Le Point de Bascule | Biologie médicale

Romain BARBACHE

On entend le bruit de la biologie médicale : baisses de nomenclature, regroupements, financiarisation. On entend rarement ceux qui la vivent. Le Point de Bascule raconte le moment où le métier déborde, celui où il faut décider, transmettre, ou devenir autre chose. isomere.substack.com

  1. 5d ago

    « SE VENDRE N'A JAMAIS ÉTÉ UNE OPTION » Il a rejoint 12 laboratoires où tout restait à construire. Aujourd'hui, ils sont 58 et n'appartiennent toujours qu'à des biologistes.

    Le pari qui n’en était pas un. Vu de l’extérieur, B2A ressemble à un pari. 58 sites, aucun fonds au capital, dans un secteur racheté presque entièrement en vingt ans. Vu de l’intérieur, Fécel Filali n’y voit aucun pari, Il y voit une évidence. Je lui ai demandé s’il y avait eu un moment où se vendre aurait été plus simple. Sa réponse est sur la miniature : “Ça n’a jamais été une option.” B2A est né en 2020 de la fusion de trois groupes indépendants d'Alsace et des Vosges : BIOLIA, BIORHIN et ANALYSIS. Ses racines remontent à un laboratoire ouvert en 1972 dans un village du Bas-Rhin. Le groupe a construit sa propre cellule de recherche, B2A Innovation, et revendique trois valeurs que Fécel répète comme une boussole de décision : l'audace, l'unité, le respect. J’étais venu avec une histoire de forteresse assiégée, d’offres repoussées une à une. Il m’a parlé d’une question qui ne s’est jamais posée. Quand je lui ai demandé si l’indépendance était une conviction ou un luxe qu’on s’offre tant qu’on grandit, il a choisi le premier mot sans attendre la fin de la question. En 2012. Quand il rejoint un groupe de douze laboratoires au lendemain de l’ordonnance Ballereau, être indépendant n’avait rien d’exceptionnel. C’était la norme. Ceux qui sont restés indépendants n’ont pas changé. C’est le paysage qui a bougé autour d’eux, au point qu’on prend aujourd’hui pour de l’audace ce qui était hier le fonctionnement ordinaire du métier. Il démonte aussi une idée reçue. Décider à plusieurs associés serait plus lent que décider dans un siège. Fécel répond par le Covid, quand il fallait trancher en quelques heures, parfois en quelques minutes. Selon lui, le collectif n’a jamais freiné. Il parle d’un filtre à l’erreur L’autre fil important de cet épisode. Fécel dirige la communication du groupe, une fonction qui n’existait pas quand un biologiste exerçait seul. Il refuse le mot marketing. Communiquer, pour lui, c’est rendre visible un travail que personne ne voyait. De la paillasse, je connais ce silence. Vers 2014, on nous répétait qu’on n’avait pas le droit de faire de publicité. On a fini par confondre publicité et parole. La biologie médicale est devenue ce rond-point par lequel tout le monde passe sans jamais s’arrêter. Certaines questions restent ouvertes. Comment un groupe indépendant transmet-il son capital à la génération suivante ? Comment intègre-t-il d’autres laboratoires sans devenir ce qu’il refusait d’être ? Fécel y répond par une philosophie de transmission : Le mécanisme mériterait un épisode à lui seul Résister, ce n’est pas refuser de grandir. C’est refuser de grandir au prix de ce qu’on est Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

    « SE VENDRE N'A JAMAIS ÉTÉ UNE OPTION » Il a rejoint 12 laboratoires où tout restait à construire. Aujourd'hui, ils sont 58 et n'appartiennent toujours qu'à des biologistes.
  2. Sep 29

