Les voix des Amazones d'Avignon

Les Amazones d'Avignon

Justice pour Gisèle, justice pour toutes ! Nous sommes les Amazones d’Avignon. Des femmes en lutte, debout, organisées Face au silence, à l’impunité, à la violence patriarcale… Nous avons choisi la sororité l’action, la parole. Pendant tout le procès Pelicot, nous étions là. Présentes, solidaires, offensives Ce combat nous a renforcées. Les résistances auxquelles nous nous sommes heurtées nous ont prouvé que nous allions dans la bonne direction. Ce podcast est notre récit. Celui d’une mobilisation féministe, collective, acharnée...

  1. Épisode 22 - Valérie

    FEB 6

    Épisode 22 - Valérie

    « Ce que j’ai vu là-bas, c’était ma propre histoire : des hommes entre eux, complices, jouissant du corps d’une femme détruite. » Valérie, connue sous le nom de Valérie Tender, vit au Québec. Militante et artiste abolitionniste, elle s’engage depuis 2017 contre la prostitution et la pornographie. Survivante de la prostitution, elle relie son combat à sa propre histoire de violences sexuelles et d’exploitation. Son parcours l’a conduite à tisser des liens forts avec des militantes européennes, notamment les Amazones d’Avignon, qu’elle considère comme des sœurs de lutte. En 2024, elle entreprend une tournée de conférences en Europe, organisée avec des collectifs féministes. Hébergée par des femmes pour éviter les hôtels qui lui rappellent ses traumatismes, elle découvre l’existence du procès Pélicot et s’y rend à Avignon. Ce procès la bouleverse profondément : elle y voit le reflet exact de son vécu, notamment à travers Dominique Pélicot, qu’elle compare à son propre père, voyeur et abuseur. Elle dénonce la « culture pornoprostitutionnelle » dans laquelle ces crimes s’enracinent — un système où les hommes trouvent leur plaisir dans la destruction des femmes. Valérie parle d’une « homophilie masculine » qui unit les hommes dans la violence et la complicité. Selon elle, la pornographie fabrique des hommes déviants, nourrit la misogynie et sert de fondement à la prostitution. Elle raconte ensuite son histoire personnelle : son père, voyeur obsessionnel, l’a exposée à la pornographie dès l’enfance et est devenu plus tard son chauffeur lorsqu’elle était prostituée. Sa demande d’indemnisation a été rejetée par la justice québécoise, les faits étant antérieurs à la loi de 2021 qui reconnaît la prostitution comme une violence. Elle continue de se battre pour faire reconnaître ces crimes. Valérie évoque également sa rupture avec sa famille, notamment avec sa mère qui n’a jamais voulu reconnaître les violences subies. Bisexuelle, elle choisit aujourd’hui de ne plus fréquenter d’hommes, par fidélité à ses convictions et par instinct de survie. Pour elle, la sororité est une évidence : comprendre les femmes malgré leurs différences, se soutenir dans la douleur, éviter les divisions. Elle cite son amie Betty, emprisonnée au Maroc, comme modèle de courage et de solidarité féministe. Enfin, Valérie conclut sur une note d’espérance : elle croit en la force de chaque femme pour transformer le monde, en commençant par se reconnecter à son corps et à son esprit. Pour elle, la lutte féministe passe par la guérison, la lucidité et la solidarité entre femmes.

