Ici l'Europe

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

  1. 6D AGO

    Hubert Védrine : "L'UE ne peut pas laisser Trump gérer seul les relations avec la Russie"

    Cette semaine, nous recevons Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui publie son dernier ouvrage "Après l'Occident ?" (Éditions Perrin et Robert Laffont). Soutien à l'Ukraine, autonomie militaire de l'Union européenne et relation avec les États-Unis, il commente les dossiers brûlants auxquels sont confrontés les Européens. Les eurodéputés ont approuvé le prêt européen de 90 milliards d'euros pour aider l'Ukraine face à la Russie, notamment pour acheter des armes. Selon Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), "il faut aider l'Ukraine à tenir bon et à préparer la suite car à un moment donné, il y aura un compromis douloureux". Hubert Védrine explique partager l'avis "de vieux réalistes américains, bien avant Trump : les États-Unis ont très mal géré la Russie d'après l'URSS [...] Il fallait agir autrement que de traiter la Russie en quantité négligeable. Et de toute façon, la Russie doit redevenir un interlocuteur. [...] L'opinion française et l'opinion européenne sont complètement binaires : tout est la faute de Poutine qui est un monstre." Selon lui, Donald Trump "n'a pas complètement abandonné" l'Ukraine : "Depuis un an, il prétendait qu'il allait abandonner l'aide militaire et financière, les données satellites, il ne l'a pas fait. En fait, nous sommes entre les deux et nous ne savons pas ce que ça va donner." "Orban avait dit qu'un jour ou l'autre nous devrions reparler à Poutine" Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche opposant à l'aide à l'Ukraine, s'oppose à ce prêt de l'UE destiné aux Ukrainiens. Son pays ne participera d'ailleurs pas à ce prêt commun, tout comme la Slovaquie et la République tchèque. Selon Hubert Védrine, Viktor Orban est pourtant moins isolé qu'avant sur certains sujets : "Il avait dit qu'un jour ou l'autre nous devrions reparler à Poutine. Cela scandalisait la plupart des commentateurs en Europe de l'Ouest. Même si nous sommes horrifiés par ce qu'il a fait, cette position commence à être adoptée par d'autres pays, y compris par Macron ou Merz. Les Européens se rendent compte que nous ne pouvons pas laisser Trump gérer tout seul les relations avec la Russie." Pour la suite, les élections d'avril décideront du sort d'Orban : "Et peut-être les perdra-t-il, ce qui changerait la donne dans un sens plus positif !" L'autonomie militaire européenne "a toujours été irréaliste" En ce qui concerne les menaces de l'administration américaine de se désengager de l'Otan, Hubert Védrine estime "que Trump ne va pas au bout de sa démarche". "Le système militaro-industriel technologique américain veut garder ce lien car 70 % des dépenses de défense des Européens ne vont pas à l'Europe mais aux États-Unis. Ils veulent garder cela. Normalement ils n'ont pas intérêt à couper le lien." L'autonomie militaire européenne et le fait que l’Europe devienne un pilier de l'Otan "a toujours été irréaliste" estime l’ancien ministre français. Selon lui, l'autonomie est un "objectif" encore difficilement atteignable : "Quand Macron et Starmer réunissent la coalition des volontaires éventuels pour donner des garanties à l'Ukraine dans l'hypothèse du cessez-le-feu, tous les participants disent qu’il faut une garantie américaine." Il évoque une difficulté organisationnelle : "Pour avancer, il faudrait savoir quelles forces nous pouvons mettre à disposition. Quel état-major voulons-nous créer ? Qui donne les ordres ? Cela doit venir d'un élu démocratiquement, donc ce n’est pas l'Union européenne. Elle n'est pas compétente là-dessus." "Il faut investir dans des technologies d'avenir [...] technologiques et écologiques" Les Vingt-Sept se sont réunis en sommet informel cette semaine afin de discuter de la relance de la compétitivité européenne, en berne depuis de nombreuses années. "Les Européens ont voulu travailler moins, investir moins dans l'avenir, désindustrialiser. Ils ont fait l'inverse d'un programme de compétitivité depuis 20 ou 30 ans", constate Hubert Védrine. [...] "Il faut réinvestir, pas forcément en empruntant de l’argent puisque certains États membres ne veulent pas. Il faut investir dans des technologies d'avenir qui sont à la fois très technologiques et écologiques. [...] C'est un chemin de plusieurs années." "Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification" Le couple franco-allemand est scruté car les deux pays sont considérés comme moteurs de l’Union européenne (UE). Entre le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, les divergences sont multiples avec une Allemagne plus libérale, contre l’idée d’un grand emprunt européen. Les Allemands ont également soutenu la signature du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur contrairement à la France : "Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification", estime Hubert Védrine. "Nous sommes des pays fondamentalement différents. Si nous ne sommes pas d'accord, rien ne marche. Nous avons des désaccords sur plein de sujets, à commencer par l'énergie, notamment la question nucléaire, mais pas que. Il n'empêche que si nous voulons que la machinerie européenne fonctionne mieux, il faut que la France et l'Allemagne soient d'accord. Nous sommes différents, nous avons des désaccords mais qu'est-ce que nous pouvons faire quand même ? Il faut abandonner l'approche un peu sentimentale de la question. Il faut être beaucoup plus concret." La Première ministre italienne Giorgia Meloni et Friedrich Merz sont en pleine "bromance" ? Bien que la dirigeante italienne appartienne à la droite radicale, elle est alignée sur les positions du chancelier allemand sur certains dossiers. "Il ne faut pas négliger cette relation, c'est très important. Il ne faut pas le traiter de façon polémique. Il y a énormément de sujets où il y a convergence, comme l’immigration. Est-ce que cela veut dire qu’il y a des divergences sur tous les autres ? Non." Selon lui, la France doit se questionner sur les divergences entre sa politique et celle de l’Allemagne : "Qu’est-ce qu’on devrait faire ? C'est un sujet peu populaire parce qu'il faudrait que les Français travaillent plus finalement, investissent plus." Émission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero

    17 min
  2. FEB 6

    Pascal Lamy : "Les Américains sont irremplaçables dans le renseignement sur les troupes russes"

    Cette semaine, nous recevons Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC et actuel vice-président du Forum de Paris sur la paix. Il revient sur les rapports de l'UE avec les États-Unis de Donald Trump, la place de l’Europe dans le monde, notamment dans le secteur économique où les industries manquent de compétitivité, et la défiance croissante des Européens vis-à-vis de leurs institutions. Nous vous proposons aussi un reportage inédit sur "l’Arctique, terre de toutes les convoitises", signé Isabelle Romero et Luke Brown, présents à la conférence Arctic Frontiers à Tromsø. L’Europe et les États-Unis font face à une crise de confiance majeure. Même si la tension est retombée, la volonté de Donald Trump d’annexer le Groenland a ébranlé la relation transatlantique. Pour Pascal Lamy, ancien commissaire européen et ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, les Européens ont une leçon importante à en tirer de cette crise : "Il y a une grande différence entre la rhétorique, cette espèce d’hyperactivité, et la réalité. Le Groenland, c’était important pour nous, et il a été forcé de reculer." L’UE peut rivaliser dans un rapport de force avec les Américains, estime-t-il. "Il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir" Mais les Vingt-Sept doivent s’interroger sur la fiabilité de leur partenaire américain. Notamment en ce qui concerne le dossier ukrainien, le "vrai sujet" pour l’Europe selon Pascal Lamy. Le vice-président du Forum de Paris sur la paix déplore la position changeante de Donald Trump, mettant davantage la pression aux Européens qu’à Vladimir Poutine. Ils ne sont pour le moment pas invités à la table des négociations de paix, mais leur présence est "inévitable" à l’avenir selon lui "parce qu’il faudra des troupes pour garantir les accords". De plus, l’Europe fournit aujourd’hui les deux tiers de l’aide à l’Ukraine, notamment avec une nouvelle aide de 90 milliards d’euros approuvée par l’UE pour la période 2026-2027. Il reconnaît cependant notre dépendance : "Pour obtenir des renseignements sur le positionnement des troupes russes en Ukraine, on aimerait bien se passer des Américains. Il y a des moments où les rapports de force sont les rapports de force, même si cela nous fait mal à l’estomac. Il faut être lucide : il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir." Pascal Lamy évoque un autre dossier brûlant : l’Iran. Quelle position tenir face au régime des mollahs, dont la répression brutale des manifestations a fait le tour du monde ? Le vice-président du Forum de Paris sur la paix est mesuré. "La question est de savoir si on envoie, comme le fait Trump, des bateaux dans la zone pour faire changer le régime. Mais qui pour le remplacer ? Et une solution militaire pour déposer un régime, sans une certaine idée de ce qui va suivre, à mon avis, c'est quand même risqué." Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, 72 % des citoyens de l’UE se disent "très préoccupés", selon une récente enquête Eurobaromètre du Parlement européen, et appellent à une Europe plus unie. C’est aussi ce que note Pascal Lamy. "Les Européens sont très en soutien de l'intégration européenne et les menaces extérieures ont accentué ce soutien dans l'ensemble de l'Europe." Mais le continent doit aussi faire face à la défiance d’une partie de la population face aux institutions européennes. Selon la même enquête, 49 % des sondés ont une image positive de l’UE, le chiffre descend même à 38 % pour les Français. "Il n’est pas étonnant que la France se distingue par un pessimisme considérable par rapport aux autres, car elle se perçoit comme allant plus mal que les autres", reconnaît Pascal Lamy. Un scepticisme de plus en plus marqué, surtout alors que la Commission voudrait mettre en œuvre par anticipation l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Or les eurodéputés ont saisi la justice européenne : "Comme le Parlement européen a voté pour un délai, à une courte majorité, mais c’est la démocratie, je pense qu’il faudrait respecter ce délai." "Il faut renforcer le marché intérieur" À l’approche d’un Conseil sur la compétitivité, le commissaire français à l’Industrie, Stéphane Séjourné, a signé une tribune avec plus de 1 000 patrons pour instaurer une préférence européenne dans les aides et marchés publics, particulièrement dans des secteurs stratégiques, pour sécuriser la production et l’emploi en Europe. "C’est une idée qui fait sens, abonde Pascal Lamy. Nos concurrents à l’international le font." L’ancien directeur général de l’OMC appelle à plus d’investissements dans les années à venir pour augmenter la croissance et être ainsi plus compétitif. "Notre potentiel de croissance aujourd’hui, c’est la moitié de celui des Américains, le tiers de celui des Chinois et le quart de celui des Indiens. Pour nous développer, il faut renforcer le marché intérieur. Nous avons un gisement sous nos pieds, le marché intérieur, mais on ne l’exploite pas." Si nous n'avons pas de terres rares, d'autres solutions existent : "La Chine investit depuis 20 ans dans les terres rares dans les pays en développement, et effectue le raffinage sur place." Émission préparée par Paul Guianvarc’h, Perrine Desplats et Oihana Almandoz

    17 min
  3. JAN 30

    Valdis Dombrovskis : "L’UE doit diversifier ses relations commerciales avec des partenaires fiables"

