Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle - Patrick Boucheron

Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en 1985 et obtient l'agrégation d'histoire en 1988. C'est sous la direction de Pierre Toubert qu'il soutient en 1994 à l'université de Paris 1 sa thèse de doctorat d'histoire médiévale, publiée quatre ans plus tard sous le titre Le pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, École française de Rome, 1998 (Collection de l'EFR, 239). Maître de conférences en histoire médiévale à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud de 1994 à 1999, puis à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne à partir de 1999, il fut membre junior de l'Institut universitaire de France de 2004 à 2009. En 2009, il soutient à l'université de Paris 1 une habilitation à diriger des recherches intitulée La trace et l'aura et est élu professeur d'histoire du Moyen Âge dans cette même université en 2012. Il est, depuis 2015, président du conseil scientifique de l'École française de Rome. Il a été élu la même année professeur au Collège de France sur la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle ».

  1. Mar 17

    10 - Lieux de pouvoir : Histoires politiques de l'arbre

    Patrick Boucheron Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Collège de France Année 2025-2026 10 - Lieux de pouvoir : Histoires politiques de l'arbre Résumé Le 15 janvier 1975, la statue d'Eugène Guillaume « Saint Louis rendant la justice sous son chêne », installée en 1877 dans la galerie Saint-Louis de la Cour de cassation au palais de justice de Paris, est visée par un attentat à la bombe. Pourquoi les militants du GARI la considéraient-ils alors comme « image historique de la "justice" d'État » ? L'enquête prend d'abord la forme classique d'une archéologie textuelle, depuis L'Histoire de Saint Louis de Joinville jusqu'à l'exaltation, sous le règne de Louis XIV, du motif de l'arbre de justice, susceptible de naturaliser et d'enraciner dans la nation la notion même de justice souveraine. Mais elle suit ensuite la piste végétale. D'abord, pour inscrire ce chêne dans la forêt de Vincennes et dans l'histoire naturelle des lieux de pouvoirs. Ensuite, pour la saisir dans la pensée symbolique Moyen Âge, dont l'arbre des connaissances classe les essences forestières en fonction de leurs rôles politiques. Davantage que le motif biblique de l'arbre de Jessé, c'est cette arborescence logique qui permet de penser l'engendrement et la transmission à partir de l'imaginaire de l'arbre généalogique. Mais s'il y a des arbres souverains, il n'y a pas de roi des arbres, et certains, comme l'orme, peuvent aussi abriter une conception communale non seulement de l'exercice de la justice, mais d'une communauté politique réglée par le contrôle de la parole. Sommaire « En détruisant l'effigie de Saint Louis, image historique de la "justice" d'État… » (15 janvier 1975) : enquête sur une déflagration Le ciel de traîne de 1968 et la violence politique (Fanny Bugnon, « De l'"agitation" au "terrorisme" : enjeux de la médiatisation de la violence révolutionnaire en France (1973-1986) », Lien social et Politiques, 2012) Franquisme et médiévalisme : le « Dieu des batailles » dans Le Dimanche de Bouvines de Georges Duby (Felipe Brandi, « Connaissance historique et usages politiques du passé. Considérations autour de l'épilogue du Dimanche de Bouvines de Georges Duby », Cahiers du CRH, 44, 2009) Théologie politique et architecture palatiale : du Palais de la Cité au Palais de justice Curia regis, Parlement, justices souveraines Politiques monumentales à la Cour de cassation (Philippe