    47 min
  2. Épisode 21 - Émilie

    JAN 30

    Épisode 21 - Émilie

    « C’était un geste de sororité, simple, silencieux, mais important. »Émilie, 44 ans, vit à Sète. Mère de deux enfants, elle travaille dans le domaine de la pédagogie. Avant le procès Pélicot, elle ne se considérait pas comme militante : son féminisme était individuel, centré sur sa propre expérience d’injustice. Son engagement collectif naît peu à peu, notamment grâce à sa rencontre avec les Amazones d’Avignon, avec lesquelles elle participe ponctuellement à des actions comme les collages ou les manifestations contre les violences faites aux femmes. Sa première expérience féministe forte remonte à un autre procès, celui d’un homme ayant violenté son ex-compagne, amie d’Émilie. Ce jour-là, elle découvre la violence symbolique et institutionnelle du système judiciaire, et comprend l’importance d’une présence féministe dans les tribunaux. C’est dans cette continuité qu’elle s’engage pour le procès Pélicot, qu’elle perçoit immédiatement comme un moment historique. Habitant loin d’Avignon, elle pense d’abord ne pas pouvoir s’y rendre. Mais un imprévu professionnel lui laisse quelques jours libres : elle prend alors un billet de train et se rend spontanément aux audiences, animée par une impulsion viscérale. Elle raconte l’émotion d’assister à l’audition de Gisèle Pélicot et la frustration d’avoir été expulsée du tribunal pour avoir simplement tenté de montrer un panneau de soutien. Pour elle, ce geste, même invisible, relevait d’un acte de sororité, d’un lien silencieux entre femmes. De retour à Sète, elle poursuit son engagement à distance : elle rejoint le groupe WhatsApp des Amazones pour suivre le procès au jour le jour et réalise seule un collage féministe sur une place de marché, resté plusieurs mois visible. Le procès la bouleverse profondément. Elle dit avoir ressenti du dégoût, de la honte, et surtout une perte de confiance durable envers les hommes. Mais elle en retire aussi une conscience aiguë des rapports de domination et de la nécessité de croire la parole des femmes. Pour elle, la sororité est le versant féminin de la solidarité : accueillir chaque femme telle qu’elle est, au-delà des différences, pour s’épauler et se croire mutuellement. Aujourd’hui, Émilie reste marquée par le procès, qu’elle décrit comme une épreuve mais aussi un tournant : une fin de naïveté et un début de lucidité. Elle dit avoir désormais « les bonnes lunettes » pour voir le patriarcat partout où il s’exerce, et elle espère que la honte a enfin commencé à changer de camp.

    23 min
  3. Épisode 20 - Vorst

    JAN 23

    Épisode 20 - Vorst

    « Ma grand-mère m’a expliqué que ne rien faire, c’était choisir le camp des hommes. » Vorst est une jeune femme à peine majeure, étudiante et autrice, qui milite avec les Amazones d’Avignon depuis ses 16 ans. Elle raconte comment c’est sa grand-mère, elle-même militante féministe (sous le pseudonyme Alice), qui l’a initiée à ce combat. Au départ, Vorst ne s’intéressait pas au féminisme : elle pensait que « manifester dans la rue ne changeait rien ». Mais sa grand-mère l’a encouragée à s’engager, en lui expliquant que rester passive, c’était soutenir le camp adverse — celui des hommes. Peu à peu, Vorst comprend l’importance de s’impliquer et la force du collectif féminin. Trois générations de femmes militent ainsi ensemble : la grand-mère, la mère (plus discrète mais présente), et Vorst, qui représente la relève. Elle souligne combien cette transmission intergénérationnelle donne du sens à son engagement et relie les femmes entre elles. C’est sa grand-mère qui lui parle de l’affaire Pélicot : au début, Vorst ne comprend pas pourquoi elle devrait s’y intéresser, puis elle réalise que le combat dépasse les personnes ; il s’agit d’un symbole. À 17 ans, elle participe à sa première action devant le tribunal : une banderole sur les remparts et le haka féministe du premier jour du procès. Elle avoue avoir eu peur d’être arrêtée, mais l’énergie du groupe transforme sa crainte en adrénaline et en fierté : « Une fois que tu passes le point, c’est bon », dit-elle en comparant cette expérience à l’escalade qu’elle pratique à haut niveau. Vorst n’a pas pu suivre toutes les audiences, car elle passait le bac, mais elle a continué à se tenir informée. Elle pense aujourd’hui que leur mobilisation « n’a pas servi à rien », que la pression médiatique a eu un effet, même si tout n’a pas changé. Elle en garde de la satisfaction et une conscience nouvelle de la force collective des femmes. Elle réfléchit aussi à la notion de sororité, qu’elle définit encore avec hésitation : un groupe de femmes différentes mais solidaires, partageant des valeurs communes et se soutenant face à la domination masculine. Elle regrette que ses amies de son âge n’aient pas cette conscience féministe : « Elles s’en foutent, elles rentrent dans le jeu des mecs pour leur faire plaisir. » En conclusion, elle lance un appel à l’action aux jeunes femmes : « Faut se bouger le cul, les meufs ! » dit-elle avec humour et conviction, en exhortant à sortir du confort, à coller, à militer, à s’engager vraiment. Et elle reconnaît avec un sourire que, finalement, sa grand-mère « avait raison ».

