Histoires du soir Benoît Broyart

Benoît Broyart

35 histoires pour les petites oreilles... à partir de 3 ans. Quel beau programme avant d’aller se coucher ! Livre disponible sur : www.lalibrairiedebenoit.fr

  1. 08/25/2025

    La naissance d'un roi

    Extrait de Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustrépar Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 Tout le pays est inquiet. Voici des mois que le trône de Bretagneest inoccupé. Ça ne peut plus durer. Un trône sans roi, çan’existe pas. Il est temps. Merlin, le magicien, l’a décidé. Avant la fin de lajournée, le problème sera résolu. Il a tout prévu. Au milieu d’une clairière, Merlin a planté une énorme épéedans la pierre. Et sur la lame de cette dernière, on peut lire :« Celui qui parviendra à m’arracher d’ici sera le roi ». Accompagné du jeune Arthur, devenu son assistant depuis qu’il l’aadopté, Merlin accueille tous les chevaliers du pays. Ils sepressent par dizaines, tous persuadés qu’ils sauront relever ledéfi. Merlin s’avance et dit : – Messires, vous passerez un par un. Excalibur est une épéemagique. Elle saura lire dans vos cœurs et seul le plus braved’entre vous réussira cette épreuve. Arthur est impressionné. Il aimerait essayer lui aussi mais iln’osera jamais. Il est bien trop petit. Thibault, le premierchevalier, le bouscule et ne manque pas de lui rappeler. – Écarte-toi de mon chemin, gamin. Je suis le plus fort duroyaume. Thibault saisit l’épée et commence à tirer. Il grogne, il crie,il rugit en contractant tous ses muscles… Mais Excalibur refuse debouger. Le chevalier abandonne, dépité. Arthur se tourne vers Merlin : – La force et la bravoure sont-elles deux choses différentes ? Merlin sourit et répond : – Absolument. Jofroi, le deuxième chevalier s’avance. Il a deux outils avec lui.Un marteau et un burin. Arthur le regarde s’approcher de la pierre,étonné. – Je serai bientôt le roi car je suis le plus malin. Sous le regard amusé de Merlin, le chevalier frappe la pierre. Ilespère dégager la lame en creusant. Arthur retient son souffle.Est-ce le nouveau roi de Bretagne ? Le socle tient bon et lechevalier se décourage. Excalibur n’a pas bougé. La pierre n’estmême pas éraflée. Arthur se tourne vers Merlin : – Il est malin mais il n’est pas brave. Merlin sourit et répond : – Exactement. Tout au long de la journée, les chevaliers se succèdent. Ilsemploient toutes les méthodes possibles. La force. La ruse.L’inventivité. Rien n’y fait. Excalibur ne bouge pas. Le soleil va bientôt disparaître. Arthur est inquiet. Si Merlins’était trompé ? Il avait promis un roi aujourd’hui etpour monter sur le trône, il n’y a plus personne. Merlin se tourne alors vers Arthur, un sourire aux lèvres : – J’en suis certain, mon jeune ami. Excalibur est formelle. Leplus brave est dans cette clairière. Arthur regarde autour de lui. Mais où se cache le nouveau roi deBretagne ? Merlin pose la main sur l’épaule de son protégé: – Voudrais-tu essayer ? Arthur regarde le magicien avec de grands yeux, étonné. Merlininsiste. – N’es-tu pas brave ? Le jeune garçon se sent alors pousser des ailes. Et pourquoi pas ?Si Merlin lui donne sa chance, Arthur doit la saisir. Dans la clairière, les chevaliers froncent les sourcils. Cefreluquet, le nouveau roi de Bretagne ? Merlin a le sens del’humour. Arthur marche droit, sans trembler. Il grimpe sur la pierre et saisitExcalibur. Il ferme les yeux pour se concentrer. Sous le regard sévère de Merlin, les chevaliers se retiennent pourne pas rigoler. Et l’incroyable arrive. Excalibur se laisse faire et quitte sapierre. Arthur ouvre les yeux et sourit. Médusés, les chevaliersapplaudissent d’abord timidement,. Et dix minutes plus tard, ilsportent le jeune garçon en triomphe et crient « Vive leroi ! »...

