Pleine peau - Le podcast

Fanny Glavany

Newsletter autour des corps, des intimités et des relations, à lire ou à écouter, les trois premiers vendredis du mois à 21h. pleinepeau.substack.com

Episodes

  1. #2 Le désir : sais-tu encore attendre ?

    5D AGO

    #2 Le désir : sais-tu encore attendre ?

    Le désir. Son seul nom résonne comme une promesse. Il est facile de le confondre avec le besoin ou l’envie. Il est pourtant d’une tout autre nature. Le désir est cette sensation unique d’attraction et de suspension. Il est ce plaisir de savourer l’avant et qui permet de redonner de la valeur à ce que l’on aimerait cueillir. Il est cet éveil des sens qui existe par l’odeur du café avant d’y goûter, la fraîcheur de l’eau avant d’y plonger, le trouble à la simple pensée d’un corps autre. Il est ce moment qui apprécie la promesse du café, certainement pas celui qui trépigne devant la machine par besoin de caféine. Il s’invite dans de courts instants du quotidien - immédiats, sensoriels, sans enjeux - mais il s’inscrit aussi dans de longs moments à l’horizon. Un projet, un changement, un autre. Le désir est facile à chérir, pour la plupart d’entre nous, quand il ne s’installe pas. Alors, qu’en est-il de ces élans qui ne trouvent pas de réponses ? Est-il possible de finir par les apprécier, par les nourrir, par les multiplier ? Est-ce qu’apprendre à ressentir le désir d’un café est une rééducation pour retrouver toutes les autres formes ? Je l’admets, j’ai souvent été le bourreau de mon propre désir. Je l’ai sacrifié sur l’autel de l’immédiateté. Prise dans une course quotidienne folle, obsédée par une satisfaction instantanée et enfermée dans une peau qui n’avait jusqu’à il y a peu aucune utilité à ressentir, j’ai pris l’habitude de consommer mes désirs, petits ou grands, pour les éteindre au plus vite. Nous vivons dans une société qui ne supporte pas le vide, alors comme toi sûrement, je remplis, et je sature. Mais le désir est l’enfant du manque et de la patience. Il se nourrit de ce que l’on imagine, de ce qui n’est pas encore, ou de ce qui ne sera jamais. Dans À la recherche du temps perdu, Marcel Proust tend à prouver que le désir est toujours plus grand que sa réalisation. Je commence à comprendre qu’il y a une beauté infinie et une énergie créatrice dans tous les mouvements qui nous habitent, et surtout quand ils ne sont pas éteints. Aujourd’hui, tout semble nous en éloigner dans ces journées qui défilent : la liste de tâches à faire et le rythme des notifications. Notre besoin de contrôle est un anesthésiant puissant et à force de vouloir gérer et performer partout, nous finissons par nous insensibiliser. Nous vivons plaqués au plafond de nos têtes, dans le bruit assourdissant des objectifs, et loin de la chaleur de nos ventres. Nous avons tout inversé. Nous avons relégué le corps en dernière position, loin derrière la tête et sa logique, alors que nous sommes nés d’un cri, d’un souffle et d’une chair qui palpite. Nous avons fini par croire que nous n’avions pas besoin de cette tension, qui n’est souvent synonyme que de frustrations. Après tout, nous savons manger sans appétit, travailler sans entrain et faire l’amour sans passion. Nous avons certainement cru qu’en supprimant ce temps de l’avant, nous gagnerions du temps mais il me semble que nous avons transformé nos vies en mécaniques froides. Nous ne savons plus attendre. Et s’il s’agissait simplement de laisser demain être différent ? Laisser une véritable place au désir dans nos quotidiens ressemblerait à installer le manque, à savourer la patience, qu’importe ce qui l’éveille. Ce message espéré que l’on ne regarde pas tout de suite, cette faim que l’on apprend à célébrer avant la première bouchée, ce silence dans la pièce avant les premières notes d’un morceau de musique qui touche, et ce corps autre loin du nôtre. Il ne s’agit pas de volonté mais d’abandon, et d’accepter de laisser le désir creuser en nous un vide sensationnel, qui frissonne et nous tient en alerte. Ralentir. S’arrêter peut-être. Écouter ce qui ne dit rien. C’est là, dans cet espace-temps, que la peau redevient vivante. L’attente n’est pas une punition, c’est une vibration qui s’étire et qui maintient intensément présent. Surtout, le désir n’est pas une dette que l’objet ou le sujet doit rembourser. C’est une énergie qui se suffit à elle-même. Qu’il soit suivi d’un acte ou qu’il reste une promesse suspendue, il suffit à nourrir une forme d’intensité. D’ailleurs, le désir est une affaire personnelle, un feu que l’on couve en soi, mais lorsqu’il cherche un corps autre, il devient un dialogue. Honorer son désir, c’est aussi respecter la frontière de l’autre. C’est bien de le rappeler. Le désir n’est pas l’ennemi de l’ordre ; il est l’essence même de notre humanité. Je crois que ne plus tout saisir immédiatement est la forme d’honnêteté la plus pure. C’est accepter que notre valeur ne se mesure pas toujours à notre rapidité à obtenir, mais aussi à la ferveur avec laquelle nous habitons l’intervalle. Je me souhaite de ne plus avoir peur de ce feu. Puis-je te le souhaiter à toi aussi ? Laissons le désir exister pour ce qu’il est et en retour, il nous offrira des sensations écoutées, des attentes adorées et, enfin, des plaisirs retrouvés. Get full access to Pleine peau at pleinepeau.substack.com/subscribe