    15 min
  4. Épisode 19 - Malou

    JAN 16

    Épisode 19 - Malou

    « C’est entre femmes, dans la reconnaissance de nos réalités communes, qu’on pourra changer le monde. » Malou est une Franco-Suisse d’une quarantaine d’années. Formée au travail social, elle a longtemps milité avant de s’éloigner des mouvements collectifs, déçue par les rivalités et les enjeux d’ego. En Suisse, où le féminisme radical reste marginal, elle se sent isolée. C’est en découvrant Rebelles du genre, puis en entrant en contact avec les Amazones d’Avignon, qu’elle retrouve une communauté de lutte qui lui correspond. Le procès Pélicot devient alors pour elle l’occasion de renouer avec un militantisme collectif, concret et incarné. Malou retrace son parcours de prise de conscience : jeune, elle se disait féministe tout en intégrant des biais misogynes. Avec le temps, elle comprend l’ampleur de la colonisation masculine des esprits, notamment par le monothéisme, la pornographie et la prostitution. Elle dénonce le transactivisme qu’elle perçoit comme une attaque directe contre la réalité des femmes et la matérialité du corps féminin, et revendique un féminisme radical centré sur la lutte contre l’effacement des femmes. Lors du procès Pélicot, Malou se rend à Avignon à plusieurs reprises pour soutenir Gisèle. Elle raconte avec colère le choc d’avoir vu les violeurs en liberté, riant et fumant devant le tribunal, et dénonce une justice indifférente voire complice. Son indignation s’accroît face à la brutalité des avocats, aux propos misogynes tenus à l’audience et à l’absence de protection pour la victime. Elle exprime son dégoût devant la fresque du tribunal, peinte par des agresseurs, qu’elle considère comme une insulte aux femmes. Mais au cœur de cette épreuve, Malou découvre une sororité puissante : un collectif de femmes solidaires, courageuses, capables d’agir sans peur. Elle dit avoir retrouvé grâce aux Amazones une légitimité, une énergie et un sentiment d’appartenance qu’elle croyait perdus. Cette expérience lui redonne confiance dans le militantisme de groupe et dans la force créatrice des femmes. Elle conclut en appelant les femmes à se libérer de la validation masculine, à se soutenir entre elles malgré leurs différences, et à reconnaître leur puissance collective. Pour elle, la sororité est la voie d’un monde plus juste : « c’est entre femmes, dans la reconnaissance de nos réalités communes, qu’on pourra changer le monde. »

    39 min
  5. Épisode 18 - Rim

    JAN 9

    Épisode 18 - Rim

    « La sororité, c’est tendre la main plutôt que fermer les yeux sur la douleur d’une femme. » Rim a 50 ans, née à Avignon, et c’est grâce à Maëva qu’elle a découvert le féminisme. Avant cette rencontre, elle croyait avoir compris l’essentiel : l’égalité était pour elle une question d’éducation, de permis de conduire, de travail, comme si le combat avait déjà été gagné par les générations précédentes et qu’il suffisait d’attendre patiemment que les choses s’améliorent. Mais au contact de Maëva, elle réalise qu’elle n’avait en réalité qu’effleuré la surface. Sa première action militante se déroule presque par hasard : Maëva lui propose de venir tenir une échelle lors d’une pose de banderole devant le palais de justice. Ce geste modeste se révèle pour elle une révélation. Elle découvre l’énergie tranquille, la cohésion et la détermination des Amazones, et comprend que même un petit acte contribue à quelque chose de grand. Quand elle voit le sourire de Gisèle Pélicot à la vue d’une banderole, elle mesure le sens profond de son engagement : « on a fait quelque chose d’utile ». Rim participe ensuite à des collages, à une matinée d’audience et à diverses actions collectives. Elle raconte l’ambiance joyeuse des collages en hommage à une Iranienne disparue, le sentiment d’appartenir à une ruche d’abeilles construisant ensemble, et la force des rencontres avec des féministes venues de toute l’Europe, notamment d’Espagne. Le procès bouleverse son regard sur le monde. Elle se rend compte qu’elle avait longtemps banalisé les faits divers, pensant ne rien pouvoir y faire. Avec les Amazones, elle apprend que chaque voix compte, que les femmes peuvent occuper l’espace public et agir. Elle décrit un mélange d’amertume et de fierté après le verdict : colère face aux plaidoiries sexistes et aux verdicts insuffisants, mais joie d’avoir porté une voix collective et d’avoir dit « écoutez-nous ». Cette expérience transforme sa vie quotidienne : elle regarde désormais différemment les pièces de théâtre, les affiches, les discours médiatiques, et repère les injustices sexistes qu’elle ne voyait pas avant. Elle transmet ce qu’elle a appris à ses enfants, à ses amies, et même à sa mère de 80 ans, qu’elle a finalement réussi à intéresser et à entraîner avec elle. Pour Rim, la sororité signifie tendre la main, refuser la compétition entre femmes et déconstruire la haine qu’on leur a inculquée dès l’enfance. Elle parle d’un basculement intérieur : au lieu de rivaliser ou de s’ignorer, apprendre à s’aimer et à se soutenir. Ce procès lui a donné la conviction que rien n’est perdu, qu’il n’est jamais trop tard, et que chaque femme, à tout âge, peut contribuer à changer la donne.

