Comment bien choisir ses modèles Dans ce premier épisode de la cinquième saison du podcast, Stéphane et Joan explorent notre rapport aux modèles qui inspirent nos vies et notre foi. Entre figures religieuses, personnalités publiques et proches du quotidien, ils questionnent notre quête de perfection et invitent à privilégier des modèles authentiques, imparfaits et humains, capables d’inspirer sans devenir des idoles. [Stéphane] Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité une question à la fois. Et pour débuter notre cinquième saison, on se demande comment bien choisir ses modèles. [Joan] Bonjour, Stéphane, et bonjour à toutes les personnes qui nous écoutent. [Stéphane] Bonjour Joan. La pression liée à un prénom [Joan] Ah, tu as dit bonjour, Joan. Tu vois Joan déjà c'est un modèle pour moi parce que c'est qui? C'est John Baez. Eh oui. Mes parents ont choisi mon prénom parce que voilà, formidable, tu connais John Baez quoi, je veux dire révolutionnaire antitout ou pro-tout, chacun dira ce qu'il veut. Oui, ils ont fait encore plus fort. Ils m'ont donné aussi Angela ou Ángela. Bon, après, des Ángela, il y en a eu dans toute ma lignée espagnole sur plusieurs générations. Mais bon, Angela, on sait très bien que c'est Angela Davis. Et Rosa, il y a aussi beaucoup de Rosa dans ma famille espagnole. Mais là, c'était Rosa Luxembourg. Donc, mes parents étaient-ils, sont-ils des gauchos? Pas du tout! Quand les gens me demandent un peu, pourquoi tu t'appelles Joan? Parce que c'est vrai que normalement on se dit Joan et j'ai dit : « c'est John Baez », à chaque fois ils me font « oh là, là, sacré programme ». Sauf que moi, je vis assez bien avec cet héritage, parce qu'une fois, j'ai entendu un jeune étudiant en théologie, quand j'allais au Bénin pour les formations d'auxiliaires de bibliothèque, pour former des gens dans mon équipe et tout, qui a fait une prédication très drôle, assez humoristique, pour dire que lui, en tant qu'étudiant en théologie, futur pasteur, il avait toujours envie d'être président. Effectivement, c'est parce qu'il avait un prénom qui le prédestinait à cela, puisque ses parents, lui souhaitant un brillant avenir, l'avaient prénommé Chirac. Donc, il a dit que quand il est devenu président de l'Amicale des étudiants en théologie du Bénin, il a senti vraiment, quelque part, il avait honoré l'intention de ses parents, qui avaient pris Chirac comme modèle pour lui. Le pasteur comme modèle de la vie chrétienne [Stéphane] C'est vrai qu'on reçoit parfois, par nos noms ou par nos fonctions, une certaine pression. Moi, ça me fait penser au titre de pasteur. On utilise beaucoup « pasteur » ou « révérend » dans mon Église. Comme je l'ai déjà signifié, moi je suis un peu allergique aux titres qui sont un peu honorifiques. Je trouve ça pompeux. Je dis toujours : « appelez-moi Stéphane. Vous pouvez me tutoyer, ça va bien ». Mais je peux comprendre que dans certains contextes, c'est comme ça que ça fonctionne. J'ai reçu un mandat de travailler avec une communauté essentiellement camerounaise. Il y a des gens d'un peu partout, mais la majorité est camerounaise. Et depuis le début, c'est pasteur Stéphane, pasteur Stéphane, pasteur Stéphane. Bon, j'ai décidé d'accepter, pas de me battre, parce que pour eux et pour elles, c'est important. Mais je trouve des fois, on a tendance à mettre le pasteur sur une espèce de piédestal. On investit tous nos fantasmes dans le sens où le pasteur, c'est quelqu'un de bien nécessairement, c'est quelqu'un de très éduqué, c'est quelqu'un d'une très grande sagesse et Dieu sait qu'on en a rencontré que non, ce n’est pas du tout le cas. Mais on sent qu'on doit projeter quelque chose et il y en a qui jouent un peu le jeu. Moi, mon anecdote d'aujourd'hui, les Québécois peut-être comprendront la référence, surtout si vous avez été aux alentours du Québec dans les années 1990, j'ai vu une vidéo de l'Église ICM, je ne sais pas, je n'ai pas vérifié l'acronyme. C'est un jeune pasteur qui lance un message. Venez à l'église, 16 septembre! Vous allez être accueillis! et je vois le nom Benjamin Carbone. Puis là, j'ai dit, mais est-ce le fils du célèbre Alberto Carbone, qui était un télévangéliste au Québec dans les années 1990? Eh bien oui, il a repris l'entreprise familiale, je pourrais dire. [Joan] Benjamin, si jamais on vous ramène des followers, dis-le-nous, c'est important qu'on sache. [Stéphane] Ah ben oui. Ce que j'ai remarqué en faisant un peu de recherche, c'était lui et son épouse. Il y a des cas où, comme toi Joan, avec ton époux, vous êtes tous les deux pasteurs, mais ce n'est pas l'image du beau couple parfait, l'épouse, le mari, les enfants parfaits, ce que j'appelle la vie Instagram, il n'y a rien qui dépasse, tout est beau. Donc, il se présente comme des modèles de la foi, des modèles