Reportage Afrique

Nos correspondants et envoyés spéciaux sur le continent africain vous proposent, chaque jour, en deux minutes une photographie sonore d'un évènement d'actualité ou de la vie de tous les jours. Ils vous emmènent dans les quartiers ou dans les campagnes pour vous faire découvrir l'Afrique au jour le jour.

  1. 20h ago

    En Tanzanie, certains voient l'arrivée d'El Niño comme une opportunité [3/3]

    La région de Morogoro, à l’ouest de Dar es Salaam, est l’une des grandes régions agricoles de Tanzanie, et l’arrivée prochaine d’El Niño est suivie de près. Ce phénomène devrait apporter de fortes précipitations sur une grande partie du pays. Si certains les redoutent, d’autres y voient une opportunité. C’est le cas de l’association Agriwezesha qui va proposer aux petits agriculteurs qu’elle aide de profiter de ces pluies garanties pour planter des arbres.  De notre envoyée spéciale à Morogoro,  Au pied des monts Uluguru, à 5 heures de route de la capitale économique Dar es Salaam, Deograsia Ignas observe ses allées de plants d’arbres de toutes sortes. Certains sont encore tout jeunes, d’autres prêts à être plantés : « Ici, vous voyez, ce sont des girofliers qui ont à peu près 6 mois, montre-t-elle. Ici, nous avons des cacaoyers et des manguiers qui sont tous prêts à être plantés, on attend juste la pluie. » La jeune femme a fondé l’association Agriwezesha en 2019 et son objectif est d’accompagner les petits agriculteurs de la région à développer leurs terres et pérenniser leur production agricole. Selon Deograsia, les pluies à venir d’El Niño sont une aubaine : « D’habitude, nous plantons de mars à mai, donc ce qu’on va faire, c’est profiter d’El Niño pour remplacer les arbres morts de la saison dernière. » À lire aussiTanzanie: à Dar es Salaam, le quartier vulnérable de Kipawa se prépare à El Niño [1/3] Une saison des pluies supplémentaire Avec El Niño, l’irrigation est garantie et gratuite sur des parcelles qui n’ont aucun système d’irrigation artificiel. Une saison des pluies supplémentaire en somme qui fait gagner du temps aux agriculteurs. « En temps normal, nous devrions attendre jusqu’à mars prochain pour remplacer les arbres morts, en même temps que la plantation de la saison prochaine, précise Deograsia Ignas. Donc si la pluie vient, on pourra séparer les deux étapes et se focaliser uniquement sur les nouveaux arbres l’an prochain. Ça nous permet de commencer le travail en avance. » L’œil rivé sur ses petits plans collés les uns aux autres dans des pots en plastique noir, Mustafa Mtawa est l’un des jardiniers d’Agriwezesha. Lui tente de préparer au mieux sa pépinière avant l’arrivée de la pluie. « Les fortes pluies sont un défi mais on ne peut pas l’éviter, on doit le gérer, reconnait-il. C’est pour ça qu’on a creusé un système d’évacuation des eaux ici. Quand la pluie commencera, on sera sûrs que nos plants ne seront pas endommagés » Selon lui, une fois les précautions prises, il faudra ensuite tirer le meilleur de cette situation. « Les agriculteurs sont contents, pour ceux situés dans les hauteurs des montagnes, ils pourront en profiter pour cultiver des variétés à cycles courts. C’est une véritable opportunité », se réjouit-il. Les pluies d’El Niño devraient arriver dès le mois d’octobre avec un pic autour des mois de novembre et décembre en Tanzanie.  À lire aussiÀ Morogoro, la Croix Rouge prépare la population à l'arrivée d'El Niño [2/3]

  2. 1d ago

    À Morogoro, la Croix Rouge prépare la population à l'arrivée d'El Niño [2/3]

    La Tanzanie s’apprête à affronter l’un des phénomènes climatiques les plus forts de l’année : El Niño. Parmi ses conséquences, le pays pourrait subir de fortes pluies prévues dès le mois d’octobre et qui devraient durer jusqu’à février prochain. Alors pour préparer au mieux la population, la Croix-Rouge fait plusieurs campagnes de prévention.  De notre envoyée spéciale à Morogoro, Dans le bureau local de la Croix-Rouge de Morogoro, ils sont une petite dizaine ce matin, veste rouge de bénévoles sur le dos et mégaphones en mains. Frank Tegwa, responsable du district pour l’association, leur explique le programme du jour : aller sur un marché pour prévenir des fortes pluies à venir causées par El Niño. « Ça, ce sont des affiches pour savoir comment se préparer avant l’arrivée des inondations prévues, montre-t-il. Sur ce dessin, vous pouvez voir quelqu’un qui écoute la radio car nous voulons que les gens reçoivent des informations justes et claires. Ici, on voit quelqu’un qui creuse un système d’évacuation. Comme ça, si El Niño arrive, l’eau pourra circuler. » Ces affiches seront placardées sur le marché de Mawenzi au nord de la ville. À 9 heures, ils rentrent dans deux bajaj, des véhicules à trois roues locaux. Une fois arrivés sur le marché, l’équipe explique sa venue au mégaphone : « Nous avons besoin de votre soutien pour nous préparer aux pluies à venir dues à El Niño. » À lire aussiEl Niño «va s'intensifier»: pourquoi les prochains mois inquiètent les climatologues Réduire le risque d'épidémies Au milieu des stands de fruits, légumes ou énormes sacs de riz, une petite équipe de la Croix-Rouge passe le balai sur le sol terreux. Deocles, 24 ans, fait partie des bénévoles ce jour-là : « Nous encourageons les gens à nettoyer autour de leur stand, surtout ceux avec des produits périssables, explique-t-il, ça nous aide à réduire le risque d’épidémies pendant les pluies à venir. » Avec les fortes pluies, le risque de propagation de maladies comme le choléra augmente et la Croix-Rouge tente de sensibiliser à la propreté de l’environnement et au nettoyage des mains. Depuis son étal de plants de bananes exposés à même le sol, Maria regarde les jeunes volontaires s’affairer autour d’elle. « C’est bien ce qu’ils font, notre plus grande peur, ce sont les maladies car quand la saleté s’accumule et les pluies sont fortes, ça devient un gros problème », s'inquiète-t-elle. El Niño devrait frapper la Tanzanie dès le mois d’octobre et durer jusqu’à février, une période bien plus longue que la saison des pluies habituelle en novembre. En 2024, le phénomène avait affecté plus de 200 000 personnes à travers le pays et fait au moins 155 morts. À lire aussiTanzanie: à Dar es Salaam, le quartier vulnérable de Kipawa se prépare à El Niño [1/3]

  3. 2d ago

    Tanzanie: à Dar es Salaam, le quartier vulnérable de Kipawa se prépare à El Niño [1/3]

    À Dar es Salaam, 70 % de la population vit dans des quartiers informels, souvent dans des zones où assainissement et système d’évacuation d’eau sont rares. À l’approche d’El Niño, les habitants du quartier de Kipawa, qui vivent au bord de la rivière Msimbazi, tentent de se préparer au mieux face aux fortes pluies prévues et à la montée des eaux toutes proches. De notre correspondante à Dar es Salaam, À une poignée de kilomètres de l’aéroport international de Dar es Salaam, en Tanzanie, des habitants se retrouvent autour du collectif écologiste de Kipawa, KEG. Le quartier, situé au bord de la rivière Msimbazi, est sujet aux inondations depuis des décennies. Alors avec l’arrivée prochaine de fortes pluies provoquées par le phénomène El Niño, William et son association ont décidé de se préparer au mieux. Il nous emmène en contrebas de la rivière : « Comme vous le voyez ici, montre-t-il, nous avons construit une digue pour contrôler l’écoulement de l’eau. On a aussi planté des arbres pour lutter contre l’érosion des sols. » Devant lui, un mur de sable de 6 mètres de haut et 200 mètres de long que les habitants ont érigé en deux jours. Peter Boniface habite à Kipawa et sa famille a déjà perdu deux maisons à cause des inondations. « Quand j’étais petit, il suffisait de faire un pas pour traverser la rivière, mais ça s’est beaucoup élargi », déplore-t-il. L’urbanisation grandissante de Dar es Salaam fait diverger les cours d’eau et certains quartiers comme Kipawa se retrouvent en zone inondable. Avec l’arrivée d’El Niño, le gouvernement incite les citoyens à risque à quitter leur domicile. Une idée difficilement réalisable selon Peter Boniface : « Déménager, mais pour aller où ? Chez qui ? La seule chose qu’on peut faire, c’est prier Dieu pour que les prévisions de pluie se soient trompées, mais si ça doit arriver, ça arrivera », conclut-il, philosophe. À lire aussiEl Niño «va s'intensifier»: pourquoi les prochains mois inquiètent les climatologues « J’ai peur, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? » Si le collectif écologiste de Kipawa tente de préparer au mieux le quartier, les habitants, eux, se sentent impuissants. C’est ce qu’explique Ramadan Mangalaye, chauffeur de taxi-moto : « Il y a beaucoup d’inquiétude. Lors du précédent El Niño, les dégâts étaient considérables et beaucoup de maisons ont été emportées », se rappelle-t-il. Un peu plus loin, devant son échoppe de poissons grillés, Dionesia Luande aussi appréhende les pluies à venir. Sa maison a déjà été emportée une fois par les inondations. « Honnêtement, j’ai peur, mais en tant que citoyens, qu’est-ce qu’on peut faire ? », interroge-t-elle. Lorsqu’on lui demande si le gouvernement apporte de l’aide, sa réponse est sans équivoque : non. El Niño devrait frapper la Tanzanie au plus fort en novembre et décembre 2026. À écouter dans L'invité d'Afrique midiMobilisation en Tanzanie: «Les menaces de répression ont conduit de nombreuses personnes à rester chez elles»

  4. 3d ago

    Centrafrique: Birao est «profondément ancrée dans sa culture, ses coutumes et ses traditions» [3/3]

    À Birao, la modernisation et la mondialisation peinent encore à s’imposer. Les habitants restent profondément attachés à leurs traditions, à leur culture et à leurs coutumes. Leur langue, leur manière de s’habiller, leur alimentation et leur façon de célébrer les cultes témoignent de cette identité fortement préservée. À Birao, la population vit principalement du commerce, de l’élevage et de l’agriculture.  De notre envoyé spécial de retour de Birao, À Birao, en Centrafrique, dès 4 heures du matin, les premières lueurs apparaissent à l’horizon. Peu à peu, la ville se réveille doucement. Sous ce baobab, situé à quelques mètres d’un marigot, dans le quartier Korsi, Cyriack-Moustapha s’adonne à l’artisanat traditionnel. Âgé de 32 ans, il reste profondément attaché à ce mode de vie transmis de génération en génération. « Loin de la modernité des grandes métropoles, notre ville conserve une identité profondément ancrée dans sa culture, ses coutumes et ses traditions, se réjouit-il. Je fabrique des chaises, des lits, des vêtements et des chaussures à partir de rotin et de peaux d’animaux. Je vends également des matériaux traditionnels utilisés pour la construction de maisons en bambou. » Fidèles à la culture locale, la plupart des hommes portent de grands boubous adaptés à la chaleur. Les femmes, quant à elles, se parent de gros bracelets et de colliers colorés. Selon Marita, une habitante, ces accessoires ne sont pas seulement décoratifs. « Ils expriment aussi l’appartenance culturelle et l’élégance que nous avons héritées de nos ancêtres, souligne-t-elle. Pour fabriquer ces colliers et ces bijoux, nous utilisons la peau des fruits, le bois et les écorces. Nous fabriquons également des parfums naturels à partir de certaines plantes, fleurs et essences d’arbres. » À lire aussiCentrafrique: avec le football, «on oublie la guerre et les armes» à Birao [2/3] « C’est important de vivre selon ses propres réalités » À Birao, Ali Mahamat fait partie des potiers les plus célèbres. Depuis 50 ans, il tient sa poterie, baptisée « Birao Tamam », ce qui signifie « Birao est bon ». Ici, le travail commence par la préparation de l’argile. La terre est soigneusement sélectionnée, débarrassée des pierres et des impuretés, puis travaillée avant d’être façonnée. « Depuis l’origine, la poterie est très utile dans cette région à forte chaleur. Nous fabriquons des vases qui nous permettent de garder l’eau fraîche, explique l'artisan. Nos pots et vases racontent l’histoire de la vie, des naissances, des luttes et de l’espoir d’un monde meilleur. » Mais à Birao, les infrastructures modernes restent limitées. Les quelque 30 000 habitants se déplacent principalement à dos d’âne, en charrette ou encore à vélo. « C’est important de vivre selon ses propres réalités. Il n’y a ni bus ni taxis, ni transport en commun pour relier les différents quartiers, poursuit-il. On se déplace avec des ânes ou des charrettes. C’est un moyen de transport simple et accessible à de nombreuses familles. Ici, l’âne est notre principal moyen de transport. Il nous aide à transporter les produits et à faire [tourner] l’économie. » Aujourd’hui, la ville fait face à plusieurs défis majeurs : l’insécurité, la dégradation du réseau routier et son isolement, qui entraînent une hausse du coût de la vie. À lire aussiCentrafrique: les chiens errants de Birao «font la particularité de la ville» [1/3]