Galanopoulos, « La Cour de Cassation. De l'exigence de préservation patrimoniale à l'expression d'une politique culturelle », In Situ, 48, 2022) Eugène Guillaume et la statuaire d'État : « Saint Louis sous son chêne » (1877) Détour sur un rond-point de Bagnères-de-Luchon : Eugène Guillaume et le Collège de France La matrice narrative d'un imaginaire : Joinville et l'épisode du chêne de Vincennes (Marie Dejoux, « Le chêne de Vincennes. Retour sur une image emblématique de la justice française », Revue historique de droit français et étranger, 98, 2020) « Nous qui étions près de lui » : un roi « touché de près » (Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996) « Expédiez-moi cette partie » : l'exercice de la justice entre humilité chrétienne et technicité judiciaire (Marie Dejoux, Pierre-Anne Forcadet, Vincent Martin, Liêm Tuttle, La justice de Saint Louis. Dans l'ombre du chêne, Paris, PUF, 2024) Sources narratives et actes de la pratique (Marie Dejoux, Saint Louis après Jacques Le Goff. Nouveaux regards sur le roi et son gouvernement, Rennes, PUR, 2025) La transformation du motif de l'arbre de justice au temps de Louis XIV : naturalisation et enracinement de la justice souveraine L'arbre de Saint Louis dans son environnement naturel : la forêt de Vincennes (Jean Chapelot et Elisabeth Lalou dir., Vincennes aux origines de l'État moderne, Paris, ENS éditions, 1996) Un roi qui ne chasse pas, mais qui parle Peut-on faire l'histoire naturelle d'un lieu de pouvoir ? (Grégory Quenet, Versailles, une histoire naturelle, Paris, La Découverte, 2016) Quercus robur : histoire naturelle et imaginaire du chêne De quel bois sommes-nous fait ? Lignum et materia prima (Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Paris, Le Seuil, 2004) Il n'y a pas de roi des arbres, mais il y a des arbres souverains Des essences forestières : arbres funestes et arbres bénéfiques (Alice Laforet, Connaissance des arbres au Moyen Âge. Savoirs et discours botaniques dans les encyclopédies, les herbiers et les textes agronomiques (XIIe-XVe siècle), thèse de l'université Grenoble Alpes, 2023) Ambivalences symboliques : noix et noyers (Pauline Leplongon, Histoire culturelle de la noix et du noyer en Occident de l'Antiquité romaine au XVIIIe siècle, thèse de l'université PSL, 2017) Des arbres remarquables : l'orme de Saint Gervais à Paris « Attendez-moi sous l'orme » : les juges de la porte et les juges de l'orme (Robert Jacob, Images de la Justice. Essai sur l'iconographie judiciaire du Moyen Âge à l'âge classique, Paris, Le Léopard d'Or, 1994) Quand les arbres racontent l'histoire du Moyen Âge : l'orme communal et l'assemblée des citoyens (Paolo Grillo, I giganti silenziosi. Il Medioevo in dieci alberi, Milan, Mondadori, 2025) Le songe de Nabuchodonosor, ou l'ivresse des cimes du pouvoir De Jacques Callot à Billie Holiday : l'arbre des pendus Le pilori comme arbre symbolique (Isabelle d'Artagnan, Le Pilori au Moyen Âge dans l'espace français, XIIe-XVe siècle, Rennes, PUR, 2024) Le bois de la croix du Christ et l'arbre de la connaissance « Au Moyen Âge, on conçoit l'émergence d'une chose à partir d'une autre comme une reproduction, une propagation au sens premier » (Christiane Klapisch-Zuber, L'Ombre des ancêtres. Essai sur l'imaginaire de la parenté, Paris, Fayard, 2000) De la ramure à la racine, la déchéance des origines Le point de vue végétal sur l'ouverture et le recommencement (Emanuele Coccia, La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Rivages, 2016) « Et il faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui » (Joinville) : retour de l'hétérotopie dans la cité.

