Cette semaine, l'inflation concentre toute l'attention et confronte les banques centrales au même dilemme : contenir la hausse des prix sans étouffer la croissance. La Fed relève ainsi ses taux pour la première fois depuis 2023, face à un baril proche des 100 dollars, tandis que le rendement américain à 10 ans franchit brièvement la barre des 5,00%. 🇺🇸 États-Unis Aux États-Unis, la Réserve fédérale a relevé ses taux directeurs de 25 points de base, à l'unanimité, une première depuis 2023. Confrontée à un baril proche de 100 dollars, l'institution s'est retrouvée impuissante face à une inflation qui a nettement accéléré depuis le début du conflit, désormais au huitième mois. En cause, une aggravation des perturbations d'approvisionnement au Moyen-Orient, avec la fermeture par l'Arabie saoudite du pipeline critique East-West et le report des discussions sur l'avenir du détroit d'Ormuz. Ce choc pétrolier s'est propagé aux marchés obligataires, le rendement du 10 ans américain ayant brièvement dépassé 5,00% au cours de la semaine, du jamais-vu depuis plus de trois ans. Pour le président américain, qui exhortait la Fed à baisser ses taux, la pilule est difficile à avaler. Dans ce contexte, tant que le conflit se prolonge, l'inflation devrait continuer d'accélérer et les rendements obligataires avec elle, au risque de fragiliser durablement l’économie. 🇪🇺 Europe En Europe, une semaine après la décision de la BCE de relever ses taux directeurs, l'inflation accélère de nouveau. L'indice des prix à la consommation atteint 3,20% en août en rythme annuel, contre 2,90% le mois dernier. En revanche, l'IPC sous-jacent, qui exclut notamment l'énergie et l'alimentation, reste contenu à 2,40%, mettant en évidence le poids de la guerre dans la hausse des prix. Pour rappel, à la mi-2025, face à une croissance du PIB de 1,40% jugée trop faible, l'institution assouplissait sa politique pour soutenir l'activité. Aujourd'hui, avec des prévisions de croissance du PIB ramenées à 0,90% en rythme annuel pour 2026, elle a fait le choix de lutter contre la hausse des prix. On perçoit bien à quel point la banque centrale est prise en étau entre une croissance faible et une inflation qui accélère, et un resserrement supplémentaire ferait peser un vrai risque de récession sur l'économie. De l'autre côté de la Manche, la Banque d'Angleterre a laissé son taux directeur inchangé, alors que l'inflation a de nouveau accéléré, passant de 2,90% en juillet à 3,10% en août. L'institution se trouve dans une position délicate, puisque la hausse des prix, portée notamment par les services, reste trop élevée pour envisager une baisse des taux, tandis que l'économie apparaît trop fragile pour justifier un resserrement monétaire. Parallèlement, l'attention se porte désormais sur le budget attendu prochainement, qui devrait faire apparaître un déficit. Si des hausses de taxes sur la consommation devaient en découler, elles alimenteraient l'inflation et conforteraient l'institution dans une posture plus restrictive à moyen terme, au risque de freiner davantage une activité déjà affaiblie. 🇨🇳🇯🇵 Asie En Chine, les prix des logements neufs ont reculé de 3,00% en août, marquant ainsi le rythme de baisse le plus lent depuis le début de l'année. Lorsque les prix diminuent, les ménages se sentent moins riches et privilégient l'épargne plutôt que la consommation. Le pays traverse une crise profonde et durable de l'immobilier depuis 2022, ce qui alimente une spirale déflationniste, d'autant que ce secteur représente plus de 75% des actifs des ménages chinois. Cette crise devient un véritable frein à la croissance, alors que le PIB s'est dégradé du premier au second trimestre, passant de 5,00% à 4,30%. À quelques jours de la rencontre sino-américaine, cette crise fragilise Pékin, en plein bras de fer commercial avec Washington. Au pays du soleil levant, la Banque du Japon a relevé ses taux directeurs pour les porter à 1,25%, leur plus haut niveau depuis 1995. Cette décision s'inscrit dans un cycle de resserrement entamé en 2024, après trente ans de taux zéro ou négatifs. D'un côté, l'inflation est alimentée par la situation en Iran, dont le Japon dépend fortement pour son approvisionnement en pétrole. De l'autre, la faiblesse du yen renchérit le coût des importations et nourrit directement la hausse des prix. En relevant ses taux, l'institution cherche à exercer une pression double, en renforçant le yen et en freinant la consommation. Elle devrait donc conserver une posture restrictive encore à moyen terme, tant que ces pressions inflationnistes ne se seront pas dissipées. 🛢️ Matières premières Du côté des matières premières, la guerre en Iran persiste depuis maintenant plus de 8 mois et le pétrole oscille toujours autour des 100$ le baril. Dans son dernier rapport, l'AIE prévoit une chute de la demande mondiale de pétrole sur la fin 2026, les prix élevés freinant mécaniquement la consommation. Le rétablissement complet des capacités pétrolières du Golfe, initialement envisagé en 2026, n'est désormais plus attendu avant 2027. Ce conflit qui s'éternise a fait basculer un choc inflationniste vers un risque stagflationniste, qui a confronté les banques centrales à un dilemme entre soutenir la croissance et contenir les prix. En prenant fin, le conflit permettrait la baisse des prix de l'énergie avec la reprise du trafic, et les taux longs, qui intègrent les anticipations d'inflation et de taux directeurs futurs, devraient reculer à moyen terme.