nous a demandé notre avis sur ces technologies qui peuvent lire nos pensées ?- Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, comme le propose Macron, ça sert à quoi ?- L'IA va-t-elle remplacer les médecins, ou simplement transformer leur métier ?- Qu'est-ce qui te donne encore de l'élan, dans ce monde qui semble s'effondrer ? Les idées partagées 1. La neuroaugmentation n'est pas de la science-fiction, c'est du business Apple a breveté des AirPods capables de capter les ondes cérébrales. L'industrie du gaming développe des casques qui lisent les émotions. Des milliards sont investis sans aucun contrôle démocratique. Le glissement est lent, mais il est en cours. Pourquoi c'est important : on ne nous demande pas notre avis, et c'est précisément le problème. (~28:00) 2. Il n'existe pas de "conférence d'Asilomar" pour le cerveau Dans les années 80, les généticiens avaient eux-mêmes demandé l'interdiction du clonage humain. Aujourd'hui, rien d'équivalent n'existe pour les neurotechnologies. Le Chili est le seul pays au monde à avoir inscrit des "neurodroits" dans sa constitution. Pourquoi c'est important : ce vide est une décision par défaut, et elle se prend sans nous. (~32:00) 3. Les campagnes de santé publique creusent les inégalités Contra-intuitif mais documenté : plus tu investis dans la prévention grand public, plus tu touches ceux qui en ont le moins besoin. Les messages "mangez des fruits", "faites du sport" n'atteignent pas les ouvriers qui passent 2h30 dans les transports chaque jour. Pourquoi c'est important : la santé publique telle qu'on la pratique produit exactement l'inverse de ce qu'elle prétend faire. (~1:05:00) 4. L'IA ne remplacera pas le médecin, mais changera radicalement ce qu'il fait L'IA est déjà plus performante que l'oeil humain en imagerie. Elle va diagnostiquer plus tôt, trouver des biomarqueurs inattendus, raccourcir la durée de formation. Mais la valeur humaine se concentrera sur l'information de première main, celle que l'IA ne peut pas avoir. Pourquoi c'est important : la question n'est pas "IA ou médecin" mais "quel médecin dans un monde avec IA". (~53:00) 5. La souveraineté sanitaire est déjà perdue, et Trump l'accélère 98% des matières premières pour les médicaments vitaux viennent d'Asie. Un médicament sur quatre innovants n'est pas distribué en France faute d'accord sur le prix. Et Trump vient d'imposer aux labos que les nouveaux médicaments ne coûtent pas plus cher aux Américains qu'aux Européens, ce qui va mécaniquement augmenter les prix en Europe. Pourquoi c'est important : une décision d'un homme peut mettre à mal tous les systèmes de protection sociale européens. (~45:00) RÉFÉRENCES CITÉES Films / Séries - Bienvenue à Gattaca (1997) — Ethan Hawke, Jude Law — modèle d'une société basée sur la sélection génétique (~06:00)- Fondation (série Apple TV+, d'après Asimov) — clone d'un dirigeant à trois âges différents (~11:00)Personnalités / Figures historiques - Jacques Monod, généticien prix Nobel français, qui disait dans les années 80 qu'on ne pourrait jamais toucher au génome humain (~09:00)- Pierre Larocque (gaulliste) et Ambroise Croizat (communiste), co-fondateurs de la Sécurité sociale (~1:03:00)- Eduardo Paes, maire de Rio, qui a proposé de rendre les GLP-1 accessibles dans les favelas (~1:10:00)- Sam Altman, patron d'OpenAI, rencontré par Olivier Véran (~35:00)- Pasteur, cité comme exemple de découverte scientifique accidentelle (~57:00)- Nathalie Polony, citée sur la dépendance militaire européenne aux équipements américains (~42:00)Concepts / Références intellectuelles - Convention d'Asilomar (Californie) — réunion des généticiens ayant conduit à l'interdiction du clonage (~08:00)- La "fenêtre d'Overton" — mécanisme de déplacement des sujets acceptables dans le débat public (~14:00)- Le positivisme et le Temple positiviste de Rio — la morale comme sommet de