    Cette semaine, nous vous proposons une émission spéciale sur l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro avec un reportage long format et un entretien de Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l'Économie. Il fait état de la situation économique de l’Union dans un climat instable dû à l’imprévisibilité de l’administration américaine. À la suite des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland, le commissaire se félicite de l’apaisement des relations : "Il est positif que nous ayons réussi à replacer le dossier Groenland sur une base plus constructive. Le président Trump a donc supprimé en quelque sorte ses revendications à l'égard du Groenland. (...) L'accent est désormais mis sur le renforcement de la sécurité dans la région arctique. Et les autorités danoises et groenlandaises, soutenues par l'Union européenne (UE), ont indiqué qu'elles étaient disposées à en discuter." D’un point de vue économique, Donald Trump avait également menacé d’instaurer de nouveaux droits de douane sur les produits européens. Le Parlement européen a alors suspendu le processus de ratification de l’accord commercial encadrant ces droits de douane entre l’UE et les États-Unis, jugé désavantageux pour l’Union. Le président américain a finalement retiré ces menaces de surtaxes douanières. Selon Valdis Dombrovskis, également ancien Premier ministre de Lettonie, du parti de droite Unité affilié au groupe Parti populaire européen, "le choix aujourd'hui est d'accepter cet accord ou de poursuivre l'escalade commerciale. (...) Nous avons évalué ces deux possibilités. Nous avons également observé l'expérience de la Chine, qui a opté pour cette escalade dans la guerre commerciale. Très vite, les droits de douane ont dépassé les 200 % côté américain et côté chinois, ce qui était prohibitif. La Chine a fini par renoncer à l'escalade et a conclu un accord qui était comme le nôtre, asymétrique."  Il réitère son soutien à cet accord : "Les relations d'échange et d'investissement entre l'UE et les États-Unis sont les plus importantes au monde. Nous avons accepté un accord, même asymétrique, qui permet d'assurer plus de clarté et de prévisibilité." Contre la "prolifération des barrières douanières" La croissance des États-Unis devrait atteindre 3 % en 2026, contre 1,2 % pour les Vingt-Sept. "C'est vrai, l'UE est dépassée par plusieurs autres grandes économies. Certains chocs économiques expliquent cette situation à court terme, comme les conséquences de l'agression de la Russie contre l'Ukraine, ou la nécessité de réduire notre dépendance à l'égard des combustibles fossiles russes", reconnaît le commissaire européen. "C'est pourquoi l'une des premières initiatives de la Commission européenne a été la Boussole pour la compétitivité, qui présente tous les principaux facteurs affectant la compétitivité de l'UE afin de relancer la croissance économique dans l'Union." Il se réjouit de la signature de nouveaux traités de libre-échange, tel que l’accord signé cette semaine entre l’UE et l’Inde. Il prévoit la réduction des droits de douane à l’exportation pour les deux partenaires. "Nous constatons la prolifération des barrières douanières. Donc, il est important pour l'UE de diversifier ses relations commerciales avec des partenaires fiables à travers le monde entier. Nous constatons que nous avons moins de prévisibilité de la part de l'administration Trump sur la politique commerciale et ses droits de douane. La Chine a toujours été un partenaire difficile. Le marché chinois est bien plus fermé pour les biens et les entreprises venus d'Europe que notre marché l'est vis-à-vis de la Chine", explique Valdis Dombrovskis pour justifier cet accord.  Dans son portefeuille, le commissaire est également en charge de la simplification des démarches administratives pour les entreprises, nécessaire selon lui : "La majorité des entreprises indiquent que le fardeau administratif excessif est l'un des obstacles à leurs activités commerciales et à l'investissement en Europe. (...) Il est donc important que nous nous attaquions à cette charge administrative excessive." Pour les protecteurs de l'environnement, cette démarche rime avec recul des normes environnementales et sociales imposées aux entreprises, ce que réfute le commissaire : "Nous avons été très clairs sur le fait que la simplification n'est pas synonyme de déréglementation. Nous n'abolissons pas nos normes sociales ou environnementales élevées. Nous ne supprimons pas nos objectifs européens en matière de pacte vert. Nous maintenons tout cela, mais nous nous concentrons sur la manière d'atteindre nos objectifs d'une manière plus simple et plus efficace." Entrée de la Bulgarie dans la zone euro Le 1ᵉʳ janvier, la Bulgarie est devenue le 21ᵉ membre de la zone euro après avoir rempli les critères de Maastricht. Dans cet État balkanique au bord de la mer Noire, entre la Roumanie, la Grèce et la Turquie, les 6,4 millions d'habitants ont abandonné le lev, la monnaie bulgare.  Si cette intégration est bien perçue par les milieux économiques, elle divise une population dont 22 % vit sous le seuil de pauvreté, entre espoirs et craintes d’inflation.  Nos reporters retrouvent sur le terrain divers acteurs du changement : rencontre avec Mariya Gabriel, ancienne vice-Première ministre et ex-Commissaire européenne bulgare, un chef d’entreprise, le vice-ministre de l’Économie, la cheffe de la représentation de la Commission en Bulgarie, un député souverainiste, une avocate anticorruption et surtout, les habitants de Sofia et du reste du pays. Selon Valdis Dombrovskis, cela va permettre “de renforcer l'eurozone et le rôle international de l'euro, car cela projette également la confiance. (...) Cela positionne l'euro comme monnaie ouverte avec un pouvoir d'attraction sur de nouveaux membres”, conclut-il.  Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero

    17 min
  4. JAN 23

    Andrej Plenkovic : "Le Conseil de paix de Trump commencera avec ou sans les Européens !"

    Cette semaine, nous interrogeons Andrej Plenkovic, Premier ministre de la Croatie, au lendemain d’un sommet européen extraordinaire. Il explique combien les Vingt-Sept sont sceptiques sur l’avenir de la relation transatlantique, malgré le renoncement de Donald Trump concernant le Groenland et la hausse des droits de douane. Le jeudi 22 janvier, les Vingt-Sept se sont réunis pour un sommet extraordinaire convoqué par Antonio Costa à la suite des menaces répétées de Donald Trump d’annexer le Groenland et d’augmenter les droits de douane des pays qui ont engagé des soldats sur place. Andrej Plenkovic, Premier ministre croate depuis dix ans, qualifie cette réunion de "constructive" : "Il y a eu des débats francs en ce qui concerne les relations entre l’Union européenne et les États-Unis. Nous avons discuté de trois points importants : tout d’abord, le fait d’assurer une solidarité complète des Vingt-Sept vis-à-vis de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du Danemark et du Groenland. Puis, de revenir à une normalité dans les relations transatlantiques, fondement de l’ordre international. Enfin, nous avons discuté de la nécessité de mettre en place des instruments anti-coercition dans le domaine des droits de douane et de comment les appliquer si besoin." Ce sommet a eu lieu après un adoucissement des positions de l'administration américaine. Un revirement intervenu après une discussion entre le président américain et le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte. "Donald Trump a fait deux pas en arrière", estime le Premier ministre croate. "J'étais au courant que Mark Rutte était en train de chercher une solution plutôt généralisée des pays de l'Arctique, de l'Union européenne et de l'Otan", explique Andrej Plenkovic qui avait rencontré le secrétaire général de l’Otan la semaine passée.  Selon le Premier ministre, la réaction négative des marchés financiers face à ces tensions a poussé Donald Trump à reculer. "Puis, nous voyons que l'opinion publique américaine ne soutient pas vraiment la position de leur gouvernement vis-à-vis du Groenland. Finalement, cette méthode a déjà été utilisée par le président Trump : essayer de faire monter les enchères et ensuite revenir en arrière et calmer le jeu afin de chercher une solution qui pourrait être satisfaisante pour les intérêts de sécurité des États-Unis." "Les Européens, coordonnés, doivent calmer le jeu" Andrej Plenkovic se veut rassurant : "Il y a eu un peu de tension, mais demain ou après-demain, nous aurons d'autres sujets à gérer. L'UE adopte une position assez coordonnée. Nous tenons une ligne selon laquelle la question de l'intégrité territoriale des États membres ne peut pas être remise en question." Il appelle à "calmer le jeu" : "La ligne de la Croatie est d’essayer de rétablir le dialogue, de nourrir nos rapports car nous devons rester partenaires dans un monde sans cesse en changement. Il faut plutôt cultiver les relations transatlantiques que de mener des actions qui peuvent détériorer la situation." Il regrette cependant ces désaccords et l’inconsistance de la relation transatlantique : "La montée des tensions politiques entre alliés n'a pas beaucoup de sens. Nous avons énormément d'autres sujets à traiter qui sont des vrais problèmes globaux. Des amis et partenaires comme les États-Unis et les pays de l'UE ne devraient pas avoir ce genre de débat, qui est un peu hallucinant. Au mois de décembre, nous parlions de sanctions contre la Russie et quelques semaines après, nous évoquons l’usage d’instruments anti-coercition contre les Américains. C’est un instrument qui n'a pas été conçu contre les États-Unis, mais contre la Chine." "Nous étudions les implications de Conseil de la paix" Donald Trump a inauguré à Davos son nouveau "Conseil de paix", en présence