  5. 4d ago

    Centrafrique: avec le football, «on oublie la guerre et les armes» à Birao [2/3]

    À Birao, dans l'extrême nord-est de la République centrafricaine, le sport, et particulièrement le football, se pratique dans des conditions extrêmement difficiles. Le manque criant d'infrastructures et d'équipements freine le développement des sportifs, malgré l'existence de nombreux talents. De notre correspondant à Bangui, Faute de terrains aménagés et de matériel adapté, plusieurs jeunes de Birao, en Centrafrique, s'entraînent sur des espaces improvisés, avec les moyens du bord, pour entretenir leur passion. Dans cette région marquée par l'insécurité et la dégradation des routes, les sportifs espèrent voir un jour leurs conditions s'améliorer. Mais à Birao, le football est bien plus qu'un simple sport. Il constitue un espace de dialogue, de fraternité et d'unité, capable de rapprocher les communautés et de nourrir l'espoir d'un avenir meilleur. Sur le terrain poussiéreux et accidenté du stade de Birao, quelques jeunes se retrouvent autour d'un ballon. Chaussures usées aux pieds, maillots multicolores de clubs européens sur le dos, ils sont une vingtaine réunis autour d'une même passion : le football. Dès que le coup d'envoi est donné, Henri Maliavo, vêtu d'un maillot du Paris Saint-Germain, raconte les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes footballeurs de Birao : « Nous aimons vraiment le football, mais nous manquons de moyens. Nous jouons sur des terrains difficiles, sans équipements. Malgré cela, nous continuons à nous entraîner parce que nous rêvons de pouvoir un jour jouer dans une équipe professionnelle. Nous organisons nous-mêmes de petites compétitions locales, avec les moyens du bord. » L'enclavement de la ville, la dégradation des routes et les difficultés liées à l'insécurité compliquent également le développement du sport. Quelques passionnés tentent malgré tout de maintenir les activités sportives. Pour beaucoup de jeunes comme Souleymane, jouer au football reste avant tout une affaire de débrouille et de détermination : « Le principal problème, c'est le manque d'infrastructures et d'encadrement. Nous avons du talent mais il n'y a pas de championnat ni de structures pour nous accompagner. Si des moyens étaient investis dans le sport, beaucoup de jeunes pourraient aller plus loin, pourquoi pas, représenter la RCA à l'échelle internationale. » « Une dimension qui dépasse largement le cadre sportif » Et pourtant, les jours de match de gala, Birao change de visage. Les rencontres mobilisent des milliers de personnes autour de terrains improvisés. Marcelin Ngandia, inspecteur des sports, témoigne de l'importance du football dans cette ville enclavée : « Quand il y a un match, toute la ville semble changer. Les jeunes viennent et les gens se retrouvent autour du même événement. Pendant quelques heures, on oublie la guerre et les armes. Dans cette région marquée par l'isolement et les tensions, un simple match peut ainsi prendre une dimension qui dépasse largement le cadre sportif. Le sport est le seul événement qui rassemble et met d'accord la population. » Aujourd'hui, les habitants de Birao ont un seul vœu : pouvoir pratiquer leur passion dans de meilleures conditions : « Nous ne demandons pas grand-chose ​​​​​​​: un terrain praticable, des équipements et la possibilité de participer à des compétitions régulières. Nous voulons simplement avoir les mêmes chances que les jeunes des autres villes. Le talent existe ici, il faut seulement nous donner la possibilité de pratiquer le sport. » À Birao, ville de plus de 30 000 habitants, dont une grande partie est constituée de jeunes, le manque d'infrastructures sportives limite fortement les possibilités de pratique. Faute d'activités sportives structurées, beaucoup de jeunes se tournent vers les travaux champêtres ou les activités socioprofessionnelles. À lire aussiCentrafrique: les chiens errants de Birao «font la particularité de la ville»

  6. 5d ago

    Centrafrique: les chiens errants de Birao «font la particularité de la ville» [1/3]

    Rendez-vous en Centrafrique, dans l'extrême nord-est du pays. À Birao, plusieurs centaines de chiens déambulent librement dans les rues. Certains ont un propriétaire, mais beaucoup vivent en errance et se mêlent chaque jour à la vie des habitants. Cette présence canine, devenue presque emblématique de la ville, intrigue les visiteurs et alimente une histoire transmise de génération en génération. Selon plusieurs habitants, ces chiens auraient été envoyés à Birao sous le règne de l'empereur Jean-Bedel Bokassa, dans les années 1970, notamment pour éloigner de Bangui des chiens atteints de la rage. Légende locale ou réalité historique, ces animaux font aujourd'hui partie du paysage de Birao. De notre correspondant de retour de Birao, Alfred Samba, un acteur humanitaire, vient d'arriver à Birao en Centrafrique et décide de se promener. Tout de suite, son regard est attiré par un chien géant qui passe devant lui. Quelques mètres plus loin, une dizaine d'autres se reposent à l'ombre d'un acacia. Les chiens sont de grandes tailles, avec différentes couleurs – blanc, noir ou encore marron : « Je constate que les chiens font vraiment partie du quotidien ici. On les croise partout dans les quartiers et sur les avenues. J'ai parcouru plusieurs régions du pays mais ici, je peux dire que les chiens font la particularité de la ville. » Quelques-uns seulement ont des propriétaires, mais beaucoup vivent seuls et cherchent leur nourriture dans les rues. Le jour, la cohabitation semble presque naturelle. Mais une fois la nuit tombée, l'ambiance change selon Assana Abdoulaye, un habitant de Birao : « Certains de ces chiens sont très agressifs. Quand tu veux sortir la nuit, il te faut un bâton en main. Ici, les chiens fuient les bâtons. C'est la nuit, tout le monde se promène avec un bâton. La nuit, si tu n'as pas de bâton, les chiens vont t'attaquer. » Des chiens pour « sécuriser les alentours de la prison » selon une légende Derrière cette présence canine devenue presque emblématique de Birao, une histoire se transmet depuis plusieurs générations. Elle remonte aux années 1970, sous le régime de l'empereur Jean-Bedel Bokassa. Arady Fotor, un notable de Birao, en parle : « La légende raconte deux histoires intéressantes liées à ces chiens. Premièrement, il y avait beaucoup de chiens qui souffraient de la rage et ils commettaient beaucoup de dégâts dans la capitale. Ils ont été traqués sur instruction de l'empereur avant d'être transférés dans cette ville. Aussi, plusieurs espèces de chiens plus géantes et costaud ont été envoyés là-bas pour sécuriser la grande prison. À l'époque, de redoutables criminels arrêtés à travers le pays ont été envoyés là-bas. Donc ces chiens dressés avaient pour mission de sécuriser les alentours de la prison. C'est pourquoi, avec le temps, ils se sont reproduits. Et ils traversent des générations. » Mais derrière cette présence massive de chiens, une question de santé publique s'impose. Car une importante population de chiens errants signifie également des risques liés aux morsures et aux maladies : « Le problème, c'est qu'on ne connaît pas toujours l'état de santé de ces chiens. La plupart ne sont pas vaccinés, ils ne suivent pas de traitement. Il faudrait pouvoir les identifier, les vacciner et surtout sensibiliser la population pour éviter les morsures et les risques liés à la rage. En cas d'épidémie comme la rage ou de maladie infectieuse propre chiens, il sera difficile de les canaliser ils seront dangereux pour la société. » Certains étrangers, acteurs humanitaires ou encore des visiteurs de passages à Birao repartent souvent avec des chiots de ces races afin qu'ils reproduisent chez eux ou dans leurs régions. À lire aussiCentrafrique: le coût élevé de la vie à Birao, ville du nord-est confrontée à un enclavement grandissant