    1h 3m
  2. Mar 10

    09 - Lieux de pouvoir : Mon corps, topie impitoyable

    Patrick Boucheron Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Collège de France Année 2025-2026 09 - Lieux de pouvoir : Mon corps, topie impitoyable Résumé Afin de relancer la présente enquête sur les lieux de pouvoir par une prise en compte de la manière dont les hétérotopies espacent le temps, la séance propose un excursus dans l'histoire de la pensée contemporaine : comment, en 1966, Michel Foucault a-t-il pu intégrer ses propositions sur les « espaces autres » dans une réflexion plus générale sur le corps et l'utopie ? Et pourquoi cette réflexion est-elle indissociable d'une inquiétude plus profonde quant aux puissances de percussion de la voix ? Sans doute, doit-on saisir cette double interrogation dans le contexte collectif des grands débats sur la phénoménologie et l'historicité au temps de l'effervescence structuraliste. Et sans doute peut-on également remarquer que la parution de plusieurs inédits de Foucault datant de cette même année 1966 (et notamment Le Discours philosophique) permet de compliquer l'idée que l'on se fait de la chronologie interne de son œuvre. Mais l'hypothèse que l'on défend ici est qu'il convient surtout de prendre en considération la forme radiophonique des propositions foucaldiennes sur le corps utopique et les hétérotopies, afin d'en mieux comprendre la teneur intime et la portée collective. Car ce qui est ultimement en jeu ici est de suggérer comment, sans chercher à la ventriloquer, la voix de Michel Foucault peut ici être entendue, et comment le travail de l'histoire permet d'y reconnaître le rendement conceptuel d'une notion comme celle d'hétérotopie. Sommaire « Ce lieu que Proust, doucement, anxieusement, vient occuper de nouveau à chacun de ses réveils… » : écouter la voix de Michel Foucault Une expérience radiophonique (Michel Foucault, Entretiens radiophoniques, 1961-1983, éd. Henri-Paul Fruchaud, Paris, Flammarion-Vrin-Ina, 2024) Du magnétophone à l'ordinateur : techniques et gestuelles du travail intellectuel (Caroline Muller et Frédéric Clavert, Écrire l'histoire. Gestes et expériences à l'ère numérique, Paris, Armand Colin, 2025) Le texte, cendre refroidie du feu de la parole (Patrick Boucheron, « La lettre et la voix : aperçus sur le destin littéraire des cours de Georges Duby au Collège de France à travers le témoignage des manuscrits conservés à l'IMEC », Le Moyen Âge, CXV-3/4, 2009) « J'écris pour ne plus avoir de visage » (Michel Foucault, L'Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969) : faut-il ne plus écrire pour parler vrai ? Ne pas céder à la violence du dire (Guillaume Bellon, Une parole inquiète. Barthes et Foucault au Collège de France, Grenoble, UGA éditions, 2012) Corps écrit, corpus élargi : les vies posthumes de Michel Foucault « Suis-je le seul à mieux retrouver la parole de Foucault dans ces transcriptions qu'en écoutant un enregistrement du même cours ? » (Philippe Roger, « La voix de Michel Foucault », Critique, 2005) L'élan élocutoire d'une voix qui raisonne par percussions (David Christoffel, « La pensée de la voix de Foucault », Filigrane, 29, 2024) « Cette peau où je suis fourré comme dans un sac » : 21 décembre 1966, Foucault et « le corps utopique » Retrouver cette « architecture fantastique et ruinée » et aller voir ailleurs si j'y suis De la position phénoménologique à la critique de Naissance de la clinique (Judith Revel, Foucault avec Merleau-Ponty. Ontologie politique, présentisme et histoire, Paris, Vrin, 2015) Effervescence structuraliste et réception de Les Mots et les choses (Antoine Compagnon, 1966. Année mirifique, Paris, Gallimard, 2026) Penser, c'est poser un diagnostic : « Mettre en lumière soudain, cette heure grise où nous sommes. Prophétiser l'instant » (Michel Foucault, Le Discours philosophique, Paris, Gallimard-Seuil-EHESS, 2023) « Nous sommes à l'époque du simultané, nous sommes à l'époque de la juxtaposition, à l'époque du proche et du lointain, du côte à côte, du dispersé » : 7 décembre 1966, Foucault et les espaces autres Lieux, emplacements, déplacements : repenser, en historien, la question de l'espace De la liste de Borgès dans Les mots et les choses à « ce désordre qui fait scintiller les fragments d'un grand nombre d'ordres possibles » : qu'est-ce que les hétérotopies ? Fait de langue, ordre du discours et désordre de l'espace (Daniel Defert, « "Hétérotopie" : tribulations d'un concept », dans Michel Foucault, Le Corps utopique. Les hétérotopies, Paris, Lignes, 2009) Un concept qui vient de la clinique : « mettre à jour la vérité de ce qui est mort » (Michel Foucault, Le Beau danger. Un entretien avec Michel Bonnefoy, Paris, l'EHESS, 2011) « Cette science qui s'appellerait, qui s'appellera, qui s'appelle déjà hétérotoplogie » De la conférence du 17 mars 1967 aux Machines à guérir : quand les architectes anti-fonctionnalistes s'emparent des hétérotopies « Les suivantes » : dernier coup d'œil dans le miroir peint par Velázquez « À bien des égards, l'art de servir est la basse continue du tableau » (Jérémie Koering, Enquête sur "Les Ménines". Velázquez et le regard du roi, Arles, Actes Sud, 2025) Au miroir de cet espace autre, revoir les lieux de pouvoir.

