Psychiatrie Internationale

Dr Michaël Sikorav

Psychiatrie clinique, psychopharmacologie, neurosciences et lecture critique de la littérature scientifique. Par le Dr Michael Sikorav, psychiatre www.psychiatrieinternationale.com

  1. 1d ago

    24 questions sur les traitements en psychiatrie

    Je réponds à 24 questions laissées par les abonnés. On parle du TDAH, du trouble borderline, de bipolarité et de ce qui se passe quand un traitement aide, qu’il ne suffit pas ou qu’il devient difficile à supporter. * Quel neuroleptique peut-on associer au méthylphénidate ? * À quelles doses peut-on associer un neuroleptique et du méthylphénidate ? * Quel est votre avis sur l’iode en santé mentale ? * Traiter l’apnée du sommeil peut-il améliorer l’état mental ? * Quelle stratégie envisager pour une dépression chronique lorsque les ISRS n’améliorent pas la dysphorie et aggravent l’anhédonie ? * Quels signes surveiller chez un jeune adulte ayant des antécédents familiaux de trouble bipolaire ? * Où en sont les connaissances sur le trouble de la personnalité borderline ? * Quelles options thérapeutiques existent pour le trouble borderline ? * Comment la thérapie comportementale dialectique peut-elle aider ? * Peut-on regrouper les articles sur les statistiques dans un dossier accessible depuis la page d’accueil du blog ? * Ritaline ou Concerta : lequel choisir pour une patiente ayant un TDAH, sous quétiapine, avec une humeur stable ? * Quel est le risque de dyskinésie tardive avec quétiapine 200 mg et Tercian 25 mg ? * Faut-il craindre un allongement du QT avec une ordonnance associant tirzépatide, Seroplex, Concerta et Laroxyl ? * Cette ordonnance pose-t-elle d’autres problèmes que le risque d’allongement du QT ? * Le Tentin peut-il être une option lorsque les autres traitements du TDAH n’ont pas fonctionné ? * Quel est votre retour de terrain sur le Tentin ? * Par quoi remplacer la paroxétine en cas de bouche sèche et de prise de poids, avec de l’olanzapine et de la lamotrigine associées ? * Pourquoi vouloir calmer l’énergie et la créativité débordantes d’une personne ayant un trouble bipolaire de type 2 ? * Peut-on passer à 5 mg de paroxétine par jour en fractionnant le comprimé, si sa forme le permet ? * Pour réduire la paroxétine, vaut-il mieux prendre 10 mg un jour sur deux ou 5 mg tous les jours ? * Autour de la ménopause, faut-il envisager un traitement hormonal ou de l’escitalopram face à une anxiété persistante ? * Une décompensation après un sevrage brutal d’antidépresseurs indique-t-elle forcément une bipolarité, ou peut-elle être liée au traitement et à son arrêt ? * Comment expliquer un trouble panique après une baisse du lithium et la difficulté à remonter la dose ? * Quelles alternatives envisager lorsque le méthylphénidate provoque de l’anxiété et empêche d’atteindre une dose efficace ? À lire aussi – TDAH et trouble borderline * Ritaline : TDAH, troubles de l’humeur et suivi * Trouble borderline : pourquoi je conseille la thérapie dialectique Point de vigilance scientifique Tentin contient de la dexamphétamine. Concerta LP 18 mg contient 18 mg de chlorhydrate de méthylphénidate : l’enveloppe visible dans les selles ne ramène pas la dose à 15 mg pour tout le monde, c’est une approximation. Le méthylphénidate agit principalement sur la dopamine et la noradrénaline, pas comme un inhibiteur de la recapture de la sérotonine. L’ordonnance avec escitalopram et amitriptyline mérite une précision plus sérieuse. Le RCP de l’escitalopram contre-indique l’association avec les médicaments qui allongent le QT, dont les tricycliques. Le warning ne concerne normalement que le citalopram, mais la notice européenne a décidé d’étendre ça à l’escitalopram, sans aucune raison. La réponse orale ne doit donc pas être prise comme une validation de cette association, même avec un ECG normal. La fluvoxamine augmente aussi l’exposition à l’olanzapine ; le RCP prévoit une adaptation, pas une interdiction générale. Les psychothérapies du trouble borderline ont des résultats encourageants, mais leur certitude varie selon ce qu’on mesure. Une absence de différence nette entre thérapies ne prouve pas leur équivalence. Les données ne permettent pas non plus de dire que les soins psychiatriques généraux aggravent forcément le trouble de façon formelle. Un essai comparant mentalisation et prise en charge structurée montre une amélioration dans les deux groupes, avec des différences selon les critères. L’adversité pendant l’enfance est associée au trouble borderline. Cela ne permet pas de conclure que chaque personne a subi un traumatisme, ni que le traumatisme n’a aucun rôle causal. La méta-analyse seule ne tranche pas cette question, et ça va être difficile de le faire. Traiter une apnée du sommeil peut améliorer des symptômes dépressifs, sans effet systématique. Une synthèse trouve un effet moyen modeste ; deux essais contre traitement simulé ne retrouvent pas de bénéfice moyen à 