  7. Sep 29

    Nigeria: à Bille, des lenteurs administratives causent des tensions [3/3]

    Dernier épisode de cette série de Reportage Afrique, à Bille dans le delta du Niger. Depuis fin octobre 2025, une pollution au gaz touche ce grand village de pêcheurs accessible uniquement par bateau. Si beaucoup ont quitté cette communauté pour se reloger ailleurs, la majorité des 41 000 habitants estimés vivent toujours sur place à Bille, où colère et frustration montent à cause de la lenteur des réponses institutionnelles. Fin septembre 2026, Bille n'est toujours pas déclaré en état d'urgence, ni en localité victime d'une catastrophe. Malgré les promesses et les multiples visites d'officiels d'agences fédérales et de l'industrie pétrolière et gazière, aucune évacuation n'a été organisée, presque un an après cette crise écologique. À chaque instant, la survie de chaque habitant de cette localité est en jeu à cause de la toxicité de l'air et de l'eau. De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt, Pas loin du palais du monarque de Bille, quelques personnes célèbrent l'allumage d'un groupe électrogène. Via un raccordement de bric et de broc, cet appareil est relié à une canalisation abandonnée d'où s'échappe du gaz. Pourtant proche du Conseil des chefs de Bille, Boma Paul se garde d'intervenir. « Même sur le groupe WhatsApp de la communauté, dès la première publication, les gens ont commencé à réagir car ils y voyaient une source de lumière. Certains donnaient des conseils, y compris les chefs, mais d'autres répliquaient en disant : ''Personne ne doit s'en mêler.'' Le gouvernement ne nous aide pas en matière d'électricité. Les entreprises pétrolières ne nous aident pas non plus. Maintenant que les gens ont de la lumière, vous voulez venir les en empêcher ? Vous allez voir, vous, ce qui va se passer si quelqu'un ose venir les empêcher d'utiliser ce gaz pour leur générateur », lâche-t-il. Boma Paul sort de sa poche son smartphone pour montrer une vidéo datant de mai 2026. On y voit des hommes luttant avec des seaux d'eau contre des flammes s'échappant de canalisations. Depuis ce sinistre, les esprits sont à fleur de peau, en particulier ceux de la jeunesse de Bille. « La plupart des jeunes sont en colère. En fait, il a fallu que les chefs interviennent pour les calmer suffisamment pour que les gens puissent continuer à venir. Même vous, vous avez pu venir à Bille en ce moment. Car cela ne ferait qu'aggraver la situation et poserait des problèmes si on empêchait les gens de venir », souligne Boma Paul. Cette colère consume également Erewarifagha Sokeipiri. Plusieurs mangroves, où cette quinquagénaire avait ses habitudes, sont polluées à cause du gaz. Erewarifagha ne pêche plus et n'a donc plus de revenu. Elle est désenchantée face à la lenteur des institutions nigérianes et au silence des entreprises pétrolières exploitant l'or noir autour de Bille. « Quoi qu'il arrive dans ta vie, tu continues d'avancer, tant que Dieu est là. Les autorités d'ici peuvent être cruelles. On est au Nigeria. Elles ne se soucient pas de savoir où se trouvent ceux qui sont dans le besoin. Elles n'aident que ceux qui ont des relations. Je ne peux donc pas quitter ma maison. Que la situation soit bonne ou mauvaise, je m'en sortirai », confie-t-elle. Tous les jours, Erewarifagha et ses voisins passent devant le camion de pompier offert par la Compagnie nationale du pétrole. Ce véhicule rouge est garé en permanence, car trop massif pour les ruelles et les cours étroites. À lire aussiBille, village du delta du Niger que le gaz menace

