Ici l'Europe

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

  1. 1d ago

    Maciej Witucki : "Taxer les superprofits, certains États comme la Pologne le font déjà"

    Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Maciej Witucki, président de BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026. Plus grande organisation patronale d'Europe, BusinessEurope représente plus de 40 fédérations patronales nationales issues de 35 pays. Polonais de nationalité, il dresse avec nous un bilan du paysage entrepreneurial européen, de ses défis et de ses pistes d'amélioration. "Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux" L'avenir semble sombre en Europe et dans le monde, avec la multiplication des crises. Maciej Witucki tempère : "les patrons européens croient en l'Europe. (...) un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux." Face à l'augmentation éclair des prix de l'énergie, due, entre autres, à la situation dans le détroit d'Ormuz, Maciej Witucki rappelle : "la crainte, c'est effectivement la détérioration de la compétitivité des entreprises européennes. Mais ce n'est pas que pour les entreprises ; ça touche aussi directement les consommateurs, à travers l'inflation". Si certains pays ont décidé, face à l'urgence, de réduire les taxes sur les carburants, BusinessEurope prône des solutions de long terme : "il n’y en a pas 36 000. Il y a le marché unique de l'énergie, donc il faut que l'on partage plus nos actifs". Il ne se prononce pas sur une taxe européenne sur les superprofits, puisque parmi les membres de BusinessEurope, certaines fédérations y sont favorables : "il n'y a pas de position commune, il y a des positions par pays. Dans mon pays, en Pologne, cette taxe vient d'être signée hier soir par le président." Mais pour lui, "les marges de manœuvre à court terme ne sont pas énormes. Il faut compter sur l'accalmie globale pour que les prix reviennent à la normale". "Personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète" BusinessEurope a par ailleurs demandé à la Commission de geler les nouvelles réglementations vertes de l'Union européenne (UE) afin d'éviter aux entreprises des coûts supplémentaires. Cette demande a provoqué des levées de boucliers de la part des organisations environnementales, pour qui un report des législations vertes affaiblirait davantage le Pacte vert européen sans pour autant restaurer la compétitivité. Maciej Witucki explique : "personne ne veut jeter par la fenêtre la défense de la planète, surtout après la canicule (...) mais on doit mieux calculer les objectifs et les coûts associés, l'impact sur les prix et l'impact sur la compétitivité". "Avant la guerre, l'Ukraine avait les capacités de fournir de l'énergie pour l'Europe" Le représentant du patronat européen s'est aussi rendu plusieurs fois en Ukraine. Si la fin de la guerre pourrait apporter, dans le futur, de grands chantiers de reconstruction, il nuance : "les Ukrainiens reconstruisent tout seuls depuis le premier jour de l'invasion russe ; et ils le font très bien". Pour lui, il y a surtout des raisons de s'inspirer des capacités d'innovation ukrainiennes : "déjà au temps soviétique, l'Ukraine était un pays d'ingénieurs, d'aviation et de technologie spatiale". Ces compétences se sont traduites dans leur capacité à créer de nouveaux modèles de drônes de défense, mais qui pourraient aussi être "à double usage" c'est-à-dire reconvertis dans d'autres domaines comme l'agriculture ou l'industrie. Autre atout selon lui : "aujourd’hui, la capacité énergétique de l'Ukraine a été lourdement frappée. Mais c'est un pays avec une forte expérience