    25 min
  6. Épisode 17 - Nadia

    JAN 2

    Épisode 17 - Nadia

    « Dans le tribunal, personne ne rappelait la loi abolitionniste : c’était comme si elle n’existait pas. » Nadia, originaire de Marseille, est une militante féministe engagée depuis plusieurs années. Elle a créé et animé pendant longtemps une émission de radio intitulée « La Révolution sera féministe », diffusée sur Radio Galère, où elle abordait l’actualité, les luttes et les analyses féministes. Son engagement est né d’une profonde déception vis-à-vis d’Amnesty International, dont elle a quitté le mouvement après avoir découvert sa position pro-prostitution. Nadia s’y est opposée fermement, estimant que cette position trahissait les droits des femmes et légitimait la domination masculine. Son féminisme est universaliste et abolitionniste, fondé sur l’idée que la prostitution, le voile ou la pornographie sont des piliers du patriarcat. Elle se revendique du féminisme historique radical, opposé au féminisme libéral qui réduit la liberté des femmes à des choix individuels. Elle explique que sa prise de conscience s’est aussi nourrie de son expérience personnelle de violences masculines, dont elle parle pour la première fois dans ce témoignage. C’est par les Amazones d’Avignon qu’elle entend parler du procès Pélicot. Elle rejoint le collectif malgré un profond burn-out, convaincue qu’elle ne pouvait pas rester à l’écart d’un moment historique. Elle participe à plusieurs actions militantes : veilles au tribunal, collages, haka féministe, manifestations du 25 novembre et même actions spectaculaires comme la banderole « 20 ans pour chacun » sur les remparts d’Avignon. Lorsqu’elle assiste aux audiences, Nadia est frappée par la culture du viol omniprésente dans la salle d’audience. Elle s’indigne d’entendre les violeurs se présenter comme des « clients » de la prostitution et de voir juges et experts psychiatres banaliser l’achat du corps des femmes, sans jamais rappeler la loi abolitionniste. Pour elle, cette absence de parole féministe dans la justice est une complicité active avec le patriarcat. Elle prend la parole dans les médias, malgré la peur, pour dénoncer le lien entre pornographie, prostitution et viols, mais constate que la presse filtre ou ignore ce discours. Nadia considère pourtant que ce procès a marqué un tournant : il a rendu visible la violence masculine et a soudé les militantes autour d’une sororité réelle, joyeuse et puissante. Enfin, elle évoque l’importance de reconnaître la contrainte économique dans la définition du viol, afin que la prostitution soit légalement reconnue comme un « viol tarifé ». Nadia conclut sur une note d’espoir : malgré la fatigue et le silence imposé aux féministes radicales, elle croit au pouvoir transformateur de la sororité et à la nécessité de continuer à nommer les choses pour changer le monde.

    24 min
  7. Épisode 16 - Pascale

    12/26/2025

    Épisode 16 - Pascale

    « On a vu la culture du viol dans toute sa splendeur, jusque dans la salle d’audience. » Pascale, féministe depuis la fin des années 1970, a d’abord milité dans les « groupes femmes » issus de Mai 68, où se mêlaient politique et intime. Elle se souvient d’une époque où le féminisme était marginal et souvent perçu comme une insulte. Après plusieurs années de retrait, elle découvre les collages féministes à Avignon et décide de rejoindre les Amazones, séduite par leur énergie militante. Sa première action est celle du Ventoux, où les militantes inscrivent les noms des femmes tuées par féminicide. Lors du procès Pélicot, Pascale s’investit pleinement : elle participe à la création du haka féministe, une action à la fois physique et symbolique pour soutenir Gisèle et dénoncer la violence masculine. Elle prend part aussi aux collages thématiques autour du tribunal, notamment celui portant la phrase de Gisèle : « Depuis que je suis arrivée dans cette salle d’audience, je me sens humiliée », qui deviendra emblématique. Pascale s’implique également dans les banderoles contre le huis clos, dénonçant la censure imposée par le tribunal et revendiquant la transparence. Présente presque chaque jour au tribunal, elle observe la culture du viol à l’œuvre : mépris du public féminin, infantilisation, discriminations jusque dans la salle de retransmission où les « féministes » étaient limitées en nombre. Pascale s’indigne du traitement des femmes au procès, y compris des compagnes et mères des accusés, souvent sommées de détailler leur vie sexuelle devant des centaines de journalistes. Marquée par la répétition glaçante des témoignages masculins niant les viols, elle dénonce une justice patriarcale où la honte n’a pas encore complètement changé de camp. Pourtant, elle retient de cette épreuve une immense sororité : une force collective, des liens indestructibles entre militantes, et la conviction que leur présence a fait bouger les lignes. Aujourd’hui, Pascale garde le souvenir d’un moment éprouvant mais fondateur, une expérience qui a ravivé sa colère, confirmé sa détermination féministe, et renforcé sa foi dans la puissance des femmes unies.

