Parlons Voix !

Parlons Voix

Le podcast Parlons Voix est un voyage à travers les multiples visages de la voix.Chaque épisode explore la voix dans tous ses états : outil de communication, miroir de soi, instrument parfois fragile.  Voix cassée, voix retenue, voix projetée - un parcours sonore mêlant récits, témoignages et éclairages scientifiques. Un jeune acteur à la découverte de sa vocation, une professeure confrontée à une paralysie vocale soudaine, un podcasteur introverti qui ose enfin se faire entendre, un comédien qui donne vie à des voix monstrueuses…Autant de voix, autant d’histoires, pour mieux comprendre ce qui se joue quand la voix vacille, se transforme… ou se libère. Embarquez pour cette traversée sensible et sonore, là où chaque voix mérite d’être entendue ! L'équipe de Parlons Voix remercie tout particulièrement Fred Rioux, Adel Rouine, Rachel Bouvet, David Mendes et Sébastien Croteau dont les voix, les idées et la présence ont résonné bien au-delà des mots, éclairant ce voyage sonore de leur humanité vibrante.

Episodes

  1. 07/16/2025

    E04 - La voix déchaînée : saturations, chaos et métamorphoses

    Quand on pense à la voix, on imagine la communication au quotidien - une voix claire, harmonieuse, contenue. Pourtant, les capacités vocales humaines vont bien au-delà. Sébastien Croteau, growler et acteur vocal dans l’industrie du jeu vidéo et du cinéma, nous emmène dans l’univers des voix extrêmes : cris saturés, distorsions maîtrisées et textures vocales qui évoquent autant les monstres que la puissance brute du corps humain.  Notre voix ordinaire n’exploite qu’une infime partie de notre potentiel. Explorer ses extrêmes - crier, saturer, distordre -, c’est repousser les limites de l’expression, reconnecter le corps à l’émotion brute, et redonner à la voix sa dimension instinctive, viscérale, primitive. Car la voix humaine n’est pas seulement faite pour parler : elle est aussi faite pour hurler, grogner, vibrer, et créer des mondes. Les « voix saturées » ou « distorsions vocales » sont des techniques longtemps considérées comme nuisibles, mais désormais reconnues comme artistiques et maîtrisables. Utilisées notamment dans le métal ou le doublage de créatures, elles reposent sur des mécanismes physiologiques distincts de l’usage classique. Par exemple, les growls et screams exploitent les bandes ventriculaires, l’épiglotte ou les cartilages aryténoïdes pour produire des sons rauques, sans forcément abîmer les plis vocaux - à condition d’être bien formé. Des recherches récentes documentent ces mécanismes, démontrant qu’un usage sain et contrôlé est tout à fait possible. Le cerveau humain est sensible aux sons discordants et saturés – tels les cris, les sirènes ou les alarmes – et y réagit instinctivement en les interprétant comme des signaux d’urgence. Perçus comme des alertes, ils activent l’amygdale - une région cérébrale associée à la peur et à la vigilance. Les pleurs de nourrissons, eux aussi, présentent des phénomènes non linéaires dus à des vibrations apériodiques des plis vocaux qui génèrent une raucité caractéristique, qui augmente avec le niveau de détresse. Des études de perception montrent que les adultes interprètent ces variations acoustiques comme des indices du niveau de douleur ou de détresse du bébé. Dans un groupe social (chez les macaques comme chez les humains), les appels trop prévisibles peuvent être ignorés - mais si le cri devient imprévisible, saturé, il force l’attention de l’auditeur. L’imprévisibilité est une stratégie : un cri "chaotique" est plus difficile à ignorer, car il empêche le cerveau de s’y habituer ; il casse la routine auditive et donc assure une réponse, même chez un auditeur désengagé ou habitué. Des études en neurosciences montrent que dans les premières secondes d’écoute, notre cerveau évalue si un son est vivant, puis s’il est humain. Cette capacité repose sur l’analyse fine d’indices vocaux, tels que la qualité vocale, la modulation ou la dynamique spectrale du signal acoustique. Or, les voix artificielles ou synthétiques échappent souvent à ces indices subtils, ce qui limite leur capacité à susciter une réponse empathique ou à être perçues comme authentiquement humaines. Les réactions instinctives aux sons saturés ou discordants - ancrées dans notre biologie - ont un impact réel sur la manière dont nous percevons certaines voix, y compris celles marquées par une pathologie ou une atypicité. Il est essentiel d’en prendre conscience : notre cerveau peut réagir par méfiance ou malaise face à une voix simplement parce qu’elle s’éloigne des normes acoustiques rassurantes. Pourtant, ces voix méritent d’être entendues, reconnues, et comprises. Dépasser ce réflexe, c’est faire un pas vers plus d’empathie, d’inclusion, et de reconnaissance de la diversité vocale humaine. https://parlonsvoix.org/