nucléaire et comme il y a un mouvement de renaissance nucléaire en Europe, ça pourrait contribuer à mieux équilibrer nos réseaux européens". "Nous ne pouvons pas couper le lien avec la Chine, mais nous devons reprendre le contrôle" Les grands défis de l'industrie européenne s'incarnent notamment dans la voiture électrique. Fortement concurrencée par les Chinois, l'industrie peine à se maintenir en Europe. Maciej Witucki prône la lucidité : "on est devenus trop dépendants (...) Cette dépendance à la Chine, ça vient du fait que ça nous permettait d'avoir, d'un côté, les ambitions de développement de l'Europe, et de l'autre côté, une pression vers des prix plus bas." Il faudra donc, un moment ou un autre, en payer le prix : "le temps des produits pas chers, il ne sera peut-être pas complètement terminé, mais il sera modéré". "Nous avons quelque part naïvement investi toutes nos technologies à Shenzhen, en Chine, il y a 30 ans. Aujourd'hui, ce qu'on attend, c'est qu'il y ait des Shenzhen chinois mais en Europe ; que cette technologie chinoise, qui est éventuellement un investissement chinois, mais sous un contrôle européen, de même que ça a été, il y a 30 ans en Chine, soit développée ici. On ne peut pas couper le lien, mais il faut qu'on reprenne le contrôle, que ce soit sur les technologies ou sur les entreprises elles-mêmes." "Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre" S'il préside la plus grande organisation patronale européenne, la trajectoire de Maciej Witucki est d'abord polonaise. La Pologne est un symbole de réussite économique en Europe. La croissance est de plus de 3,6 % en 2026 et depuis 2023, le retour de Donald Tusk au pouvoir a permis de libérer 137 milliards d'euros gelés par l'Union européenne (UE) en raison de manquements à l'État de droit par le gouvernement précédent ultraconservateur. Pour Maciej Witucki, il y a plusieurs leçons à tirer de la Pologne : "la leçon, c'est que la Pologne, elle a l'entrepreneuriat, l'ouverture au business privé. C'est quelque chose qui revient maintenant en Europe (...) il y a beaucoup plus d'ouverture à discuter avec le business et d'équilibre avec les partenaires sociaux, qui sont très importants, parce que le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre." La défense de l'État de droit est, elle aussi, au centre, ce qu'a démontré la Pologne après huit années d'un régime "pas tout à fait libéral". Le président de BusinessEurope explique : "on est définitivement pour la défense de l'État de droit. Mais pour cela, il faut que nous ayons des propositions intéressantes pour les citoyens de retour à la croissance, de la part des patrons, des partenaires sociaux et des politiques." "La pression des États-Unis nous a ouvert les yeux" Le président américain Donald Trump a imposé aux Européens un accord de commerce déséquilibré, poussant ces derniers à signer des partenariats avec de nombreux autres pays. Pour Maciej Witucki, "cette pression des États-Unis nous a ouvert les yeux. Ça nous a poussé vers plus d'agressivité et d'action internationale". Il se félicite du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ou celui qui se profile avec l'Inde dans les prochains mois. La multiplication de ces partenaires représente aussi une garantie pour le futur : "tout cela, ça nous donne des ouvertures pour nos exportations, ça nous donne des accès à des matières premières dont on aura besoin. Ça nous donne aussi des arguments dans les discussions pour des deals futurs avec les États-Unis et la Chine”.   Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Agnès Le Cossec, Paul Guinvarc'h et Florine Hausfater

