Poésie en musique

Abdelghani Boudik

Je suis Abdel. Non-voyant, j’écris assis par terre, les écouteurs vissés aux oreilles, guidé par la voix de moins en moins mécanique de mon lecteur d’écran. Je ne supporte pas que les poèmes restent immobiles : je les attrape, je les secoue, je souffle dedans. Parfois ça grésille, parfois ça casse, mais toujours ça respire. On croit qu’un poème ne peut pas être Groovy? Moi je montre l’inverse. J’ai entendu Hugo sonner comme du folk américain et Du Bellay résonner en métal symphonique. Alors je sais que la poésie n’est pas un musée : je veux l’arracher au calme mortel des anthologies et la balancer contre les murs d’aujourd’hui. Écoutez, si ça vous dit. 📧 Un poème à risquer ? → poesieenmusique@gmail.com ⚠️ Sur Spotify, la musique est coupée. Retrouvez-moi ailleurs (Apple Podcasts, overcast, deezer etc.) pour swinguer sur Victor Hugo.

  1. FEB 15

    Jean-Pierre Claris de Florian : plaisir d’amour

    Le verre ébréché pend au bord de la marche, il menace de tomber à chaque vibration de pas, et je chuchote malgré moi « plaisir d’amour… », le refrain ricoche sur les murs décrépits, s’amplifie, me cogne au crâne comme un marteau qui refuse de se taire. Sylvie — prénom sec, craché. Elle avait juré « toute la vie » et moi j’y ai cru comme un enfant qui serre une bille fêlée dans sa paume, persuadé qu’elle brillera toujours, mais la bille roule, se perd, et je m’entends bredouiller qu’il n’y a pas de prairie, seulement cette cage où l’eau coule en filet noir, et cette certitude crasseuse que le chagrin ne lâchera pas. Alors je laisse filer une phrase trop longue, trop gonflée, comme pour retenir l’air, une phrase où le plaisir minuscule, avalé trop vite, se dissout dans l’odeur de moisissure, dans la lumière blafarde, dans la jalousie qui me brûle les doigts et me fait rire d’un rire honteux que personne n’entend parce que personne ne monte plus cet escalier. chagrin. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref. Abdelghani Boudik

    3 min
  2. FEB 1

    Guillaume Apollinaire : la jolie rousse

    Il parle seul sous les néons vacillants d’une gare éventrée. Son crâne, traversé d’une cicatrice, bat comme un tambour crevé. À chaque pulsation, la guerre revient : les noms des morts se mêlent aux horaires effacés d’un tableau noir qui clignote encore. Dans sa main, une clé rouillée. Il croit qu’elle ouvre la chambre où dort la rousse. La voix se déchire, moitié prière, moitié comptabilité des fantômes. Mais derrière lui, un haut-parleur brisé répète ses mots plus graves, plus lents, comme si une autre bouche parlait en lui. Il se retourne. Vide. Pourtant le bruit continue, haletant, parasite. Alors elle surgit. Pas dans un champ, mais sur l’écran fissuré, chevelure pixelisée, flammes stables au milieu du chaos électrique. Elle sourit. Ou bien c’est une distorsion. Il tend la main, attiré comme fer par l’aimant. Un claquement sec. Tout s’éteint. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref. Abdelghani Boudik Find out more at https://poesie-en-musique.pinecast.co

    4 min
  3. JAN 15

    Louis Aragon : Elsa

    Une chaise grince, vieille carcasse de bois, sous mon poids. La pluie bat fort, et les néons de l’immeuble voisin clignotent — comme des alarmes obstinées. Elsa, dans le poème, dort. Mais je ne crois pas à la paix de ce sommeil. « Ô corps sans poids », répète-t-il, et je répète aussi : ô corps, ô absence, ô jalousie… puis la voix se casse, se brise, comme une prière qui bafouille. Les fables reviennent, la neige, les traîneaux, mais ce soir ils grincent comme des brancards, métal froid, roues folles dans un couloir d’hôpital. La peau qui dort devient un champ surveillé, chaque battement de paupière un spasme de cœur. Et moi, je me ronge : honte, envie, peur. Il faudrait n’avoir aucun rêve, rester collée à mon souffle, devenir une machine simple, une perfusion de présence — goutte après goutte, jusqu’au matin. Aragon suppliait Elsa au cœur de la guerre. On entend derrière les vers le bruit de bottes, la vitre qui tremble, les pas des soldats dans la rue. Dans la chambre, il veille comme un prisonnier de la conscience, jaloux de l’invisible. Et son appel, « rends-moi ta conscience », résonne encore comme une demande absurde : empêcher l’autre de s’échapper dans ses propres songes. Sang, silence, sommeil. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref. Abdelghani Boudik Find out more at https://poesie-en-musique.pinecast.co

