Il m’a dit qu’il avait hésité. Longtemps. Qu’il ne se sentait pas légitime. C’est la dernière chose que Thibault Sutter m’a confiée, une fois l’enregistrement terminé. Il avait peur qu’on lui écrive pour lui dire qu’il n’était pas médecin, qu’il n’avait rien à faire là. Un homme qui travaille sur le vieillissement osseux et musculaire depuis 15 ans. Une thèse. Des publications. Un pôle biologie fonctionnelle, épigénétique et microbiote. Une société spécialisée : Néobio (rendre la biologie fonctionnelle accessible, rigoureuse et humaine.) Et il hésitait à parler. Ça résume assez bien pourquoi je voulais l’avoir au micro. Pendant que la longévité devenait un marché, que les cliniques poussaient et que LinkedIn se remplissait de promesses, lui n’a rien dit. Il refuse même le mot expert. Il m’a expliqué qu’il ne savait pas comment se décrire, parce qu’il apprend encore tous les jours. Cet épisode est son premier podcast. Ce qu’il voit, et que personne ne raconte Des patients qui arrivent chez lui avec un rapport de 180 pages. Des 10aines de milliers d’euros d’analyses derrière eux. Des graphiques, des explications génériques, du texte, beaucoup de texte. Et aucune réponse à la seule question qui compte : “Qu’est-ce que je fais maintenant ?” Ils ne sont pas déçus. Ils sont furieux. Pas parce qu’on leur a menti, parce qu’on les a laissés seuls. Il raconte aussi un audit. Une plateforme américaine voulait travailler avec lui. Il a passé en revue quarante rapports patients avant de décider. Les quarante étaient faux. Erreurs d’extrapolation, erreurs d’interprétation. La discussion s’est arrêtée là. Le détail qui glace : les patients, eux, étaient satisfaits. Ils avaient reçu ce qu’ils étaient venus chercher. Ce qu’il a construit À force de recevoir des demandes, il a fini par ne plus suivre. Alors il s’est mis à coder. Seul, en autodidacte, sans aucune formation, avec ce goût pour la donnée qu’il traîne depuis sa thèse où il codait déjà ses analyses statistiques. Ça a donné NeoBio, une plateforme d’analyse multimodale qui croise la biologie, le microbiote, l’épigénétique et l’imagerie, en tenant compte du contexte du patient. Pas un rapport de plus. Un système de règles adossé à la publication scientifique, l’IA en second rideau pour affiner, et un humain qui relit et valide à la fin. Il insiste : pas de diagnostic, de la lecture et de l’accompagnement. L’équipe a grandi. Ils sont trois aujourd’hui, avec Pauline, docteure en pharmacie, et Perrine, docteure en physiologie. Un moment de l’épisode m’a marqué.Il a testé une version où l’IA intervenait à 80 %. Il dit que ça lui a fait peur. Elle établissait des liens physiopathologiques auxquels il n’aurait jamais pensé. Et puis cette phrase “Quand quelqu’un a peur à trois heures du matin, il n’appelle pas son biologiste. Il pose la question à une IA qui répond toujours, tout de suite, et qui est toujours empathique.” C’est peut-être ça, le vrai sujet de la biologie médicale aujourd’hui. On parle aussi de ce qu’est vraiment la biologie fonctionnelle quand on retire le marketing. De valeurs de référence largement discutables. De cette question qui revient toujours, est-ce que c’est un truc de riches. Sa réponse est nette, il commence d’ailleurs par me demander si je veux la version langue de bois ou la vraie. Ce que je retiens de cet échange, c’est qu’on peut avoir quinze ans d’avance et choisir de se taire. Par humilité, par doute. Et qu’à un moment, le silence laisse le champ libre à ceux qui parlent fort et qui en savent moins. Il a eu raison de se jeter à l’eau. Bonne écoute, Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe