10 épisodes. 10 histoires. 10 invités qui ont accepté de mettre des mots sur ce que beaucoup vivent en silence. Produit par On.Suzane. Pour ce troisième épisode, je reçois Kalika. Artiste, autrice-compositrice-interprète, elle est venue parler avec moi du trouble de la personnalité borderline. Cet épisode est sans doute le plus personnel de toute cette série. Parce que cette fois, je ne pose pas seulement des questions. Je raconte aussi mon histoire. Je suis borderline. Pendant longtemps, ce mot m'a fait honte. Je l'ai caché. J'ai essayé de vivre comme s'il n'existait pas. J'ai cru qu'en me taisant, il finirait par disparaître. Il n'a jamais disparu. Le trouble borderline touche entre 1 et 3 % de la population générale, mais représente près de 20 % des patients hospitalisés en psychiatrie. C'est l'un des troubles psychiatriques les plus stigmatisés, les plus mal compris et, encore aujourd'hui, l'un de ceux dont le diagnostic met le plus de temps à être posé. Beaucoup passent des années à souffrir sans comprendre ce qui leur arrive. On résume souvent le borderline à des "sautes d'humeur". La réalité est infiniment plus complexe. C'est vivre avec une peur permanente de l'abandon. Ressentir chaque émotion avec une intensité démesurée. Passer en quelques instants de l'amour à la terreur de perdre l'autre. C'est la déréalisation, quand le monde paraît soudain irréel. La dépersonnalisation, quand on ne se reconnaît plus soi-même. Les crises d'angoisse qui donnent l'impression de mourir. Le vide chronique. Les fluctuations émotionnelles permanentes. L'impulsivité. Les comportements autodestructeurs. Les addictions parfois. Les scarifications parfois. Les idées suicidaires, trop souvent. Près de 75 % des personnes atteintes d'un trouble borderline feront au moins une tentative de suicide au cours de leur vie, et entre 8 et 10 % en mourront. Derrière ces chiffres, il y a des femmes, des hommes, des ado qui essaient simplement de survivre à un cerveau qui ne leur laisse jamais de répit. Et pourtant, on continue de nous coller des étiquettes : "trop sensibles", "trop intenses", "toxiques", "manipulateurs". Comme si nous avions choisi de vivre dans cette tempête permanente. Le trouble borderline n'est pas un trait de caractère. C'est une maladie. Une maladie avec laquelle on peut apprendre à vivre lorsque l'on est enfin entendu, accompagné et compris. J'avais besoin de créer un espace où l'on puisse parler entre personnes que l'on a trop souvent qualifiées de "folles". Parce que c'est un mot que j'ai entendu, que beaucoup d'entre nous ont entendu. Parce que le borderline, c'est mon histoire. Depuis l'enfance, il s'est invité dans chacune de mes relations. Il a façonné ma manière d'aimer, ma manière de me protéger, ma manière de fuir, ma manière de croire que je finirais toujours par être abandonnée. Avec Kalika, nous parlons de traumatismes, d'enfance, de honte, d'amour, de solitude, de reconstruction et d'espoir. Nous parlons aussi de cette question qui traverse toute cette série : comment aime-t-on quand notre propre cerveau nous convainc que nous ne méritons pas de l'être ? Cette émission vous accompagnera tout l'été autour d'un sujet qui me tient profondément à cœur : la santé mentale et l'amour. On commence enfin à parler des troubles psychiques. Mais on parle encore beaucoup trop peu de ce qu'ils font à notre intimité, à nos couples, à notre capacité à faire confiance, à construire, à rester. J'espère qu'en donnant enfin ses lettres de noblesse au trouble borderline, je réussirai aussi à faire un pas vers la paix avec cette partie de moi que j'ai si longtemps combattue. Merci à On.Suzane pour sa confiance. Merci à Eve, Sarah, Anouk, Camille de Cussac, Philippe et à tous les invités de cette série. Et merci à Kalika, pour sa sincérité, son courage et sa confiance. Si cet épisode permet à une seule personne de se reconnaître, de demander de l'aide ou simplement de se sentir moins seule, alors il aura déjà rempli sa mission. ❤️