La geste d'Orland

Monsieur_Orland

Lire la littérature avec monsieur Orland

  1. 5d ago

    Lecture / Arthur Rimbaud, Une saison en enfer

    "Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée. Je me suis armé contre la justice. Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon trésor a été confié! Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce. J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie. Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot. Or, tout dernièrement, m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac! j'ai songé à rechercher le clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit. La charité est cette clef. - Cette inspiration prouve que j'ai rêvé! "Tu resteras hyène, etc.... ," se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. "Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux." Ah! j'en ai trop pris: - Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée! et en attendant les quelques petites lâchetés en retard, vous qui aimez dans l'écrivain l'absence des facultés descriptives ou instructives, je vous détache des quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.

  2. Oct 11

    Lecture / Dante Alighieri, « Chant III », La Divine Comédie « L’Enfer »

    « Par moi on va dans la cité dolente, par moi on va dans l’éternelle douleur, par moi on va parmi la gent perdue. Justice a mû mon sublime artisan, puissance divine m’a faite, et la haute sagesse et le premier amour. Avant moi rien n’a jamais été créé qui ne soit éternel, et moi je dure éternellement. Vous qui entrez laissez toute espérance. » Ces paroles de couleur sombre, je les vis écrites au-dessus d’une porte ; aussi je dis : « Maître, leur sens m’est dur. » Et lui à moi, en homme qui savait mes pensées : « Ici il convient de laisser tout soupçon ; toute lâcheté ici doit être morte. Nous sommes venus au lieu que je t’ai dit, où tu verras les foules douloureuses qui ont perdu le bien de l’intellect. » Et après avoir mis sa main dans la mienne avec un visage gai, qui me réconforta, il me découvrit les choses secrètes. Là pleurs, soupirs et hautes plaintes  résonnaient dans l’air sans étoiles, ce qui me fit pleurer pour commencer. Diverses langues, et horribles jargons, mots de douleur, accents de rage, voix fortes, rauques, bruits de mains avec elles, faisaient un fracas tournoyant toujours, dans cet air éternellement sombre, comme le sable où souffle un tourbillon. Et moi, qui avais la tête entourée d’ombre, je dis : « Maître, qu’est-ce que j’entends ? qui sont ces gens si défaits de souffrance ? » Et lui à moi : « Cet état misérable est celui des méchantes âmes des humains qui vécurent sans infamie et sans louange. Ils sont mêlés au mauvais chœur des anges qui ne furent ni rebelles à Dieu ni fidèles, et qui ne furent que pour eux-mêmes...

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