Aujourd’hui, j’ai envie d’écrire un article plus engagé que d’habitude et de vous parler d’un phénomène très ancré dans la société, spécialement dans la société française : l’infantisme. Parce qu’on dit tout le temps que les enfants sont notre « avenir », mais il y a quelque chose qui me gêne profondément dans cette façon de voir les choses. Pourquoi demain ? Pourquoi plus tard ? Pourquoi partons-nous du principe que les enfants sont seulement des citoyens en préparation, des « êtres en devenir ». Comme s’ils étaient des adultes incomplets à qui l’on transmet des savoirs… sans leur reconnaître une vraie place dès aujourd’hui ? Parce qu’on le constate notamment avec un espace public non adapté, des offres « No kids » qui fleurissent et j’en passe : la société actuelle ne fait pas vraiment de place aux enfants ! Ma réflexion personnelle sur l’infantisme Quand je parle des enfants que notre société supporte de moins en moins, je parle des enfants « réels ». Parce qu’on en voit des enfants : des enfants idéalisés, sages sur les affiches, propres, souriants, silencieux. Mais les vrais enfants, ceux qui bougent, qui parlent fort, qui posent des questions, qui contestent, qui vivent leurs émotions : ceux-là dérangent. Dans le train, au restaurant, dans les magasins, mais aussi dans la rue, dans les lieux publics, combien de fois ai-je vu des regards soutenus, des soupirs, voire pire des remarques ? Ou au contraire de l’ignorance quand on galère à monter des escaliers avec une poussette ? Comme si finalement l’enfance devait être discrète pour être tolérable. Et ce n’est même pas une question de « bonne éducation ». Quand je fais des courses avec mes enfants et qu’un des deux est un peu trop au milieu de l’allée en train de flâner. Il dérange et attire des comportements qui n’auraient pas eu lieu avec un adulte. Venant sans doute parfois d’adultes qui ont aussi des enfants ! C’est un vrai rapport collectif aux enfants qui s’est instauré, qui en dit long sur la place qu’on leur laisse. Ou plutôt la place qu’on ne leur laisse pas. Et ce rapport s’appelle l’infantisme. L’infantisme, c’est quoi ? Ce mot, je ne l’ai pas beaucoup entendu en France. Je l’ai découvert grâce à la pédopsychiatre Laelia Benoit, chercheuse à l’Inserm et à l’Université de Yale aux Etats-Unis. Elle définit le terme infantisme comme : « une discrimination à l’encontre des mineurs, fondée sur l’idée qu’ils appartiennent aux adultes et qu’ils peuvent, voire doivent, être contrôlés« . C’est une manière de considérer qu’un enfant est moins crédible qu’un adulte, tout simplement parce qu’il est plus jeune. Cette logique conduit donc à dénigrer les enfants, les écouter d’un air condescendant, rire au lieu de les prendre au sérieux. Mais aussi (beaucoup plus fréquent !) de leur demander le respect, sans leur offrir la réciproque. Et pourtant, juridiquement, les enfants ne sont pas seulement des êtres à protéger. La Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît clairement leur droit à exprimer librement leur opinion sur toute question qui les concerne et à voir cette opinion prise en considération. Les enfants ne sont pas que des adultes en construction, ils ont aussi des droits ! Une société pensée par les adultes, pour les adultes Les pays scandinaves montrent l’exemple et des études le confirment : l’OCDE écrit que le bien-être des enfants et des familles est « vital pour la société » et que les politiques qui le soutiennent sont « clé pour la prospérité future des individus et leurs communautés ». Mais soyons honnêtes, notre société reste pensée par et pour les adultes ! Un rythme effréné qui ne respecte pas le rythme des enfants / familles, des espaces publics peu adaptés et des enfants souvent invités à s’adapter. Toujours et partout. Très tôt, ils comprennent que leur spontanéité dérange et que leur place est conditionnelle. Dans certains lieux, les enfants sont vus comme une gêne potentielle avant même d’être vus comme des personnes à part entière. Même quand ce n’est pas affiché, je pense que nous sommes nombreux à avoir eu ce ressenti en tant que parents. D’ailleurs, l’actualité récente a été criante de vérité à ce propos ! En janvier 2026, la SNCF a lancé sur sa ligne de TGV Paris-Lyon une offre premium « No kids » réservée aux voyageurs de plus de 12 ans. Les enfants de moins de 12 ans y sont exclus alors que les animaux de compagnie y sont acceptés sous conditions… C’est aussi le cas de certains hôtels et restaurants. Sarah Al Haïry, haute-commissaire à l’enfance juge ces offres discriminatoires et promet des poursuites judiciaires contre ces entreprises et