toutes les sciences (~40:00)- La Société du commentaire — mentionné comme titre de livre (~12:00)- Conation — concept d'élan vital évoqué avant l'enregistrement (~48:00)- Rapport UNESCO sur les neurotechnologies (~36:00)- Réforme constitutionnelle chilienne sur les neurodroits (~33:00)- Étude nord-américaine : 40% des élèves exerceront un métier qui n'existe pas encore (~07:00)- F2SOI / Soitec — microprocesseur français présent dans tous les smartphones (~44:00) TIMESTAMPS 00:00 Introduction — Comment redonner envie du futur face aux polycrises 02:30 Choix des embryons et diagnostic préimplantatoire — ce qui est légal, ce qui ne l'est pas 07:00 Bienvenue à Gattaca : la science-fiction est devenue une piste sérieuse 10:00 Clonage humain : l'interdiction d'Asilomar et ce qui se passerait si c'était à refaire aujourd'hui 14:00 La société du commentaire — comment les médias fabriquent des sujets de débat 18:00 Covid : la gestion de crise vue de l'intérieur, la désinformation, le vaccin 24:00 Peut-on envisager une nouvelle crise sanitaire ? Les scénarios sur la table 28:00 Neurotechnologies : du progrès naturel à la lecture de pensées par AirPods 35:00 Neuroaugmentation et transhumanisme — pourquoi on n'a pas notre conférence d'Asilomar 40:00 Le positivisme et la morale comme boussole du progrès technologique 42:00 Souveraineté numérique et sanitaire — la dépendance stratégique de l'Europe 48:00 Conation, IA générative et burn-out de ChatGPT — ce qui se perd quand on fait faire 53:00 IA et médecine — diagnostic, formation, remplacement ou transformation ? 58:00 L'information de première main comme seule plus-value humaine face à l'IA 01:01:00 Ce qui donne encore de l'élan à Olivier Véran — le lien, les amis, la solidarité 01:05:00 Santé publique et inégalités — pourquoi les campagnes touchent les mauvaises cibles 01:10:00 Sécurité sociale : retour aux fondamentaux, le panier de soins, les arbitrages 01:17:00 Robots en médecine — chirurgie de précision, micro-robots, logiciels 01:22:00 Claquement de porte et ouverture — contre la radicalité, pour le débat 01:25:00 La politique, un métier ? Pourquoi Olivier Véran pense que non Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    36 min
  7. #389  Comment l'humain devient le prochain chantier technologique? Avec Olivier Veran (partie 1)

    7 AVR.

    #389 Comment l'humain devient le prochain chantier technologique? Avec Olivier Veran (partie 1)

    Olivier Véran est évidemment l'ancien mnistre de la santé qui a eu à gérer la crise du Covid mais c'est égaleemnt un médecin neurologue. Depuis, il a quitté la politique pour mieux l'observer, et il regarde le monde avec une lucidité qui, franchement, m'a surpris. On s'était croisés autour d'un café pour parler d'un sujet qui m'obsède : comment nos cerveaux vont évoluer à l'ère de l'IA. Et la conversation est allée beaucoup plus loin que prévu. Dans cet épisode, nous parlons de diagnostic préimplantatoire et de design d'enfant, de neurotechnologies d'augmentation, du projet d'Apple de lire vos pensées via les AirPods, de l'absence totale de débat démocratique sur ces sujets, de la société du commentaire vue de l'intérieur d'un ministère, des inégalités creusées par les campagnes de santé publique, de l'avenir de la Sécurité sociale, et de ce qui, selon Olivier, peut encore nous redonner de l'élan. J'ai questionné Olivier sur ce qui se joue vraiment autour des neurotechnologies, sur pourquoi il n'existe pas encore de "conférence d'Asilomar" pour le cerveau, et sur ce que ça dit de nous, collectivement, qu'on laisse ces décisions aux seuls acteurs privés. Un épisode dense, parfois inconfortable, et finalement assez stimulant j'espère. CITATIONS MARQUANTES - "Si ton collègue d'à côté parle 50 langues, comprend plus vite que toi et peut bosser 12 heures sans pause, à un moment donné, tu n'auras plus le choix."