    36 min
  2. 07/09/2025

    E03 - La dysphonie : un mal entendu

    Perdre sa voix, ce n’est pas seulement perdre un son. C’est perdre un lien vital avec le monde. La voix est l’instrument par lequel on s’affirme, on échange, on entre en relation. Sans elle, on se retrouve souvent coupé des autres, enfermé dans un silence involontaire. Cet isolement a des répercussions sur l’identité, la confiance et l’inclusion sociale. Dans certaines professions, cette fragilité est fréquente. Près d’un·e enseignant·e sur deux connaîtra un trouble vocal dans sa carrière. Cette vulnérabilité s’exprime de diverses façons : voix éraillée, fatigue, perte de puissance… parfois jusqu’à une aphonie prolongée. Pourtant, perdre sa voix en fin de session ne devrait jamais être considéré comme normal ! Quelle qu’en soit la cause - fonctionnelle, médicale ou contextuelle -, une voix altérée affecte bien plus que la parole : elle perturbe les interactions, la vie professionnelle et sociale, et peut induire repli, incompréhension de l’entourage, voire détresse psychologique. Certaines chirurgies - thyroïdiennes, cardiaques ou cervicales - peuvent entraîner une perte vocale durable. Une paralysie des plis vocaux – souvent unilatérale - peut survenir lorsque le nerf laryngé est endommagé. Elle se manifeste par une voix soufflée, faible, une grande fatigabilité et parfois une toux et une déglutition inefficaces. Elle entraîne un déséquilibre de la fermeture glottique. La rééducation orthophonique vise alors à compenser la mobilité réduite en entrainant le pli vocal opposé à dépasser le plan médian pour venir toucher le pli vocal immobile. Parfois, une chirurgie est nécessaire. La voix influence aussi la perception sociale. Des études montrent que des voix graves sont associées à une plus grande compétence ou autorité, influençant même les préférences électorales. Dès un simple « bonjour », nous formons des impressions de la personnalité de notre interlocuteur selon les caractéristiques vocales. Cette influence s’étend également à la perception de l’attractivité, de la santé ou de la fiabilité. En contexte pathologique, une voix jugée altérée peut entraîner des jugements négatifs sur la crédibilité ou la compétence du locuteur. Une étude montre par exemple que des affirmations triviaires - comme « l’éléphant est le seul mammifère qui ne peut pas sauter » - sont plus souvent jugées 'définitivement fausses' lorsqu’énoncées avec une voix atypique. Les voix dysphoniques féminines sont d’ailleurs évaluées plus négativement que les voix dysphoniques masculines, peu importe l’âge et le sexe de l’auditeur. C’est dire à quel point la voix façonne les liens sociaux et la confiance !  Elle peut aussi affecter l'apprentissage : Une voix jugée « désagréable », monotone ou altérée peut détourner l’attention, monopoliser les ressources cognitives nécessaires au traitement de nouvelles informations, entraver la concentration et réduire la motivation à apprendre. À l’inverse, une voix claire et expressive facilite le traitement des informations et stimule l’engagement. Heureusement, l’orthophonie offre des outils puissants : rééducation du geste vocal, rééquilibrage musculaire, exercices de posture et de respiration, conseils d’hygiène vocale... C’est un travail profond, parfois long, mais libérateur. Pour beaucoup, c'est aussi une redécouverte de soi : apprendre à parler autrement, à se faire entendre sans se blesser. Mais pour que le changement survienne, il faut écouter les signaux, prendre au sérieux la voix fragile. Parce que la voix est un instrument précieux, qui nous relie, qui nous rend visibles. Elle reste une voie unique vers l’autre, un vecteur profondément humain d’émotion, d’intention et de partage. https://parlonsvoix.org/