    1 hr
  3. Mar 3

    08 - Lieux de pouvoir : Occuper les lieux, prendre le pouvoir

    Patrick Boucheron Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Collège de France Année 2025-2026 08 - Lieux de pouvoir : Lieux de pouvoir : Occuper les lieux, prendre le pouvoir Résumé Quels lieux faut-il occuper pour prendre le pouvoir ? La question semble concerner les techniques du coup d'État susceptibles, de Gabriel Naudé au XVIIe siècle à Curzio Malaparte au XXe siècle, de révéler efficacement le caché de l'État, pour mieux le renverser. Si la réflexion débouche inévitablement sur cette interrogation inquiète sur la violence politique aujourd'hui, elle trouve ici son origine dans une analyse pragmatique et territoriale de situations urbaines de la fin du Moyen Âge : de Payerne à Florence en passant par les campagnes françaises soulevées par la Jacquerie, en suivant les gestes des révoltés, et en les écoutant requalifier en actes et en paroles les lieux du pouvoir, on cherche à saisir en situation la logique des espacements du politique. De la révolte des Ciompi en 1378 à la conjuration des Pazzi en 1478, il ne s'agit pas seulement de se rassembler pour exposer sa propre vulnérabilité et faire ainsi pression sur les pouvoirs en place, mais bien, comme le suggère la philosophie contemporaine de la dislocation architecturale, annuler en un endroit la puissance de leurs récits identificatoires. Sommaire Au départ, ce n'était qu'un jeu : l'événement comme raté du rituel Sortir dans la rue, occuper les lieux et prendre goût au tumulte : à Payerne en 1420, un carnaval politique qui conquiert la durée (Matthias Wirz, « Muerent les moignes ! ». La révolte de Payerne (1420), Lausanne, 1997) Quand le verger du prieur devient une platea communis Qualifier, déqualifier, requalifier politiquement les lieux : scènes de parole Se rassembler tient lieu d'assemblée : l'espace de la délibération spontanée (Patrick Boucheron, "Dis-assembling the Civic Square", dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022) Savoir distinguer lieux publics et espaces publics (Patrick Boucheron, « Espace public et lieux publics : approches en histoire urbaine », dans Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt dir. L'Espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011) Emplacements et espacements du politique « Donner place à l'espace c'est annuler en un endroit la puissance de ces récits identificatoires » (Benoît Goetz, La Dislocation. Architecture et philosophie, Lagrasse, 2018) Au verger, un rêve politique : non pas une échappée belle, mais une hétérotopie En suivant les gestes des révoltés : cartographie des lieux de pouvoir Pendant la Jacquerie, l'attaque contre les châteaux et la « commotion des non-nobles contre les nobles » (Gaëtan Bonnot, La Jacquerie (XIVe-XXIe siècles), devenirs des effrois de 1358, Paris, PUF, 2026) Tout ne feust réadmené à aire : la destruction du château de Vez en 1358 (Bernard Ancien, « Le château de Vez pendant la guerre de Cent Ans », Mémoires de la Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, 1982) Città turrita et damnatio memoriae dans l'Italie communale : l'exemple de la contrada Uberti à Florence La logique urbanocentrique de la peinture infâmante (Giuliano Milani, « Avidité et trahison du bien commun. Une peinture infamante du XIIIe siècle », Annales. Histoire, sciences sociales, 66-2011) Le renversement de l'ordre symbolique : du déshonneur des bannis à celui de la cité « Le 15 juin 1378, on cria plusieurs fois Viva il Popolo au Palais des Prieurs » (Pagolo di ser Guido cimatore) Instituer le politique en exposant sa propre vulnérabilité La resémantisation visuelle de l'espace civique florentin par le tumulte des Ciompi (Richard Trexler, "Folow the Flag : the Ciompi Revolt seen from the streets", Bibliothèque d'humanisme et de Renaissance, 1984) Une inversion de l'ordre campanaire : la périphérie donne le la (Alessandro Stella, La Révolte des Ciompi, Paris, MSH, 1993) Machiavel et le discours du leader des Ciompi : porter la parole d'un lieu ou trouver un lieu pour chaque parole ? (Jean-Claude Zancarini, « La révolte des Ciompi : Machiavel, ses sources et ses lecteurs », Cahiers philosophiques, 2004) Sexualisation de la tyrannie : quand le corps souverain est à prendre (Jocelyne Dakhlia, Harems et Sultans. Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIVe-XXe siècle, Toulouse, Anacharsis, 2024) Molitia et apoderamiento en Castille au XVe siècle : la ritualisation de l'atteinte au roi (François Foronda, El espanto y el miedo. Golpismo, emociones políticas y constitucionalismo en la Edad Media, Madrid, Dykinson, 2013) Parce que l'État n'est pas « un homme mortel », les deux temps de la conjuration des Pazzi en 1478 (Lauro Martines, Le Sang d'Avril : Florence et le complot contre les Médicis, Paris, Albin Michel, 2011) Éclat et éblouissement du coup d'État : « on voit plus tôt tomber le tonnerre qu'on ne l'a entendu gronder dans les nuées » (Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d'État, rééd. Paris, Éditions de Paris, 1988) « L'infiltration d'un rouage, petit mais essentiel, de la machine administrative de l'État » (Edward Luttwark, Coup d'État, mode d'emploi [1969], Paris, rééd., Odile Jacob, 1996) Aujourd'hui, nommer les choses les choses de l'État (Patrick Boucheron, « Théories et pratiques du coup d'État dans l'Italie princière du Quattrocento », dans François Foronda, Jean-Philippe Genet, José Maria Nieto Soria dir., Coups d'État à la fin du Moyen Âge ? Aux fondements du pouvoir politique en Europe occidentale, Madrid, Collection de la Casa de Velàzquez, 2005).