- "Il n'y a pas eu de conférence d'Asilomar pour les neurotechnologies. Pas 150 chercheurs réunis pour dire : est-ce qu'on veut vraiment aller là ?"- "L'IA, ça nous est littéralement tombé dessus. Aucun État n'était préparé. Et c'est déjà la preuve qu'on est incapables d'anticiper les révolutions technologiques."- "80% de tes dépenses de santé, c'est dans ta dernière année de vie."- "Je claque la porte à la radicalité de tous bords, celle qui veut nous faire croire qu'on n'a plus la capacité de s'entendre." QUESTIONS DE L'INTERVIEW - Le diagnostic préimplantatoire est interdit en France, mais légal ailleurs. Où en est-on techniquement, et à quelle fiabilité ?- Le film Bienvenue à Gattaca date de 1997. Est-ce qu'il a pris une ride ?- Comment la société du commentaire a-t-elle changé la gestion d'une crise sanitaire comme le Covid ?- On a été l'un des pays les plus vaccinés. Comment tu expliques ça, vu le niveau de défiance au départ ?- Si tu devais regérer le Covid aujourd'hui, qu'est-ce que tu ferais différemment ?- Les neurotechnologies d'augmentation, c'est de la science-fiction ou c'est pour demain ?- À quel moment est-ce qu'on nous a demandé notre avis sur ces technologies qui peuvent lire nos pensées ?- Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, comme le propose Macron, ça sert à quoi ?- L'IA va-t-elle remplacer les médecins, ou simplement transformer leur métier ?- Qu'est-ce qui te donne encore de l'élan, dans ce monde qui semble s'effondrer ? Les idées partagées 1. La neuroaugmentation n'est pas de la science-fiction, c'est du business Apple a breveté des AirPods capables de capter les ondes cérébrales. L'industrie du gaming développe des casques qui lisent les émotions. Des milliards sont investis sans aucun contrôle démocratique. Le glissement est lent, mais il est en cours. Pourquoi c'est important : on ne nous demande pas notre avis, et c'est précisément le problème. (~28:00) 2. Il n'existe pas de "conférence d'Asilomar" pour le cerveau Dans les années 80, les généticiens avaient eux-mêmes demandé l'interdiction du clonage humain. Aujourd'hui, rien d'équivalent n'existe pour les neurotechnologies. Le Chili est le seul pays au monde à avoir inscrit des "neurodroits" dans sa constitution. Pourquoi c'est important : ce vide est une décision par défaut, et elle se prend sans nous. (~32:00) 3. Les campagnes de santé publique creusent les inégalités Contra-intuitif mais documenté : plus tu investis dans la prévention grand public, plus tu touches ceux qui en ont le moins besoin. Les messages "mangez des fruits", "faites du sport" n'atteignent pas les ouvriers qui passent 2h30 dans les transports chaque jour. Pourquoi c'est important : la santé publique telle qu'on la pratique produit exactement l'inverse de ce qu'elle prétend faire. (~1:05:00) 4. L'IA ne remplacera pas le médecin, mais changera radicalement ce qu'il fait L'IA est déjà plus performante que l'oeil humain en imagerie. Elle va diagnostiquer plus tôt, trouver des biomarqueurs inattendus, raccourcir la durée de formation. Mais la valeur humaine se concentrera sur l'information de première main, celle que l'IA ne peut pas avoir. Pourquoi c'est important : la question n'est pas "IA ou médecin" mais "quel médecin dans un monde avec IA". (~53:00) 5. La souveraineté sanitaire est déjà perdue, et Trump l'accélère 98% des matières premières pour les médicaments vitaux viennent d'Asie. Un médicament sur quatre innovants n'est pas distribué en France faute d'accord sur le prix. Et Trump vient d'imposer aux labos que les nouveaux médicaments ne coûtent pas plus cher aux Américains qu'aux Européens, ce qui va mécaniquement augmenter les prix en Europe. Pourquoi c'est important : une décision d'un homme peut mettre à mal tous les systèmes de protection sociale européens. (~45:00) RÉFÉRENCES CITÉES Films / Séries - Bienvenue à Gattaca (1997) — Ethan