  2. Sep 25

    Aurore Lalucq : "Supprimer les inégalités inacceptables", remède à la montée des populismes

    Face à des Européens peu audibles à l'Assemblée générale de l'ONU et inquiets de leurs vulnérabilités économiques, Aurore Lalucq, présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, nous livre son analyse après la dernière réunion de l’Eurogroupe à laquelle elle a participé. Aurore Lalucq est eurodéputée du groupe socialiste et co-présidente de "Place publique". L'Union européenne est confrontée à une croissance faible (1,1 %) et à une forte augmentation du prix de l'énergie et des carburants (+14 % sur un an). Aurore Lalucq souligne l’impact de la conjoncture internationale : "On a vraiment une économie qui est mise sous pression, que ce soit par la Russie, par la Chine ou par les États-Unis. On reste résilients." Mais ce qui l’inquiète, "c'est la question de l'inflation importée, sur laquelle on a très peu de prise parce qu'elle est liée à des événements extérieurs". Car, rappelle l’eurodéputée, "l’économie est au service des gens. Donc il faut agir, investir sur la question de l’électrification pour ne plus être dépendant des autres économies." En réaction à la flambée des prix des carburants, Aurore Lalucq prône la taxation sur les superprofits au niveau européen qui permettrait de redistribuer des aides ciblées. "Il y a clairement une coalition de pays qui est en train de se dégager : l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, donc des gouvernements d'une couleur politique très différente, mais pas la France… peut-être pour protéger Total Énergie", glisse-t-elle. Un budget français et européen à la peine Autre dossier difficile, le budget français. Avec une dette en hausse et le déficit le plus élevé de la zone euro à 5,4 % du PIB, la France, selon Aurore Lalucq, inquiète moins les institutions européennes que l'état mondial des finances publiques et de la dette privée, ainsi que l'incertitude créée par Donald Trump. "Il faut que la France fasse un effort, mais personne ne se dit que la France, là tout de suite, va rentrer en crise financière." En revanche, du fait de la situation internationale, "on n'est pas à l'abri d'un accident financier, c'est clair. Mais on ne sait pas d'où il va venir." Quant au budget de la France, elle préconise une trajectoire de réduction de 100 à 120 milliards d'euros sur cinq ans – contre les 54 milliards préconisés par le gouvernement Lecornu pour 2027. Une baisse aussi drastique, "ça n'existera pas, c'est trop brutal", juge-t-elle, proposant à la place une diminution des dépenses "de l'ordre de 18 à 20 milliards" d'euros. Face au Rassemblement national, qui estime que la France verse trop d’argent à l’Europe, l'actuel Premier ministre a proposé de retrancher 800 millions de notre contribution en les prélevant sur l'amende Google. L’eurodéputée estime que ce poste de dépense ne pèse pas trop sur les finances françaises : "Aujourd’hui, si la dette française est soutenable, c'est parce que les marchés savent que, derrière, il y a la Banque centrale européenne, il y a le mécanisme européen de stabilité. Et ce qui inquiète les marchés financiers, c'est très clairement l'instabilité politique depuis la dissolution, l'incertitude sur notre capacité à faire passer un budget français et la perspective de 2027, à l'issue de l'élection présidentielle !" En ce qui concerne le budget européen pour la période 2028-2034, la présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON) au Parlement européen s’oppose à la vision de certains pays "frugaux" comme l'Allemagne, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche, qui demandent de passer sous les 2 000 milliards d'euros sur sept ans. "Si on n'a pas un budget qui vient répondre aux défis européens, on va tous perdre", affirme-t-elle. L’eurodéputée soutient qu’il faut avancer sur la défense commune, l'indépendance numérique, l’autonomie en matière d'IA, la transition écologique, la réindustrialisation. Pour cela, il faudra créer de nouveaux instruments financiers, explique Aurore Lalucq. "Je sais que les débats