12 semaines. Ce n’est pas un traitement universel de la dépression ou de l’anxiété. Les données sur psychostimulants et psychose dépendent de la population et du traitement associé. L’étude chez les 13–25 ans retrouve davantage de psychoses sous amphétamines que sous méthylphénidate. Une autre cohorte de personnes ayant un trouble psychotique, traitées aussi par antipsychotique, ne retrouve pas une hausse des hospitalisations. Ces observations ne démontrent ni une sécurité absolue ni l’intérêt d’ajouter un antipsychotique de routine. Il existe des options recommandées après une réponse insuffisante à un ISRS. L’arrêt de la paroxétine, de la venlafaxine ou du lithium demande aussi une stratégie individualisée. Le passage à 27:07 comporte une formulation contradictoire sur les prises un jour sur deux ; il ne faut pas l’utiliser comme protocole. La règle orale « jamais un jour sur deux » a notamment une exception possible avec la fluoxétine dans les recommandations NICE. Autour de la ménopause, les recommandations distinguent symptômes dépressifs associés aux symptômes hormonaux et dépression diagnostiquée. Le traitement hormonal est une option dans certaines situations ; il ne devient pas automatiquement la première réponse à toute anxiété ou dépression. Ne changez pas un traitement sur la base d’une réponse destinée à une autre personne. Sources scientifiques – psychotropes et psychothérapies * Psychological therapies for people with borderline personality disorder – Psychothérapies pour les personnes ayant un trouble de la personnalité borderlineCochrane Database of Systematic Reviews, 2020. Un bénéfice moyen sur la sévérité des symptômes, avec une certitude variable selon le critère. Ne démontre pas que toutes les thérapies sont équivalentes. * A Randomized-Controlled Trial of Mentalization-Based Treatment Compared With Structured Case Management for Borderline Personality Disorder in a Mainstream Public Health Service – Essai randomisé de mentalisation comparée à une prise en charge structurée du trouble borderline dans un service publicFrontiers in Psychiatry, 2020. Les deux groupes s’améliorent ; les résultats diffèrent selon le type de passage à l’acte. Une prise en charge structurée non spécialisée n’est pas forcément nocive. * Childhood adversity and borderline personality disorder – Adversité pendant l’enfance et trouble borderlineActa Psychiatrica Scandinavica, 2020. Association avec l’adversité, sensible au type de comparaison et aux biais rétrospectifs. Un traumatisme n’est ni une condition nécessaire ni une cause établie par cette seule analyse. * Effects of continuous positive airway pressure on depression and anxiety symptoms in patients with obstructive sleep apnoea: results from the sleep apnoea cardiovascular Endpoint randomised trial and meta-analysis – Effets de la pression positive continue sur la dépression et l’anxiété dans l’apnée du sommeilEClinicalMedicine, 2019. Effet moyen modeste sur les symptômes dépressifs ; aucun effet clair sur l’anxiété. La population SAVE avait aussi une maladie cardiovasculaire. * Does CPAP treat depressive symptoms in individuals with OSA? An analysis of two 12-week randomized sham CPAP-controlled trials – La pression positive traite-t-elle les symptômes dépressifs dans l’apnée du sommeilSleep Medicine, 2020. Aucune différence moyenne sur la dépression à 12 semaines face au traitement simulé. Contre-exemple à un bénéfice systématique. * Treatment with psychostimulants and atomoxetine in people with psychotic disorders: reassessing the risk of clinical deterioration in a real-world setting – Psychostimulants et atomoxétine dans les troubles psychotiques en conditions réellesThe British Journal of Psychiatry, 2024. Pas de hausse observée des hospitalisations dans cette population traitée aussi par antipsychotique. Étude observationnelle : ni garantie de sécurité ni justification d’une association de routine. * Psychosis with Methylphenidate or Amphetamine in Patients with ADHD – Psychose sous méthylphénidate ou amphétamine chez des patients ayant un TDAHNew England Journal of Medicine, 2019. Risque observé plus élevé avec les amphétamines chez les 13–25 ans. Le résultat concerne la psychose et ne mesure pas tous les effets à long terme. * Risk factors for early recurrence after discontinuing lithium in bipolar disorder – Facteurs de récidive précoce après l’arrêt du lithium dans le trouble bipolaireBipolar Disorders, 2022. Un arrêt rapide est associé à une récidive plus précoce. L’étude ne permet pas d’attribuer un épisode précis d’anxiété à une réduction de dose. * TENTIN 5 mg, comprimé – Résumé des caractéristiques du produit – Informations officielles sur TentinBase de données publique des médicaments, 2026. Contient du sulfate de dexamphétamine. Le confondre avec le dexméthylphénidate est une erreur de molécule. RCP du 11 mai 2026 ; indication pédiatrique précise après réponse insuffisante au méthylp