    7 min
  2. 08/25/2025

    La peur du clown

    Extrait de Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustré par Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 Mario est le meilleur clown du cirque Plouf. Quand il entre sur lapiste, tous les enfants rigolent. Chaussures énormes. Grandpantalon. Chapeau haut-de-forme. Nez rouge et rond. À chaque foisqu’il s’élance, tous les enfants crient de bonheur. Mais aujourd’hui, rien ne va plus. Dans sa loge, au lieu de semaquiller, Mario n’arrête pas de pleurer. Hier, pendant son numéro, un enfant a crié. Il a hurlé de peur. Unenfant qui ne rigole pas, passe encore. Mais un petit garçonterrorisé qui s’enfuit, entraînant son père désolé avec lui,c’est pire que tout. Un clown qui fait peur, quelle horreur ! La prochaine représentation commence dans trois heures. Tous lesbillets sont vendus. Et sans le meilleur clown du cirque Plouf, pasde succès. Magda, la trapéziste, s’approche de son ami pour le consoler. Ce n’est pas grave, Mario. Pas grave ? J’ai fait peur à un enfant. Ma carrière est brisée. Mario ne veut rien savoir. Retrouver le petit peureux et l’entendre.Lui présenter ses excuses et comprendre. C’est la seule solution.Autrement, le clown ne jouera pas. Mario se souvient parfaitement duvisage de l’enfant. Il a même dessiné un portrait ressemblant. Un quart d’heure plus tard, Mario est au milieu de la grande place.Perché sur un escabeau, son dessin à la main, il donne de la voixpour attirer les passants. – Mesdames et messieurs, reconnaissez-vous cet enfant ? Intrigués, attirés, les curieux s’approchent. On entend des voixà droite, à gauche, au milieu, en haut, en bas. Des voix un peupartout. Des voix qui disent tout et n’importe quoi. Jamais vu celui-là. Ce ne serait pas, des fois, le petit Roussel ? Maman, dis, pourquoi il crie comme ça, le monsieur ? Non mais tu sais bien, le fils de madame Arcadie. Sans se lasser, Mario n’arrête pas de répéter. – Mesdames et messieurs, savez-vous où je peux trouver ce garçon ?Une récompense pour tout renseignement sérieux. Deux places auxpremières loges pour le cirque Plouf. On entend d’autres voix. À gauche, à droite, au milieu, en bas,en haut. Des voix un peu partout. Des voix mélangées. Des voix quidisent tout et n’importe quoi. Ce ne serait pas, des fois, enfin tu sais bien, comment ils’appelle déjà ? Le petit-là. Non mais tu sais. Avec lestâches de rousseur. Il habite juste à côté. Ce n’est pascompliqué. Ah, son nom m’échappe. Comment déjà ? Au bout d’une heure passée sur son escabeau, Mario est au bord deslarmes. Il a échoué. Sa carrière est fichue. Il va changer demétier. Le clown observe la grande place qui commence à se vider. Mais derrière lui, un petit garçon s’avance sans bruit. Il seplante en bas de l’escabeau et lève les yeux. – Monsieur, c’est moi que vous cherchez ? Mario a sursauté, surpris. Il a eu peur et a failli tomber. Il setourne et regarde le petit garçon, soulagé. Le peureux, c’estbien lui. Il le reconnaît. Sauvé ! Le clown descend doucement. – C’est mon copain Arthur qui m’a dit que vous me cherchiez. L’enfant regarde le portrait que Mario tient dans la main. – Vous dessinez bien, monsieur. Le portrait, vous pouvez me ledonner ? Je vous reconnais. Vous travaillez au cirque. Super,votre numéro. Je m’appelle Mathias, enchanté. Mario ouvre grand les yeux, étonné. Mathias continue de parler. – Désolé. Hier, on a dû partir pendant le spectacle. Le portablede papa a sonné. J’ai crié parce que je voulais rester mais rienà faire. Comme dit mon père, les affaires sont les affaires. Mario vient de comprendre. Il s’est trompé. Un grand sourire auxlèvres, il tend deux billets à Mathias. – Puisque le spectacle t’a plu, voici des places aux premièresloges pour ce soir. Cette fois, demande juste à ton papa d’éteindreson portable, s’il te plaît.