sur l'annulation de la dette agitent beaucoup la bulle française, mais en réalité, au niveau européen, le débat qu'on a, c'est sur ce qu'on appelle des 'actifs sûrs'. C'est le fait d'avoir ou non un endettement commun, donc des taux d'intérêts communs uniques." Turbulences internationales Aurore Lalucq s’inquiète des récentes victoires de l’AfD lors des élections régionales en Allemagne. "C'est une situation qu'on peut retrouver aussi en France, avec le Rassemblement national. On voit une poussée de l'extrême droite, en fait à peu près partout en Europe. Donc, il y a un sujet qui est de rappeler ce qu'est l'extrême droite : ce n'est pas un parti comme un autre." Elle souligne que certaines des leçons d’après la Seconde Guerre mondiale ont été oubliées et "le meilleur remède à la montée des populismes et des nationalismes, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas de ressentiment, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas d'inégalités inacceptables. Il y a toujours un niveau d'inégalité acceptable. Moi, je m'en fiche qu'il y ait des milliardaires, du moment que je vis bien. Mais là, on est arrivé sur des choses qui deviennent inacceptables et qui peuvent engendrer des monstres." Après le discours du premier ministre Mark Carney au Parlement européen et son rapprochement avec l’UE, Aurore Lalucq rappelle son opposition initiale au CETA – traité de libre-échange avec le Canada – pour des raisons sanitaires, suivant ainsi un certain nombre d'experts et d'ONG. "Néanmoins, là, je trouve que c’était intéressant. On voit qu'on est en train d'essayer de créer du dialogue, de créer des associations. On ne sait pas encore sous quelle forme ce sera, avec des pays qui résistent et qui ont envie d'être constructifs et qui se disent que ce n’est pas parce qu'on est les voisins des États-Unis qu'on leur appartient !"  Face aux accords commerciaux – l’UE en a signé plus de 80 – l’eurodéputée affine sa position : "On peut signer des accords de commerce, mais pas avec n'importe quelles normes sociales et environnementales. Ca ne peut pas être sans clauses miroirs, etc. Il faut pouvoir se protéger. C'est un élément stratégique, mais ça ne peut pas être la stratégie. Et il faut aussi sortir des dépendances dans le domaine du pétrole et du gaz. On est en train de redécouvrir à chaque crise qu'on n'a pas de pétrole", ironise-t-elle. "Il faut donc accélérer sur la question de l'électrification. On doit protéger notre secteur automobile, par exemple. On ne peut pas laisser notre industrie automobile, de batteries, etc. être détruite par une concurrence déloyale", comme celle de la Chine. Après les dernières sanctions de l’UE contre la Russie et les polémiques dues au retrait de deux oligarques de la liste noire, Aurore Lalucq appelle à la fermeté et à l’union entre Européens. "Il faut que ça tienne très fort parce que les temps à venir vont être extrêmement rudes. Et on sait que la stratégie de Poutine, depuis le début, c'est de tenter de nous diviser. Enfin, face Donald Trump, comme elle l’explique dans son livre "Trump contre l’Europe" (Editions Les petits matins), elle affirme :"Donald Trump ne comprend qu'une seule chose, je le dis depuis le début, c'est le rapport de force. Il faut tenir ce rapport de force, même si ce n'est pas dans l'ADN de la construction européenne." Enfin, elle regrette que l'Union européenne ne soit pas à la hauteur sur la question des droits de douane ni sur la Cour pénale internationale : "Trump menace la Cour pénale internationale et a sanctionné des juges. Et ces juges, jusqu'à présent, ne sont pas protégés par la Commission européenne. Ils sont mis sous sanctions américaines, donc ils n'ont plus accès à un grand nombre de sites internet américains, ils n'ont plus accès à leur carte de paiement : la Commission européenne se refuse à le faire pour l'instant. Donc, typiquement, si vous voulez être respectés, si vous en appelez tout le temps au droit international, il faut protéger les juges qui l'appliquent", conclut-elle. Émission préparée par Perrine Desplats, Isabelle Romero et Agnès Le Cossec

