L’échappée

On ne va pas se raconter d’histoire : l’époque n’est pas réjouissante tant les ombres menacent. Mais le risque de cette lucidité, c’est de se laisser abattre. Carte blanche donnée par Mediapart à Edwy Plenel, l’émission « L’échappée » entend dire non à la résignation grâce à des rencontres qui réveillent l’espérance. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  1. Pierre Charbonnier : « Faire coalition pour le climat »

    11/12/2025

    Pierre Charbonnier : « Faire coalition pour le climat »

    Alors que s’ouvre la COP30 au Brésil et dix ans après l’accord de Paris, le philosophe Pierre Charbonnier imagine une stratégie pour former une coalition majoritaire face à la « coalition fossile ». « Au XXIe siècle, toute politique est une politique climatique car l’ordre économique, géopolitique et démocratique tient à la réponse qui sera apportée à l’épuisement du modèle de développement fossile encore largement prédominant » : ainsi s’ouvre le nouveau livre de Pierre Charbonnier, La Coalition climat (Seuil). Après Abondance et liberté, histoire environnementale des idées politiques, et Vers l’écologie de guerre, histoire environnementale de la paix, tous deux aux éditions La Découverte, le philosophe s’est attaché à proposer une stratégie pragmatique et réaliste qui puisse renverser un rapport de force toujours défavorable face à ce qu’il nomme la « coalition fossile ». Une alliance qu’incarnent aussi bien Donald Trump que Vladimir Poutine. « Il manque à l’âge climatique, écrit Pierre Charbonnier, une théorie du changement suffisamment englobante ainsi qu’une désignation sociologique des moteurs de ce changement, et ce livre voudrait contribuer à sa formation. » Prolongé par quatre rebonds, aussi bien d’activistes écologistes que de hauts fonctionnaires, cet essai, ainsi soumis à la discussion collective, tente de « combler l’écart gigantesque qui persiste entre l’ampleur de l’enjeu objectif que représentent les politiques climatiques et la relative étroitesse de la niche politique dans laquelle sont confinés ces acteurs ». Cette démarche s’inscrit dans le sillage de l’œuvre pionnière de Bruno Latour (1947-2022), dont Pierre Charbonnier revendique l’héritage. Dans Où atterrir ?, paru en 2017 et sous-titré « Comment s’orienter en politique », le sociologue faisait ce constat aussi lucide qu’alarmant : « Depuis les années 1980, les classes dirigeantes ne prétendent plus diriger mais se mettre à l’abri hors du monde. De cette fuite, dont Donald Trump n’est que le symbole parmi d’autres, nous subissons tous les conséquences, rendus fous par l’absence d’un monde commun à partager. L’hypothèse est que l’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. » Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    1h 8m
  2. Olivier Mannoni : « Le fascisme commence par le langage »

    10/13/2025

    Olivier Mannoni : « Le fascisme commence par le langage »

    Traducteur de l’allemand, Olivier Mannoni interroge, à partir du laboratoire nazi, la brutalisation de la langue qui accompagne les fascismes. Il nous explique comment Trump parle comme Hitler, et Poutine comme un gangster. Olivier Mannoni a vécu près de dix ans avec les mots d’Adolf Hitler, en étant chargé d’une retraduction de Mein Kampf dans le cadre d’une édition critique, Historiciser le mal, dirigée par l’historien Florent Brayard, parue en 2021. Traducteur réputé, fondateur de l’École de traduction littéraire, il n’est pas sorti indemne de cette fréquentation, alors même qu’il avait déjà souvent traduit des textes sur le IIIe Reich. C’est que ces mots d’hier, il les entendait aujourd’hui. « Nous assistons à la remontée des égouts de l’histoire. Et nous nous y accoutumons », écrit-il dans Traduire Hitler, paru en 2022, suivi en 2024 de Coulée brune, qui s’attache à montrer « comment le fascisme inonde notre langue ». « Parce qu’il permet le dialogue et la prise de décision commune, le langage est la force de la démocratie, écrit-il. Que ce langage soit perverti, et c’est la démocratie elle-même qui se distord, s’atrophie et perd sa raison d’être. » Durant cette « échappée », Olivier Mannoni nous explique ainsi comment Donald Trump et son entourage parlent comme Adolf Hitler et les propagandistes nazis. Cette « langue du même et de la racine » s’accompagne de mécanismes langagiers que partagent les médias de la haine : simplification outrancière de la réalité, petites phrases comme autant d’uppercuts, vérités alternatives dans une inversion systématique du sens. Cette brutalisation va de pair avec une transgression permanente dont le charlatanisme assumé et la grossièreté illimitée sont autant d’armes langagières pour faire taire les opposant·es, les paralyser et les stupéfier. Cette nouvelle langue des fascismes est aussi un « parler pègre » dont Vladimir Poutine est coutumier, évoqué par le récent essai de la philologue Barbara Cassin La Guerre des mots. « On prend tout ça pour de la frime, on ne prend rien au sérieux et on sera bien étonnés le jour où ce théâtre sera devenu une sanglante réalité » : cette conversation avec Olivier Mannoni actualise l’ancienne mise en garde de Victor Klemperer, célèbre auteur de LTI, la langue du IIIe Reich. Lequel ajoutait ceci : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps, l’effet toxique se fait sentir. » Face à cette extrême droite pour laquelle les mots sont des armes, nous devons mener cette bataille du langage. Telle est l’alerte d’Olivier Mannoni, qui écrit dans Coulée brune : « Nous sommes à ce carrefour. Si nous prenons le mauvais chemin, le pire est assuré et la novlangue d’Orwell ne sera qu’une plaisanterie par rapport à ce que nous devrons subir. » - Retrouvez tous les numéros de « L’échappée » sur Mediapart. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    1h 7m

About

On ne va pas se raconter d’histoire : l’époque n’est pas réjouissante tant les ombres menacent. Mais le risque de cette lucidité, c’est de se laisser abattre. Carte blanche donnée par Mediapart à Edwy Plenel, l’émission « L’échappée » entend dire non à la résignation grâce à des rencontres qui réveillent l’espérance. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

More From Mediapart

You Might Also Like