    6 min
  3. 08/25/2025

    Calamity Jane

    Extrait de Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustrépar Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 C’est la fête à Bull-City. Le shérif remettra aujourd’hui leprix du meilleur enfant cavalier. Toute la famille de Calamity est rassemblée autour de la table. Samère, son père, Johnny et Teddy, mais aussi Mary, Cherry et Lydie. Les chevaux passionnent leur grande sœur depuis des années. Omerbascule encore au salon. Il fait le bonheur des plus petits depuisque Calamity galope en vrai. Son père regarde souvent le vieux jouet. – Tu passais tes journées dessus. Impossible de te faire descendresans que tu piques une colère. Calamity enfile ses bottes, met son chapeau et se tourne vers lereste de la maisonnée. – L’heure a sonné, en route ! Dans la rue, la famille marche au complet. Calamity en tête, suiviepar Johnny et Teddy, mais aussi Mary, Cherry et Lydie. Elle tientTabasco, son cheval, par la bride. Tous les curieux sont sortis. Le passage de Calamity fait grandbruit. Et l’épicier et sa femme ne sont pas du même avis. – Margaret, la place d’une fille n’est pas sur un cheval. – Et moi Henry, je dis que si. Retourne à tes haricots au lieu dedire des âneries ! Décorations colorées, foule impatiente. Au centre de Bull-city,tout est prêt pour accueillir les concurrents. Dix enfants sontinscrits. Et Calamity est la seule fille de la liste. Le shérif s’avance et dit. – Pour connaître les deux meilleurs cavaliers, qui passerontensuite l’épreuve du chapeau, place à la course de chevaux. Les candidats sont alignés. Jack est parmi eux. C’est le plushorrible macho de Bull-City. Les filles, il veut les réduire enbouillie. Il fixe Calamity avec son air ahuri. – Ce n’est pas une femmelette qui va me distancer, tu sais. Le départ est donné et les chevaux lancés. Tabasco fonce têtebaissée et Calamity arrive la première sans difficulté. Ellefranchit la ligne en criant. – Yeeep Yeeep Yepiiii ! Jack est éliminé. Démonté, décomposé, il saute à pieds jointssur son chapeau pour se calmer. Mais rien n’y fait. Il finit parpleurer. – Ouuinnn ! Je ne m’en remettrai jamais. Calamity, jevoulais en faire de la chair à pâté ! Les deux meilleurs cavaliers vont s’affronter. Mais ramasser unchapeau quand on file au galop, ce n’est pas facile. Calamitycommence à douter. Elle doute plus encore quand elle voit le visagede son adversaire. John, son meilleur ami, est arrivé deuxième. Etsavoir que ce sera elle ou lui pose problème à Calamity. Sur la ligne de départ, Calamity se tourne vers lui. – Je n’ai aucune envie de gagner contre toi. Combattre un ami,très peu pour moi, cow-boy ! John lui sourit. – Si tu gagnes, je ne t’en voudrais pas. Mais ce n’est pas sûr.L’épreuve du chapeau est une de mes spécialités. Le départ est donné et les chevaux lancés. Tabasco fonce têtebaissée. Calamity passe devant John, John passe devant Calamity…Rien n’est joué. La foule retient son souffle. Les cavaliersapprochent de leur cible et l’écart se réduit. Le chapeau est à deux mètres des chevaux. Calamity et John sepenchent au même instant pour attraper le trophée. C’est la fête à Bull-City. La foule pousse de grands cris. Qui agagné ? Mais qui ? Sur la ligne d’arrivée, les deux jeunes cavaliers rient sanspouvoir s’arrêter. Ils tiennent chacun dans une main la moitié duchapeau déchiré. Le rire gagne bientôt l’assemblée et les champions sont acclamés.Calamity sourit, sa famille aussi. Son père, sa mère, Johnny etTeddy, mais aussi Mary, Cherry et Lydie. Quel bonheur de partager cette belle victoire avec son meilleur ami !Moitié-moitié, fifty-fifty. – Yeeep Yeeep Yepiiii !