  2. 3d ago

    Il allait mieux mais ne prenait pas son traitement

    Un patient que je suis depuis deux ans va beaucoup mieux, et sa femme finit par m’annoncer qu’il ne prend pas ses traitements. Ma première réaction ne ressemble pas du tout à ce qu’elle attendait. On part de cette consultation pour parler de ce qu’on comprend, ou pas, quand quelqu’un arrête ses médicaments. Quand l’arrêt devient une affaire de confiance Il y a les effets secondaires, ce que le patient perçoit de sa maladie, et ce que ses proches voient à sa place. Puis il y a le mensonge. Est-ce qu’on peut ramener tout ça à « il ne me fait pas confiance » ? Avec Pauline, on n’est pas d’accord sur tout. C’est ce qui rend la discussion intéressante. La souffrance qu’on rajoute à la souffrance À Noël, certains patients sont tristes et se disent qu’en plus, tout le monde est heureux. On revient sur cette comparaison et sur les intentions qu’on prête aux autres, avec un fond de généralisation – cette mauvaise habitude dont les patients ont souvent du mal à se défaire. C’est important, ne serait-ce que parce qu’une interprétation est souvent beaucoup plus lourde à porter que les faits eux-mêmes. À lire aussi * Je suis psychiatre et je n’ai pas vu mon humeur chuter – Encore une réduction de traitement et une dégradation que l’entourage repère avant le patient. * Trouble bipolaire : penser le traitement au long cours – Les arbitrages entre prévention des rechutes, effets indésirables et fonctionnement au quotidien. Point de vigilance scientifique Le patient décrit au début va mieux sans prendre son traitement. C’est une observation clinique, pas une démonstration que les médicaments sont inutiles ou que l’arrêt est sans risque. Dans le trouble bipolaire, la non-observance est fréquente (jusqu’à 80% des patients au bout d’un an), avec des causes multiples ; la prévention des rechutes reste un objectif du traitement au long cours. Les chiffres donnés à l’oral ne sont pas des taux universels. En particulier, CATIE rapporte 74 % d’arrêts du médicament avant 18 mois, et non trois quarts des patients sans aucun traitement à un an comme on l’a dit dans la vidéo. La formule sur la maladie mentale qui ferait mentir, et l’explication par l’économie d’énergie cérébrale ne sont que des interprétations : à ne pas prendre au pied de la lettre. Une réduction prudente des traitements est parfois envisageable chez certains patients, mais les résultats dépendent de la population et du protocole. En pratique, on voit de tout : c’est parfois miraculeux, et les patients sont encore mieux qu’avant. Et c’est parfois dramatique, avec des rechutes fulgurantes et un retour en arrière.L’étude GARMED dont on parle souvent montre des résultats favorables dans une population sélectionnée de psychoses en rémission – des résultats qu’on ne peut pas généraliser à toutes les pathologies, bipolaires ou autres. Sources scientifiques – Observance et arrêt des traitements * Medication nonadherence in bipolar disorder: a narrative review – Non-observance médicamenteuse dans le trouble bipolaire : une revue narrative.Therapeutic Advances in Psychopharmacology, 2018. Effets indésirables, insight et alliance thérapeutique figurent parmi les facteurs associés. Revue narrative, sans taux applicable à tous les patients. * The CANMAT and ISBD Guidelines for the Treatment of Bipolar Disorder: Summary and a 2023 Update of Evidence – Recommandations CANMAT et ISBD pour le traitement du trouble bipolaire : synthèse et mise à jour 2023 des données.Focus, 2023. Synthèse des recommandations pour les épisodes aigus et le traitement de maintenance, en tenant compte de l’efficacité et de la tolérance. * Effectiveness of antipsychotic drugs in patients with chronic schizophrenia – Efficacité des antipsychotiques chez les patients atteints de schizophrénie chronique.New England Journal of Medicine, 2005. CATIE rapporte 74 % d’arrêts du médicament assigné avant 18 mois, toutes causes confondues. Changer ce médicament ne veut pas dire que les patients arrêtaient tous les soins. * Maintenance treatment with antipsychotic drugs for schizophrenia – Traitement d’entretien de la schizophrénie par antipsychotiques.Cochrane Database of Systematic Reviews, 2020. À 7–12 mois, les rechutes concernent 24 % des participants sous antipsychotique contre 61 % sous placebo. Ces résultats sont pour la schizophrénie, et on n’a pas vraiment d’information sur le très long terme. * Guided antipsychotic reduction to reach minimum effective dose (GARMED) in patients with remitted psychosis: a 2-year randomized controlled trial with a naturalistic cohort – Réduction guidée des antipsychotiques vers la dose minimale efficace chez des patients avec une psychose en rémission : essai randomisé de deux ans avec cohorte naturaliste.Psychological Medicine, 2023. Une réduction progressive et guidée peut réussir chez des patients sélectionnés et stables. Essai ouvert de petite taille, qui ne valide pas un arrêt non accompagné. This is a public episode. If you'd like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit www.psychiatrieinternationale.com/subscribe