  3. Sep 18

    Hadja Lahbib : "Nous ne sommes ni en situation de paix, ni en situation de guerre"

    Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Hadja Lahbib, commissaire européenne à l'Égalité, état de préparation et gestion des crises. Elle tire les leçons d'un été de feux inédit, alerte sur les menaces hybrides et défend le projet européen face à la poussée des extrêmes. "C'était l'été de toutes les vérités" Hadja Lahbib dresse un bilan brutal de l'été : des incendies partout en Europe, de façon simultanée, quatre vagues de chaleur, 35 000 morts, 660 000 hectares partis en fumée. Le mécanisme européen de protection civile a été activé dix fois au sein de l'Union et deux fois à l'extérieur, au Chili et en Tunisie. "On a pu répondre de façon positive à toutes les requêtes mais là, on est vraiment au maximum de ce qu'on peut faire", alerte-t-elle. Or, avec le changement climatique, "on est face à des événements naturels, extrêmes qui ne sont plus extraordinaires. C'est la nouvelle norme, malheureusement. Et donc, il va falloir les anticiper". Cette année, les feux ont atteint les abords de grandes villes comme Bordeaux et provoqué l'évacuation de 220 000 personnes, "parfois en quelques minutes, sans savoir si elles allaient revoir leur maison". La gestion des incendies doit donc passer par une meilleure préparation des populations. "C'est pour ça que j'ai présenté aussi les 72 h de résilience, non pas seulement pour rester à la maison en situation de crise, mais aussi pour pouvoir partir dans un temps record et savoir que prendre", rappelle-t-elle. La commissaire insiste sur la nécessité de mutualiser les moyens entre les États. "Imaginez-vous, si tous les États se mettaient à acheter des Canadairs, dix Canadairs chacun. Mais c'est énormément d'argent. Par contre, si on crée un pool européen comme on en a un aujourd'hui, et bien ça permet de distribuer aux petits États comme aux grands". "On n'a pas perdu de vue les objectifs de Paris" La Commission européenne a été accusée de rétropédalage sur les objectifs du Pacte Vert – cette feuille de route pour atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050. Hadja Lahbib réfute ces critiques. "Pour ce qui concerne le réchauffement climatique, on maintient la barre, mais il faut vraiment prendre tout le monde à bord et être sûr que nos industries continuent à être compétitives", affirme-t-elle. "L'Union européenne (UE) représente 6 % des émissions de gaz à effet de serre, la Chine représente 30 %, les États-Unis, 11 %, 10 % pour l'Inde", souligne-t-elle. Mais ces concurrents commerciaux de l'UE, qui polluent plus, "tirent les bénéfices de ces objectifs" européens et "inondent, par ailleurs, nos marchés de ces nouvelles technologies". "Cette guerre qui sévit en Ukraine contamine de plus en plus le sol européen" Ces dernières semaines, de nombreux dirigeants européens ont réagi à une multiplication des attaques hybrides, de la tentative déjouée d'attentat à Leipzig, aux incursions de drones dans l'espace aérien de pays européens, et accusent la Russie d'escalade. "Ce qu'on appelait des menaces hybrides sont de moins en moins des menaces, mais des risques réels sur notre sol", alerte la commissaire. Elle s'inquiète également de la guerre de désinformation menée par la Russie. "Vous savez, aujourd'hui, la guerre, elle commence dans notre poche, dans nos smartphones, avec des manipulations de l'information massives". Alors que des élections sont prévues dans plusieurs pays membres, notamment en France, "qui sait si nos citoyens ne vont pas se retrouver massivement manipulés par des forces étrangères". "Les autres pays aussi, pensent que nous sommes encore ce phare dans la nuit quand il s'agit de respect, de valeurs, de démocratie" Interrogée sur la montée de l'extrême droite, notamment en Allemagne où l'AfD vient de remporter des élections locales, et en France, où Marine Le Pen est annoncée gagnante à la présidentielle de 2027 par les sondages, elle affirme que le projet défendu par ces partis, "le repli sur soi, la peur de l'autre", est à l'opposé des valeurs de l'Union européenne, "le respect, la liberté, la paix". Elle met en garde contre ces "discours populistes, malheureusement, simplistes, et qui sont en plus manipulés par des puissances malveillantes comme la Russie. Et, on le voit aussi, les États-Unis, qui soutiennent des groupes d'extrême droite".    Emission préparée par Perrine Desplats, Agnès Le Cossec et Isabelle Romero

  4. Sep 11

    Luc Frieden : "Un Européen ne doit jamais avoir peur des autres"