    6 min
  4. 08/25/2025

    Un nouveau métier

    Extrait de Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustrépar Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 Taille-Barbe collectionne les trésors. Les pièces, les bagues, lescolliers en or… Il est toujours prêt à piller et à amasser.Bientôt, il sera le pirate le plus riche du monde. C’est un hommetrès puissant, craint et respecté par tous ses confrères. Seul,Aldebert, son fils, ne se réjouit pas de sa réussite. Être le filsde la terreur des Caraïbes, c’est un vrai calvaire ! Devant Taille-Barbe, Aldebert laisse exploser sa colère : « Comment veux-tu que je sois fier d’être le fils du plus méchantde la Terre ? Tu pourrais être pêcheur ou explorateur, mais tupréfères passer tes journées à faire des prisonniers. Tout çapour quoi ? Pour remplir d’or un bateau déjà plein à rasbord ! Ça ne peut plus continuer. Je veux que tu changes demétier ! » En entendant ces mots, Taille-Barbe hésite entre punir son fils ou éclater de rire. Il se contente de hausser les épaules : « Écoute, moussaillon, retourne jouer aux osselets et laisse-moitravailler… Je suis trop vieux pour changer de métier. » Sur le pont, les pirates se préparent pour la prochaine attaque.Taille-Barbe supervise les manœuvres : « Aiguisez vos sabres, marins ! Hissez haut le drapeaunoir, matelots. » Aldebert aussi a décidé de passer à l’attaque. Son père ne veutpas l’écouter ? Tant pis. Il est prêt à employer les grandsmoyens pour le faire changer d’avis. Pendant que l’équipages’agite, Aldebert se faufile dans la cale. Il connaît par cœur lebateau et ses points faibles. Armé d’un lourd maillet, il frappela coque à grands coups réguliers. Elle ne met pas très longtempsà céder. Aldebert remonte sur le pont, et court vers Hachemenu, un des piratesde l’équipage : « J’ai vu de l’eau dans la cale ! Il y a un troudans la coque ! On coule !!! – Quoi ? C’est une plaisanterie, petit ? grogneHachemenu. Mais non… Le moustique a raison… Sauve qui peut, oncoule ! ». Sur le pont, les redoutables pirates s’affolent. Car, Taille-Barbeexcepté, sur le bateau, personne ne sait nager. C’est la panique àbord ! En bon capitaine, Taille-Barbe garde son sang-froid et rassurel’équipage : « Matelots, restez calmes, je vais organiser l’opération desauvetage. Vous voyez cette île ? Elle n’est pas trèsloin, nous pouvons nous y réfugier. Je sais que vous ne savez pasnager. Videz tous les tonneaux et accrochez-les aux chaloupes. Ilsvous serviront d’embarcations de fortune. Aldebert, accroche-toisur mon dos. Nous quittons le navire. » Les consignes de Taille-Barbe sont appliquées à la lettre.L’équipage s’entasse dans les chaloupes et les tonneaux. Lesembarcations tanguent, parce que les pirates n’ont pu se résoudreà abandonner leurs trésors. Mais ils rament vaillamment sous lesencouragements de Taille-Barbe et le rivage se rapproche. Sain et sauf sur la plage, les pirates regardent leur navire couler àl’horizon. « Jamais je n’aurais cru qu’un tel bateau prendrait l’eau,soupire Taille-Barbe. – C’est ma faute, Papa, dit Aldebert. J’ai fait un trou dans lacoque. Sans bateau, je pensais que tu serais bien obligé de changerde métier… – Crénom de nom, mon garçon, tu mériterais une bonne leçon,mais je n’ai pas de temps à perdre, s’exclame Taille-Barbe.Puis, il ajoute en se retournant vers l’équipage : Foi depirate, nous allons construire un nouveau bateau et nous repartirons,matelots !  Les pirates regardent leurs pieds, un peu gênés. Hachemenu s’avance : « On vous suivra les yeux fermés, Capitaine, mais pas avantd’avoir appris à nager ! »...

