Parcours historique du Musée de l'histoire de l'immigration

Palais de la Porte Dorée

Une sélection de textes historiques, interprétés par les comédiennes et comédiens de la comédie française. Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Episodes

  1. 11. Madjiguène Cissé, Parole de sans-papiers

    03/25/2025

    11. Madjiguène Cissé, Parole de sans-papiers

    « Comme tous les autres qui étaient là je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer. Nous avions l’inconnu devant nous, mais les seuls combats perdus d’avance sont ceux que l’on ne mène pas. Nous n’étions certains que d’une chose : il ne pouvait plus être question de retourner dans l’ombre, ou de continuer à raser les murs et à haïr tout ce qui porte uniforme, il n’était plus question de déléguer nos destins. Il ne pouvait rien nous arriver de pire que ce que nous vivions jusque-là. Plusieurs d'entre nous ne pouvaient plus retourner au pays, certains pour des raisons de sécurité, d'autres parce qu'ils avaient déjà l'essentiel de leur vie ici en France. La plupart d'entre nous sont entrés régulièrement ici en France, y ont travaillé plusieurs années, ont cotisé aux différentes caisses, payé taxes et impôts et n'avaient pu renouveler leur titre de séjour. Pasqua veillait… Les premiers jours, un désordre monstre régnait dans l’église, où une quarantaine de sans-papiers avaient entamé une grève de la faim. La lutte des sans-papiers, depuis les années soixante-dix, a été émaillée de grèves de la faim. Celle -ci me paraissait particulièrement difficile à gérer, à cause de son impréparation, et aussi parce que nous étions débordés par l’afflux de sans-papiers qui arrivaient de partout. Nous voulions durer, il nous fallait structurer le groupe, désigner des responsables, nous organiser. » Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    2 min
  2. 6. Jane Nardal, "Pantins Exotiques", octobre 1928

    03/25/2025

    6. Jane Nardal, "Pantins Exotiques", octobre 1928

    « De la puissance d’évocation de certains mots, le créole qui a séjourné en France peut facilement se rendre compte. Vient-on à savoir ou à s’apercevoir que vous êtes « exotique », vous suscitez un vif intérêt, des questions saugrenues, les rêves et les regrets de ceux qui n’ont jamais voyagé : « Ah ! Les Iles d’Or ! les pays merveilleux ! aux heureux, aux naïfs, aux insouciants habitants ! En vain, vous efforcerez-vous de détruire maintes légendes l’on ne vous croit guère : si bien que vous vous reprochez d’essayer de détruire des illusions profondément ancrées dans l’esprit français et tombées de la littérature dans le domaine public.            Tel Léon Werth, lorsqu’il écrit dans Danses, Danseurs et Dancings : « C’est alors que j’aperçus la femme noire. Je ne suis pas sûre qu’elle ne fut point parée tout d’abord d’une poésie livresque. Peut-être fut-elle d’abord une négresse littéraire, princesse et sultane. Romans des Iles et Contes des Mille et une nuit. Mais ce n’est point de ma faute, si cette grâce flexible a passé jusque dans la littérature ou plutôt si elle est devenue une sorte de poésie sexuelle, innée en nous ».            Aurions-nous le courage de nous dépouiller du prestige que nous confère la littérature exotique et de détonner, modernes, sur le décor passé, rococo des hamacs, palmiers, forêts vierges, etc.            Quelle déception pour celui qui évoque en notre honneur des princesses exotiques, si vous alliez lui dire que, tout comme une petite bourgeoise française, vous poursuivez à Paris des études commencées là-bas, sous les tropiques, au Lycée ? Non, les droits de l’imagination étant imprescriptibles, vous vous résignez à usurper ce rôle, à venir de ces pays lointains où tout est vibrant et enflammé : l’air, les cœurs, les corps. » Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    2 min
  3. 5. Nina Berberova, C'est moi qui souligne

