Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle - Antoine Lilti

Présentation de la chaire Les Lumières désignent à la fois un moment historique, un idéal philosophique et un héritage intellectuel. Cette polysémie en fait la complexité et l'intérêt. Comme période, elles correspondent à un long dix-huitième siècle, marqué de profondes transformations, notamment la crise des sociétés d'ordre, le développement de nouveaux savoirs et l'essor de la mondialisation économique et de l'expansion européenne. Comme pensée philosophique, les Lumières n'ont pas la cohérence qu'on leur prête trop souvent. Elles combattent les préjugés au nom de la capacité des individus à raisonner de façon autonome, mais elles sont surtout un espace de débat, un exercice de réflexion sur les ambivalences de la modernité. Enfin, les Lumières sont, depuis deux siècles, un récit des origines de la modernité libérale : un héritage intellectuel, tendu entre le réformisme prudent et l'horizon utopique, suffisamment puissant pour être la source presque intarissable du progressisme, suffisamment imprécis pour permettre d'inlassables conflits d'interprétation. L'objet de cette chaire est d'articuler ces différentes dimensions, dans une perspective interdisciplinaire, en insistant sur la double historicité des Lumières dans la longue durée, du XVIIIe siècle à nos jours. Les Lumières ne sont pas seulement une époque révolue, mais aussi la source de questions toujours actuelles, qu'il s'agisse de la place de la religion dans les sociétés sécularisées, de l'organisation de l'espace public, des ressorts de l'autorité scientifique ou des limites de l'universalisme. Les enseignements donnés dans le cadre de cette chaire visent ainsi à rendre compte de la diversité des Lumières et de leurs interprétations, à l'échelle européenne, mais aussi dans un contexte mondial, impérial puis postcolonial. Ils cherchent à appréhender autrement l'héritage des Lumières, hors de toute simplification, en explorant ses contradictions et ses zones d'ombre, mais aussi sa persistante actualité. Biographie Antoine Lilti est né en 1972. Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'histoire, il soutient en 2003 à l'université Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Daniel Roche, une thèse intitulée : « Le Monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle ». Il enseigne comme maître de conférences à l'ENS Ulm, puis comme directeur d'études à l'EHESS à partir de 2011. De 2006 à 2011, il dirige la rédaction de la revue Annales Histoire, sciences sociales. Depuis 2013, il dirige la collection « L'épreuve de l'histoire », aux éditions Fayard. Ses travaux portent sur l'histoire sociale, culturelle et intellectuelle des Lumières. Il a d'abord étudié les pratiques de sociabilité des élites aristocratiques et lettrées, puis s'est attaché à montrer l'émergence, au XVIIIe siècle, d'une forme nouvelle de reconnaissance, la célébrité, liée aux mutations de l'espace public et des identités individuelles. Depuis, son travail s'est élargi aux héritages multiples des Lumières depuis la Révolution française.

  1. JAN 7

    01 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Prestiges du charlatanisme

    Antoine Lilti Chaire Chaire Histoire des Lumières, XVIIIe-XXIe siècle Collège de France Année 2025-2026 01 - Charlatans ! Savoirs, médias et politique : Prestiges du charlatanisme Résumé Le cours de cette année, consacré à la figure du charlatan, s'inscrit dans le cadre plus large d'une réflexion sur les mutations de l'espace public au XVIIIe siècle, sur les ambivalences du rapport au savoir et sur les paradoxes du public des Lumières, appelé à la fois à affirmer son autonomie critique et à accorder sa confiance aux autorités savantes. Le point de départ est le constat de l'omniprésence de la figure du charlatan et de la dénonciation du charlatanisme dans la pensée des Lumières. Pour cela, nous partons d'une formule mémorable de Condorcet : « Toute société qui n'est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans ». Ce qui s'exprime, c'est l'utopie des Lumières et la scène fondatrice de la conscience moderne :  d'un côté, des savants désintéressés qui éclairent le peuple ; de l'autre, des « charlatans habiles » qui visent à le tromper. Autonomie de la science, émancipation par l'instruction et gouvernement démocratique sont ainsi fermement liés. Le geste, toutefois, implique de distinguer « une classe d'hommes », les philosophes et les savants, destinés à « diriger l'opinion » pour la prémunir des « prestiges du charlatanisme ». Or, les choses sont moins simples, d'une part parce que les frontières, sur le terrain des pratiques sociales, entre empiriques et médecins sont parfois plus incertaines, d'autre part, parce que, dans le débat intellectuel et politique, « charlatan ! » est d'abord une dénonciation susceptible d'être retournée contre ses adversaires, à la façon dont Jean-Paul Marat, en 1791, dénonce les académiciens des sciences comme les « charlatans modernes ».

    1h 10m

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Présentation de la chaire Les Lumières désignent à la fois un moment historique, un idéal philosophique et un héritage intellectuel. Cette polysémie en fait la complexité et l'intérêt. Comme période, elles correspondent à un long dix-huitième siècle, marqué de profondes transformations, notamment la crise des sociétés d'ordre, le développement de nouveaux savoirs et l'essor de la mondialisation économique et de l'expansion européenne. Comme pensée philosophique, les Lumières n'ont pas la cohérence qu'on leur prête trop souvent. Elles combattent les préjugés au nom de la capacité des individus à raisonner de façon autonome, mais elles sont surtout un espace de débat, un exercice de réflexion sur les ambivalences de la modernité. Enfin, les Lumières sont, depuis deux siècles, un récit des origines de la modernité libérale : un héritage intellectuel, tendu entre le réformisme prudent et l'horizon utopique, suffisamment puissant pour être la source presque intarissable du progressisme, suffisamment imprécis pour permettre d'inlassables conflits d'interprétation. L'objet de cette chaire est d'articuler ces différentes dimensions, dans une perspective interdisciplinaire, en insistant sur la double historicité des Lumières dans la longue durée, du XVIIIe siècle à nos jours. Les Lumières ne sont pas seulement une époque révolue, mais aussi la source de questions toujours actuelles, qu'il s'agisse de la place de la religion dans les sociétés sécularisées, de l'organisation de l'espace public, des ressorts de l'autorité scientifique ou des limites de l'universalisme. Les enseignements donnés dans le cadre de cette chaire visent ainsi à rendre compte de la diversité des Lumières et de leurs interprétations, à l'échelle européenne, mais aussi dans un contexte mondial, impérial puis postcolonial. Ils cherchent à appréhender autrement l'héritage des Lumières, hors de toute simplification, en explorant ses contradictions et ses zones d'ombre, mais aussi sa persistante actualité. Biographie Antoine Lilti est né en 1972. Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'histoire, il soutient en 2003 à l'université Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Daniel Roche, une thèse intitulée : « Le Monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle ». Il enseigne comme maître de conférences à l'ENS Ulm, puis comme directeur d'études à l'EHESS à partir de 2011. De 2006 à 2011, il dirige la rédaction de la revue Annales Histoire, sciences sociales. Depuis 2013, il dirige la collection « L'épreuve de l'histoire », aux éditions Fayard. Ses travaux portent sur l'histoire sociale, culturelle et intellectuelle des Lumières. Il a d'abord étudié les pratiques de sociabilité des élites aristocratiques et lettrées, puis s'est attaché à montrer l'émergence, au XVIIIe siècle, d'une forme nouvelle de reconnaissance, la célébrité, liée aux mutations de l'espace public et des identités individuelles. Depuis, son travail s'est élargi aux héritages multiples des Lumières depuis la Révolution française.

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