    5 min
  2. FEB 6

    #1 Le point zéro : le jour où j’ai cessé de faire la guerre à mon corps (attention : TCA)

    C’est sûrement ce que je porte de plus lourd : un sac invisible, plein de chiffres, de culpabilité et de honte, que je traîne depuis que j’ai l’âge de m’intéresser à ce que je mange. J’ai un trouble du comportement alimentaire, qui ne se voit pas et que tous mes proches vont découvrir aujourd’hui. Ou peut-être devrais-je dire, une relation profondément troublée avec la nourriture ? L’étiquette est-elle nécessaire ? Et est-ce que cette obsession marque la peau au point de faire de moi un individu à risque pour toujours ? Pendant longtemps, jusqu’à récemment même, je n’ai jamais questionné mon rapport à mon alimentation et je suis convaincue que c’est le cas de beaucoup d’autres pourtant concernés par le sujet. D’abord parce qu’en France, l’alimentation est érigée en culture, en art de vivre, alors comment poser sur la table ce qui ressemble à une trahison ? Ensuite parce que le trouble du comportement alimentaire, dans l’imaginaire collectif, est spectaculaire ; c’est celui des corps qui s’effacent jusqu’à l’alerte. À mon sens, l’une des premières problématiques, c’est qu’il peut justement s’installer insidieusement dans un corps sans toujours en modifier la forme et ainsi être parfaitement invisible pour soi comme pour les autres. Le mien a pris racine dans le premier complexe, puis dans le premier régime, encouragée par la validation du regard des autres - “Tu as maigri ? Ça te va bien !” -, puis dans tous les régimes suivants, jusqu’à prendre l’habitude d’ajuster, voire de punir, le repas d’après en fonction du repas d’avant. De l’extérieur, cela pouvait ressembler à de la discipline ; de l’intérieur, c’était l’obsession sourde du corps, de ce à quoi il ressemble, de ce à quoi il doit ressembler pour avoir le droit d’exister dans cette société. Les remarques sur le corps des filles, des femmes, commencent très tôt et ont un impact considérable : sur la façon dont elles se regardent, sur la valeur qu’elles s’accordent en fonction de ce à quoi elles ressemblent, sur leur rapport à ce corps qui, de matière vivante et mouvante, devient un objet à figer coûte que coûte. J’ai traversé une partie de l’adolescence et les premières années de ma vie de femme sans avoir conscience de tout ça. Un jour, j’ai réalisé le temps que je passais dans une seule journée à penser à mon alimentation en comparaison des personnes autour de moi qui avait l’air de ne pas vraiment s’en soucier. J’étais étudiante et je vivais seule. Des comportements jusqu’alors ordinaires sont soudain devenus remarquables : je me suis vue inventer des prétextes pour éviter les repas partagés et pouvoir répondre en cachette à un besoin de frénésie alimentaire après lequel suivait systématiquement une période de jeûne ; je me suis vue sauter des dîners pour pouvoir partager une soirée avec mes copines tout en ayant en tête le nombre de verres que je ne devais pas dépasser pour rester sous le seuil des calories acceptables à la journée ; je me suis vue chercher à être ou à paraître toujours plus mince. Il se jouait donc quelque chose d’étrange mais ne pas en faire un sujet, c’était ne pas le faire exister et ça a duré comme ça des années. La maternité : le premier cessez-le-feu que mon corps a connu Ce qui a réellement fait bouger les lignes pour moi, c’est la maternité : j’ai vécu une grossesse, une deuxième, une troisième, en quatre années, et mon corps a porté cette expérience sans rébellion alors que je n’avais