    « J'AI DIT : JE PARS » comment quitter un métier sans l'abandonner × JIB 2026

    Savoir partir, c’est peut-être la dernière chose qu’un métier vous apprend. François Blanchecotte a annoncé qu’il quittait la présidence du syndicat des biologistes. 15 ans à sa tête. Autour de lui, beaucoup de monde a dit non. Tu pars pas. Reste encore un peu. Il raconte la suite avec une simplicité désarmante : « J’ai dit : je pars. » Le 23 juin 2026, à midi, il n’était plus président. Pour la première fois, ce syndicat toujours dirigé par des pharmaciens passait à un médecin. La même année, il a quitté son laboratoire de Joué-lès-Tours, où il était arrivé le 1er juillet 1992. 50 patients par jour à l’époque. 33 ans plus tard, il y avait connu les grands-parents, les parents, les enfants, puis les petits-enfants. Avant de partir, il a ouvert pendant 6 mois un livre de souvenirs à ses patients. Il en parle encore avec émotion. On imagine l’héritage comme ce qu’on laisse derrière soi. Un bilan, un nom sur une porte. François le vit autrement, enfin, c’est ce que j’ai découvert au cours de cet échange.On ne transmet vraiment qu’à partir du moment où on accepte de ne plus tenir la place. Tant qu’on reste, les autres attendent. Quand on part, ils commencent. Mais il y a un détail qui change tout. François ne part pas pour s’arrêter. Il part parce que ce qu’il a fait naître prend trop de place. La Fédération de la biologie médicale d’abord, qui réunit pour la première fois syndicats et groupes de laboratoires autour de la même table. Et les JIB, les Journées de l’Innovation en Biologie, qu’il a relancées alors que l’édition 2024 avait fini dans le rouge. Il a quitté deux maisons. Il en a rouvert deux autres. Dans l’épisode, il raconte ce que ça coûte de rester quinze ans, le moment où l’on sent qu’il faut passer la main, et pourquoi, après une vie à se battre, il laisse cette consigne à ceux qui restent : « Faut en ouvrir d’autres. Faut pas s’arrêter. Faut avancer. » Les JIB sont l’une de ces portes. Leur 68e édition se tient autour du couple biologie et intelligence artificielle. Une profession qui se demande ce que la machine va changer à son métier a besoin d’un endroit pour se poser la question ensemble, en vrai. C’est ce lieu-là qu’il a voulu rouvrir. Rendez-vous aux JIB 2026J’y serai le jeudi 19. Jeudi 19 et vendredi 20 novembre · Centre des Congrès de la Villette, ParisInscription : lesjib.org Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

  3. Sep 22

    SOUS TERRE, PUIS DANS LE CIEL, deux façons de faire voyager un tube de sang

    Un tube de sang ne vaut rien tant qu’il n’est pas arrivé. Dans un laboratoire, on parle beaucoup des automates, des délais, de la qualité. Beaucoup moins du trajet. Pourtant c’est souvent lui qui décide du temps de rendu : l’heure de passage du coursier, la route départementale, l’attente devant la porte des urgences. Antoine Prigent y pense depuis des années. Biologiste, il dirige les laboratoires Cerballiance Normandie Ouest. Cerballiance, c’est le réseau de biologie de ville du groupe Cerba HealthCare, près de 600 sites en France. Mais Antoine travaille à une autre échelle : une 20e de sites, une structure régionale où l’on se connaît, où une idée peut commencer autour d’une machine à café avant de remonter au siège. Et à cette échelle, il a tenté deux réponses que tout oppose. La première passe sous terre. En 2020, il tombe sur un reportage consacré à un réseau oublié : des tubes installés sous Paris au XIXe siècle, qui ont transporté du courrier à l’air comprimé pendant plus de cent ans. Il se dit qu’on pourrait y faire circuler des prélèvements. Il creuse, contacte des fournisseurs, fait chiffrer, monte un business plan. Le projet plaît. Et il s’arrête, faute de pouvoir payer une étude de faisabilité dont personne ne connaissait l’issue. La seconde passe par le ciel. Le drone, il l’avait déjà envisagé en 2020, trop tôt, face à des murs réglementaires. L’idée revient deux ans plus tard au détour d’une rencontre avec un start-upper normand. Aujourd’hui, une ligne relie chaque jour un hôpital et un laboratoire, en vol autonome, supervisée depuis Rouen Une idée a échoué, l’autre vole. Et Antoine parle des deux avec le même plaisir. C’est ça qui m’a arrêté. On raconte l’innovation par ses réussites, comme si elle était une suite de victoires. Lui la raconte comme une pratique : on essaie, on laisse de côté, on reprend. « On n’abandonne jamais une idée, c’est trop triste. On la laisse. » Celle du drone attendait dans un carton. Dans cet épisode, on parle de comment une idée prend vie, du rôle du hasard et des rencontres, de ce qu’il faut dire à un interne qui a une idée en tête et n’ose pas la formuler. Et de ceux qui disent ne pas avoir le temps d’innover. Antoine a une réponse pour eux. Elle ne va pas plaire à tout le monde. À écouter maintenant sur Spotify, Apple Podcasts et ici même. Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

  4. Sep 8

    Biologie fonctionnelle, longévité, biohacking : 15 ans d'avance, et le choix du silence

