Planisphère géopolitique et stratégique

Diploweb

L’actualité du monde est passée au crible par les experts de la géopolitique et des questions stratégiques. Cette émission Planisphère est diffusée sur la bande FM sur les fréquences de RCF Notre Dame, puis mise à disposition comme podcast sur cette plateforme. Produite par Dr Pierre Verluise, cette émission est également installée sur le premier site géopolitique, Diploweb.com, accompagnée d'une synthèse rédigée, validée par l'intervenant. Enfin, vous trouverez ici quelques enregistrements de podcasts du Diploweb, antérieurs à cette émission Planisphère. Bonne écoute !

  1. 3d ago

    Quelle géopolitique des triades ? Avec Gérard Bouan (ex-DGSE)

    Comment fonctionnent les organisations criminelles asiatiques appelées triades ? Ces groupes sont des acteurs géopolitiques préoccupés par le contrôle d’un territoire et la gestion de ressources comme les drogues. Les triades sont aussi très dynamiques dans les connexions de corruption avec le monde politique. Cependant, ces triades restent à l’œuvre derrière un rideau de fumée difficile à percer. Est-il possible de comprendre comment fonctionnent ces triades ? Planisphère explore cette question avec Gérard Bouan, ancien officier de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) spécialisé en Asie-Pacifique et auteur de plusieurs ouvrages, dont « Triade et pouvoir » (éd. Les trois colonnes). Gérard Bouan a reçu en 2026 le prix Giovanni Falcone décerné par le Cercle K2. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone. Extrait de la synthèse rédigée. "Fort de son expérience d’officier clandestin de la DGSE en Asie, Gérard Bouan souligne d’abord l’extrême difficulté de ce métier, où le taux de réussite est « proche de zéro ». Il s’agit d’une immersion profonde sous identité fictive (IF), dans un pays hostile, sur une très longue durée, entre 15 et 25 ans. L’agent doit faire preuve d’une autonomie totale, étant à la fois « soldat » pour exécuter chaque tâche et « général » pour prendre des initiatives et anticiper l’avenir. Outre la prise de risque, une difficulté de l’action clandestine réside dans l’absence de retour d’information du service. (...) Les triades, explique Gérard Bouan, trouvent leurs origines en Chine sous la dynastie des Ming, bien avant leur apparition officielle en 1644. L’empereur Hongwu avait institué le système des Li jia, une gestion familiale qui assurait la subsistance et la stabilité des communautés paysannes, contribuant à une forte croissance démographique. Cependant, une période de famine dans les années 1640, perçue comme une punition divine, a favorisé l’arrivée des Qing en 1644. Ces nouveaux dirigeants mandchous ont asservi la population Han par des symboles de soumission et en interdisant les Li jia. En réponse, les paysans ont transformé ces pratiques en sociétés clandestines, utilisant des codes secrets, ce qui a marqué la naissance des triades. Progressivement, ces groupes ont évolué en organisations mafieuses, principalement motivées par l’argent et employant la violence pour étendre leur emprise. Elles partagent des caractéristiques avec d’autres mafias mondiales : une nature violente, l’ambition de supplanter rivaux et gouvernements, et l’utilisation de la drogue pour asservir leurs « soldats ». En revanche, leurs chefs ne se droguent pas, sont souvent intelligents et très instruits – parfois formés à l’étranger - mais implacables. Ces « sociétés du silence », ou « taiseux » comme les appelle Gérard Bouan, se distinguent par leur communication codée et l’application de sanctions définitives, létales. (...) Les activités des triades en France sont diverses, couvrant tout ce qui rapporte de l’argent : trafic de drogue, d’armes, de personnes, et notamment les produits dénaturés comme les médicaments frelatés. Gérard Bouan précise que les triades ne sont pas des émanations gouvernementales ; elles possèdent leur propre système de justice, opérant « à côté de l’État ». Si elles interagissent avec les institutions étatiques, c’est par la corruption de hauts fonctionnaires ou de ministres, afin d’influencer la législation à leur avantage. (...)" Synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone⁠.

