Comment aime-t-on quand son cerveau ne s'arrête jamais ? Comment être une mère présente quand l'hyperfocus vous emporte ailleurs, même au milieu du quotidien avec ses enfants ? Comment construire une vie de couple quand la peur du rejet s'invite dans chaque silence, chaque malentendu ? Et comment continuer à s'aimer soi-même quand on a longtemps cru n'être que "trop" ou "pas assez" ? C'est encore un peu la rentrée, et pour cet épisode, je reçois Renée Greusard. Journaliste, chroniqueuse depuis l'an dernier à La Maison des Maternelles, et créatrice de formats innovants comme "La mort est mon amie", elle est venue parler avec moi du trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité- le fameux TDAH au cour de toutes les discussions. Elle qui s'apprête à publier, d'ici quelques semaines, une bande dessinée sur l'amour et le TDAH, vient aujourd'hui poser des mots sur ce qu'elle vit elle-même avec ce trouble. Renée, c'est une voix qui documente et qui vit : elle parle du TDAH sans filtre, avec la rigueur du journalisme et la sincérité du témoignage, devant des milliers de personnes qui se reconnaissent dans ses mots. Cet épisode vient enrichir cette série de 10 épisodes d'un nouvel éclairage : chaque invité affronte son trouble à sa manière, avec sa propre histoire, son propre âge de vie, sa propre complexité. Je raconte aussi mon histoire. On m'a diagnostiquée TDAH cet été. Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental : il touche environ 5% des enfants, et persiste à l'âge adulte dans plus d'un tiers des cas. En France, on estime que 2,5 à 3% des adultes en vivent, près de deux millions de personnes, mais moins de 1% ont reçu un diagnostic et un accompagnement adapté. Ce décalage est l'un des plus documentés, et des plus méconnus, de la santé mentale adulte. On résume souvent le TDAH à un "manque de concentration" ou à un "enfant qui bouge trop en classe". La réalité est infiniment plus complexe. C'est une agitation intérieure permanente, même quand le corps est immobile. C'est l'hyperfocus, cette capacité à s'absorber totalement dans une tâche pendant des heures, puis l'incapacité à démarrer la suivante. C'est l'impulsivité, dans les mots comme dans les actes. C'est la procrastination chronique, non par manque de volonté, mais parce que le cerveau ne gère pas la notion de temps comme les autres. C'est l'oubli permanent, la désorganisation, les tâches commencées puis abandonnées. C'est aussi, moins connu, une hypersensibilité au rejet, chaque critique, chaque silence, vécus avec une intensité disproportionnée. Avec Renée, nous parlons de diagnostic tardif, d'enfance, de honte, d'amour aussi, car un cerveau TDAH aime différemment : par bouffées d'hyperfocus sur l'autre, par peur de l'ennui, par une sensibilité au rejet qui peut fragiliser une relation avant même qu'elle commence. Nous parlons de cette question qui traverse toute cette série de 10 épisodes : peut-on se reconstruire seul, quand notre propre cerveau nous a longtemps convaincus que nous ne méritions que le chaos ? Et comment ce combat se transforme selon les âges de la vie ? Le TDAH reste largement sous-diagnostiqué chez les femmes, souvent découvert bien après l'enfance, parfois à la faveur d'un diagnostic posé chez son propre enfant. Derrière ce retard, des années de honte silencieuse, d'auto-dévalorisation, de "pourquoi je n'y arrive pas comme les autres". Et pourtant, on continue de coller des étiquettes : "tête en l'air", "flemmarde", "instable". Le TDAH n'est pas un trait de caractère. C'est un trouble neurologique. Un trouble avec lequel on peut apprendre à vivre lorsque l'on est enfin entendu, accompagné et compris. Merci à On.Suzane pour sa confiance. Merci à Eve, Sarah, Anouk, Camille de Cussac, Philippe et à tous les invités de cette série. Et merci à Renée. Si cet épisode permet à une seule personne de se reconnaître, de demander de l'aide ou simplement de se sentir moins seule, alors il aura déjà rempli sa mission.