  3. 6d ago

    Pourquoi la bipolarité de l’enfant passe pour un TDAH

    Des difficultés attentionnelles, une irritabilité, une hyperactivité motrice ou une dépression ne veulent pas forcément dire qu’on a affaire à un TDAH – ni à un trouble bipolaire. C’est vrai chez les mineurs comme chez les adultes. La vidéo s’attaque à un problème que les cliniciens voient tous les jours en pratique :Comment faire la part des choses entre trouble de l’humeur et TDAH sans transformer le doute en certitude, que ce soit d’un côté ou de l’autre ? L’importance de la trajectoire Les symptômes ne suffisent pas pour faire le diagnostic. Il on a plusieurs validateurs externes : la chronologie le caractère épisodique ou permanent des symptômes l’évolution longitudinale du sommeil et de l’énergie les antécédents familiaux le fonctionnement entre les épisodes Il y en a d’autres, mais cette dimension temporelle supplémentaire explique pourquoi deux tableaux proches à un instant donné peuvent terminer sur des décisions pratiques qui n’ont rien à voir. Traiter sans fabriquer une fausse certitude La question se complique quand on arrive à l’étape de la prescription. Fluoxétine, méthylphénidate, lithium, lamotrigine, quétiapine ou aripiprazole ne sont pas efficaces sur les épisodes de la même façon et ne reposent pas sur le même niveau de preuve – chez l’adulte non plus, d’ailleurs. La vidéo montre mon raisonnement, ses limites, ses dangers (car il y en a), et l’importance des parents quand le suivi compte autant que le choix initial. Le temps fait le diagnostic. À lire aussi – diagnostic différentiel et traitements TDAH ou bipolaire ? Comment faire le diagnostic TDAH et trouble bipolaire : traitement This is a public episode. If you'd like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit www.psychiatrieinternationale.com/subscribe

