Ici l'Europe

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

  1. 5D AGO

    Arancha González Laya : "Les pays européens non-alignés avec Trump, il les menace d’un embargo"

    Cette semaine, nous recevons Arancha González Laya, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères et actuelle doyenne de la Paris School of International Affairs à Sciences Po. Elle revient sur le conflit au Moyen-Orient et le risque d'embrasement de la région ainsi que sur la brouille diplomatique entre les États-Unis et l'Espagne, seul pays européen à avoir ouvertement condamné les frappes américaines et israéliennes comme une violation du droit international. Le 28 février, les États-Unis et Israël bombardent la République islamique d'Iran. De son côté, Téhéran lance des missiles contre des bases américaines et contre les alliés de Washington dans la région. Ni prévenus, ni partie prenante, les Européens sont pris de court et craignent un embrasement du Moyen-Orient. "L'escalade est déjà là", estime Arancha González Laya, ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères. "L'Iran a décidé que la manière de se défendre était d'étendre le conflit à d'autres pays de la région. On est donc dans un conflit à dimension régionale avec des conséquences globales", dit-elle en référence au blocage du détroit d'Ormuz par les Gardiens de la révolution, entraînant un ralentissement de l'économie mondiale. La doyenne de la Paris School of International affairs à Sciences Po Paris dénonce le "choix" de Washington et Tel-Aviv d'attaquer l'Iran "sans l'accord des alliés, notamment ceux de l'Otan". "Ce n'est pas une guerre de nécessité, dénonce Arancha González Laya. Il n'y avait pas une urgence ou un risque imminent qui demandait une riposte de la part des États-Unis et d'Israël. Et ce n'est pas non plus une intervention à caractère humanitaire car chaque jour qui passe, on voit bien les conséquences de cette guerre sur les populations civiles." Si la communauté internationale et une partie de la population iranienne ont pu se réjouir de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, dans les frappes américaines, Arancha González Laya s'interroge sur les conséquences à long terme sur la société iranienne et son peuple. "Nous avons vu dans notre histoire récente comment des interventions militaires, dont l'objectif était d'apporter un peu plus de libertés et de droits aux populations, se sont terminées en fiasco", explique-t-elle en faisant référence à l'Afghanistan où la situation des femmes notamment est encore pire qu'avant. "Nous devons nous poser la question sur la meilleure manière d'aider à changer ces pays, par une intervention militaire ou en le changeant de l'intérieur." En Europe, les Vingt-Sept sont partagés sur ces frappes. Pourtant, certains pays font partie du théâtre des opérations, à l'image de Chypre, visée par des missiles iraniens lancés sur une base militaire britannique installée sur l'île. "L’Europe se retrouve à devoir réagir, mais elle réagit de manière prudente, en disant ne pas vouloir rentrer dans l'offensive, explique Arancha González Laya. Mais il est aussi clair qu'ils sont prêts à se défendre quand ils sont attaqués, d'où l'envoi par certains pays européens, y compris l'Espagne, de moyens militaires, surtout navals, en Méditerranée." Seule l'Espagne condamne les bombardements et dénonce clairement une violation du droit international. Une position qui déplaît au président américain Donald Trump et qui l’a fait savoir en s’en prenant vertement au Premier ministre espagnol Pedro Sanchez lors d’un point presse en compagnie du chancelier allemand Friedrich Merz. "Ce n’est pas la première fois que le président des États-Unis a une posture dure vis-à-vis d’un leader européen", nuance l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères, prenant en exemple les brouilles avec l’Ukraine, le Danemark ou le Royaume-Uni. "Les leaders de ces pays ont eu des postures non-alignées avec les intérêts des États-Unis, donc Donald Trump les menace d’embargo. Le langage de la force est le seul que comprend Trump. Là où il voit de la faiblesse, il s’acharne. C’est une leçon que nous avons appris depuis son retour à la Maison-Blanche et qu’il nous faut garder à l’esprit quand nous avons un sujet sur lequel nous ne voulons pas transiger." Interrogée sur le manque de soutien de Friedrich Merz lors des invectives de Donald Trump contre l’Espagne, Arancha González Laya botte en touche : "On lave le linge sale à la maison. Si nous avons des désaccords, nous les traitons en privé. L’erreur la plus grave qu’on pourrait commettre aujourd’hui serait de trouver des divisions entre Européens. L’Europe doit rester unie." Parmi les reproches du président américain envers le Premier ministre espagnol, le refus de prêter des bases militaires comme base arrière dans le conflit au Moyen-Orient. "Il y a des règles concernant l’usage des bases militaires. Tout ce que demande l’Espagne, c’est que ces règles soient respectées", se défend l’ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères. Un manque de solidarité supposé qui concerne également l’Otan, où l’Espagne consacre 2 % de son PIB, refusant catégoriquement un objectif de 5 % en 2035 fixés par les ministres de la Défense otaniens en juin 2025 sous la pression de Donald Trump. "L’Espagne pense que ces 5 % ont été décidés arbitrairement par le président des États-Unis. Elle questionne ces 5 %, mais pas le principe de solidarité." "L’Espagne est solidaire de ses voisins et de ses alliés, assure Arancha González Laya, malgré tout. Le principal objectif en matière de défense du territoire européen est la guerre en Ukraine. L’Espagne soutient l’Ukraine, elle fournit une aide militaire et financière." En conclusion, Arancha González Laya s’interroge sur les conséquences économiques du conflit en cours au Moyen-Orient. "On est face à un choc économique sérieux, alerte-t-elle. Cela va dépendre de la durée du conflit mais il y a un risque d’inflation en Europe comme en Asie très important qui pourrait déstabiliser nos sociétés." Elle rappelle l’importance de la voie diplomatique, promue par l’Union européenne, notamment en prenant en exemple l’accord de 2015 sur la non-prolifération du nucléaire iranien. "C’est peut-être le moment pour l’Europe d’ouvrir cette voie et d’en prendre le leadership, sinon il pourrait y avoir des conséquences importantes."   Une émission préparée par Paul Guianvarc'h, Aline Bottin, Oihana Almandoz et Isabelle Romero