jamais investi ce projet auparavant. Il m’est alors apparu comme d’une autre utilité que celle de me rendre aimable. Naturellement, je me suis sentie comme redevable, comme reconnaissante, et puisque j’en avais terminé avec les grossesses, il était peut-être temps pour moi de commencer à considérer mon corps autrement que comme un outil à discipliner. Je me suis intéressée à son fonctionnement, à ses besoins, à ses spécificités, à mon alimentation en tant que science. Y mettre de la logique me plaisait. Au bout de quelques mois, je suis devenue experte de ma propre machine : comprendre mon corps a été une première étape salvatrice pour récupérer ce que l’on m’avait involontairement volé. Mon corps avait l’air d’apprécier cet égard. Mais les cycles de restriction et de frénésie persistaient, d’autant plus invisibles qu’ils étaient installés dans un corps en excellente santé, et je les gérais avec froideur. J’étais plus en forme que jamais mais concentrée tous les jours, toutes les heures, et toujours pleine d’obsessions. Ce trouble du comportement alimentaire, pour moi, c’est un vieux copain envahissant : celui que l’on a du mal à supporter mais dont la familiarité rassure, celui qui a les clés de la maison et qui débarque sans frapper ; à ce moment-là, il ne s’installait plus sur le canapé mais il rôdait encore dans l’entrée, vérifiant chaque matin le chiffre sur la balance pour seule preuve de ma valeur pour la journée. Plus ce chiffre était bas, plus j’avais confiance en moi. Chaque gramme avait son importance et surtout, son impact. Et puis, il y a eu une autre étape, récente et profonde, mais toujours pas définitive. J’ai souhaité si fort que cette obsession reste en 2025 que j’ai cru, un instant, qu’elle était partie. Ce n’est pas le cas, et j’ai même dû réécrire certaines de ces lignes dans lesquelles je me prétendais libérée parce que la réalité est plus nuancée. J’ai compris que tout ça n’était pas qu’une affaire de miroir, c’est ma réponse à un sentiment d’insécurité : quand je manque de stimulation, de mouvement intérieur, quand je m’ennuie, l’alimentation devient un raccourci pour retrouver une sensation de vie, une vibration immédiate et un moyen de neutraliser les émotions qui m’envahissent. D’ailleurs, les troubles du comportement alimentaire préfèrent-ils les individus particulièrement sensibles ? Savoir d’où ça part et comment ça se réveille change la donne, pas le jeu. Je sais les rouages de mon corps et les détours de ma tête, mais ce qui a tout changé, c’est d’accepter ce mécanisme et de composer avec cette part de moi. Ce qui m’apparaît clairement désormais, c’est que la liberté que j’ai déjà conquise ne veut pas dire qu’il n’y a plus aucune bataille. Je me pèse toujours plusieurs fois par jour. C’est donc une révolution toujours en cours. Je célèbre ce qui est mieux, et ces moments de grâce de plus en plus nombreux ; je vis avec les autres. En acceptant de déposer ce sac un peu plus souvent, je laisse de la place pour la joie, pour l’imprévu, pour cette féminité et cette sensualité que j’ai si longtemps étouffées. Il m’arrive même de trouver mon corps beau. Mon vieux copain n’a plus les clés de la maison, il n’est jamais très loin, mais aujourd’hui, j’ai enfin plus d’espace pour moi. Ce récit, c’est mon point zéro, le socle d’une relation complète avec mon corps. C’est en pensant que ce chemin personnel peut devenir une exploration collective que j’ai créé Pleine peau. Bienvenue chez toi. Fanny Get full access to Pleine peau at pleinepeau.substack.com/subscribe