    03/25/2025

    5. Nina Berberova, C'est moi qui souligne

    « Le dimanche, des enfants pâles et maigres chantaient des comptines et faisaient des rondes en levant les bras et en s’accroupissant sur les talons. Les petits garçons étaient davantage appréciés que les fillettes, car c’étaient de futurs soldats pour la France et leurs parents obtenaient grâce à eux la citoyenneté française. Les enfants grasseyaient les russes. Papa travaillait chez Renault ou était chauffeur de taxi ou encore serveur au cabaret Les Cloches de Moscou, près des Champs-Elysées. Maman faisait de la broderie au plumetis ou était modiste. La grande sœur était mannequin chez Chanel, le frère travaillait comme garçon de courses à l’épicerie Pychman. L’été, les enfants allaient en camp où, le matin, ils se rassemblaient autour du drapeau russe tricolore et chantaient en choeur des prières. Leur maitresse se plaignaient qu’ils ne comprenaient pas les vieilles expressions de la langue russe dans la pièce de Griboïedov, Le Malheur d’avoir trop d’esprit, et qu’il fallait expliquer chaque mot. Comme eux, elle était pâle et maigre. C’était la fille d’un pope, car il y avait beaucoup d’églises orthodoxes à Billancourt. L’une d’elles se trouvait dans un ancien bistrot, une autre un vieux garage au fond d’une cour, une autre encore dans une petite église catholique désaffectée par manque de clientèle. La sirène de l’usine hurlait. Vingt-cinq mille ouvriers se déversaient sur la place à travers le large portail en fer. Un ouvrier sur quatre était un ancien gradé de l’Armée blanche. Ils se tenaient droits comme des militaires et leurs mains étaient abîmées par le travail. C’étaient de paisibles pères de famille, d’honnêtes contribuables. Ils lisaient les quotidiens russes, étaient membres d’innombrables clubs d’anciens combattants et conservaient précieusement au fond de leurs vieilles malles russes les décorations, les insignes de régiment, la croix de Saint-Georges, les médailles, les épaulettes, les dagues, des photographies fanées. » Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    2 min
  4. 4. Lettre de Luigi Campolonghi, immigré italien à son fils Leonida

    03/25/2025

    4. Lettre de Luigi Campolonghi, immigré italien à son fils Leonida

    Paris, 3 juillet 1910 « Paris est traversé par un grand fleuve qui s’appelle la Seine. Sur ce fleuve, il y a beaucoup de bateaux à vapeur. Pour 15 centimes, on peut faire un voyage de deux heures. Si tu es gentil, si tu obéis et si tu étudies, je t’emmènerai en automobile, en fiacre, dans le métro, en autobus ou en bateau. Je te ferai aussi monter sur la tour Eiffel, qui atteint 300 mètres de hauteur et qui est entièrement en fer. D’en haut, on voit tout Paris. A Paris, il n’y a pas la mer, mais tu t’amuseras quand même car il y a de très beaux jardins où tous les enfants vont jouer. Les Français sont des gens bons mais pleins de superbe. Ils aiment les Italiens un peu comme le riche aime le pauvre. Les enfants ici, t’insulteront donc parfois en te traitant de « sale Italien » ou de « macaroni » (ce qui veut dire « maccherone »). Alors, toi, s’ils sont plus jeunes que toi, tu répondras que Garibaldi, en 1870, a combattu pour la France contre la Prusse et que le seul drapeau qui a été pris aux Prussiens dans cette guerre fut enlevé par lui. Si, au contraire, ils sont plus âgés que toi, tu les frapperas, même si tu risques d’être battu à ton tour. Mais tu ne diras jamais du mal de la France, car on ne dit jamais du mal d’un pays où on habite et parce que la France, avec tous ses défauts, est toujours une grande nation qui enseigne tant de choses au monde. Ici, il y a la République et il n’y pas les prêtres. Je te recommande d’étudier. Tous les hommes doivent travailler et les enfants travaillent en étudiant. Tu vois, ton papa ? Eh bien, depuis qu’il le peut, il n’a pas passé un jour sans rien faire. Fais comme cela toi aussi. Embrasse bien ta maman et Lidia. Salue Mme Reggio, Lisetta, Pipo, Vittorio, Leone, Maria, Nicola et sa famille et reçois un gros baisé de ton papa qui t’aime. » Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    3 min

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