    Pourquoi la bipolarité de l’enfant passe pour un TDAH
  4. Sep 27

    Une journée au cabinet

    Une journée au cabinet de psychiatrie, en vrac. Je raconte mes consultations de la journée, des choix de traitements et les questions du direct – de la grossesse et du tabac aux TOC, au TDAH, à la rTMS en passant par le post-partum. J’ai modifié les détails qui pourraient permettre d’identifier les patients. Si vous vous reconnaissez, ça n’est pas vous.Enfin, le rappel habituel : ce sont des situations cliniques discutées avec le grand public. Je ne prétends pas donner des règles générales ni des conseils individuels. Ce qui se joue en consultation Grossesse, tabac, alcool, TOC, TDAH, douleurs polymorphes : les comorbidités sont la règle, et les situations ne rentrent jamais dans une seule case. Je parle des patients que j’ai vus et des questions que ça me pose. Traitements et effets indésirables Je parle comme toujours des psychotropes – je reste avant tout un prescripteur. Ici, on discute de la varénicline, de la rispéridone, du lithium et de la venlafaxine. On parle aussi de surveillance, d’effets indésirables et de la difficulté de choisir quand on n’a pas d’études pour nous aider. Les questions du direct On termine avec la rTMS, l’allaitement, le post-partum et la NAC. Certaines réponses sont spontanées. Je garde les nuances et les vérifications scientifiques à part, ci-dessous, sans réécrire ce qui a été dit dans la vidéo. Abonnez-vous à Psychiatrie Internationale pour recevoir les articles gratuits. S’abonner à l’édition complète Vous lisez l’édition gratuite de Psychiatrie Internationale. Accédez aux articles, vidéos, discussions et lives réservés aux abonnés payants. Vous avez accès à l’édition complète de Psychiatrie Internationale. Merci pour votre confiance et votre soutien. N’oubliez pas la formation de thérapie comportementale dialectique le 19 novembre ! À lire aussi – lithium et rTMS * Lithium les erreurs d’une fiche destinée aux patients * Veille scientifique : rTMS, suicide et pharmacogénomique Point de vigilance scientifique Ma réserve sur la rTMS ne signifie pas qu’aucun essai ne trouve de bénéfice : une méta-analyse d’essais contrôlés contre stimulation simulée rapporte un effet dans certaines dépressions résistantes. Les protocoles et les patients étudiés varient énormément d’une étude à l’autre.L’analyse d’EAGLES ne montre pas d’augmentation significative des événements neuropsychiatriques avec la varénicline chez les participants atteints de troubles psychiatriques ; elle porte surtout sur des patients cliniquement stables et n’aborde pas la question chez ceux qui ont un trouble actuel lié à l’usage de substances.À l’inverse, l’essai randomisé sur la NAC n’a pas montré de réduction globale de la consommation de cocaïne chez les personnes qui en consommaient encore et le signal chez les sujets déjà abstinents était exploratoire.Sur la dépression du post-partum, il faut distinguer le dépistage universel par questionnaire à seuil – que déconseille la recommandation canadienne – des ressources françaises qui présentent l’EPDS comme une aide au diagnostic ou à l’évaluation de la sévérité. Enfin, j’ai un biais personnel contre le dépistage de la dépression du post-partum si c’est pour ne rien faire derrière. J’en ai parlé dans mon bouquin. Littérature scientifique – traitements discutés * Neuropsychiatric Safety and Efficacy of Varenicline, Bupropion, and Nicotine Patch in Smokers With Psychotic, Anxiety, and Mood Disorders in the EAGLES Trial – Sécurité neuropsychiatrique et efficacité de la varénicline, du bupropion et des patchs nicotiniques chez des fumeurs présentant des troubles psychotiques, anxieux ou de l’humeur dans l’essai EAGLES.Une analyse secondaire qui ne trouve pas d’augmentation significative des événements neuropsychiatriques sous varénicline ou bupropion dans la cohorte psychiatrique. En pratique, c’est plus nuancé à mon avis – on en a déjà parlé. * Efficacy of repetitive transcranial magnetic stimulation (rTMS) adjunctive therapy for major depressive disorder (MDD) after two antidepressant treatment failures: meta-analysis of randomized sham-controlled trials – Efficacité de la rTMS en traitement d’appoint de la dépression majeure après l’échec de deux antidépresseurs : méta-analyse d’essais randomisés contrôlés contre stimulation simulée.Plus de réponses et de rémissions avec la stimulation active. Ce résultat concerne les protocoles et les populations inclus ; ça ne dit rien sur l’ensemble des indications et les autres modalités de la rTMS. * A double-blind placebo-controlled trial of N-acetylcysteine in the treatment of cocaine dependence – Essai en double aveugle contrôlé contre placebo de la N-acétylcystéine dans la dépendance à la cocaïne.Le résultat principal est négatif chez les participants qui consommaient encore de la cocaïne. Le signal de prévention de la rechute chez les personnes déjà abstinentes provient d’un sous-groupe exploratoire ; autrement dit, ça pèse pas lourd. À lire aussi – abonnés payants : Effet placebo, sertraline et grossesse This is a public episode. If you'd like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit www.psychiatrieinternationale.com/subscribe