de bon chrétien. Ce n'est pas ça la vraie vie, là. Qu'est-ce qu'on cherche là-dedans? Qu'est- ce qu'on cherche à projeter? Qu'est-ce que les gens recherchent là-dedans, pourquoi on veut que nos pasteurs, nos prêtres ou nos leaders religieux, soient des modèles, soient plus que parfaits. Dolly Parton, un modèle surprenant [Joan] Et d'ailleurs, ça me renvoie un petit peu à l'idée source de l'épisode. En fait, moi, je t'ai dit, il y a Dolly Parton qui est morte. Tu m'as dit, « Je ne connais pas trop. Je n'écoute pas trop de la country ». En fait, Dolly Parton, quand elle est morte, j'ai eu tellement de gens dans mon feed des réseaux sociaux qui lui ont payé un hommage, qui ont parlé d'elle, qui ont reposté ses chansons, qui ont parlé de sa vie, qui lui ont dit merci à titre posthume. Du coup, j'ai écouté un peu des épisodes de trucs et de machins, j'ai regardé des publications. Enfin, vraiment, ça m'a touchée parce que je connaissais Dolly Parton, mais je n'avais jamais trop fait attention. Elle vient des Smoky Mountains, un milieu vraiment assez rural, assez montagnard, assez cow-boy. Et elle s'est construit un personnage flamboyant en s'inspirant d'une femme de son entourage que tout le monde traitait de pétasse. En fait, c'était vraiment la femme du village, où quand on passait à côté d'elle, on disait aux enfants, aux petites filles, il ne faut surtout pas ressembler à cette dame. Pour qui elle se prend avec ses cheveux peroxydés, tout blond moche, ses talons, son maquillage, son allure? En plus, elle essaie d'attirer les hommes. Et puis elle, petite fille, dans une famille très chrétienne, vraiment très chrétienne, elle disait, mais un jour, moi, je serai comme cette femme. Parce qu'elle, au moins, elle ose qui elle est. Elle n'a pas peur, elle n'a pas honte. Elle vient d'une famille où on chantait beaucoup, comme c'était souvent le cas dans ces milieux-là. Un petit peu à la Céline Dion, pas du tout la même chose, mais de grandes familles, on chante, on sort le banjo, le truc, le machin. Et toute sa vie, en fait, elle a été une chrétienne hyper investie pour l'égalité des droits, pour les personnes LGBTQ+, les personnes queer, pour la early literacy, pour tout ce qui est l'apprentissage précoce de la lecture. Elle a créé une sorte de programme pour les enfants, pour qu'ils lisent. Elle se fait beaucoup attaquer par les chrétiens conservateurs. Elle n'en a jamais rien eu à taper. Évidemment, elle avait un empire, elle était très riche. C'est une businesswoman, elle a été hyper intelligente en termes de business. Mais ce qui est marrant, c'est que toute sa vie, même en étant assez vieille, elle avait ce look-là avec les cheveux blond jaune, un peu le look dingue, les maquillages flamboyants. Et toujours parce que cette femme, quand elle était petite fille, a été son modèle d'émancipation, d'oser être qui elle est. Et sa famille a eu un peu de mal, je pense, mais en fait, ils ont fini par s'habituer. Je trouve ça formidable, un exemple de vie chrétienne à contre-courant, en fait, de ce dont tu parles. Ça n'a rien à voir avec ça et c'est hyper inspirant pour les générations maintenant. Jésus, un révolutionnaire qui est devenu un modèle [Stéphane] C'est vrai que c'est très intéressant. On regarde certains chrétiens, ils vont dire : « Moi, je suis Jésus. J'admire Jésus. J’aspire à être comme Jésus ». Mais on regarde ne serait-ce que dans les évangiles, les amis de Jésus, c'est, entre guillemets, toutes les mauvaises personnes. Ce sont les prostituées, les lépreux, les collecteurs d'impôts. Toutes les personnes qu'on veut mettre au ban de la société, c'est ça les amis de Jésus. On s'attaque aux pharisiens. Ils étaient toujours à débattre et à essayer d'en découdre avec Jésus. Mais dans la société de l'époque, les pharisiens étaient considérés comme les bons croyants qui allaient au temple, qui respectaient les règles de la religion et tout ça. Et c'était Jésus qui provoquait, qui challengeait le statu quo, qui remettait les choses en question. Et 2000 ans plus tard, ce qu'on voit, c'est que le révolutionnaire ou celui qui voulait brasser la cage est devenu le modèle et les bonnes personnes sont devenues les moins bonnes personnes. Marie Durant, un modèle pour les protestants français [Joan] Moi, je me demande aussi pourquoi est-ce qu'on préfère souvent des modèles morts. Pourquoi est-ce qu'on prend beaucoup de modèles morts en exemple? Pourquoi est-ce que les gens qui sont là, qui justement se décarcassent, font du transport illégal de migrants et de migrantes, partagent leurs biens, replantent des déserts une plante après l'autre, pourquoi ces gens-là n'intéressent pas davantage? Alors bien sûr, il y a toujours quelqu'un qui se fait un petit peu remarquer, souvent quand la personne est jolie, jeune de préférence, souvent mi