établissements. Elle rappelle elle aussi que « une société qui accueille bien ses enfants est une société qui va bien. » Cet exemple est le reflet d’un imaginaire collectif : celui que le confort de l’adulte se construirait mieux sans enfants. Pourquoi la parole des enfants nous dérange-t-elle autant ? On aime souvent dire que les enfants sont spontanés et sincères : « La vérité sort de la bouche des enfants ». Mais à condition, en réalité, qu’ils restent dans un registre qui convient à l’adulte ! Si un enfant pose une question drôle, dit une vérité touchante. On sourit, on applaudit ! Mais quand un enfant parle d’écologie, d’injustice, de violence, avec sérieux et détermination ? Là tout change, car il ne nous divertit plus. Il nous met face à nous-mêmes ! L’infantisme, au fond, ce qu’il vient protéger, c’est la hiérarchie adulte VS enfant. La place de « ceux qui savent ». Notre confort, voire notre « pouvoir » sur eux. L’adulte accepte volontiers que les enfants apprennent de lui. Mais beaucoup moins l’idée inverse. Pourtant, qui n’a jamais été déstabilisé par une question d’enfant ? J’en entends régulièrement dans mon activité : « Pourquoi on détruit la nature si on sait qu’on en a besoin ? », « Pourquoi on dit qu’il faut protéger les animaux puis on continue comme avant ? », « Pourquoi les adultes savent, mais ne font pas ? » Quand l’infantisme ne se cache plus ! L’infantisme est souvent banal, presque invisible. Mais parfois, il éclate au grand jour ! Je ne peux que citer l’exemple de Greta Thunberg. Jeune, engagée, mais pourtant tellement moquée, caricaturée, ridiculisée. Ce n’est pas seulement parce qu’elle parlait de climat, mais surtout parce qu’une partie des adultes a très mal supporté qu’une adolescente prenne la parole avec autant de clarté, de constance et de force ! C’est un véritable symbole de l’infantisme actuel ! On a vu la même mécanique à l’œuvre quand Emmanuel Macron, interpellé en Bretagne par un jeune sur son inaction climatique, lui a répondu : « Je trouve que vous avez beaucoup de certitudes à votre âge. » Cette phrase est très révélatrice. Le Président ne traite pas son désaccord sur le fond. Il renvoie son interlocuteur à son âge, comme si la jeunesse diminuait d’emblée la légitimité de sa parole. Là encore, nous sommes devant un cas flagrant d’infantisme ! Quand l’âge devient un outil de disqualification. Ce qui me frappe dans cette histoire, c’est à quel point cette phrase est passée inaperçue, presque normale ! Si un politique renvoyait une femme à son genre ou une personne à son origine pour discréditer ses propos, l’indignation serait immédiate ! En fait, c’est comme si la domination liée à l’âge serait moins grave. Moins digne d’être dénoncée ! Le lien entre écologie et infantisme est immense ! Alors, vous allez me dire, à part ces exemples, quel est le lien entre l’infantisme et ce blog ? Sensibiliser les enfants à l’écologie, ce n’est pas seulement leur apprendre à connaître la nature, à apprendre à recycler, à aimer les animaux… Ce n’est pas juste transmettre des connaissances ! C’est aussi reconnaître que leur regard a de la valeur, que leur intuition compte, que leur inquiétude est légitime. Car oui, les adolescents s’inquiètent pour l’avenir de leur planète. Et leur parole mérite tellement mieux qu’un sourire poli ou qu’un « tu comprendras plus tard » ! Le paradoxe est immense : on demande aux enfants d’être attentifs à l’état du monde, d’adopter de bons gestes, de devenir responsables… tout en les maintenant à distance des lieux où se prennent réellement les décisions. Mais ce sont eux qui vivront le plus longtemps avec les conséquences de nos choix actuels ! Une étude publiée dans le Lancet Planetary Health auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans dans 10 pays, dont la France, montre que 84 % se disent au moins modérément inquiets face au changement climatique, que 59 % sont très ou extrêmement inquiets, que plus de 45 % disent que cette inquiétude affecte négativement leur vie quotidienne, et que 75 % trouvent l’avenir effrayant. L’étude souligne aussi qu’une perception d’inaction des gouvernements est associée à une détresse plus forte. Autrement dit : les jeunes ressentent profondément la crise écologique. Et ils ressentent aussi profondément le décalage entre ce qu’on sait… et ce qu’on fait. Alors non, écouter les enfants ne relève pas de la gentillesse, ni du petit supplément d’âme. Dans le contexte écologique actuel, les écouter devient une nécessité démocratique ! Les dangers de l’infantisme L’infantisme ne produit pas seulement de la frustration sur le moment. Il pro