    6 min
  5. 08/25/2025

    Taratata, monsieur le roi

    Extrait de Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustrépar Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 Taratata taratata pouet klong. Comme tous les matins, le trompette est en haut de la plus haute tour du château. Il annonce le début de la journée. Et comme chaque fois, c'est la catastrophe. Taratata taratata pouet klong. Il joue faux et tout s’arrête au château. Gimini et ses amis se bouchent les oreilles. Le roi aussi. Depuis tout petit, Gimini répète à sa mère. – Un jour, je serai le trompette du royaume. J'irai en haut de la plus haute tour du château pour annoncer le lever du soleil. Et je préviendrai aussi notre souverain de l'arrivée des ennemis. Au royaume de Mélomanie, le roi reçoit souvent des saltimbanques. Le château se remplit de sons d’instruments aux noms compliqués et aux formes bizarres. Vielle, cistre, luth, lyre. Gimini est toujours aux premières loges. Il adore la musique. La maman de Gimini sait que son garçon ferait le meilleur trompette du royaume. Il est encore jeune mais il connaît déjà son instrumentsur le bout des doigts. Depuis tout petit, il s'entraîne chaque jour. Ce matin, Gimini s'est levé avant le soleil. En secret, il s'est glisséen haut de la plus haute tour du château. Aujourd'hui, c'est lui qui réveillera les sujets du roi. Taratata taratata taratataaaa. En arrivant en haut de la plus haute tour du château, le roi découvre Gimini. Il continue d'écouter le jeune trompette jouer une bonne partie de la journée. C'est décidé. Les fausses notes, c'est terminé. Ce garçon sera le nouveau trompette du royaume. Gimini possède un drôle de pouvoir. Lorsque le roi entend sescompositions, il en oublie même de s'entraîner pour le combat. Les conseillers du roi sont très inquiets. – Cet enfant est un fléau. Le royaume court à sa perte si notre roi ne s’intéresse plus à la guerre. Quelques jours plus tard, l’ennemi approche. Gimini sort son instrument et souffle pour prévenir le roi de l’arrivée du danger. Derrière les meurtrières, les soldats tendent leurs arcs. Ils sont prêts à tirer. Mais ils découvrent bientôt l'armée ennemie assise sagement de l'autre côté des douves. Tous ont déposé leurs armes pour acclamer Gimini, le plus grand musicien du royaume. Le son du jeune garçon est à la fois doux et chaud. Les notes tombent toujours au bon endroit. Depuis cette incroyable journée, on vient de loin pour assister aux concerts que Gimini donne chaque semaine. Les soldats arrivent de partout sans leurs armes et s’assoient calmement en cercle, derrière les douves. Personne, au royaume de Mélomanie, ne trouve plus de temps pour la guerre. Il y a mieux à faire. S’asseoir et écouter les jolies compositions du plus jeune trompette de la terre.