  5. Sep 24

    Dépression : généraliste contre psychiatre

    Un confrère généraliste est venu au cabinet. La question de départ est simple : comment présenter la dépression aux patients sans les noyer sous les informations ? Et comment choisir un traitement sans données pour se guider ? D’une explication simple à une vraie prescription On compare notre vision des antidépresseurs et des anxiolytiques. La discussion passe aussi par la sertraline, l’agomélatine, la paroxétine, le lithium et les benzodiazépines. Le désaccord porte surtout sur les effets indésirables, la façon d’expliquer les risques et le suivi. Savoir prescrire et orienter La seconde partie parle des limites concrètes. Quand adresser au psychiatre ? Que faire des recommandations qui ne parlent pas des patients devant nous ? Et que reste-t-il de l’expérience clinique quand les patients et les médecins interrogent l’IA avant la consultation ? Mes conseils aux généralistes On termine avec ce que je pense essentiel pour la prise en charge de la dépression en médecine générale. J’espère que ça sera bien pris. À lire aussi – antidépresseurs et décision clinique * Antidépresseurs : les risques à connaître avant de commencer * Antidépresseurs et sevrage ce que l’on sait vraiment Point de vigilance scientifique Plusieurs phrases de la conversation sont volontairement tranchées. Elles ne doivent pas être lues comme des conclusions générales. Les antidépresseurs ont un bénéfice moyen supérieur au placebo chez l’adulte – un bénéfice modeste et hétérogène, mais qui est bien présent. Chez l’adolescent, les données sont plus fragiles, sans justifier la formule « aucun antidépresseur ne marche ». La paroxétine cumule des problèmes de tolérance et de sevrage, mais elle n’est pas la moins efficace. Littérature scientifique – antidépresseurs, sevrage et soins primaires * Comparative efficacy and acceptability of 21 antidepressant drugs for the acute treatment of adults with major depressive disorder: a systematic review and network meta-analysis – Efficacité et acceptabilité comparées de 21 antidépresseurs dans le traitement aigu du trouble dépressif majeur chez l’adulte : revue systématique et méta-analyse en réseau.Cette synthèse de 522 essais conclut que les 21 antidépresseurs étudiés font mieux que le placebo à court terme. Les différences moyennes entre molécules restent plus petites et la certitude va de modérée à très faible. Une méta-analyse qui a fait le tour du monde en étant très mal interprétée. * Maintenance or Discontinuation of Antidepressants in Primary Care – Maintien ou arrêt des antidépresseurs en soins primaires.Dans ANTLER, la rechute à un an concernait 39 % du groupe maintien et 56 % du groupe arrêt. Les symptômes de sevrage compliquent l’interprétation des aggravations précoces. Une autre étude sur le sujet vient de sortir, c’est dans les articles en préparation. * Incidence of antidepressant discontinuation symptoms: a systematic review and meta-analysis – Incidence des symptômes d’arrêt des antidépresseurs : revue systématique et méta-analyse.En prenant en compte la part du placebo, les symptômes de sevrage attribuables à l’antidépresseur sont autour de 15 %, avec une hétérogénéité marquée et des formes sévères plus rares. * Restoring Study 329: efficacy and harms of paroxetine and imipramine in treatment of major depression in adolescence – Restauration de l’étude 329 : efficacité et risques de la paroxétine et de l’imipramine dans la dépression majeure de l’adolescent.La réanalyse des données ne retrouve pas d’avantage de la paroxétine ou de l’imipramine sur le placebo pour les critères préspécifiés et met en évidence des dommages sous-déclarés dans la publication initiale. Un papier classique. * A systematic review of agomelatine-induced liver injury – Revue systématique des atteintes hépatiques induites par l’agomélatine.L’agomélatine est associée à un signal hépatique supérieur au placebo et à plusieurs comparateurs. Son usage impose le calendrier de surveillance hépatique prévu dans le résumé des caractéristiques du produit. * Meta-Analysis of Placebo Response in Adult Antidepressant Trials – Méta-analyse de la réponse placebo dans les essais d’antidépresseurs chez l’adulte.Une grande partie de l’amélioration observée dans les bras actifs existe aussi dans les groupes placebo. This is a public episode. If you'd like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit www.psychiatrieinternationale.com/subscribe

    Dépression : généraliste contre psychiatre
  6. Sep 14

    Antidépresseurs : les risques à connaître avant de commencer

    Il y a pas mal de choses à aborder avant de prendre un antidépresseur. Libido, poids, sommeil, émotions… Je reprends les principaux points à discuter avant de commencer le traitement, pendant, et après. Les changements qu’on ne voit pas tout de suite Dans la vidéo, je parle aussi des changements discrets. Moins d’élan. Moins de désir. Quelques kilos qui s’installent. Je donne des exemples de ce qu’il faut surveiller en consultation et les erreurs qu’il m’arrive encore de faire. Pour approfondir la question du poids, j’en parle dans cette vidéo : Pourquoi les médicaments psy font grossir. Et si on arrête le traitement ? Quand on va moins bien après un arrêt, comment comprendre ce qui se passe ? C’est là qu’on retrouve la question du sevrage, de la rechute et de l’intérêt de poursuivre le traitement. Je reviens sur ce dilemme et sur la discussion qu’il mérite avec le prescripteur. On est très loin des discours simplistes et caricaturaux qu’on voit sur les réseaux. La psychiatrie n’est pas parfaite, mais elle mérite quand même mieux que ça – ou plutôt, les patients le méritent. Abonnez-vous à Psychiatrie Internationale pour recevoir les articles gratuits. S’abonner à l’édition complète Vous lisez l’édition gratuite de Psychiatrie Internationale. Accédez aux articles, vidéos, discussions et lives réservés aux abonnés payants. Vous avez accès à l’édition complète de Psychiatrie Internationale. Merci pour votre confiance et votre soutien. À lire aussi – Sevrage et risque de virage maniaque * Antidépresseurs et sevrage : ce qu’on sait vraiment * Antidépresseurs et bipolarité : quel risque de virage maniaque ? * Vous pouvez vous abonner aux vidéos de formation sur ce lien. Littérature scientifique – Poids et arrêt des antidépresseurs * Medication-Induced Weight Change Across Common Antidepressant Treatments: A Target Trial Emulation Study – Variation de poids induite par les médicaments selon les traitements antidépresseurs courants : une étude émulant un essai cible Petimar et collègues, Annals of Internal Medicine, 2024 : cette étude compare les évolutions pondérales associées à huit antidépresseurs et montre l’intérêt de distinguer les molécules. * Maintenance or Discontinuation of Antidepressants in Primary Care – Maintien ou arrêt des antidépresseurs en soins primairesLewis et collègues, New England Journal of Medicine, 2021 : cet essai compare maintien et arrêt du traitement et documente à la fois les rechutes et les symptômes de sevrage. This is a public episode. If you'd like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit www.psychiatrieinternationale.com/subscribe