    1h 7m
  4. Feb 17

    07 - Lieux de pouvoir : Gouverner d'ailleurs

    Patrick Boucheron Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Collège de France Année 2025-2026 07 - Lieux de pouvoir : Gouverner d'ailleurs Résumé Depuis Plutarque, la littérature politique enseigne aux princes l'attitude à adopter entre l'offrande et le retrait, l'exposition publique et l'ombre du secret. Les lieux de pouvoir, dans leur architecture même, mettent à l'épreuve ces dilemmes. C'est le cas du palais d'Urbino, dont on analyse la distribution des espaces, depuis l'atrium jusqu'au studiolo. Mais tout cela suppose que les dirigeants acceptent de jouer le jeu. Que se passe-t-il lorsque ce n'est pas le cas, et qu'ils préfèrent se dérober au métier de régner ? Le cas de Louis XI permet de saisir cette tentation de l'échappée belle : elle ne consiste pas seulement à se ménager des retraits ou des résidences écartées, mais à envisager la possibilité de gouverner d'ailleurs, depuis un lieu imaginaire. Ce refuge peut être de beauté ou de folie, comme on le suggère en analysant le passage, dans le Trattato di architettura d'Antonio Averlino dit le Filarete, de la volonté d'édifier une ville idéale à la tentation de l'hétérotopie, qui inquiète davantage qu'elle ne console. Sommaire Entre l'ombre des arcana imperii et la lumière trop crue de la surexposition : la visibilité en clair-obscur de Périclès (Vincent Azoulay, Périclès. La démocratie athénienne à l'épreuve du grand homme, Paris, Armand Colin, 2010) Les Vies parallèles de Plutarque, ou la dialectique de l'offrande et du retrait Trajan, Plutarque et la veuve éplorée : portrait de l'empereur en miséricordieux (Priscille Aladjidi, « L'empereur Trajan : un modèle imaginaire de la charité royale dans les miroirs des princes de la fin du Moyen Âge » dans Anne-Hélène Allirot, Gilles Lecuppre et Lydwine Scordia dir., Royautés imaginaires (XIIe-XVIe siècles), Turnhout, Brepols, 2005) Les traductions latines de Plutarque à la Renaissance (Olivier Guerrier, Visages singuliers du Plutarque humaniste. Autour d'Amyot et de la réception des Moralia et des Vies à la Renaissance, Paris, Les Belles Lettres, 2023) Le panthéon héroïque de Vespasiano da Bisticci Federico da Montefeltro inognito à Urbino L'architecture palatiale, ou l'impossible solitude du prince La falaise et l'atrium : Les deux faces du Palazzo ducale d'Urbino (Patrick Boucheron, De l'éloquence architecture. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), B2, 2014) Les gradients de l'espace public : quand l'architecture des lieux de pouvoir freine, feinte et filtre « Ce que le studiolo princier a pour fonction de faire affleurer, c'est le mystère même de son intériorité, son aura d'inconnaissable » (Daniel Arasse, « Frédéric dans son cabinet : le studiolo d'Urbino », dans Le sujet dans le tableau. Essais d'iconographie analytique, Paris, Flammarion, 1997) Quand le roi Louis XI ne joue pas le jeu : chef et couvre-chef Les entrées royales négociées, ou évitées (Joël Blanchard, « Le spectacle du rite : les entrées royales », Revue historique, 305, 2003) L'effet-Lanterne, ou les échappées architecturales des princes qui faussent compagnie à la visibilité publique À Pienza, la ville idéale de Pie II Piccolomini Plus loin dans l'échappée belle : l'horizon utopique du désir princier Portrait d'Antonio Averlino, dit le Filaerete, en architecte contrarié Le Trattato di architecttura, ou l'érotisation de l'art de bâtir (Patrick Boucheron, « Fragments d'un dépit amoureux : Filarete, de la ville idéale à l'utopie », D'ailleurs. Revue de l'école régionale des beaux-arts de Besançon, 2010) De la Sforzinda à Gallisforma : la revanche d'un imaginaire débridée L'utopie console, l'hétérotopie inquiète : l'horizon foucaldien des lieux de pouvoir De Charles VI à Louis XI, la folie du roi, dernier refuge (Bernard Guenée, La Folie de Charles VI, roi Bien-Aimé, Paris, Perrin, 2004) La prison comme lieu de pouvoir ? Quand l'absence du roi renforce la présence de l'État.