    17 min
  2. FEB 20

    Charles Michel : "Inacceptable que Trump et Poutine jouent à la roulette russe avec notre avenir !"

    Cette semaine, nous vous proposons une émission spéciale sur les quatre ans de guerre en Ukraine avec un reportage long format dans le pays et un entretien avec Charles Michel, ancien président du Conseil européen. Il revient sur ce conflit qui s'est déclenché alors qu'il était en poste au Conseil. Alors qu'il était président du Conseil européen quand la guerre a éclaté le 24 février 2022, Charles Michel en garde un souvenir fort. "La nuit de l'invasion russe, Volodymyr Zelensky m'a téléphoné pour me dire que la guerre avait démarré sur l'ensemble du territoire. Un homme qui était traqué : on avait peur qu’il soit capturé ou éliminé par les Russes. C’était un des objectifs de Poutine !"  Il salue la fermeté et la rapidité des Européens. Selon lui, Vladimir Poutine a été pris par surprise, car il pensait que l'Ukraine allait "s'effondrer en quelques jours et que l'Europe allait se diviser". Or il y a eu unité chez les Européens pour livrer des armes. Des regrets ? Charles Michel estime que l'Otan "n'a pas eu assez de courage, au début peut-être intimidée par la rhétorique du Kremlin, en refusant un parapluie aérien pour protéger les Ukrainiens des missiles." Mais le 24 février 2022, les leaders européens ont compris que s'ouvrait une nouvelle ère. Pourtant, quatre ans après et avec le 20ᵉ paquet de sanctions européennes, quel est leur impact sur le pouvoir russe ? Selon Charles Michel, "ces sanctions font du mal économiquement à Poutine" et "la levée des sanctions de l'UE peut être un levier de pression lors des négociations". Après la guerre en Ukraine et l'arrivée de Trump au pouvoir, "on a changé de monde", constate l'ancien président du Conseil. Si Donald Trump a baissé sa contribution envers l'Ukraine, l'UE prend le relais avec une aide financière de 90 milliards. "Il faut faire plus encore, c'est un investissement pour nous, pour notre paix, soutenir les Ukrainiens, c'est soutenir notre propre avenir." Il faut néanmoins que les Européens s'affranchissent des Américains en développant des projets de défense industriels et les programmes de surveillance satellitaire comme Starlink, mais cela prendra du temps. Concernant les négociations de paix ou de cessez-le-feu, Charles Michel estime que "c’est une honte que les Européens soient mis à l'écart". Selon lui, Emmanuel Macron a raison de vouloir reprendre le dialogue avec Poutine sans naïveté. "Comme Giorgia Meloni, d’ailleurs sur les mêmes positions. C’est un conflit qui va impacter le sort de nos enfants et petits-enfants. On ne peut pas accepter les bras ballants que les Américains et les Russes jouent à la roulette russe avec notre avenir."    Émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats et Oihana Almandoz.