Hawke, Jude Law — modèle d'une société basée sur la sélection génétique (~06:00)- Fondation (série Apple TV+, d'après Asimov) — clone d'un dirigeant à trois âges différents (~11:00)Personnalités / Figures historiques - Jacques Monod, généticien prix Nobel français, qui disait dans les années 80 qu'on ne pourrait jamais toucher au génome humain (~09:00)- Pierre Larocque (gaulliste) et Ambroise Croizat (communiste), co-fondateurs de la Sécurité sociale (~1:03:00)- Eduardo Paes, maire de Rio, qui a proposé de rendre les GLP-1 accessibles dans les favelas (~1:10:00)- Sam Altman, patron d'OpenAI, rencontré par Olivier Véran (~35:00)- Pasteur, cité comme exemple de découverte scientifique accidentelle (~57:00)- Nathalie Polony, citée sur la dépendance militaire européenne aux équipements américains (~42:00)Concepts / Références intellectuelles - Convention d'Asilomar (Californie) — réunion des généticiens ayant conduit à l'interdiction du clonage (~08:00)- La "fenêtre d'Overton" — mécanisme de déplacement des sujets acceptables dans le débat public (~14:00)- Le positivisme et le Temple positiviste de Rio — la morale comme sommet de toutes les sciences (~40:00)- La Société du commentaire — mentionné comme titre de livre (~12:00)- Conation — concept d'élan vital évoqué avant l'enregistrement (~48:00)- Rapport UNESCO sur les neurotechnologies (~36:00)- Réforme constitutionnelle chilienne sur les neurodroits (~33:00)- Étude nord-américaine : 40% des élèves exerceront un métier qui n'existe pas encore (~07:00)- F2SOI / Soitec — microprocesseur français présent dans tous les smartphones (~44:00) TIMESTAMPS 00:00 Introduction — Comment redonner envie du futur face aux polycrises 02:30 Choix des embryons et diagnostic préimplantatoire — ce qui est légal, ce qui ne l'est pas 07:00 Bienvenue à Gattaca : la science-fiction est devenue une piste sérieuse 10:00 Clonage humain : l'interdiction d'Asilomar et ce qui se passerait si c'était à refaire aujourd'hui 14:00 La société du commentaire — comment les médias fabriquent des sujets de débat 18:00 Covid : la gestion de crise vue de l'intérieur, la désinformation, le vaccin 24:00 Peut-on envisager une nouvelle crise sanitaire ? Les scénarios sur la table 28:00 Neurotechnologies : du progrès naturel à la lecture de pensées par AirPods 35:00 Neuroaugmentation et transhumanisme — pourquoi on n'a pas notre conférence d'Asilomar 40:00 Le positivisme et la morale comme boussole du progrès technologique 42:00 Souveraineté numérique et sanitaire — la dépendance stratégique de l'Europe 48:00 Conation, IA générative et burn-out de ChatGPT — ce qui se perd quand on fait faire 53:00 IA et médecine — diagnostic, formation, remplacement ou transformation ? 58:00 L'information de première main comme seule plus-value humaine face à l'IA 01:01:00 Ce qui donne encore de l'élan à Olivier Véran — le lien, les amis, la solidarité 01:05:00 Santé publique et inégalités — pourquoi les campagnes touchent les mauvaises cibles 01:10:00 Sécurité sociale : retour aux fondamentaux, le panier de soins, les arbitrages 01:17:00 Robots en médecine — chirurgie de précision, micro-robots, logiciels 01:22:00 Claquement de porte et ouverture — contre la radicalité, pour le débat 01:25:00 La politique, un métier ? Pourquoi Olivier Véran pense que non Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #376 Quelles stratégies pour reconstruire une France autonome et résiliente? Avec Arnaud Montebourg - Partie 1 (https://audmns.com/UxFQjUM) - [SOLO] On s'en fout de la longévité : guide pour ceux que ça saoule mais qui veulent quand même vivre en bonne santé (https://audmns.com/naYIAVO) - #294 Les secrets de la longévité en bonne santé avec Docteur Christophe de Jaeger (https://audmns.com/yiQROWd) Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    52 min
  8. [moment] Le meilleur biohack : dormir avec Jeremy Coron