    5 min
  6. 08/25/2025

    Princesse Astro

    Extraitde Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustrépar Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 Astro ne sort jamais du palais. Dans son grand vaisseau, il y a toutce qu’il faut. Des couloirs pour courir, des coins pour se cacher.Mais ce que la princesse préfère, c’est lire sur son fauteuilétoilé ou siroter sur le canapé des cocktails qui piquent lalangue. Parfois, elle fait les deux à la fois. Quand elle lit, Astro voyage. Elle en connaît un rayon sur lesaventurières de l’espace en général et sur Nogora enparticulier. Perdue près de la planète Citron, Nogora avance à fond, àcheval sur son cyclon à propulsion. Sa mission : exterminer leterrible Rouflacaisse et sa bande de neutrons. Astro dévore une par une les pages de son gros livre. C’est commesi elle y était. La princesse sait qu’elle aussi, un jour,remplira une mission incroyable. Quand elle sera grande. Grande, ellel’est déjà un peu. D’ailleurs, elle le rappelle souvent à sesparents qui l’oublient… trop souvent. – Je suis grande maintenant ! Elle l’est un peu… mais pas assez. Pourtant, un jour viendra oùl’on tremblera de la savoir dans une galaxie lointaine, face à descréatures à sept jambes, trois bouches et au moins huit bras. En attendant, Astro voyage dans son fauteuil. Pour ses parents, c’estrassurant. Il lui arrive de relever la tête et de s’approcher deshublots. Pas plus. Elle regarde les planètes passer. Les planèteset les vaisseaux. Elle voit les étoiles briller et continue derêver. Depuis quelque temps, l’espace est devenu une vraie fourmilière.Le roi s’en désespère. Les vaisseaux sont trop nombreux. Ils vonttrop vite. Et tout le monde voyage seul dans d’énormes soucoupes.Résultat, les accidents arrivent tout le temps. Et sous cette pluiede vaisseaux spatiaux, Astro serait réduite en purée si ellesortait. – Ma chérie, tant que je n’aurai pas trouvé de solution pourarranger la situation, tu resteras à la maison. – Pas de problème, papa. Mais chut, s’il te plaît. Je voudraisterminer ma page avant le repas. Astro est sage. Un peu trop même. Le roi et la reine commencent às’inquiéter. Ils ont peur qu’elle s’ennuie. – Auguste, c’est une enfant. Elle a besoin de courir, de sedépenser. Un jour, tu verras, elle s’ennuiera et aura envie desortir. – Envie de sortir ? Ne me parle pas de malheur ! – Remarque, j’ai peut-être la solution. Et si on lui offrait uncleptodon ? Les cleptodons sont de petits êtres qui adorent les enfants. Ilsjouent à longueur de journée et possèdent des bras qui n’enfinissent pas. C’est pratique pour attraper les jouets en haut desétagères. Lilo est arrivé ce matin dans un joli paquet. – Astro, nous avons pensé avec maman que cela te plairait de fairela connaissance de Lilo. La princesse lève le nez de son livre et regarde ses parents ensouriant. – Un cleptodon, quelle bonne idée ! Merci ! Enfant,Nogora en avait un. Ça, c’est écrit dans le tome 1. Lilo, douze kilos. Aussitôt arrivé, aussitôt adopté. Les parentsde la princesse sont rassurés. Astro ne s’ennuiera pas. Mais ce que le roi et la reine ignorent, c’est que les cleptodonsaiment caresser les étoiles. C’est même leur activité préférée.Malheureusement, la notice qui accompagnait le colis a dû glisser enroute et s’est perdue dans l’espace. Voilà pourquoi ce matin, quand Astro se réveille, elle découvreson compagnon le nez collé au hublot de la chambre. Les cleptodonsne parlent pas mais les grands yeux de Lilo sont pleins de larmes. – Qu’est-ce qui ne va pas ? Ne me dis pas que tu aimeraissortir ? C’est dangereux. Dans notre galaxie, il y a trop decirculation. Comme dit mon père, c’est une vraie fourmilière...