    Antidépresseurs : les risques à connaître avant de commencer
  7. Sep 9

    Ma femme me connaît mieux que moi

    Le Big Five est probablement le modèle de personnalité le plus solide scientifiquement. Si ce modèle n’est pas correct, on peut supprimer tout un pan de la psychologie : le reste n’est pas bon non plus. Dans cette vidéo, je compare mon propre profil à l’évaluation qu’en fait Clara – et réciproquement. Que mesure le Big Five ? Le Big Five décrit la personnalité sur 5grandes dimensions : le neuroticisme, l’extraversion, l’ouverture à l’expérience, l’agréabilité et la conscienciosité. Il y a aussi des sous-domaines, je vous en reparlerai. Ici, on utilise le test NEO-FFI, qui n’adresse que les 5 domaines. On a rempli le même questionnaire chacun de notre côté, puis en essayant de répondre à la place de l’autre. Votre conjoint vous connaît-il mieux que vous-même ? Le plus intéressant n’est pas le résultat du test (même si on a parfois des surprises), mais les écarts entre l’auto-évaluation et celle du conjoint. Il y a des dimensions sur lesquelles on est presque parfaitement d’accord. Sur d’autres, beaucoup moins. Attention, il y a un piège. Ce n’est pas parce que les deux parties sont d’accord que c’est vrai pour autant. À l’inverse, ce n’est pas parce qu’il y a un désaccord que l’un ou l’autre a raison. Les limites d’un test de personnalité Les réponses à un questionnaire de personnalité ne font pas office de diagnostic psychiatrique, et ne prétendent pas non plus être une description exhaustive d’une personne. Il mesure des traits de personnalité relativement larges et permet surtout de structurer la réflexion sur la connaissance de soi. De la même façon, regarder quelqu’un sur YouTube ou lire ses publications peut donner certaines informations sur sa personnalité, mais certainement pas assez pour s’imaginer connaître cette personne – et encore moins lui porter un diagnostic. Comment faire le test Le document consulté est disponible ici: https://chrisaikenmd.com/wp-content/uploads/2025/01/neo.pdf La façon correcte de faire le score est celle-ci: Chaque question est notée de 0 à 4: * 0 = très faux * 1 = un peu faux * 2 = moyen * 3 = un peu vrai * 4 = très vrai Il faut ensuite additionner les scores aux questions pour chacun des 5 domaines : Les questions marquées marquées d’un astérisque doivent être additionnées à l’opposé (si j’ai 4 à la question, j’additionne en réalité 0, si j’ai 2, j’additionne 2, si j’ai 3 j’additionne 1, et si j’ai 1 j’additionne 3). Vous avez ensuite les scores pour chaque domaine. Vous avez ici les scores moyens, les valeurs extrêmes et les écarts-types pour chaque domaine: Par exemple : 68% des gens ont un score de névrosisme compris entre 25 et 45 (moyenne +/1 un écart-type). À vous de jouer ! Pour ceux qui veulent un récit plus personnel sur la psychiatrie, le trouble bipolaire, l’hôpital et les traitements : mon livre Blouse blanche, idées noires est disponible ici. À lire ensuite – personnalité et regard des autres * Quels troubles de la personnalité ne devraient plus être dans le DSM ? – Pourquoi les catégories diagnostiques de personnalité ne doivent pas être confondues avec de simples traits de personnalité. * La “notoriété” – Sur l’écart entre l’image publique d’une personne et sa réalité quotidienne. Sources scientifiques à lire * Self- and Observer Reports of Personality – Auto-évaluations et évaluations de la personnalité par des observateurs – Revue de 2025 montrant une concordance élevée entre auto-évaluations et évaluations par des proches, avec des différences selon les traits. * Who knows what about a person? The self-other knowledge asymmetry (SOKA) model – Qui sait quoi sur une personne ? Le modèle d’asymétrie des connaissances entre soi et autrui – Un papier qui montre que le meilleur évaluateur dépend du trait : le sujet lui-même peut mieux juger certains traits difficilement observables. * Assessing personality using zero-shot generative AI scoring of brief open-ended text – Évaluer la personnalité par cotation zero-shot de courts textes libres à l’aide d’une IA générative – Étude de 2026 montrant qu’un signal Big Five peut être extrait de récits et journaux vidéo, ce qui nuance l’idée qu’aucune information sur la personnalité ne peut être obtenue à partir de contenu public. * Why the Big Five personality traits are composites, not common causes: Implications for measurement, prediction, and causal inference – Pourquoi les traits du Big Five sont des composites et non des causes communes : implications pour la mesure, la prédiction et l’inférence causale – Article théorique de 2026 rappelant qu’un score Big Five décrit un ensemble de caractéristiques et ne peut pas être réifié comme une cause unique du comportement. This is a public episode. If you'd like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit www.psychiatrieinternationale.com/subscribe