    17 min
  3. FEB 13

    Hubert Védrine : "L'UE ne peut pas laisser Trump gérer seul les relations avec la Russie"

    Cette semaine, nous recevons Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui publie son dernier ouvrage "Après l'Occident ?" (Éditions Perrin et Robert Laffont). Soutien à l'Ukraine, autonomie militaire de l'Union européenne et relation avec les États-Unis, il commente les dossiers brûlants auxquels sont confrontés les Européens. Les eurodéputés ont approuvé le prêt européen de 90 milliards d'euros pour aider l'Ukraine face à la Russie, notamment pour acheter des armes. Selon Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), "il faut aider l'Ukraine à tenir bon et à préparer la suite car à un moment donné, il y aura un compromis douloureux". Hubert Védrine explique partager l'avis "de vieux réalistes américains, bien avant Trump : les États-Unis ont très mal géré la Russie d'après l'URSS [...] Il fallait agir autrement que de traiter la Russie en quantité négligeable. Et de toute façon, la Russie doit redevenir un interlocuteur. [...] L'opinion française et l'opinion européenne sont complètement binaires : tout est la faute de Poutine qui est un monstre." Selon lui, Donald Trump "n'a pas complètement abandonné" l'Ukraine : "Depuis un an, il prétendait qu'il allait abandonner l'aide militaire et financière, les données satellites, il ne l'a pas fait. En fait, nous sommes entre les deux et nous ne savons pas ce que ça va donner." "Orban avait dit qu'un jour ou l'autre nous devrions reparler à Poutine" Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche opposant à l'aide à l'Ukraine, s'oppose à ce prêt de l'UE destiné aux Ukrainiens. Son pays ne participera d'ailleurs pas à ce prêt commun, tout comme la Slovaquie et la République tchèque. Selon Hubert Védrine, Viktor Orban est pourtant moins isolé qu'avant sur certains sujets : "Il avait dit qu'un jour ou l'autre nous devrions reparler à Poutine. Cela scandalisait la plupart des commentateurs en Europe de l'Ouest. Même si nous sommes horrifiés par ce qu'il a fait, cette position commence à être adoptée par d'autres pays, y compris par Macron ou Merz. Les Européens se rendent compte que nous ne pouvons pas laisser Trump gérer tout seul les relations avec la Russie." Pour la suite, les élections d'avril décideront du sort d'Orban : "Et peut-être les perdra-t-il, ce qui changerait la donne dans un sens plus positif !" L'autonomie militaire européenne "a toujours été irréaliste" En ce qui concerne les menaces de l'administration américaine de se désengager de l'Otan, Hubert Védrine estime "que Trump ne va pas au bout de sa démarche". "Le système militaro-industriel technologique américain veut garder ce lien car 70 % des dépenses de défense des Européens ne vont pas à l'Europe mais aux États-Unis. Ils veulent garder cela. Normalement ils n'ont pas intérêt à couper le lien." L'autonomie militaire européenne et le fait que l’Europe devienne un pilier de l'Otan "a toujours été irréaliste" estime l’ancien ministre français. Selon lui, l'autonomie est un "objectif" encore difficilement atteignable : "Quand Macron et Starmer réunissent la coalition des volontaires éventuels pour donner des garanties à l'Ukraine dans l'hypothèse du cessez-le-feu, tous les participants disent qu’il faut une garantie américaine." Il évoque une difficulté organisationnelle : "Pour avancer, il faudrait savoir quelles forces nous pouvons mettre à disposition. Quel état-major voulons-nous créer ? Qui donne les ordres ? Cela doit venir d'un élu démocratiquement, donc ce n’est pas l'Union européenne. Elle n'est pas compétente là-dessus." "Il faut investir dans des technologies d'avenir [...] technologiques et écologiques" Les Vingt-Sept se sont réunis en sommet informel cette semaine afin de discuter de la relance de la compétitivité européenne, en berne depuis de nombreuses années. "Les Européens ont voulu travailler moins, investir moins dans l'avenir, désindustrialiser. Ils ont fait l'inverse d'un programme de compétitivité depuis 20 ou 30 ans", constate Hubert Védrine. [...] "Il faut réinvestir, pas forcément en empruntant de l’argent puisque certains États membres ne veulent pas. Il faut investir dans des technologies d'avenir qui sont à la fois très technologiques et écologiques. [...] C'est un chemin de plusieurs années." "Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification" Le couple franco-allemand est scruté car les deux pays sont considérés comme moteurs de l’Union européenne (UE). Entre le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz, les divergences sont multiples avec une Allemagne plus libérale, contre l’idée d’un grand emprunt européen. Les Allemands ont également soutenu la signature du traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur contrairement à la France : "Il n'y a plus de couple franco-allemand depuis la réunification", estime Hubert Védrine. "Nous sommes des pays fondamentalement différents. Si nous ne sommes pas d'accord, rien ne marche. Nous avons des désaccords sur plein de sujets, à commencer par l'énergie, notamment la question nucléaire, mais pas que. Il n'empêche que si nous voulons que la machinerie européenne fonctionne mieux, il faut que la France et l'Allemagne soient d'accord. Nous sommes différents, nous avons des désaccords mais qu'est-ce que nous pouvons faire quand même ? Il faut abandonner l'approche un peu sentimentale de la question. Il faut être beaucoup plus concret." La Première ministre italienne Giorgia Meloni et Friedrich Merz sont en pleine "bromance" ? Bien que la dirigeante italienne appartienne à la droite radicale, elle est alignée sur les positions du chancelier allemand sur certains dossiers. "Il ne faut pas négliger cette relation, c'est très important. Il ne faut pas le traiter de façon polémique. Il y a énormément de sujets où il y a convergence, comme l’immigration. Est-ce que cela veut dire qu’il y a des divergences sur tous les autres ? Non." Selon lui, la France doit se questionner sur les divergences entre sa politique et celle de l’Allemagne : "Qu’est-ce qu’on devrait faire ? C'est un sujet peu populaire parce qu'il faudrait que les Français travaillent plus finalement, investissent plus." Émission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero

    17 min
  4. FEB 13

    Interdiction des réseaux sociaux aux mineurs : les plateformes dans le viseur de l'Union européenne

    Beaucoup de spécialistes alertent sur les risques des réseaux sociaux pour la santé mentale des jeunes : troubles de l'attention, stress et anxiété, exposition au harcèlement et à des images pédopornographiques. Face à ce fléau, plusieurs pays membres de l'Union européenne (UE) réfléchissent à leur interdiction pure et simple pour les mineurs. En France, les députés ont voté cette mesure radicale pour les moins de 15 ans. Mais pour réguler ces plateformes, souvent américaines, la responsabilité revient à la Commission européenne qui dispose d'outils puissants. Deux directives européennes, sur les services et les marchés numériques, intitulées DSA et DMA, sont censées lutter contre les contenus violents, la désinformation et protéger les plus jeunes. D'ailleurs, le réseau social X d’Elon Musk s’est vu infliger une amende de 120 millions d’euros par Bruxelles pour non respect de ces règles européennes. La justice française enquête de son côté sur l’intelligence artificielle de ce réseau social, Grok, qui détourne des photos d'enfants pour les dénuder. L'Union européenne pourra-t-elle vraiment encadrer ces big techs américaines au risque de représailles de Donald Trump qui protège ses amis ? Émission préparée par Perrine Desplats, Oihana Almandoz et Isabelle Romero   Retrouvez l'intégralité du débat du Parlement européen sur la protection des mineurs en ligne ICI

    17 min
  5. FEB 6

    Pascal Lamy : "Les Américains sont irremplaçables dans le renseignement sur les troupes russes"