    8 min
  7. 08/25/2025

    Librairie Chamboul'tout

    Extraitde Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustrépar Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 Louis met sa blouse et traverse la librairie pour vérifier que tout est à sa place, que rien ne dépasse. Le désordre et le bruit sont ses deux grandes terreurs. Quand des enfants entrent ici, les piles de livres chancellent, vacillent, chavirent, sombrent. Les livres s’effondrent, s’écroulent, tombent. Ça finit toujours mal. Un désastre. Tout est déclassé, déplacé. Ce matin, sa sœur Magali surgit, tenant Aurélien par la main.Aurélien... et deux de ses copains. – Je n’ai personne pour les garder. J’en ai pour une heure. Pas plus. Voici Bastien et Firmin. Ils se mettront dans un petit coin et tu ne les entendras pas. Louis pâlit, blêmit, frémit et Magali poursuit. – Merci, tu es trop gentil. Je suis sûre que ça se passera bien. La porte du magasin claque. Le libraire est seul avec Aurélien et ses copains. Six ans et une vingtaine de dents chacun. Des enfants, ça a besoin d’espace. Sinon, c’est la catastrophe. Le libraire voit déjà les livres tomber. Ils seront abîmés, cornés. – Installez-vous dans la réserve, les garçons. Et surtout, pas un bruit. Les trois enfants filent dans l’arrière-boutique. La pièce estminuscule. Bastien et Firmin regardent par-dessus l’épauled’Aurélien qui tient sa console à deux mains. – Aurélien, tu me la prêtes. Tu me la prêtes ? – Attends. Je finis le niveau. Je suis arrivé au château. – Ouimais tu avais dit… Bon, si c’est ça, je rentre chez moi ! En courant dans la boutique, Firmin renverse une pile de livres. Louis se précipite pour la ramasser. Trois secondes plus tard, l’enfant est dans la rue. Dehors, quelle horreur ! Dehors, les voitures bourdonnent, bouchonnent, klaxonnent et les trottoirs sont sales. Le libraire n’a pas le choix. Il sort en se bouchant le nez, slalome entre les papiers et les crottes et rattrape Firmin de justesse. – Viens ici, tu vas te faire écraser. En revenant dans la librairie, Louis trouve deux jeunes chevaliers en train de se battre. Bastien se protège avec un livre d’art. Aurélien s’est fait un casque avec un livre de poche. Cetteboutique n’est pas un champ de bataille. – Vous vous croyez où ? À partir de maintenant, vous ne bougez plus. C’est compris. Les enfants font les statues pendant que le libraire entame un tour complet du magasin. Il inspecte, ramasse, remet en place, reclasse. – Tonton, si tu nous lisais une histoire ? Ça nous occuperait. – Une histoire… Et puis quoi encore ! Je n’ai pas que ça àfaire. J’ai des clients. Les enfants regardent autour d’eux, étonnés. – Où ça ? Louis fait la grimace. C’est vrai, sa librairie est en train de coulercomme un bateau troué. Les clients disparaissent, avalés par unaspirateur géant. Tout le monde file acheter ses livres àl’hypermarché. C’est l’hyper, le coupable. L’aspirateur àclients surgonflé. Une histoire. Finalement, pourquoi pas. Mais devant cette soixantaine de dents alignées, Louis se demande s’il sera à la hauteur. Il attrape un recueil de contes, fait asseoir les enfants devant lui etse lance. – Il était une fois, un vieux roi qui habitait un château… La voix de Louis est lente. Aurélien s’ennuie. Il se tortille. Surune fesse. Sur l’autre. Il bâille et se lève bientôt. Lelibraire garde le nez dans son livre, imperturbable. Aurélien escalade la face nord de la librairie. Sans échelle. Première étagère. Deuxième. Quatrième. Huitième. Il est presque à hauteur du plafond et va redescendre par la face sud, beaucoup plus dangereuse, quand son pied accroche une longue rangée de livres qui tombe sur la tête de son oncle. Catastrophe ! Le libraire, couché par terre, ne bouge plus...