    6 min
  3. Bienvenue chez Pleine peau

    FEB 5

    Bienvenue chez Pleine peau

    La peau est la couture entre le dedans et le dehors. C’est l’endroit précis où l’individu rencontre l’autre. C’est la frontière entre ce que l’on garde pour soi et ce que l’on livre au monde. C’est de là que l’on se touche, se rate, se lie. Se battre contre ce qu’il y a dedans ou attendre la validation de ce qu’il y a dehors, c’est s’assurer d’une aventure de vie tiède. Être pleinement chez soi, dans sa propre peau, est le point de départ. À la fin de notre vie, qu’est-ce qui comptera plus que ce que nous avons ressenti dans notre peau et la façon dont nous nous sommes liés aux autres ? Rien. Rien ne comptera plus que ces liens, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont défait, ce qu’ils ont fait bouger. Ce sont pour moi les seuls sujets qui comptent. Cette initiative s’enracine dans mon histoire personnelle : il m’a fallu 35 ans et 3 enfants pour cesser de lutter contre mon corps, renouer avec ma féminité et en célébrer chacune des spécificités, accepter que ce que je ressens est juste ; et de cette révolution personnelle est née une nouvelle ouverture aux autres. Je suis désormais convaincue qu’une femme pleinement dans sa peau est libre. Une femme qui connaît sa matière brute, écoute et honore ses sensations est une femme qui reprend le pouvoir sur son existence et sur sa manière d’être au monde. A la façon d’un carnet d’exploration, je raconte ici ce qui traverse nos corps de femmes avec une exigence de vérité ; je prête mes mots et ma voix à ce qui s’anime sous la peau et autour de la peau pour que nous puissions réinvestir nos sensations, nos intimités et nos relations. Je ne sais pas encore où ce chemin nous mènera mais ai-je besoin de le savoir ? Pleine peau est public parce que ces sujets dépassent l’individu : ils constituent un enjeu sociétal majeur qui participe à l’épanouissement et à l’émancipation des femmes - et donc de tous. Note d’inclusion : j’utiliserai toujours le mot “femmes” mais Pleine peau est un refuge pour toutes les personnes qui vivent l’expérience biologique et/ou sociale du corps féminin : que tu sois né.e dans ce corps ou que tu l’habites par identité, tu es ici chez toi. Pleine peau pense à tous ceux qui se sentent concernés par ces sujets… ou qui devraient l’être. Pleine peau est à lire ici ou à écouter sur les plateformes. Les trois formes d’abonnements #1 L’abonnement gratuitJ’ai décidé de rendre les contenus (et les archives) accessibles à tous, sans limite de temps, pour que les récits et ressources soient disponibles pour toutes celles et ceux qui en ont besoin. * Deux newsletters, les deux premiers vendredis du mois à 21h, directement dans ta boîte e-mail. #2 L’abonnement payant (5€/mois ou 30€/an) * Tout le contenu gratuit ; * Un contenu d’expertise lié au cycle menstruel : une newsletter pour reprendre le pouvoir sur ta biologie, le troisième vendredi du mois à 21h, directement dans ta boîte e-mail ; * “Nouveau message” : une note vocale spontanée, brute et sans retouche, envoyée une fois par mois, pour te raconter les coulisses ; * La boîte aux lettres : l’accès aux lettres anonymes de la communauté que je partage avec toi, et certaines d’entre elles seront éclairées et analysées par des expert.e.s ; * L’espace privilégié (chat) d’échange entre nous. #3 Devenir membre fondateur (montant libre) : c’est le choix du mécénat qui soutient l’initiative Pleine peau et son indépendance. Si tu as les ressources et que tu crois à la mission de cet espace, tu peux choisir de donner le montant de ton choix. Pleine peau repose donc sur une économie alternative : la gratuité des contenus est rendue possible par celles et ceux qui ont les moyens de soutenir mon travail. En t’abonnant de façon payante ou en devenant membre fondateur, tu ne paies pas seulement pour un contenu d’expertise, tu offres la possibilité à d’autres de lire tous les contenus gratuitement. 💡 Note importante pour les abonnés payants : pour soutenir directement Pleine peau et éviter les commissions de 30% prélevées par Apple ou Google sur mobile, je te conseille de t’abonner depuis un navigateur web sur ordinateur. Tu y trouveras les tarifs justes. J’ai hâte d’explorer avec toi,Fanny Get full access to Pleine peau at pleinepeau.substack.com/subscribe

    3 min

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