La parole au travail

Les Tisseurs

Le podcast des Tisseurs donne la parole à celles et ceux qui vivent et transforment le travail.

Episodes

  1. 3D AGO

    Humaniser pour mieux contrôler ? Le travail sous management moderne - avec Danièle Linhart

    Dans cet épisode, on déconstruit un mot qu’on entend partout : “l’humanisation” du travail. Et on comprend pourquoi, derrière les discours “bienveillance / épanouissement / sens”, il peut se cacher… un outil de contrôle. Avec la sociologue Danièle Linhart, on parle d’un glissement majeur : 👉 aujourd’hui, le management ne cherche plus seulement à encadrer notre travail… il veut aussi accéder à notre personnalité, nos émotions, nod fragilités, notre “storytelling”. 🔎 Au programme : Pourquoi “parler de déshumanisation” n’est pas toujours le bon diagnostic : le discours managérial te dit justement l’inverse (“on veut ton humanité”), mais les dispositifs mis en place créent souvent un gouffre entre la promesse et la réalité. La distinction essentielle : le professionnel vs. l’individu Danièle Linhart insiste : au travail, on devrait reconnaître des compétences, une formation, une professionnalité — pas juger quelqu’un à partir de son vécu intime. Quand “se livrer” devient une faiblesse : l’exemple marquant de la salariée qui confie son passé… puis se le voit retourner contre elle en réunion (“toi, je te connais, tu es fragile”). Happiness managers, yoga, rire, méditation… : à quoi servent réellement ces dispositifs quand l’organisation du travail reste dure, prescriptive, et sous pression ? Le tournant historique : comment après Mai 68, les directions d’entreprise ont cherché à casser les collectifs et à installer l’individualisation (objectifs, primes, concurrence entre collègues… et même concurrence avec soi-même). Taylor hier, consultants aujourd’hui : la logique reste la même : déposséder les travailleurs de leur savoir en organisant le travail “d’en haut”, au nom de “bonnes pratiques”. Souffrance, burn-out, accidents mortels, suicides au travail : le “deal” de la subordination (“obéis, on te protège”) tient-il encore debout ? Et la question moderne : l’IA Danièle Linhart propose une idée forte : arrêter de parler “d’intelligence artificielle” comme si c’était une intelligence — et décider collectivement de la place qu’on lui laisse. 📌 Un épisode dense, politique, concret. Pas pour se plaindre : pour comprendre. Qui est Daniele Linhart ? Danièle Linhart est une sociologue, directrice de recherche au CNRS, spécialiste du travail. Elle a travaillé sur les évolutions de l'organisation du travail de la période néolibérale, la précarisation, et les nouvelles techniques de management.

    1h 20m
  2. FEB 2

    Agents IA, robots, salaires : vers une société sans travail ? AXELLE ARQUIÉ

    Dans cet épisode, on plonge dans ce que l’invité appelle le “choc LLM” : l’arrivée de l’IA générative et des agents IA qui pourraient transformer en profondeur le travail, notamment les métiers “cols blancs” (économistes, juristes, comptables, journalistes…). On parle de démembrement des tâches cognitives : l’humain pourrait devenir un simple vérificateur (human in the loop), avec un risque de déqualification et de polarisation du marché du travail (très peu de postes très qualifiés, beaucoup de postes moins valorisés). La discussion ouvre ensuite sur les arbitrages technologiques en choix politiques déguisés, car ils modifient le rapport de force entre capital et travail, et donc potentiellement… la démocratie elle-même. Puis on aborde la question de la souveraineté : si la richesse et les infrastructures IA sont détenues par quelques entreprises américaines (ou chinoises), comment redistribuer ? Comment protéger une économie si elle dépend de technologies qu’un acteur externe peut “éteindre” ? Enfin, on relie ces transformations à la désindustrialisation, la difficulté réelle de la réindustrialisation en France (compétences, sous-traitants, maillage), et aux conséquences humaines : perte durable de revenus après un licenciement, impacts sur la santé, et possibles effets politiques (montée du populisme). Un épisode dense, lucide, et indispensable pour réfléchir à la suite. Qui est Axelle Arquié ?Axelle Arquié est co-fondatrice de l'Observatoire des Emplois Menacés et Émergents (OEM), consacré à l'analyse prospective des transformations du travail et des emplois à l'ère de l'IA. Économiste au CEPII, elle est titulaire d'un doctorat de la Paris School of Economics et diplômée d'HEC Grande École.