  2. Oct 19

    Que nous apprend la géopolitique des GAFAM ? Avec Julien Nocetti

    Nous utilisons souvent les grandes plateformes numériques américaines connues en France sous l’acronyme GAFAM, pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Auxquelles nous devrions ajouter des acteurs désormais majeurs qui n’entrent pas dans l’acronyme GAFAM de départ : OpenAI, Anthropic, SpaceX, Nvidia… Des sociétés qui redéfinissent en profondeur les moyens de la puissance américaine. Leur omniprésence conduit à s’interroger : que nous apprend la géopolitique des GAFAM ? Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir Julien Nocetti qui publie un remarquable Que sais-je « Les GAFAM », aux PUF. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone. Extrait de la synthèse rédigée "Les États-Unis entretiennent une relation symbiotique avec les Gafam et d’autres acteurs technologiques émergents, les utilisant comme des instruments de projection de leur puissance. Initialement, de la fin des années 1990 au milieu des années 2010, ces entreprises ont servi la diplomatie publique et le soft power américain, favorisant l’influence et l’ouverture des marchés à l’export. Cependant, un tournant s’opère au milieu des années 2010. Les révélations de l’ancien contractuel de la National Security Agency (NSA) [2], Edward Snowden, ont porté un coup à l’exportation de la puissance américaine, tandis que les limites de la démocratisation par les réseaux sociaux sont apparues après les Printemps arabes (2011). Ces plateformes ont également commencé à être utilisées par des régimes ou partis hostiles aux États-Unis, comme l’a démontré l’ascension politique de Donald Trump. Précédemment, l’administration Obamaa décomplexé le recours à l’exploitation des données pour reconfigurer la puissance économique américaine. (...) Julien Nocetti qualifie l’activité des Gafam d’« économie coloniale », une formule qu’il justifie par plusieurs aspects. Sur le plan immatériel, il s’agit de l’exploitation croissante des données numériques à des fins commerciales et de surveillance, alimentant une reconfiguration de la puissance américaine. Le discours de certains patrons, comme Mark Zuckerberg de Meta, professant la volonté de « connecter le monde », peut rappeler des messages quasi messianiques ou civilisationnels d’anciens empires. Sur le plan matériel, cette dimension coloniale se manifeste dans l’expansion de l’intelligence artificielle. Les données alimentant les systèmes d’IA sont le plus souvent annotées par des travailleurs exploités dans les pays du Sud (Afrique, Asie du Sud-Est, Amérique latine), constituant un retour à ce qu’on pourrait effectivement catégoriser d’économie néocoloniale. L’analyse de Julien Nocetti révèle que les Gafam sont bien plus que de simples entreprises technologiques. Elles sont des acteurs géopolitiques majeurs, instruments de la puissance américaine, mais aussi vecteurs d’une « économie néocoloniale » par l’exploitation des données et du travail dans le Sud global. Leur omniprésence soulève des défis démocratiques fondamentaux, de la désinformation à l’érosion de la confiance dans les institutions, et questionne la capacité des États, notamment européens, à réguler un secteur dont l’innovation dépasse constamment le cadre politique. La régulation, bien que nécessaire, se heurte à l’agilité des Gafam et aux divergences d’intérêts entre puissances. " ⁠Voir la synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone⁠.

  3. Oct 13

    Le corps comme champ de bataille ? Avec A. - M. Ciftcisoy

    Dans les conflits armés, les violences sexuelles sont des armes souvent passées sous silence, malgré leur caractère systémique. Comment mieux appréhender le corps comme un champ de bataille et élaborer une géopolitique de ces crimes en période de conflit armé ? Planisphère pose la question à Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy, docteure en droit, chef analyste documentaliste à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine au sein de la Gendarmerie nationale et chercheuse associée au CUREJ. Elle s’exprime en son nom propre. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone. Cette émission a été enregistrée le 21/09/2026, et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 12/10/2026. Extrait de la synthèse rédigée: "Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy souligne qu’un courant doctrinal en sciences sociales, porté par des auteurs comme MacKinnon, Cockburn ou Baaz, remet en question l’idée que les violences sexuelles en conflit armé seraient des crimes exceptionnels, déconnectés du temps de paix. Au contraire, ces violences constituent un prolongement, un « continuum » de violences fondées sur le genre, le sexe, l’humiliation, la domination et le pouvoir, déjà existantes avant le conflit. La guerre entraîne une exacerbation extrême de ces pratiques, mais ne les crée pas ex nihilo. Le contexte de guerre transforme profondément les modalités et l’intensité de ces violences. Elles engendrent des dommages spécifiques, au-delà des impacts psychologiques (dépression, stress post-traumatique, anxiété) : infections, maladies, désordres gynécologiques, troubles intestinaux et mutilations. (...) La guerre lève les barrières sociales, morales et légales, désorganise les institutions, et favorise une impunité de fait qui libère des comportements habituellement contenus. Le corps devient alors un instrument symbolique, visant à humilier l’adversaire en affirmant une puissance totale, le montrant incapable de protéger ses civils. (...) Le ciblage des victimes repose sur des critères liés au genre, à la domination, à l’humiliation et au pouvoir, avec des modes opératoires spécifiques. Les hommes sont souvent victimes dans des contextes publics (lieux de détention), subissant des tortures sur les organes génitaux, des pénétrations ou étant forcés à perpétrer des actes sur des membres de leur famille ou des personnes du même sexe, dans une logique d’humiliation, de “féminisation” et “d’homosexualisation”. Les femmes peuvent être attaquées dans des contextes privés ou publics, avec un ciblage massif, souvent sous les yeux de leur famille, et des mutilations (marquage au fer rouge, ablation de membres) visant à rendre le viol impossible à cacher. Ces violences s’attaquent aussi aux symboles de pouvoir, comme le montrent les cas de l’ancienne Première ministre rwandaise Agathe Uwilingiyimana ou de l’homme d’affaires tutsi Assiel Kabanda, dont les corps ont été profanés et exposés. (...) La grossesse forcée illustre explicitement cette dimension stratégique. Son élément moral, tel que défini par la CPI, exige l’intention de modifier la composition ethnique d’une population. En ex-Yougoslavie, des « camps du viol » retenaient prisonnières des femmes musulmanes bosniaques, violées et gardées jusqu’à terme pour modifier l’héritage « musulman et bosnien » par une « fécondation patrilinéaire ». Qualifier le viol d’« arme de guerre » rend compte de son usage guerrier, de sa systématicité et de sa dimension stratégique. Cependant, Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy nuance cette approche : si le viol peut relever d’une politique délibérée, il procède aussi de l’effondrement de l’ordre social en temps de guerre et de la levée des contraintes morales, étant une pratique peu coûteuse, hautement destructrice et parfois perçue comme une récompense pour les soldats. (...)" Synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone. ⁠