    27 min
  3. 07/02/2025

    E02 - La voix qu’on retient, la voix qu’on libère

    Parfois, parler peut devenir un véritable conflit intérieur : un équilibre fragile entre le désir de s’exprimer et la peur d’être entendu. Ce tiraillement psychophysiologique, souvent discret, s’imprime pourtant dans le corps : chez certaines personnes, notamment introverties ou anxieuses, les muscles se tendent avant même que la parole ne sorte.  Dans certains cas, ce surcontrôle musculaire autour du larynx peut entraîner une dysphonie de tension musculaire (DTM), soit une voix tendue, serrée, fatigable. Ce trouble découle rarement d’une seule cause. Il résulte plutôt d’un ensemble de facteurs interdépendants — notamment psychologiques, respiratoires, posturaux ou neuromusculaires — qui conduisent à une adaptation motrice. Une fois installée, cette adaptation peut persister, même après la disparition du stress initial. Selon la théorie des traits de personnalité, le niveau d’extraversion pourrait même influencer le type de trouble vocal développé : les personnes extraverties, qui parlent fort et souvent, seraient plus sujettes à des lésions vocales, tandis que les personnes introverties, qui retiennent davantage leur voix, pourraient être plus à risque de dysphonie de tension musculaire. Des différences significatives dans l’activité musculaire extra-laryngée ont d’ailleurs été observées entre extraverti·es et introverti·es lors d’une prise de parole en public, et d’autres études confirment un lien entre traits de personnalité et caractéristiques vocales. Mais si les émotions peuvent inhiber la voix, elles peuvent aussi l’enrichir et la porter. Certaines voix apaisent, rassurent, invitent à la parole et à l’écoute. Leur timbre, leur intensité ou leur hauteur influencent la manière dont nous percevons notre interlocuteur·rice. Lorsqu’on s’écoute soi-même sur un enregistrement, notre propre voix nous semble étrangère : on ne reconnaît pas le son car notre perception naturelle combine conduction osseuse et conduction aérienne – or, l’enregistrement ne laisse que le son transmis par l’air ! Des études récentes montrent que restaurer la conduction osseuse permet de retrouver sa voix perçue et améliore significativement la reconnaissance de soi, révélant que notre perception vocale est fondamentalement multimodale. Au-delà de cette surprise acoustique, notre attitude vis-à-vis de notre propre voix influence profondément notre comportement. L’évaluation que l’on fait de sa voix — agréable ou désagréable, trop aiguë, trop nasale… — a des effets sur la confiance en soi, la présentation de soi et les interactions sociales. La voix est bien plus qu'une empreinte personnelle : elle s’ancre dans l’interaction. Dans le dialogue, elle s’adapte, s’accorde, se module à celle de l’autre. Ce phénomène d’ajustement mutuel - ou « vocal alignment » - se manifeste notamment par des variations de l’intensité, de la fréquence fondamentale, du timbre ou du rythme de parole. Aucune voix ne ressemble à une autre : son timbre, son grain, portent l’empreinte singulière de celle ou celui qui la produit. Cette hétérogénéité est une richesse : la diversité vocale humanise, rapproche et valorise les singularités. Apprenons à écouter les voix telles qu’elles sont, avec leurs singularités et leurs fragilités. Célébrons la beauté de la pluralité ! https://parlonsvoix.org/