    1h 15m
  3. JAN 23

    Inégalités, salaires, ESS : peut-on réhumaniser l’entreprise ? - MARC BATTY

    Dans ce 2e épisode du podcast Les Tisseurs, Güney Degerli échange avec Marc Batty, entrepreneur et ingénieur agronome, autour d’un sujet devenu central : le sens au travail — et ce qu’il révèle de notre époque. Marc a cofondé une 1ère entreprise dans la tech, avant de créer en 2020 Fève, une structure qui accompagne la nouvelle génération d’agriculteurs et d’agricultrices à s’installer selon des pratiques d’agriculture biologique. Un parcours qui lui permet de croiser deux mondes : celui de la start-up, de la performance, de la vitesse… et celui du réel, du vivant, du long terme. L’épisode s’ouvre sur une idée simple : on commence souvent à parler de “sens” quand quelque chose s’est déjà abîmé. Fatigue, usure, malaise diffus… parfois jusqu’à des formes de burn-out. Marc raconte comment il apprend à reconnaître les signaux avant-coureurs, ces moments où l’on frôle la zone rouge : se replier sur soi, ne plus répondre, ne plus supporter les sollicitations. Et surtout, comment il tente d’y remédier avant qu’il ne soit trop tard. La discussion explore ensuite un paradoxe puissant : même les entreprises à mission ne protègent pas de l’épuisement. Au contraire, l’engagement peut parfois amplifier la pression, surtout dans des structures jeunes où le cap change en permanence, où tout reste à construire, où chacun veut “bien faire”. Marc raconte ce moment où, en tant que dirigeant, on découvre qu’un salarié est proche de craquer — et ce que cela implique : ce sentiment brutal d’avoir “loupé un truc”. L’épisode aborde aussi la manière dont nos sociétés ont changé : explosion des b******t jobs, accélération permanente, et injonction à faire les “meilleurs choix” en continu. Là où les générations précédentes vivaient des carrières longues, nos trajectoires sont devenues plus fragmentées, plus instables, et parfois plus lourdes psychiquement. Enfin, Güney et Marc discutent de performance, de KPI, de rémunération et d’inégalités : comment éviter que tout devienne compétition individuelle ? Comment penser une logique plus collective ? Pourquoi certains écarts de richesse deviennent impossibles à justifier ? Et en filigrane, une conviction : l’entreprise est politique, qu’on le veuille ou non, parce qu’elle façonne directement nos vies, nos conditions de travail, et notre dignité. Un échange dense et long format, pour regarder le travail autrement — depuis l’intérieur. Qui est Marc Batty ? Cofondateur de FEVE, Marc Batty est un ingénieur agronome, diplômé de l’école AgroParisTech. Après avoir cofondé Dataïku, une entreprise spécialisée en Data Science, il rejoint FEVE avec une ambition claire : accélérer la transition agroécologique en France.

    1h 9m
  4. 12/15/2025

    Le travail réduit à l'emploi, histoire d’une disparition - YANN GIRAUD

    Dans ce 1er épisode du podcast Les Tisseurs, Guney Degerli échange avec Yann Giraud, enseignant-chercheur en histoire de la pensée économique à CY Cergy Paris Université, autour d’une question centrale et profondément politique : comment notre rapport au travail a-t-il été transformé par la pensée économique dominante, et en particulier par le néolibéralisme ? La discussion s’ouvre sur un constat frappant : aujourd’hui, on parle davantage d’emploi, de marché du travail ou de compétences, que du travail lui-même. Ce glissement n’est pas neutre. Il révèle une évolution de la science économique qui, depuis le XIXᵉ siècle, s’est progressivement détournée de l’analyse concrète du travail — ses conditions, son organisation, son sens — pour se concentrer sur sa dimension transactionnelle : le contrat, le salaire, le prix. Yann Giraud explique que la science économique s’est construite comme une forme de « physique sociale », cherchant à modéliser les comportements humains à travers des chiffres, des moyennes et des indicateurs. Dans cette approche, le travail est réduit à une variable abstraite, échangeable sur un marché. Cette marginalisation du travail s’accentue avec le tournant néolibéral du XXᵉ siècle. Sous couvert de liberté individuelle et d’efficacité, il promeut la concurrence généralisée, la contractualisation et la responsabilisation totale des individus. Dans ce contexte, la figure de l’auto-entrepreneur est souvent présentée comme une émancipation. Pourtant, cette évolution permet surtout aux entreprises de se décharger de leurs obligations sociales, en transformant la relation de travail en simple prestation marchande. La relation salariale, historiquement socialisée et encadrée par des droits collectifs, est progressivement déconstruite. L’épisode aborde également la manière dont la pensée néolibérale contribue à justifier les inégalités. À partir des années 1970, certaines théories économiques, devenues des doctrines politiques, affirment que la seule responsabilité sociale de l’entreprise est la maximisation du profit. Cette vision légitime des écarts de rémunération extrêmes, au nom du mérite, de l’innovation ou du talent individuel. Yann Giraud souligne alors un paradoxe majeur : lors de crises comme celle du Covid, les métiers les plus essentiels au fonctionnement de la société — soignants, éboueurs, personnels éducatifs — sont souvent les moins bien rémunérés. Ce déséquilibre révèle un biais structurel : les activités qui prennent soin des autres, créent de la cohésion sociale et produisent des « externalités positives » sont invisibilisées et sous-valorisées par le système économique. Enfin, l’échange interroge la déshumanisation du travail à travers la quantification excessive. Indicateurs de performance, objectifs chiffrés et évaluations permanentes transforment le travail en suite de métriques, au détriment de l’expérience vécue. Là où la statistique avait autrefois une vocation descriptive et émancipatrice, elle devient aujourd’hui un outil de contrôle et de gouvernance. À travers cet épisode, Yann Giraud posent les bases d’une réflexion essentielle : repenser le travail comme une activité humaine, sociale et politique, et non comme une simple marchandise. Redonner une place centrale à la dignité, au sens et aux conditions réelles du travail apparaît comme un enjeu majeur pour la cohésion sociale et la démocratie contemporaine. Qui est Yann Giraud ? Yann Giraud est professeur et enseignant-chercheur à CY Cergy Paris Université.Il est directeur du programme EUTOPIA SIF (MSCA Cofund n°945380) et co-directeur du master Political Ideas in a Digital Age (PIDA). Il exerce au sein de la Faculté des études internationales et interculturelles (FE2I), sur le site AGORA, où ses travaux portent notamment sur les idées politiques à l’ère du numérique.

    1h 17m

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