    Cette semaine, Caroline De Camaret reçoit Luc Frieden, Premier ministre luxembourgeois et président du Parti populaire chrétien-social, membre du Parti populaire européen (PPE). Présent à Paris pour le premier Sommet international sur l'espace organisé par le président français Emmanuel Macron, il évoque l'importance d'une autonomie stratégique de l'Europe, la nécessité de s'unir face à un monde de plus en plus menaçant, mais aussi certains chantiers à venir au sein de l'Union. "L'Europe doit jouer son propre rôle" Les 9 et 10 septembre se tenait, à Paris, le premier Sommet international sur l'espace à l'initiative du président français Emmanuel Macron. Si les grandes entreprises américaines comme Blue Origin ou SpaceX ont boycotté le Sommet à la demande du président américain Donald Trump, 120 pays y ont participé, dont le Luxembourg. Luc Frieden approuve "l'idée du président Emmanuel Macron de réunir tous ceux qui veulent que l'Europe soit autonome et forte", mais rappelle : "nous restons des amis des États-Unis". Pour lui, ce besoin d'autonomie "ne signifie pas qu'il faut exclure les autres (...) nous travaillons évidemment bien avec les Américains et d'autres sur ces sujets, mais l'Europe a besoin, en matière de défense, en matière d'énergie, en matière d'intelligence artificielle, en matière d'espace, de jouer aussi son propre rôle". Il cite par exemple les satellites commerciaux, dont le Luxembourg est le premier opérateur en Europe. Face à une situation géopolitique de plus en plus complexe, "les satellites jouent un rôle en matière de défense, en matière de communication quantique, de sécurité". Il faut donc "que l'Europe soit un peu plus autonome car nous ne l'avons pas été suffisamment, peut-être, par le passé". "Il faut protéger les jeunes dans leur développement" La publication, le 8 septembre dernier, du rapport PISA 2025 sur le niveau des élèves a révélé une tendance à la baisse des compétences des élèves dans de nombreux pays européens, notamment en lecture. L'un des facteurs de cet affaiblissement est l'utilisation des réseaux sociaux. Dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron a demandé à la présidente de la Commission un texte européen pour interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de quinze ans, proposition retoquée en France par le Conseil constitutionnel. Le Premier ministre luxembourgeois, lui, appuie cette proposition, tout en soulignant que "l'interdiction n'est jamais quelque chose qui, dans le monde libéral dans lequel nous sommes, est la première solution. Mais quand on voit qu'il y a de tels problèmes, je crois qu'il faut protéger les jeunes dans leur développement". Plutôt que des mesures nationales, il dit "préférer une solution européenne, puisque nous vivons dans un espace européen (...) ce serait dommage de le faire seulement à l'intérieur de nos frontières". Si, cependant, la Commission ne propose rien d'ici la fin de l’année, il agira sur le territoire luxembourgeois, tout en "tenant compte des réflexions du Conseil constitutionnel français quant aux limites de cette restriction à la liberté". "Un Européen ne doit jamais avoir peur des autres" L'Union européenne encadre l'utilisation des réseaux sociaux sous le Digital Services Act, adopté en 2024, et a récemment inclus certaines intelligences artificielles dans ses prérogatives. Si des avertissements ont été émis, aucune sanction directe n'a encore été prononcée au niveau européen. Pour Luc Frieden, "un Européen ne doit jamais avoir peur des autres. C'est un grand continent, 400 millions d'habitants. Donc nous pouvons être fiers de ce que nous sommes, avec nos valeurs, nos principes." Il faut, selon lui, "une intelligence artificielle humaine", qui respecte ces valeurs européennes. Le Luxembourg est ainsi le premier pays d'Europe à avoir signé un partenariat stratégique avec la société française Mistral AI, pour intégrer l'intelligence artificielle aux services de l'Etat et collaborer avec les institutions de recherches publiques. Le Premier ministre insiste sur la nécessité d'encadrer ces pratiques car "les valeurs de l'Europe, ce ne sont pas les mêmes qu'en Chine et aux États-Unis", mais rappelle que "les sanctions, c'est toujours la dernière, dernière étape". "Nous avons besoin de nouvelles ressources qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité" Alors que le projet de budget pluriannuel de l'Union européenne pour la période 2028-2034 suscite de vifs débats parmi les États membres, Luc Frieden déclare : "mon pays n'est ni du côté des 'frugaux', ni du côté des 'pays de la cohésion'". Il explique : "on a besoin d'un budget qui soit plus grand que le budget actuel. Mais il ne faut pas qu'il soit trop grand parce qu'il doit aussi être financé". Ainsi, bien qu'il se soit opposé à une taxe européenne sur le tabac ou à la taxation des superprofits des multinationales lors de la crise énergétique, il prône le développement d'autres ressources propres à l'UE : "il faut des ressources propres qui fassent du sens, qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité, qui soient en même temps réparties de façon équitable entre les États membres". Pour lui, la recherche de ces ressources, via la taxation notamment, ne doit pas impacter la compétitivité des entreprises, au risque que celles-ci "soient poussées vers d'autres continents". Une augmentation du budget reste nécessaire, afin de "soutenir, au niveau européen, les nouvelles politiques : l'innovation, l'espace, la technologie, les satellites" sans pour autant ponctionner dans la politique de cohésion ou la politique agricole commune. "L'Europe est la meilleure réponse face aux défis qui nous sont lancés" Le dimanche 6 septembre, le parti d'extrême droite allemand AfD a remporté 44 % des voix aux élections parlementaires régionales en Saxe-Anhalt, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Luc Frieden réagit : "pour un voisin de l'Allemagne dont le pays a été envahi en 1940 par les nazis, c'est évidemment extrêmement choquant et inquiétant". Pour lui, ce retour en force du nationalisme d'extrême droite est "un énorme défi pour les partis du centre politique". Il enjoint ainsi à "analyser cela en commun au niveau européen" et appelle "les électeurs de tous les pays européens à regarder l'histoire : le nationalisme, la discrimination des minorités, cela conduit à la Deuxième Guerre mondiale". Alors que l'extrême droite européenne sympathise avec une Russie de plus en plus menaçante, Luc Frieden rappelle "il y a déjà aujourd'hui des attaques hybrides (...) Nous sommes attaqués tous les jours ; nos systèmes informatiques, les drones, ce n'est pas de la science-fiction, c'est déjà une réalité". Il en appelle ainsi à l'union : "l'Europe a tout intérêt à être unie, à être soutenue, car c'est la seule réponse pour survivre dans ce monde très compliqué (...) c'est pour cela qu'il faut l'Europe, parce que chaque pays seul est faible, même s'il est grand."     Emission préparée par Perrine Desplats, Florine Hausfater, Isabelle Romero et Agnès Le Cossec