    Cette semaine, nous recevons Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC et actuel vice-président du Forum de Paris sur la paix. Il revient sur les rapports de l'UE avec les États-Unis de Donald Trump, la place de l’Europe dans le monde, notamment dans le secteur économique où les industries manquent de compétitivité, et la défiance croissante des Européens vis-à-vis de leurs institutions. Nous vous proposons aussi un reportage inédit sur "l’Arctique, terre de toutes les convoitises", signé Isabelle Romero et Luke Brown, présents à la conférence Arctic Frontiers à Tromsø. L’Europe et les États-Unis font face à une crise de confiance majeure. Même si la tension est retombée, la volonté de Donald Trump d’annexer le Groenland a ébranlé la relation transatlantique. Pour Pascal Lamy, ancien commissaire européen et ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, les Européens ont une leçon importante à en tirer de cette crise : "Il y a une grande différence entre la rhétorique, cette espèce d’hyperactivité, et la réalité. Le Groenland, c’était important pour nous, et il a été forcé de reculer." L’UE peut rivaliser dans un rapport de force avec les Américains, estime-t-il. "Il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir" Mais les Vingt-Sept doivent s’interroger sur la fiabilité de leur partenaire américain. Notamment en ce qui concerne le dossier ukrainien, le "vrai sujet" pour l’Europe selon Pascal Lamy. Le vice-président du Forum de Paris sur la paix déplore la position changeante de Donald Trump, mettant davantage la pression aux Européens qu’à Vladimir Poutine. Ils ne sont pour le moment pas invités à la table des négociations de paix, mais leur présence est "inévitable" à l’avenir selon lui "parce qu’il faudra des troupes pour garantir les accords". De plus, l’Europe fournit aujourd’hui les deux tiers de l’aide à l’Ukraine, notamment avec une nouvelle aide de 90 milliards d’euros approuvée par l’UE pour la période 2026-2027. Il reconnaît cependant notre dépendance : "Pour obtenir des renseignements sur le positionnement des troupes russes en Ukraine, on aimerait bien se passer des Américains. Il y a des moments où les rapports de force sont les rapports de force, même si cela nous fait mal à l’estomac. Il faut être lucide : il faut que l’Europe soit plus forte à l’avenir." Pascal Lamy évoque un autre dossier brûlant : l’Iran. Quelle position tenir face au régime des mollahs, dont la répression brutale des manifestations a fait le tour du monde ? Le vice-président du Forum de Paris sur la paix est mesuré. "La question est de savoir si on envoie, comme le fait Trump, des bateaux dans la zone pour faire changer le régime. Mais qui pour le remplacer ? Et une solution militaire pour déposer un régime, sans une certaine idée de ce qui va suivre, à mon avis, c'est quand même risqué." Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, 72 % des citoyens de l’UE se disent "très préoccupés", selon une récente enquête Eurobaromètre du Parlement européen, et appellent à une Europe plus unie. C’est aussi ce que note Pascal Lamy. "Les Européens sont très en soutien de l'intégration européenne et les menaces extérieures ont accentué ce soutien dans l'ensemble de l'Europe." Mais le continent doit aussi faire face à la défiance d’une partie de la population face aux institutions européennes. Selon la même enquête, 49 % des sondés ont une image positive de l’UE, le chiffre descend même à 38 % pour les Français. "Il n’est pas étonnant que la France se distingue par un pessimisme considérable par rapport aux autres, car elle se perçoit comme allant plus mal que les autres", reconnaît Pascal Lamy. Un scepticisme de plus en plus marqué, surtout alors que la Commission voudrait mettre en œuvre par anticipation l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Or les eurodéputés ont saisi la justice européenne : "Comme le Parlement européen a voté pour un délai, à une courte majorité, mais c’est la démocratie, je pense qu’il faudrait respecter ce délai." "Il faut renforcer le marché intérieur" À l’approche d’un Conseil sur la compétitivité, le commissaire français à l’Industrie, Stéphane Séjourné, a signé une tribune avec plus de 1 000 patrons pour instaurer une préférence européenne dans les aides et marchés publics, particulièrement dans des secteurs stratégiques, pour sécuriser la production et l’emploi en Europe. "C’est une idée qui fait sens, abonde Pascal Lamy. Nos concurrents à l’international le font." L’ancien directeur général de l’OMC appelle à plus d’investissements dans les années à venir pour augmenter la croissance et être ainsi plus compétitif. "Notre potentiel de croissance aujourd’hui, c’est la moitié de celui des Américains, le tiers de celui des Chinois et le quart de celui des Indiens. Pour nous développer, il faut renforcer le marché intérieur. Nous avons un gisement sous nos pieds, le marché intérieur, mais on ne l’exploite pas." Si nous n'avons pas de terres rares, d'autres solutions existent : "La Chine investit depuis 20 ans dans les terres rares dans les pays en développement, et effectue le raffinage sur place." Émission préparée par Paul Guianvarc’h, Perrine Desplats et Oihana Almandoz

    17 min

About

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

More From FRANCE 24

You Might Also Like