    1h 4m
  5. Feb 10

    06 - Lieux de pouvoir : Comment prendre les bastilles ?

    Patrick Boucheron Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle Collège de France Année 2025-2026 06 - Lieux de pouvoir : Comment prendre les bastilles ? Résumé Si l'on veut redonner chair à l'histoire des lieux de pouvoirs, et ne pas se contenter d'en cartographier de manière abstraite les relations symboliques, on doit s'attacher à décrire, en situation, les comportements qu'ils architecturent. Ceux des princes d'abord : Cola di Rienzo, à Rome, comme Filippo Maria Visconti, à Milan, adoptent des attitudes, des gestes et des manières d'habiter les lieux qui rendent crédible l'imputation de tyrannie. Ainsi peut-on envisager la façade d'un palais comme le visage autoritaire, ou menaçant, d'un ennemi politique. Cela engage une dynamique de qualification, de déqualification et de requalification des espaces – et c'est en suivant le devenir incertain du terme forum de l'Italie de la Renaissance à la régénération napoléonienne de ses structures de prestige que l'on saisit mieux la manière dont se construit, par la nomination des lieux, la construction sociale de leur efficace architecturale. C'est ainsi que certaines forteresses peuvent être, dès le XVe siècle, prises comme des bastilles. Dans ce cas, comme dans celui de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789, c'est leur démantèlement qui les édifie comme lieu de mémoire. Sommaire Pour donner chair à l'histoire Contre la nécrose monumentale, « des espèces de niche » (Francis Ponge, « Notes pour un coquillage », dans Le Parti-pris des choses, 1942) Le secretum, ou l'art de secréter son lieu de pouvoir L'arco della pace et l'ordre napoléonien d'une Milan décongestionnée par la destruction des « bastions de l'ancienne tyrannie » Le foro Bonaparte de Giovanni Antonio Antolini, espace cérémoniel et utopie jacobine (Romain Buclon, « Du Foro Bonaparte de Milan au Quartier du roi de Rome de Paris. Continuités et divergences d'une utopie républicaine à une vision impériale », Mélanges de l'École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 125-2, 2013) « Un corps entier et parfait, que l'on ne pouvait pas laisser sans vie » (Giovanni Antonio Antolini, Descrizione del Foro Bonaparte, Milan, 1806) En 1493, du forum impossible de Milan à celui de Vigevano (Patrick Boucheron, « Hof, Stadt und öffentlicher Raum. Krieg der Zeichen und Streit um die Orte im Mailand des 15. Jahrhunderts », dans Werner Paravicini et Jörg Wettlaufer dir., Der Hof und die Stadt. Konfrontation, Koexistenz und Integration im Verhältnis von Hof und Stadt in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Halle an der Saale, 2004) Castello, Corte, platea : la ténacité topographique des noms de lieux de pouvoir Reconstituer l'emprise du quartiero visconteo : le paradoxe archéologique (Edoardo Rossetti, « In "contrata de Vicecomitibus". Il problema dei palazzi viscontei nel Trecento tra esercizio del potere e occupazione dello spazio urbano », dans Pier Nicola Pagliaea et Serena Romano, Modernamente antichi. Modelli, identità, tradizione nella Lombardia del Tre et Quattrocento, Rome, Viella, 2014) Les complexes palatiaux des hôtels princiers à Paris (Hélène Noizet, Boris Bove, Laurent Costa (dir.), Paris