    44 min
  8. Épisode 15 - Ketty

    12/19/2025

    Épisode 15 - Ketty

    « Je suis féministe radicale, misandre et abolitionniste des hommes. » Ketty a 30 ans et revendique avec fierté son âge et son identité. Elle se décrit comme une femme créative et sensible, passionnée par les mots, les langues, les arts et les couleurs. Elle refuse la modestie qu’elle considère comme une injonction bourgeoise, et affirme au contraire l’importance de prendre sa place, de se dire immense, comme toutes les femmes devraient le faire. Avant même le procès Pélicot, Ketty se définissait déjà comme féministe radicale, misandre et abolitionniste des hommes. Elle raconte avoir appris l’affaire par son amie et thérapeute, Stéphanie. À l’annonce des faits, son premier réflexe a été physique : le dégoût, l’envie de vomir. Trop violent pour elle, au point de provoquer une dissociation, une « disjonction », comme elle dit, un mécanisme de protection pour tenir face à l’horreur. Pourtant, elle choisit de participer. Elle fabrique de grandes pancartes, colle des affiches malgré son malaise face aux journalistes, et surtout, lit publiquement un texte très personnel sur une agression qu’elle a subie. Elle dit vouloir « cracher » son dégoût sans fard, sans enrober de poésie la douleur, mais au contraire nommer les choses comme elles sont, crues, brutales, indigestes. Pour elle, c’est une manière de reprendre le pouvoir. Ketty garde un souvenir marquant de l’action du 25 novembre, quand les femmes se sont réunies en cercle devant le tribunal. Ce moment de sororité, où chacune pouvait parler ou lire un texte, a été pour elle une expérience puissante : se tourner vers les femmes plutôt que vers les journalistes, parler entre elles, se savoir reliées comme une « armée de femmes » soudées. Sa vision de la sororité est singulière et poétique. Pour elle, c’est à la fois l’amour inné, la reconnaissance mutuelle, la capacité à se voir enfin telles que nous sommes, derrière les traumatismes et les masques imposés par le patriarcat. C’est aussi un mouvement physique : grandir, s’élargir, prendre de la place, jusque dans son corps. Elle raconte ainsi comment, depuis qu’elle s’est éloignée des hommes, son corps lui-même s’est transformé : plus grand, plus fort, plus libre. Ketty reconnaît avoir ressenti la peur lors de ces actions, mais elle y a trouvé aussi du courage. Elle insiste sur l’importance de transformer la peur en mouvement, de la dépasser pour agir, même par de petits gestes quotidiens : dire « ta gueule » à un homme, faire un bruit incongru, rire fort. Autant de façons de réapprendre la liberté et de reconquérir l’espace. Aujourd’hui, elle rêve de créer des camps entre femmes, des espaces à elles seules, loin des hommes, où la peur serait remplacée par le plaisir, la joie et la solidarité. Et son message final résonne comme une provocation assumée : « Écoutez les femmes, fermez vos gueules, dites pardon, rendez l’argent et allez crever loin de nous. »

    33 min

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Justice pour Gisèle, justice pour toutes ! Nous sommes les Amazones d’Avignon. Des femmes en lutte, debout, organisées Face au silence, à l’impunité, à la violence patriarcale… Nous avons choisi la sororité l’action, la parole. Pendant tout le procès Pelicot, nous étions là. Présentes, solidaires, offensives Ce combat nous a renforcées. Les résistances auxquelles nous nous sommes heurtées nous ont prouvé que nous allions dans la bonne direction. Ce podcast est notre récit. Celui d’une mobilisation féministe, collective, acharnée...