  4. Oct 9

    De la brigade des stupéfiants au pôle financier : 40 ans au cœur des affaires. Avec Roger Le Loire

    Les criminels sont aussi des acteurs géopolitiques. Les narco-mafias, comme les terroristes, cherchent à prendre le contrôle des territoires et des esprits. Mais comment connaître ces réalités au plus près du terrain, et quelle est l’ampleur de leur évolution ? Planisphère a le privilège de recevoir Roger Le Loire, dont les quarante ans de carrière, d’inspecteur de police à juge d’instruction offrent un éclairage unique sur ces phénomènes de l’ombre. Roger Le Loire est un homme à la carrière atypique. Il a été acteur dans de grandes affaires dont certaines ont ébranlé la République. Il a publié avec le journaliste Rémi Bellon, « Zonard, flic et juge », aux éd. Michel Lafon. En 2026, le Cercle K2 l’a honoré du prix Giovanni Falcone. Cette émission a été enregistrée le 14/09/2026 et radiodiffusée la première fois le 5/10/2026 sur RCF Notre Dame. Extrait de la synthèse rédigée dont la version complète est sur Diploweb.com "Roger Le Loire a débuté sa carrière à la brigade des stupéfiants en 1975, une époque où ce trafic était marginal en France, notamment après l’éradication de la « French Connection ». Les affaires portaient alors sur de petites quantités, comme 10 grammes de drogue. Cependant, le phénomène a depuis connu une transformation radicale. Après une période marquée par l’héroïne venue du Triangle d’Or d’Asie, le trafic actuel s’apparente à un « narco-banditisme de type horizontal », disséminé sur tout le territoire, avec des groupes se réclamant de labels comme la DZ Mafia. Les chiffres attestent de cette escalade : en 2024, 49 tonnes de cocaïne ont été saisies en France, dont 14 tonnes au Havre. La même année, 49 narco-homicides, 133 tentatives et 14 victimes collatérales ont été recensés. Le chiffre d’affaires des stupéfiants en France a atteint 7,5 milliards d’euros en 2023, des dimensions comparables, selon Roger Le Loire, à celles du cartel de Cali qu’il a eu l’occasion d’étudier. De 1990 à 1994, Roger Le Loire a exercé en tant que juge antiterroriste, traitant des dossiers sensibles et variés. Il a notamment enquêté sur l’attentat de Djibouti, l’organisation indépendantiste basque armée ETA (qu’il décrit comme « purement révolutionnaire » et opposée au trafic de drogue), le groupe Action Directe (impliqué dans l’assassinat de l’ingénieur général Audran), le Front de Libération Nationale Corse (FLNC), ainsi que les premières affaires du radicalisme islamiste (groupes islamistes armés). Le point commun de ces groupes, souligne Roger Le Loire, est leur volonté de « semer la terreur » pour affirmer leurs idées. Certains, à l’exception notable de l’ETA, fonctionnaient également sur un mode mafieux, s’appropriant des biens par le racket. Ce métier s’est avéré particulièrement exigeant sur le plan personnel : le juge Le Loire était constamment sous la protection de gardes du corps (trois ou quatre policiers tournants), son domicile était relié par un système d’alerte à un commissariat, et ses déplacements étaient encadrés, limitant sa liberté. Il a également mené des enquêtes à l’étranger, notamment aux États-Unis, (...). Sa carrière l’a aussi confronté aux ramifications internationales de la justice. En effet, il existe une compétence du juge d’instruction français à l’étranger via les demandes d’entraide pénale et les commissions rogatoires internationales. Un exemple marquant est l’affaire Pinochet, où, face au refus de la Cour suprême chilienne, il a contourné l’obstacle par une « rencontre de juge à juge » avec le juge Guzman, obtenant ainsi les pièces nécessaires. Au pôle financier, en tant que doyen des juges d’instruction, il a traité l’affaire Karachi, concernant des ventes françaises de sous-marins au Pakistan et de frégates à l’Arabie Saoudite, où des intermédiaires étaient soupçonnés d’avoir versé des « rétrocommissions » à des partis politiques français. (...)" Voir la synthèse rédigée complète est sur Diploweb.com ⁠premier site géopolitique francophone