    4 min
  4. 12/21/2025

    Guillaume Apollinaire : les sapins

    Un souffle me traverse, comme si une note étranglée s’accrochait à mes aiguilles. J’ai été décoré d’ampoules brûlantes, ficelé de guirlandes trop lourdes ; le salon sent la cire éteinte et la poussière stagnante. Chaque pas fait vibrer le parquet, mais personne n’écoute le cri qui se serre dans mes fibres. Par la vitre passent les phares, bateaux anonymes, et je voudrais lever mes bras pour les saluer. À la place, on m’a travesti en magicien, en rabbin, en chérubin maladroit, je change de rôle au gré de vos humeurs. J’incante, je chante, je ploie — mais tout cela m’épuise. Le chant ancien qui revient racle dans ma sève comme une prière avortée. Une branche cède, le craquement arrache un gémissement muet. Ce n’est pas du bois : c’est ma chair qui s’ouvre, et personne ne détourne la tête. Vous souriez encore, vous posez vos cadeaux, mais moi je m’effrite. J’ai honte de rester dressé alors que je voudrais tomber, m’éteindre. Je sais déjà la fin : un trottoir humide, mes aiguilles répandues comme des confettis pour rats, mes étoiles mortes piétinées. Et pourtant je me dresse encore, ridicule prophète d’hiver. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref. Abdelghani Boudik Find out more at https://poesie-en-musique.pinecast.co

    3 min
  5. 12/11/2025

    Pierre de Ronsard : ciel, air et vent

    Un dessous de table gras, chewing-gum écrasé, odeur de friture qui colle aux cheveux. C’est là que je rature, stylo qui bave, lettres tordues. Ronsard, lui, planquait son incapacité derrière des « ciels, vents et monts » — un défilé de paysages pour masquer le trou dans la gorge. Franchement, ça sonne comme un type qui meuble la conversation parce qu’il n’a rien d’autre à sortir. « Antres moussus », « vallons bossus », « plages blondoyantes »… ok, joli décor, mais à force ça pue l’alibi. C’est pas une louange, c’est une couverture, comme quand tu balances trois excuses foireuses d’affilée pour justifier ton retard. Et le pire : ça marche. On s’extasie devant la broderie, on oublie qu’il n’a pas eu les tripes de dire un mot de trois syllabes : a-dieu. Et ce « rongé de soin et d’ire » — sérieux ? On croirait un rapport de police qui enjolive une bagarre de comptoir : « incident modéré, tensions verbales ». Non. C’était juste la trouille, la vraie, la bouche sèche. Moi aussi j’ai connu ça : j’ai laissé un silence puant à la place d’une phrase, j’ai claqué une porte en guise de ponctuation. J’ai cru que c’était malin. C’était pathétique. Voilà le vrai sens : ce poème est une embrouille magnifique. Une lâcheté mise en musique. Un raté maquillé en chef-d’œuvre. Et je crache pas dessus : ça me rassure de voir que même les grands baratineurs se plantent, que leur génie pue parfois la sueur de l’échec. Basta. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. Tu peux aussi m’écrire : poesieenmusique@gmail.com On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref. Abdelghani Boudik

    3 min
  6. 12/01/2025

    Émile Verhaeren : décembre

    Mur. J’écris vite avant que l’encre ne bave trop. Nous sommes le vent, nous portons des sacs plastiques arrachés, nous grinçons contre les volets, nous cognons dans vos gouttières fendues ; nous ne savons pas attendre. Nous sommes la pluie, traînée sombre, auréole ouverte au plafond, gouttes qui tombent dans des bassines cabossées et réveillent vos nuits. Nous voulons entrer, loger dans vos failles, boire vos silences. Je l’avoue, nous ne donnons rien qu’un froid maladroit — mais c’est la seule tendresse qui nous reste. Nous sommes la neige, pas lys immaculés mais sel gris, poussière de pneus, crissement qui casse les pas. Nous insistons : ouvrez, ouvrez. Neige et sel et crasse et bruit et vide et fatigue. Nous n’avons pas de visage, mais nous vous tenons. Vous l’avez dit vous-mêmes, « nous sommes les gens inquiétants ». Nous vous avons entendus dans le couloir, mêlés au râle du frigo, à la fuite d’eau, à la machine qui s’essouffle. C’est risible, mais nous l’avons pris pour un chœur. Alors n’ouvrez pas. Ou ouvrez. Ça ne change rien. Nous sommes déjà dans vos murs. Si ça t’a remué un peu, fais circuler : abonne-toi, partage, laisse une trace griffonnée. C’est comme ça que la poésie évite de s’éteindre… enfin j’imagine. On se recroisera peut-être ailleurs : Actu-Rime — une chanson qui gratte, un décryptage qui cogne : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/actu-rimes-comprendre-le-monde-en-musique/id1769964253 SnapCult — des recos sèches, moins de cinq minutes, ça claque et ça passe : https://podcasts.apple.com/fr/podcast/snapcult/id1806802943 Voilà. Bref. Abdelghani Boudik

    3 min

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