Histoire et théories de l'anthropologie

Martin Hébert

Ce cours retrace l’histoire de la discipline anthropologique de ses origines jusqu’à la période de décolonisation du début des années 60. Nous nous intéresserons principalement à trois dimensions de cette histoire, soit : le développement des idées anthropologiques, la construction de l’anthropologie comme discipline et l’ « expérience » anthropologique elle-même, c’est-à-dire aux transformations dans la manière dont les anthropologues se perçoivent en tant que chercheurs et perçoivent leurs liens tant avec ceux qui alimentent leurs discours, qu’avec les destinataires de ce discours.

  1. 05/20/2021

    Épisode 10: Systèmes de domination et anthropologies des mondes contemporains

    Au fil des années 1950, l’anthropologie en viendra à examiner plusieurs de ses assises théoriques et méthodologiques. On lui reproche de faire abstraction de l’enchevêtrement des « terrains » ethnographiques dans des structures sociales dont les ramifications sont mondiales. Surtout, la génération montante critique une anthropologie qui n’accorderait pas assez de place aux grandes inégalités de pouvoir qui caractérisent les rapports sociaux régionaux, nationaux et mondiaux. L’État-nation, le capitalisme et le colonialisme, qui figuraient généralement à peine en toile de fond dans les monographies classiques, deviennent des dimensions centrales de l’ethnographie. Certaines personnes diront alors que l’anthropologie entre dans une période de « crise ». D’autres diront plutôt au tournant des années 1960 que la discipline en est arrivée à une nouvelle compréhension d’elle-même et de son rapport au système-monde. Dans ce mouvement l’anthropologie commence à gagner en réflexivité et à reconnaitre la nécessité d’une compréhension multidisciplinaire de l’histoire et de l’économie politique des terrains qu’elle investit. Dans un contexte où s’entremêlent décolonisations, luttes de libérations nationales et impérialismes de guerre froide, la question des responsabilités éthiques et politiques de l’anthropologie deviendra alors incontournable.

    1h 29m
  2. 05/04/2021

    Épisode 9: L'anthropologie renoue avec les sciences humaines

    Au sortir de la Seconde guerre mondiale, l’anthropologie est une discipline déjà passablement institutionnalisée et diversifiée. Malinowski et Boas, deux figures dominantes de ce processus d’institutionnalisation dans les premières décennies du XXe siècle, décèdent la même année en 1942. Ils laissent dans leur sillage des cohortes d’étudiantes et d’étudiants qui ne partageront pas toujours les positions de leurs mentors. Le rêve d’une anthropologie calquée sur les sciences naturelles – décrivant et « expliquant » des sociétés et des cultures abordées comme des isolats – s’estompe devant l’impératif de comprendre des mondes en mouvement et en relation. Les travaux de Ruth Benedict et d’Edward Evan Evans-Pritchard retiendront particulièrement notre attention dans cet épisode. À la fin des années 40 et au début des années 50, les deux ont publié des textes programmatiques invitant à une réconciliation entre l’anthropologie et les humanités. Benedict, en particulier, s’est montrée soucieuse de développer une approche combinant à la fois un projet humaniste de «compréhension » de la diversité des expériences humaines et de rigueur interprétative. Cherchant à naviguer entre les écueils du romantisme, jugé arbitraire, et ceux des sciences sociales positivistes, jugées trop réductrices, les deux proposeront de placer la rencontre ethnographique au cœur de la discipline.

    1h 4m
  3. 03/17/2021

    Épisode 8: Missions ethnologiques et colonialisme

    Dans cet épisode, nous nous penchons sur une pratique emblématique des complicités coloniales de l’anthropologie durant sa période d’institutionnalisation : la mission ethnologique à grande échelle. Chargées de décrire de vastes régions des empires coloniaux, voire d’effectuer des transects de continents entiers comme ce fut le cas de la mission Dakar-Djibouti (1931-1933), ces expéditions multidisciplinaires comptent parmi les programmes de recherche les plus ambitieux des métropoles. Ils bénéficient de ressources considérables et mobilisent des équipes complètes, souvent coordonnées d'une manière quasi militaire qui fait pendant aux armées coloniales déployées sur ces mêmes territoires. L'arrimage étroit entre la production de savoir et le contrôle des colonies et autres territoires que les puissances impérialistes de l'époque jugent appartenir à leur "sphère d'influence" sera un moteur important de la croissance institutionnelle de la discipline anthropologique dans la première moitié du XXe siècle. Ce rapport de subordination aux intérêts géopolitiques des acteurs au centre du système-monde persistera par la suite, notamment dans le contexte de la Guerre Froide puis éventuellement au service d'intérêts privés. Mais la période qui nous intéresse ici en est une où la participation à ces missions est, à bien des égards, une condition même d'accès au terrain et à la discipline.

    1h 18m

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Ce cours retrace l’histoire de la discipline anthropologique de ses origines jusqu’à la période de décolonisation du début des années 60. Nous nous intéresserons principalement à trois dimensions de cette histoire, soit : le développement des idées anthropologiques, la construction de l’anthropologie comme discipline et l’ « expérience » anthropologique elle-même, c’est-à-dire aux transformations dans la manière dont les anthropologues se perçoivent en tant que chercheurs et perçoivent leurs liens tant avec ceux qui alimentent leurs discours, qu’avec les destinataires de ce discours.