  5. Sep 4

    François-Xavier Bellamy : "La Commission européenne reconnaît enfin notre combat contre le Mercosur"

    En cette rentrée morose pour l'Union européenne, nous recevons François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains, député européen au Parti populaire européen (PPE) et ancien professeur agrégé de philosophie. Il a mené la liste Les Républicains aux élections européennes où il a été réélu en 2024, avec 7,2 % des voix (soit six députés en tout). En cette rentrée, il revient sur les grandes crises de l'été, notamment les menaces russes, les enjeux écologiques ou encore l'arrivée de dizaines de milliers de migrants dans l'enclave de Ceuta. "La Russie cherche à tester l'Europe" Dans la nuit du 4 au 5 août, un drone chargé d'explosifs a été découvert à l'aéroport de Leipzig, en Allemagne. Les autorités allemandes ont rapidement attribué cet incident à la Russie, tandis que la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a dénoncé ce mercredi 2 septembre un "un acte de terrorisme soutenu par un État". Pour François-Xavier Bellamy, "il y a aujourd'hui confirmation (...) que la Russie cherche à tester l'Europe, à tester l'Otan". Il appelle à "renforcer nos forces armées nationales et le faire aussi ensemble sur le plan européen", convaincu que l'on "n'empêche pas la guerre, la menace et le conflit dans la faiblesse et la vulnérabilité". Concernant les relations diplomatiques avec la Russie – que les États-Unis ont invité par surprise au G20 Finances le 31 août – l'eurodéputé est formel : "on ne peut pas faire comme si de rien n'était". Bien qu'il espère à terme "renouer l'amitié avec le peuple russe à moyen ou long terme", il estime que reprendre des relations normales serait "une forme de trahison de ce qui constitue l'âme, l'esprit, l'intérêt, la sécurité de l'Europe et aussi les engagements qu'elle doit tenir pour pouvoir se faire respecter". "La Commission finit par reconnaître la légitimité de notre combat sur le Mercosur" La Commission européenne a suspendu temporairement les importations de viande bovine, de volaille, d'œufs et de miel depuis le Brésil, à partir du 3 septembre. Cette décision est liée à l'usage d'antibiotiques. Pour François-Xavier Bellamy, "la Commission européenne a fini par reconnaître la légitimité du combat que nous avons mené pendant des années contre cet accord avec le Mercosur." Il rappelle qu'il "n'est pas contre le commerce international", mais pense "ne pas avoir le droit, après avoir imposé des règles toujours plus contraignantes aux agriculteurs qui produisent chez nous, d'accepter d'importer ensuite des produits du monde entier qui ne respectent aucune de nos règles... En montrant si rapidement après l'application provisoire de l'accord, que le plus grand pays du Mercosur, le Brésil, n'est pas capable de garantir des normes sanitaires, la Commission reconnait que nous avions raison". La suspension pourrait être levée lorsque le Brésil aura présenté des garanties suffisantes. Cet été, l'enjeu écologique est aussi revenu au cœur du débat public avec les catastrophes climatiques auxquelles les Européens ont dû faire face. Dans un rapport publié en juillet 2026 par le Réseau Action Climat, qui regroupe plusieurs ONG environnementales, l'eurodéputé est considéré comme l'un des députés français s'étant le plus opposé aux différents textes de régulation climatique. En 2025, il avait par exemple voté pour un paquet Omnibus visant à alléger l'obligation de plans de transition énergétique pour les entreprises. Pour François-Xavier Bellamy, ce vote n'est pas contradictoire avec la défense de l'enjeu écologique, car "ce qui représente l'essentiel des émissions de CO2 dans le monde, ça n'est pas l'Europe, qui représente moins de 10 % des émissions, ça n'est pas la France, qui représente moins de 2 % des émissions (...) ce qui représente l'essentiel des émissions de CO2, c'est la production qui se fait dans d'autres pays qu'en Europe." Il cite