    Ma femme me connaît mieux que moi
  8. Sep 7

    Trouble borderline : pourquoi les relations deviennent si intenses

    Le trouble borderline ne se résume pas aux sautes d’humeur ou aux scarifications. Le Dr Deborah Ducasse (psychiatre spécialisée travaillant au CHU de Montptellier) nous explique pourquoi. On essaie aussi de voir ce qui se passe derrière l’instabilité relationnelle, le sentiment de vide, la peur de l’abandon et la dysrégulation émotionnelle. Pourquoi les relations deviennent si intenses Une grande partie de la discussion porte sur la manière dont les symptômes se manifestent dans la relation : la peur de perdre l’autre, ce besoin intoxicant de connexions interpersonnelles, les réactions impulsives, la colère, la honte et les comportements qui sont parfois vus comme une simple volonté de manipuler. On préfère regarder leur fonction au lieu de s’arrêter à l’étiquette. Ce que la TCD cherche réellement à changer On revient ensuite sur la logique de la thérapie comportementale dialectique : apprendre des compétences, sortir du tout ou rien, travailler la pleine conscience et la décentration, mais aussi valider l’expérience d’une personne tout en l’aidant à changer ses comportements. On termine sur les données récentes qui regardent quelles parties de la TCD sont indispensables – c’est important, parce que le dispositif est lourd à mettre en place. Groupes de compétences, coach téléphonique, thérapeute personnel, supervision… ça n’est pas donné à tout le monde. Vous trouverez d’autres articles et vidéos sur le sujet en consultant l’index du blog sur les thérapies – TCC, pleine conscience, etc. La TCD a changé ma vie et ma pratique. Je l’ai mise en place seul (du moins, je m’en suis inspiré) et c’est pour ça que je fais une formation dessus. Le 19 novembre, de 9 h à 18 h, je vous montre comment l’intégrer dans votre quotidien – que vous soyez patient, soignant ou proche. On abordera la régulation émotionnelle, la tolérance à la détresse, l’efficacité interpersonnelle et les outils pratiques de la TCD – des compétences indispensables bien au-delà du trouble borderline. La formation est réservée aux membres fondateurs. Ils auront accès au replay, qui s’ajoutera aux 20 heures de formations déjà disponibles. À bientôt ! À lire aussi – Traitement du trouble borderline * Trouble borderline : ce qui compte vraiment pour le diagnostic * Thérapie du trouble borderline : une introduction pratique à la prise en charge du trouble borderline. * La DBT : comprendre et réguler ses émotions Littérature scientifique – TCD et trouble borderline * Stand-alone dialectical behavior therapy skills training for borderline personality disorder: A systematic review and meta-analysis – Entraînement autonome aux compétences de thérapie comportementale dialectique pour le trouble de la personnalité borderline : revue systématique et méta-analyse. 7 études dont 5 méta-analysées, qui montrent des améliorations pré–post importantes mais hétérogènes. * Dialectical Behavior Therapy vs Schema Therapy for Patients With Borderline Personality Disorder: The BOOTS Multicenter Randomized Clinical Trial – Thérapie comportementale dialectique versus thérapie des schémas chez des patients présentant un trouble de la personnalité borderline : essai clinique randomisé multicentrique BOOTS. Chez 204 patients suivis trois ans, aucune supériorité n’est retrouvée entre TCD et thérapie des schémas et les deux groupes s’améliorent fortement. Un papier qui a été largement cité. This is a public episode. If you'd like to discuss this with other subscribers or get access to bonus episodes, visit www.psychiatrieinternationale.com/subscribe

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Psychiatrie clinique, psychopharmacologie, neurosciences et lecture critique de la littérature scientifique. Par le Dr Michael Sikorav, psychiatre www.psychiatrieinternationale.com

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