    2 AVR.

    [moment] Le meilleur biohack : dormir avec Jeremy Coron

    Jérémy Coron, coach en santé et performance, spécialiste du sommeil et de la biologie humaine. J'ai rencontré Jérémy parce que je cherchais quelqu'un qui pouvait expliquer simplement des mécanismes que la plupart des gens subissent sans les comprendre. Il a ce truc rare : il rend accessible une science qui devrait être enseignée à l'école, sans jamais la simplifier à outrance. Dans cet épisode, nous parlons de ce qui se passe vraiment dans ton corps entre le moment où tu ouvres les yeux et le moment où tu t'endors. Du rythme circadien, de la mélatonine et du cortisol comme acteurs antagonistes, de pourquoi regarder une série de zombies avant de dormir est biologiquement absurde, et de ce que les chronotypes lion, ours et loup changent concrètement à ta façon d'organiser ta journée. J'ai questionné Jérémy sur le mythe des heures avant minuit, sur pourquoi ton café du réveil est peut-être la pire chose que tu puisses faire au moment où tu le bois, et sur ce que ça fait d'être un loup dans un monde conçu par des ours. 3. Citations marquantes - "On n'est pas des êtres terrestres, on est des êtres solaires."- "Le cortisol, c'est l'hormone de l'énergie, pas l'hormone du stress. C'est l'hormone de réponse au stress."- "Prendre son café au réveil, c'est l'équivalent de charger un téléphone qui est déjà plein."- "Il n'y a aucun monde dans lequel l'homme préhistorique regarde The Walking Dead et va se coucher."- "L'insomnie, ce n'est pas héréditaire. C'est le résultat de comportements qu'on peut heureusement contrecarrer."4. Big Ideas avec timestamps Le cortisol n'est pas l'ennemi (01:32) On a associé le cortisol au stress pendant des années. C'est faux, ou plutôt incomplet. C'est l'hormone qui déstocke l'énergie le matin, qui te réveille, qui te met en mouvement. Requalifier cette hormone change la façon dont on se rapporte à son propre réveil. Le soleil comme chef d'orchestre hormonal (02:09) Le noyau suprachiasmatique régule l'ensemble du timing hormonal en fonction des signaux lumineux. On est littéralement câblés sur le cycle solaire. Ce n'est pas de la poésie, c'est de la biologie de base qu'on ignore collectivement. Lumière bleue : le bon moment change tout (01:32) La lumière bleue n'est pas mauvaise en soi, elle est essentielle le matin et destructrice le soir. Cette nuance, simple une fois posée, restructure complètement la routine quotidienne. Le café au bon moment (03:55) Boire son café dans les 90 premières minutes du réveil court-circuite un pic de cortisol naturel. Décaler de 90 minutes à 2 heures, c'est une intervention quasi-gratuite avec un impact réel sur l'énergie. Les chronotypes comme réalité biologique (07:29) Lions, ours, loups : les trois chronotypes ne sont pas des préférences lifestyle, ce sont des configurations biologiques. Les loups, 5 à 10% de la population, vivent structurellement à contre-emploi dans un monde organisé par les ours. 5. Questions posées dans l'interview - Comment on explique le réveil à 5h du matin, ce phénomène qui touche beaucoup de gens ?- Peux-tu nous parler des lumières bleues et de leur effet sur le sommeil ?- Quel est le premier comportement à adopter le matin selon toi ?- À quel moment prendre son café pour maximiser l'énergie ?- Pourquoi faut-il éviter les écrans le soir, au-delà de la lumière bleue ?- Est-ce que les heures avant minuit comptent vraiment double ?- Est-ce qu'on est tous naturellement fait pour être du matin ?- Quelle est la différence concrète entre un profil lion et un profil ours ?- Les loups sont-ils condamnés à être en décalage avec le monde ?- L'insomnie est-elle héréditaire ou comportementale ? Suggestion d'autres épisodes à écouter : - #317 Les secrets pour améliorer son efficacité et maximiser son bien être avec Jeremy Coron (partie 1) (https://audmns.com/dBFvKlG) - #317 Les secrets pour améliorer son efficacité et maximiser son bien être avec Jeremy Coron (partie 2) (https://audmns.com/QJIAQzg) Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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À propos

Un podcast pour comprendre ce qui est en train de se transformer avant que cela ne devienne évident et pour vous redonner envie du futur sans optimisme naif ni cynisme mais avec lucidité.Tendance humaniste. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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