  8. Sep 28

    Nigeria: à Bille, la pollution au gaz est une bombe à retardement pour la santé des habitants [2/3]

    Depuis octobre 2025, les habitants d’un gros village de pêcheurs, Bille, proche de Port Harcourt au sud du Nigeria, respirent du gaz s’échappant à travers des canalisations vétustes enfouies sous terre depuis des décennies. Aucune déclaration d’état d’urgence ou de catastrophe n'a été déclarée à ce jour malgré plusieurs décès dans Bille suite à cette pollution majeure combinant des émanations de méthane, dioxyde de carbone et hydrogène, selon plusieurs expertises scientifiques. De notre envoyé spécial de retour de Port Harcourt, Bille Town est l’île principale d’un archipel hébergeant des installations pétrolières ayant longtemps appartenu à Shell et revendues depuis une dizaine d’années à des repreneurs nigérians. Si beaucoup de familles ont fui Bille, plusieurs milliers de personnes vivent toujours sur place alors que leur espérance de vie se réduit jour après jour avec les risques d’explosion, et surtout l’air et l’eau pollués. Des nuits agitées à cause des cauchemars, d’autres sans sommeil, Remember Martins est perturbée depuis que Bille est envahie par le gaz. « Parfois, le matin, j'ai les lèvres ou le visage enflés, témoigne-t-elle. La plupart du temps, après la douche, on commence à ressentir des démangeaisons sur le corps. Aujourd'hui, je me suis plainte de ça. Ma fille m'a répondu : "D'accord, ça veut dire que ça ne vient pas de moi". Elle en souffre aussi. Mais elle n’en parlait pas jusque là. » Habitante d’une modeste maison en bois, donc inflammable en cas d’explosion, Remember s’inquiète pour sa fille adolescente et pour ses deux jumeaux, trop petits pour comprendre le dange de vivre actuellement à Bille. Cette quadragénaire garde en tête l’impact de la pollution au gaz sur des enfants de l’école primaire où elle enseigne. « Nous sommes confrontés à un autre type de maladie, comme des vomissements, décrit-elle. Ces symptômes s'intensifient. Parfois, les enfants avaient de la fièvre. Un enfant saignait du nez à cause du gaz, ce que je n'avais jamais vu auparavant. » À lire aussiNigeria: une fuite massive de gaz toxique menace l'existence du village de Bille dans le Delta du Niger [1/3] Ni médecins, ni installations adéquates Depuis le déclenchement de la crise, Boma Paul assure une veille dans Bille, beaucoup d’habitants le sollicitent alors qu’il n’est que parapharmacien, le centre de santé de Bille ne fonctionne qu’avec des agents communautaires incapables de gérer les cas de détresse sanitaire. « Le centre de santé n'est pas en activité. Le médecin a été muté il y a peu, déplore ce parapharmacien. Il n'y a donc pas de médecin pour l'instant. Il n'y a pas d'installations adéquates pour effectuer des examens fiables. Nous ne savons donc pas ce qu'il adviendra des personnes vivant à proximité de ces sources bouillonnantes. » Début septembre 2026, une explosion souffle la chambre de Joy Amos. Cette jeune femme se plaignait de la chaleur émanant du sol de son logement. Prise en charge par une voisine sage-femme, Joy Amos est évacuée de Bille vers Port Harcourt, où elle succombe à ses profondes blessures le 21 septembre 2026. À écouter dans Grand reportageBille, village du delta du Niger que le gaz menace

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