  5. Sep 29

    Comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ? Avec C. Fauconnier

    Avec 17 millions de kilomètres carrés, la Russie reste le pays le plus étendu du monde. Mais c’est aussi devenu une forme d’immense trou noir. Difficile pour les journalistes d’y travailler, quasi impossible pour un doctorant étranger d’y conduire une recherche universitaire. Alors, comment comprendre la Russie de Vladimir Poutine ?   Pour répondre à cette question, Planisphère a la joie de recevoir à son micro Clémentine Fauconnier, politiste, Maitresse de conférence à l’Université de Haute-Alsace. Clémentine Fauconnier vient de publier « La Russie de Poutine : du tournant autoritaire à la guerre », aux éditions Le Cavalier Bleu.  Cette émission a été enregistrée le 14/09/2026 et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 28/09/2026. Extrait de la synthèse rédigée complète disponible sur Diploweb.com "Clémentine Fauconnier met en garde contre l’usage du terme « populiste » pour qualifier Vladimir Poutine. Bien que le dirigeant russe présente certains traits associés au populisme : revendiquer une conception verticale du pouvoir, un culte du chef, et une vision simpliste du monde – l’expression est jugée réductrice et trompeuse. L’invitée lui préfère les notions d’« autoritarisme » et d’« autoritarisme conservateur », qu’elle estime plus appropriées. Elle souligne que ce conservatisme d’État est récent, marquant un « tournant conservateur » en 2012. Auparavant, dans les années 2000, Vladimir Poutine et son entourage se définissaient comme pragmatiques et centristes, rejetant les questions idéologiques au profit de la restauration de la grandeur du pays et de l’amélioration des conditions de vie. Ce n’est qu’à partir de 2012 que les dirigeants russes ont revendiqué un programme idéologique clair, s’appuyant sur les valeurs dites traditionnelles. Contrairement à l’idée d’une Russie isolée ou d’un « État paria », Clémentine Fauconnier nuance son positionnement international. Elle rappelle la doctrine Primakov, élaborée avant Poutine, qui visait à faire de la Russie une puissance de premier plan dans un monde multipolaire, intégrée (via le G8, le G20 et l’OMC) mais souveraine. Après la guerre d’agression russe contre l’Ukraine en 2022, la rupture avec l’Occident devient quasi consommée, mais la Russie a redistribué ses forces et ses échanges vers l’Asie de l’Est (notamment la Chine) et le Sud global. La Russie de Vladimir Poutine aspire à être une grande puissance, capable de dialoguer d’égal à égal avec les États-Unis et la Chine, et de participer à l’architecture de sécurité européenne. Cependant, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 a révélé une ambivalence majeure entre ces ambitions démultipliées et des moyens qui ne suivent pas forcément. Avant 2022, la stratégie russe privilégiait les stratégies hybrides (subversion politique, cyberespace) pour contourner une lutte armée à grande échelle, consciente de ses limites militaires. L’armée russe, malgré une communication axée sur les armes sophistiquées, s’est montrée « très pauvre, mal équipée », confrontée à des problèmes stratégiques et un nombre d’hommes insuffisant. Le groupe Wagner, fondé en 2014 par Evgeny Prigojine, a illustré cette dépendance de l’État russe. Il a permis de sous-traiter des activités militaires et subversives en Afrique, en Syrie et en Ukraine, et a connu un essor important en 2022 grâce à sa capacité de recrutement, y compris dans les prisons. La « marche sur Moscou » de juin 2023, suivie de la mort mystérieuse de Prigojine, a cependant montré que toute tentative de contestation du pouvoir était vouée à l’échec, renforçant finalement l’État russe. Clémentine Fauconnier est aussi cofondatrice du collectif de recherche sur la Russie contemporaine pour l’analyse de ses nouvelles trajectoires, Coruscant, créé en 2023. " Voir  le site du collectif de recherche Coruscant Voir la ⁠synthèse rédigée complète disponible sur Diploweb.com⁠ premier site géopolitique francophone.