d'une vingtaine de dirigeants de pays ayant rallié cette instance placée sous sa coupe. La Croatie a reçu une invitation à y participer : "Je suis très reconnaissant pour cette invitation, mais comme elle est arrivée environ un jour et demi avant la date de la signature, il était impossible pour nous de signer ce type de document si rapidement en raison de contraintes constitutionnelles juridiques." Si certains pays, comme la France ou l'Espagne, ont d’ores et déjà décliné l’invitation, Andrej Plenkovic annonce "étudier ce texte". Le président du Conseil européen Antonio Costa a évoqué de "sérieux doutes" concernant ce "Conseil de paix", en particulier sur sa compatibilité avec les Nations unies. Le Premier ministre croate le rejoint sur ce point : "Quelle est la position de ce Conseil vis-à-vis des structures existantes des Nations Unies ? Sommes-nous toujours dans le cadre de ce qui était prévu en accord avec les Nations unies, c’est-à-dire un suivi du plan de paix du président Trump pour Gaza ? Pour le moment, nous voyons une organisation internationale complètement nouvelle qui a pour objectif de promouvoir la paix. Nous continuons d'étudier ce document et ferons le nécessaire." La Bulgarie et la Hongrie, quant à eux, ont rejoint ce "Conseil de paix", à contre-pied de la position des autres membres de l’UE. Andrej Plenkovic tempère ces deux exceptions : "Ça n'empêche pas les autres pays européens de former une position coordonnée, qui pourrait avoir comme objectif de faire un geste pour faciliter les relations transatlantiques. Cette nouvelle organisation va de toute façon commencer son travail, avec ou sans les Européens. Il faut essayer de préserver le plus possible l’unité européenne et en même temps participer à ce Conseil d’une manière acceptable en termes juridique et politique." "L’application du Mercosur ne changerait pas grand-chose pour nous" Le Parlement a saisi cette semaine la Cour de justice de l'UE pour vérifier la légalité du traité de libre-échange du Mercosur, ce qui suspend le processus de ratification pendant un an et demi. La Commission a tout de même le droit, dans l'intervalle, d’appliquer l’accord provisoirement. Si certains pays, comme la France, se réjouissent de la remise en question de l’accord, la Croatie soutient ce traité. Selon Andrej Plenkovic, "il y a beaucoup de mécanismes de protection des différents quotas", qui protègent les agriculteurs européens qui craignent que cela bouscule leur travail avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE : "Cette situation ne représente pas une difficulté pour la Croatie. S'il y a une application provisoire, ça ne changerait pas grand-chose pour nous." "Les garanties pour l’Ukraine de Trump sont une participation constructive" Volodymyr Zelensky, qui a rencontré Donald Trump à Davos, a assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les États-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit. Le Premier ministre croate salue cette avancée : "L'Ukraine est prête pour la négociation d'un accord de paix. [...] L’initiative politique du président Trump est une participation constructive aux côtés des alliés européens afin d’offrir des garanties de sécurité, mais aussi pour la reconstruction de l'Ukraine." Il appelle cependant à la prudence : "Je dis au président Zelensky d'essayer de trouver un accord sans faire de concession de territoire ukrainien à la Russie. Le contraire serait un précédent qui posera des difficultés dans l'avenir pour beaucoup d'autres situations qui peuvent se passer. [...] Il ne faut jamais accepter le fait qu’une agression soit récompensée par l’acquisition du territoire de quelqu'un d'autre", conclut-il. Émission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero

    17 min

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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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