de parcelles en pixels, Presses universitaires de Vincennes – comité d'histoire de la Ville de Paris, Saint-Denis, Paris, 2013) La décennie 1420 à Milan, ou l'équilibre brisé Filippo Maria Visconti, prince redouté Pier Candido Decembrio et l'écriture de la tyrannie (Gary Ianziti, « The Life of the Last Visconti: A Study in Tyranny? », Renaissance Quaterly, 75-3, 2022) À Ségovie aussi, un roi architecturé par la peur (François Foronda, « Le prince, le palais et la ville : Ségovie ou le visage du tyran dans la Castille du XVe siècle », Revue historique, 627-3, 2003) Cola di Rienzo et les pathologies du pouvoir dans la chronique de l'Anonyme romain La chair est triste : envisager le tyran en regardant la façade de son palais En 1447 à Milan : le démantèlement ritualisé du Castello di Porta Giovia comme destruction d'utilité publique (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023) D'autres bastilles, à Ancône notamment (Philippe Jansen, « Bastilles médiévales : les communes à l'assaut des forteresses princières », dans Patrick Boucheron et Jacques Chiffoleau (dir.), Religion et société urbaine au Moyen Âge. Études offertes à Jean-Louis Biget par ses anciens élèves, Paris, Publications de la Sorbonne, 2000) Inventer un lieu de mémoire en le détruisant : le citoyen Pierre-François Palloy et la destruction de la Bastille (Héloïse Bocher, Démolir la Bastille. L'édification d'un lieu de mémoire, Paris, Vendémiaire, 2012) Hubert Robert, 15 juillet 1789 : le jour d'après La destruction de la Bastille dans Un peuple et son roi (Pierre Schoeller, 2018) : quand s'ouvrent les perspectives « Tout était creux, puissance et statue » (Louis-Sébastien Mercier, Tableaux de Paris, cité par Bertrand Tillier, « La mort des statues. Imaginaires archaïques et usages politiques de l'iconoclasme », dans Emmanuel Fureix (dir.), Iconoclasme et révolutions, XVIIIe-XXIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2014).

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Patrick Boucheron est né en 1965, à Paris. Après des études secondaires au lycée Marcelin Berthelot (Saint-Maur-des-Fossés) puis au lycée Henri IV (Paris), il entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en 1985 et obtient l'agrégation d'histoire en 1988. C'est sous la direction de Pierre Toubert qu'il soutient en 1994 à l'université de Paris 1 sa thèse de doctorat d'histoire médiévale, publiée quatre ans plus tard sous le titre Le pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, École française de Rome, 1998 (Collection de l'EFR, 239). Maître de conférences en histoire médiévale à l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud de 1994 à 1999, puis à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne à partir de 1999, il fut membre junior de l'Institut universitaire de France de 2004 à 2009. En 2009, il soutient à l'université de Paris 1 une habilitation à diriger des recherches intitulée La trace et l'aura et est élu professeur d'histoire du Moyen Âge dans cette même université en 2012. Il est, depuis 2015, président du conseil scientifique de l'École française de Rome. Il a été élu la même année professeur au Collège de France sur la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle ».

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