  6. Sep 23

    Existe-t-il une guerre juste ? Avec J-V Holeindre

    L’expression « guerre juste » peut sembler paradoxale tant les conflits armés sont intrinsèquement porteurs d’injustices. Pourtant, cette notion, loin de promouvoir la violence, vise historiquement à la circonscrire et à l’encadrer. Comment cette doctrine s’est-elle construite à travers les millénaires, quels sont ses principes fondamentaux et conserve-t-elle une pertinence face aux défis contemporains ? Planisphère pose ces questions à Jean-Vincent Holeindre, Professeur de science politique à l’université Panthéon-Assas. Emission enregistrée le 7/09/2026, radiodiffusée la première fois le 21/09/2026 sur RCF Notre Dame. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com Extrait de la synthèse Jean-Vincent Holeindre corrige d’abord une idée reçue : la doctrine de la guerre juste n’est pas née avec le christianisme, malgré l’apport de penseurs comme saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin. Ses véritables origines remontent à la Rome antique, au IIe siècle avant notre ère. Les Romains, à la fois grands guerriers et inventeurs du droit, ont été les premiers à élaborer l’idée qu’il convenait de justifier la guerre, tant dans la manière d’y entrer (« Jus ad bellum ») que de la conduire (« Jus in bello »), afin de limiter les injustices. Cette conception est particulièrement visible lors des guerres puniques, notamment la deuxième (218 à 202 avant J-C), relatée par Polybe, où les Romains invoquaient la légitime défense face à Hannibal, bien que leur propre posture fût également offensive. Jean-Vincent Holeindre souligne que la théorie de la guerre juste n’est pas belliciste. Son objectif fondamental est de limiter la guerre : restreindre les conditions d’entrée en conflit et en modérer les effets sur les êtres humains. Elle ne relève pas du pacifisme absolu, ni du réalisme, mais cherche à encadrer l’usage de la force pour éviter l’escalade et les conséquences incontrôlables. (...) Le XXe siècle des « guerres totales » a d’abord éclipsé la doctrine de la guerre juste, estompant la distinction entre combattants et non-combattants. C’est dans les années 1970 qu’elle connaît une renaissance, notamment sous l’impulsion du philosophe américain Michael Walzer (né en 1935), militant contre la guerre du Vietnam. Walzer, issu de la gauche américaine et de la revue « Dissent », a actualisé la théorie en soulignant des critères comme la légitime défense, le dernier recours et l’autorité légitime (les États). Il a ainsi critiqué les « guerres de choix » menées par les États-Unis, comme celle en Irak en 2003 sous George W. Bush, qu’il ne considérait pas comme justes car non défensives et préventives. La doctrine a été mobilisée par les néo-conservateurs américains, précédemment sous Ronald Reagan (1981-1989), qui ont injecté une dimension morale dans la lutte contre l’« Empire du Mal » soviétique. Après le 11 septembre 2001, cette approche a conduit G. W. Bush (2001 – 2009) à un interventionnisme offensif, combinant croisade morale et exportation de la démocratie par la force. Jean-Vincent Holeindre y voit une « mésinterprétation » dangereuse, éloignant la politique américaine des principes de prudence et de limitation de la force inhérents à la guerre juste. (...) L’analyse de Jean-Vincent Holeindre révèle la profondeur historique de la doctrine de la guerre juste et sa nature fondamentale : un cadre éthique visant à limiter l’usage de la violence. (...) Face aux tentations interventionnistes du XXe et XXIe siècles et aux défis posés par les nouvelles technologies comme les drones, cette doctrine demeure un guide essentiel. Elle invite à la prudence et à la proportionnalité, rappelant que la force doit être un dernier recours, mobilisé pour défendre l’intégrité d’un État plutôt que pour imposer des valeurs. Même, et surtout, en temps de guerre, les limites morales et juridiques doivent être respectées. Podcast et ⁠synthèse rédigée complète sur Diploweb.com⁠

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