    22 min
  4. 06/25/2025

    E01 - La voix : un visage sonore

    Et si la voix en disait plus que les mots ? Avant même de parler, nous crions, soupirons, rions. La voix est un geste moteur archaïque, contrôlé par des structures cérébrales évolutivement plus anciennes que la parole et le langage, comme le tronc cérébral, le système limbique, ou la substance grise périaqueducale. Produire la voix humaine, c’est coordonner en temps réel près d’une centaine de muscles dédiés à la respiration et à la phonation, avec une précision extrême — un ballet neuromusculaire impliquant le cortex moteur, le cervelet, les ganglions de la base. Ce geste repose notamment sur l’organisation fine du cortex moteur laryngé, dont les connexions vers les régions motrices, émotionnelles et sensorielles permettent à la voix d’être volontaire, affective et contextuelle. La voix, c’est un visage sonore. Quand on entend quelqu’un parler — même sans le voir — le cerveau active non seulement ses aires auditives, mais aussi des zones visuelles liées à la reconnaissance des visages, comme le cortex fusiforme. C’est comme si l’on voyait mentalement celui ou celle qui parle ! Cette capacité de la voix à incarner un être, même sans corps visible, est également illustrée dans les œuvres de fiction. Dans le film Her, Samantha, une intelligence artificielle sans corps, est incarnée uniquement par la voix de Scarlett Johansson — une voix suffisante pour créer une identité narrative et affective forte. A l’inverse, le lien voix-visage est aussi exploité dans le cinéma sous la forme du phénomène de “déliaison vocale”, en créant une dissonance radicale qui trouble : dans certains films d’horreur, par exemple L’Exorciste, la voix d’un personnage (enfant) possédé est doublée par un autre acteur (adulte) pour créer une dissonance dérangeante entre le corps et la voix. Mais la voix est aussi le vecteur d’émotions universelles. Même sans comprendre la langue, nous reconnaissons la joie, la peur ou la tristesse à travers l’intonation et le timbre vocal. Ce phénomène repose sur la prosodie émotionnelle — la mélodie, le rythme, l’intensité de la voix — ainsi que sur des indices de qualité vocale — comme la raucité, le souffle, la tension ou le vibrato. Ces signaux sont traités très rapidement et automatiquement par le cerveau, souvent avant même l’accès au sens des mots. Écouter une émotion, c’est y réagir corporellement.  Le cortex prémoteur et les systèmes miroirs s’activent quand on perçoit une émotion vocale — comme si le corps s’apprêtait à imiter ou incarner cette voix. Cette résonance motrice constitue l’un des mécanismes clés de notre empathie vocale. Enfin, lorsque nous ressentons du stress — par exemple en anticipant une prise de parole en public — les circuits de la phonation sont influencés par des régions corticales et limbiques, altérant la voix avant même qu’un mot ne soit prononcé. L’activité de l’amygdale, du cortex cingulaire antérieur et de l’insula s’intensifie, modulant le geste vocal dès la préparation. La voix ne se limite pas à un moyen de transmettre des mots. Derrière chaque voix entendue, un réseau entier du cerveau s’active: pour la comprendre, pour l’imaginer, pour y répondre. La voix humaine est ainsi un miroir sonore, qui déclenche des réponses motrices, émotionnelles et sociales — elle nous connecte les un·es aux autres bien plus profondément que ne le font les mots seuls. Elle nous révèle, parfois malgré nous, bien avant que le langage ne prenne le relais.  Retrouvez toutes les références scientifiques sur note site web : https://parlonsvoix.org/ressources/ https://parlonsvoix.org/

    22 min

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Le podcast Parlons Voix est un voyage à travers les multiples visages de la voix.Chaque épisode explore la voix dans tous ses états : outil de communication, miroir de soi, instrument parfois fragile.  Voix cassée, voix retenue, voix projetée - un parcours sonore mêlant récits, témoignages et éclairages scientifiques. Un jeune acteur à la découverte de sa vocation, une professeure confrontée à une paralysie vocale soudaine, un podcasteur introverti qui ose enfin se faire entendre, un comédien qui donne vie à des voix monstrueuses…Autant de voix, autant d’histoires, pour mieux comprendre ce qui se joue quand la voix vacille, se transforme… ou se libère. Embarquez pour cette traversée sensible et sonore, là où chaque voix mérite d’être entendue ! L'équipe de Parlons Voix remercie tout particulièrement Fred Rioux, Adel Rouine, Rachel Bouvet, David Mendes et Sébastien Croteau dont les voix, les idées et la présence ont résonné bien au-delà des mots, éclairant ce voyage sonore de leur humanité vibrante.