Poésie en musique

Abdelghani Boudik

Je suis Abdel. Non-voyant, j’écris assis par terre, les écouteurs vissés aux oreilles, guidé par la voix de moins en moins mécanique de mon lecteur d’écran. Je ne supporte pas que les poèmes restent immobiles : je les attrape, je les secoue, je souffle dedans. Parfois ça grésille, parfois ça casse, mais toujours ça respire. On croit qu’un poème ne peut pas être Groovy? Moi je montre l’inverse. J’ai entendu Hugo sonner comme du folk américain et Du Bellay résonner en métal symphonique. Alors je sais que la poésie n’est pas un musée : je veux l’arracher au calme mortel des anthologies et la balancer contre les murs d’aujourd’hui. Écoutez, si ça vous dit. 📧 Un poème à risquer ? → poesieenmusique@gmail.com ⚠️ Sur Spotify, la musique est coupée. Retrouvez-moi ailleurs (Apple Podcasts, overcast, deezer etc.) pour swinguer sur Victor Hugo.

  1. 3d ago

    Alphonse de Lamartine : l’automne

    Carnet froissé sur les genoux ; l’odeur de désinfectant pique la gorge. Les mots de Lamartine s’invitent comme une fuite d’eau sous la porte. « Salut ! bois couronnés » — mais le néon bourdonne, et l’automne se colle au carrelage blanc. Dans le couloir, une radio grésille, crachotant une vieille chanson d’amour hors saison. Chaque strophe trébuche sur son « peut-être ». Peut-être miel, peut-être fiel, peut-être rien. La répétition devient tic, souffle cassé. Le calice se déforme : gobelet plastique fendu, posé entre deux magazines déchirés. J’ai scruté la goutte d’eau tiède au fond, persuadé qu’elle me regardait. Puis surgit la phrase nue : « Moi, je meurs ». Elle tombe comme une canette vide, sèche, métallique. Pas de halo. Pas d’élégie. Elle cogne. Je pense au café froid dans une tasse ébréchée, détail banal qui soudain pèse plus que la métaphore. C’est dans ces restes ordinaires que le sacré s’épuise. Et la fin ? Pas de silence noble. Au mur, une affiche délavée : « Souriez, la vie est belle ! ». Elle trône juste au-dessus de la poubelle débordante. Rien d’autre. Le contraste grotesque s’impose, brutal, muet, comme si la radio elle-même s’était enfin tue. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref.

  2. Sep 1

    Jean Aicard : Marseille

    Carnet gondolé, pages qui collent au goudron. Le vent arrache les mots, les salit d’odeur âcre. Sur le quai ça hurle : blé qui ruisselle, tonneaux noirs, perroquets braillards. Le port, c’est un ventre — ça digère tout, ça recrache des cris. Ruche humaine, oui. Mais la cire colle aux doigts, le t’es à la menthe renverse des flaques sucrée sous les tables des cafés. Le docker qui s’effondre ? J’ai vu sa chemise trempée, auréole de sueur jaune. Faible détail, pas lyrique, mais réel. Et moi je souris bêtement quand le perroquet répète « Salaud ! Salaud ! ». Notre-Dame d’or veille au-dessus, plantée comme un ange gardien brillant dans le ciel. Les mâts, lances, ifs, crocs — tout ça qui fend l’azur. Soleil, sel, sueur. Ça siffle et ça mord. Puis vient le soir. Les bateaux penchés se balancent, énormes bêtes grasses. Je replie le carnet trempé, ça pue la friture froide, et je note quand même : Marseille, je te kiffe grave. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref.

  3. Aug 1

    Marceline Desbordes-Valmore : Qu’en avez-vous fait

    Carnet ouvert, page gondolée, auréole de café. J’écris comme si ça brûlait les doigts. « Un cœur pour un cœur » : oui, mais rendu contre perdu, comme une dette jamais réglée. Vous avez gardé la monnaie, et moi je compte les centimes au fond du sac. La feuille, la fleur, le fruit ? Rien qu’un amas noir dans la bouche d’un caniveau. J’ai marché dessus, ça craquait. Et ça sentait la moisissure mêlée au métal des grilles. Voilà le parfum d’un amour trahi. Vous me laissiez là, comme un pauvre enfant… mais j’avoue : j’ai souhaité que vos nuits se trouent de cauchemars. Faible vengeance, mesquine — je le pense encore. Vous sonnerez, dit-elle. Vous frapperez. Je vois déjà la poignée glacée, le battant gonflé d’humidité, les lettres qui bavent sur le paillasson. Vous crierez, vous insisterez, mais le couloir résonnera seulement de vos pas. Et l’air portera un souffle acide : fleur fendue, fruit flétri, feuille froissée — f… f… f… Personne ? Non. Pas personne. Le chat miaulera derrière la porte, seul témoin ridicule. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref.

  4. Jul 15

    Louis Aragon : il n’y a pas d’amour heureux

    support : transcription partielle d’une note vocale envoyée à la mauvaise personne (fichier audio corrompu, segments manquants, bruit de frigo en fond) Audio Transmis par Maria, une auditrice fidèle. — — …tu l’as entendu, ce clic sec ? Le bruit que fait la porte du frigo quand elle ne veut plus se refermer. Ça fait ça aussi avec les gens, parfois. Tu crois que ça va se refermer. Mais non. L’air s’échappe, lentement, et tout tourne. Même les cœurs. Tu peux replier les bras tant que tu veux, il y a des choses qui refroidissent avant qu’on y touche. Des promesses laissées en veille. Des regards trop scannés. On se frotte à l’amour comme à un code-barres refusé : ça bip, ça clignote, ça rejette. Pas de lecture. Pas de prix. (…grésillement…) Tu sais ce qui pèse le plus dans une chanson triste ? Ce n’est pas la mélodie. C’est le coût à la note. Ce qu’il faut de honte pour une rime. Ce qu’il faut d’erreurs pour qu’un vers tienne droit. L’amour heureux, c’est comme un lave-linge à sec : ça tourne, ça cogne, mais ça lave rien. Je me souviens plus du nom de la personne à qui je disais ça. Peut-être toi. Peut-être quelqu’un d’autre. (…pause… retour micro saturé…) Je retire ce que j’ai dit. Non. Je veux dire : je répète. Il n’y a pas d’amour heureux. Seulement des machines mal réglées qui font du bruit au lieu de chauffer. Seulement des chansons qui débitent leur chagrin à la caisse automatique. (…fin de l’audio…) Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref.

About

Je suis Abdel. Non-voyant, j’écris assis par terre, les écouteurs vissés aux oreilles, guidé par la voix de moins en moins mécanique de mon lecteur d’écran. Je ne supporte pas que les poèmes restent immobiles : je les attrape, je les secoue, je souffle dedans. Parfois ça grésille, parfois ça casse, mais toujours ça respire. On croit qu’un poème ne peut pas être Groovy? Moi je montre l’inverse. J’ai entendu Hugo sonner comme du folk américain et Du Bellay résonner en métal symphonique. Alors je sais que la poésie n’est pas un musée : je veux l’arracher au calme mortel des anthologies et la balancer contre les murs d’aujourd’hui. Écoutez, si ça vous dit. 📧 Un poème à risquer ? → poesieenmusique@gmail.com ⚠️ Sur Spotify, la musique est coupée. Retrouvez-moi ailleurs (Apple Podcasts, overcast, deezer etc.) pour swinguer sur Victor Hugo.

You Might Also Like