notamment la Chine, l'Inde ou encore les États-Unis. Pour lui, "notre grande responsabilité comme Européens, d'abord, elle n'est pas dans ce que nous produisons, elle est dans ce que nous importons. Notre premier devoir, si nous voulons protéger la planète, c'est d'importer moins et de produire chez nous", ce qui passe, selon lui, par le fait de "rendre à nos entreprises la liberté de produire". Même si un géant comme TotalEnergies vient d'être épinglé par la justice française pour non-respect de son devoir de vigilance sur les émissions de CO2 de lui et ses clients. "Pedro Sanchez est responsable de Ceuta" Fin juillet, environ 80 000 migrants arrivent en quelques jours à Ceuta, petite enclave espagnole en Afrique du Nord, causant une crise à la fois politique et humanitaire. L'enquête sur les causes de ce mouvement massif de population continue, alors que de forts soupçons perdurent sur une possible responsabilité marocaine, couplée à une vague de désinformation sur les réseaux sociaux ayant encouragé les individus au départ. Mais pour l'eurodéputé, la charge incombe avant tout à Pedro Sanchez, "qui a décidé en avril dernier de régulariser largement le million d'étrangers vivant et travaillant sur le territoire espagnol sans statut légal". François-Xavier Bellamy dénonce "un gouvernement qui décide en réalité de récompenser l'illégalité" mais qu'il estime très différent de celui de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui a délivré un million de titres de séjour pour favoriser l'immigration de travail, à rebours de son programme : "il y a une différence majeure entre délivrer des titres de séjour, c'est à dire permettre à des gens de rentrer légalement dans votre pays et légaliser des gens qui sont rentrés illégalement." L'eurodéputé défend à ce titre le "règlement retour" adopté par le Parlement européen le 17 juin dernier, et pour lequel il avait fortement milité. L'objectif du règlement retour, "c'est d'expulser en dehors des frontières de l'Europe des gens qui, par exemple, ont été déboutés du droit d'asile, qui en tous les cas sont illégalement présents sur le sol européen". Si ce nouveau règlement prévoit de renvoyer les migrants dans des pays avec lesquels ils n'ont aucun lien, comme l'Ouganda ou le Rwanda par exemple, l'eurodéputé n'y voit pas d'inconvénient : "est-ce qu'ils ont un lien avec la France s'ils y sont présents de manière illégale ? (...) Ce n'est pas un emprisonnement, c'est simplement une manière de reconduire hors de nos frontières des personnes qui s'y sont introduites de manière illégale. Il n'y a que l'Europe qui est dans cette situation d'impuissance. Vous ne rentrez pas illégalement en Chine, au Japon, aux États-Unis, vous ne rentrez pas illégalement dans un pays africain." "Il n'y a jamais eu de cordon sanitaire des votes" Le "règlement retour", vivement critiqué par une partie des eurodéputés, avait d'ailleurs dû être adopté grâce à une alliance entre le PPE et toutes les droites radicales du Parlement européen comme les Patriotes, où siège le Rassemblement national. Si cette alliance se démarque de la grande majorité au centre du Parlement, l'ancien professeur de philosophie insiste : "Il n'y a jamais eu de cordon sanitaire des votes". Quant à savoir si ce partenariat pourrait se refléter dans la politique nationale, François-Xavier Bellamy réaffirme son soutien à Bruno Retailleau pour la présidentielle et explique : "aujourd'hui, Marine Le Pen est candidate. Je ne me reconnais pas dans sa candidature pour de nombreuses raisons. (...) Quand elle lance sa campagne en disant qu'elle renouvelle sa promesse de garantir la retraite à 60 ou 62 ans pour les Français. (...) Et bien, cette promesse-là, elle me paraît être incroyablement dangereuse pour l'avenir de la France, mais aussi pour la stabilité de l'Europe dans son ensemble".   Emission préparée par Isabelle Romero, Florine Hausfater et Perrine Desplats

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