Aujourd'hui, dans "Un monde de progrès", Nicolas Bouzou revient sur la construction de data centers en France. Il défend une position contre-intuitive qui remet en question les certitudes environnementales. Le sujet divise régulièrement l'opinion publique et les décideurs politiques. D'un côté, ceux qui craignent une menace pour la souveraineté numérique française ; de l'autre, les militants écologistes qui dénoncent la consommation énergétique massive de ces infrastructures. Mais Nicolas Bouzou propose une lecture radicalement différente de ce dilemme apparent. Son argument central repose sur une réalité souvent oubliée : les data centers se construiront de toute façon, partout dans le monde. La demande de puissance de calcul liée à l'explosion de l'intelligence artificielle croît de manière exponentielle et inévitable. La vraie question n'est donc pas de savoir s'il faut les construire, mais plutôt où il est préférable qu'ils s'implantent. C'est là que l'argument écologique prend une tournure surprenante. Un data center ne pollue pas en lui-même : c'est la source d'électricité qui l'alimente qui détermine son empreinte carbone. Et sur ce point, la France dispose d'un avantage considérable grâce à son parc nucléaire. Notre électricité est près de dix fois moins carbonée que la moyenne européenne, et dix-sept fois moins polluante qu'en Allemagne, largement dépendante du charbon et du gaz. Nicolas Bouzou développe alors un raisonnement qui dérange les certitudes : refuser la construction de data centers en France ne les fera pas disparaître. Ils seront simplement édifiés ailleurs, dans des pays où l'électricité provient de sources bien plus polluantes. Rejeter ces infrastructures hexagonales revient donc, selon lui, à un transfert de pollution aggravée plutôt qu'à un geste écologique véritable. Mais l'économiste ne s'arrête pas là. Il anticipe l'objection classique des militants de la décroissance, qui prônent une réduction de la demande elle-même plutôt qu'une simple verdification de son fonctionnement. Leur argument semble séduisant en théorie, mais il le démonte patiemment : supposer qu'un seul pays pourrait, par sa volonté politique, réduire une demande mondiale relève de l'illusion. La consommation de calcul est alimentée par des milliards d'usages, souvent bénéfiques pour l'humanité. Elle provient de besoins réels en santé, en recherche scientifique, en industrie et en éducation. Ces demandes émanent de la Chine, des États-Unis, de l'Europe entière. La France, même si elle renonçait à construire des data centers, ne réduirait cette demande mondiale que de manière infinitésimale. Au-delà de l'impuissance climatique, ce refus aurait des conséquences bien réelles et négatives. La France se priverait de retombées économiques substantielles, d'avancées technologiques et d'un atout majeur en matière de souveraineté numérique. Un paradoxe qui révèle, selon Nicolas Bouzou, une politique climatique inefficace. L'économiste ne nie pas pour autant les préoccupations légitimes soulevées par ces projets. Les questions de consommation d'eau, d'artificialisation des sols et de tension sur les réseaux électriques sont bien réelles et méritent des réponses techniques précises. Heureusement, ces solutions existent déjà : refroidissement utilisant très peu d'eau, récupération de la chaleur pour chauffer des logements, implantation intelligente sur des friches industrielles plutôt que sur des terres agricoles. Il propose donc un principe directeur simple mais puissant : chaque pays devrait accueillir les activités électro-intensives là où elles polluent le moins. Pour les data centers en Europe, ce lieu optimal est clairement la France, grâce à son électricité décarbonée. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.