    8 min
  8. 08/25/2025

    Le taureau à lunettes

    Extrait de Histoires du soir, un livre de Benoît Broyart illustrépar Laurent Richard, en vente dans La Librairie de Benoît : https://www.lalibrairiedebenoit.fr/shop/histoires-du-soir-201 Dans l’arène, Manolo attend son taureau. Un vrai, un costaud, avecun gros anneau piqué dans les naseaux. Un taureau bien énervé quifoncera sur lui tête baissée. Manolo n’a pas peur. Il fait untour de piste dans son costume doré, la tête haute. Le publicencourage le torero en tapant dans ses mains. Le spectacle peutcommencer. Mais le taureau refuse de sortir. Manolo approche. Un pas. Deux puistrois. Le public attend. Le torero agite bientôt sa muleta devant lacage ouverte. Sans résultat. Le taureau lève sa tête pleined’ennui. Il regarde Manolo. Maintenant, le torero tape du pied parterre. – Olé ! Olé ! La bête ne bouge pas. Manolo frappe les grosses fesses de l’animalavec sa muleta. Sans succès. La corrida est annulée. Dans un coin de l’arène, Manolo retientses larmes. Un taureau qui ne veut pas se battre, quelle honte !Déshonoré, le toréro se bouche les oreilles pour ne pas entendrele public en colère. Un taureau ne peut pas être un ramollo ! Le lendemain, Manoloappelle le vétérinaire pour qu’il vienne ausculter l’animal. Iltrouvera sûrement une solution. Et bientôt, le torero reviendradans l’arène. Le vétérinaire sort des lunettes de sa mallette. Il les pose sur legros museau. – J’ai connu un taureau myope. Manolo saute d’un pied sur l’autre devant l’animal pourl’exciter. – Olé ! Olé ! Le taureau lève sa tête pleine d’ennui. Il sourit derrière seslunettes. Manolo enrage. – Qu’est-ce que je vais faire de toi ? Le vétérinaire se gratte la barbe. Il prend une seringue dans samallette. – J’ai trouvé. Votre taureau manque de vitamines. Avec cettepiqûre, tout va rentrer dans l’ordre. Manolo, soulagé, attrape sa muleta. – Alors taureau, cette fois, tu viens te battre ! Hein, tuviens te battre ! L’animal lève sa tête pleine d’ennui. Il sourit. Le vétérinaireregarde Manolo en soupirant. – Désolé. Là, je ne peux rien pour vous. C’est un taureaupacifique. Il n’aime pas la bagarre. La violence l’ennuie. De rage, Manolo piétine sa muleta. Manolo est désespéré. Tout est fichu. Mais soudain, un grand bruitretentit derrière lui. Un bruit de sabots. Un bruit de taureau augalop. Le torero n’en croit pas ses yeux. L’animal a rejoint ungroupe d’enfants qui jouent au foot. Il attrape leur ballon entreses cornes et le pose devant Manolo. Le taureau lève la tête etsourit. Manolo renvoie le ballon vers les enfants. Et l’animal faitmieux encore. Il dribble les joueurs puis shoote. Un taureau commeça, on n’a jamais vu ça. C’est sûr, cet animal n’aime pas la bagarre. Mais quel grandsportif ! À la fin de la journée, les enfants rentrent chezeux. Manolo s’assoit à côté du taureau. Il a soudain une idée.Une grande idée. Pour tous les deux, en tout cas, fini la corrida. Deux semaines plus tard, à l’entrée de l’arène, Manoloinstalle un petit écriteau. On peut lire : Unique au monde !Un taureau footballeur. Spectacle à 16 heures.

    6 min

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