    Il m’a dit qu’il avait hésité. Longtemps. Qu’il ne se sentait pas légitime. C’est la dernière chose que Thibault Sutter m’a confiée, une fois l’enregistrement terminé. Il avait peur qu’on lui écrive pour lui dire qu’il n’était pas médecin, qu’il n’avait rien à faire là. Un homme qui travaille sur le vieillissement osseux et musculaire depuis 15 ans. Une thèse. Des publications. Un pôle biologie fonctionnelle, épigénétique et microbiote. Une société spécialisée : Néobio (rendre la biologie fonctionnelle accessible, rigoureuse et humaine.) Et il hésitait à parler. Ça résume assez bien pourquoi je voulais l’avoir au micro. Pendant que la longévité devenait un marché, que les cliniques poussaient et que LinkedIn se remplissait de promesses, lui n’a rien dit. Il refuse même le mot expert. Il m’a expliqué qu’il ne savait pas comment se décrire, parce qu’il apprend encore tous les jours. Cet épisode est son premier podcast. Ce qu’il voit, et que personne ne raconte Des patients qui arrivent chez lui avec un rapport de 180 pages. Des 10aines de milliers d’euros d’analyses derrière eux. Des graphiques, des explications génériques, du texte, beaucoup de texte. Et aucune réponse à la seule question qui compte : “Qu’est-ce que je fais maintenant ?” Ils ne sont pas déçus. Ils sont furieux. Pas parce qu’on leur a menti, parce qu’on les a laissés seuls. Il raconte aussi un audit. Une plateforme américaine voulait travailler avec lui. Il a passé en revue quarante rapports patients avant de décider. Les quarante étaient faux. Erreurs d’extrapolation, erreurs d’interprétation. La discussion s’est arrêtée là. Le détail qui glace : les patients, eux, étaient satisfaits. Ils avaient reçu ce qu’ils étaient venus chercher. Ce qu’il a construit À force de recevoir des demandes, il a fini par ne plus suivre. Alors il s’est mis à coder. Seul, en autodidacte, sans aucune formation, avec ce goût pour la donnée qu’il traîne depuis sa thèse où il codait déjà ses analyses statistiques. Ça a donné NeoBio, une plateforme d’analyse multimodale qui croise la biologie, le microbiote, l’épigénétique et l’imagerie, en tenant compte du contexte du patient. Pas un rapport de plus. Un système de règles adossé à la publication scientifique, l’IA en second rideau pour affiner, et un humain qui relit et valide à la fin. Il insiste : pas de diagnostic, de la lecture et de l’accompagnement. L’équipe a grandi. Ils sont trois aujourd’hui, avec Pauline, docteure en pharmacie, et Perrine, docteure en physiologie. Un moment de l’épisode m’a marqué.Il a testé une version où l’IA intervenait à 80 %. Il dit que ça lui a fait peur. Elle établissait des liens physiopathologiques auxquels il n’aurait jamais pensé. Et puis cette phrase “Quand quelqu’un a peur à trois heures du matin, il n’appelle pas son biologiste. Il pose la question à une IA qui répond toujours, tout de suite, et qui est toujours empathique.” C’est peut-être ça, le vrai sujet de la biologie médicale aujourd’hui. On parle aussi de ce qu’est vraiment la biologie fonctionnelle quand on retire le marketing. De valeurs de référence largement discutables. De cette question qui revient toujours, est-ce que c’est un truc de riches. Sa réponse est nette, il commence d’ailleurs par me demander si je veux la version langue de bois ou la vraie. Ce que je retiens de cet échange, c’est qu’on peut avoir quinze ans d’avance et choisir de se taire. Par humilité, par doute. Et qu’à un moment, le silence laisse le champ libre à ceux qui parlent fort et qui en savent moins. Il a eu raison de se jeter à l’eau. Bonne écoute, Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

  5. Aug 25

    147 laboratoires. Il en reste 4.

    C’est le chiffre que Lionel Barrand me donne pour l’Alsace, sur 20 ans. 147 laboratoires de biologie médicale, il en resterait 4. Le sien en fait partie. C’est celui de son père. Son père a 75 ans. Il est le premier au laboratoire, à 6h40.Il travaille encore le samedi et le dimanche. Les jours où il s’accorde une grasse matinée, il commence à 8 ou 9 heures. On pourrait s’arrêter là et appeler ça une belle histoire de famille. Ce serait passer à côté. Hériter n’a jamais voulu dire recevoir. Ce qu’on reçoit oblige : il faudra transmettre à son tour. C’est ce qui fait qu’un métier tient dans le temps. La chaîne de la transmission. Lionel a reçu. Il a racheté des parts, il s’est endetté, il est devenu propriétaire de son outil de travail. Et il exerce dans un moment où cette possibilité se referme derrière lui. Ceux qui arrivent “n’hériteront” peut-être pas. Ils entreront dans des structures qui appartiennent à d’autres. Ils seront salariés. Il porte donc une dette qu’il ne peut plus rembourser dans la monnaie habituelle. Il a reçu quelque chose qu’il ne pourra pas léguer à l’identique. C’est peut-être pour ça qu’il s’est engagé si tôt. Bien avant d’être installé, il pousse la porte d’un syndicat, pendant son internat, au moment des lois Fourcade et Le Roux sur les réseaux de soins. Il me dit qu’il ne l’a jamais refermée. Aujourd’hui il préside Les Biologistes Médicaux, un syndicat qui réunit le privé, l’hospitalier et les internes dans la même maison. Il tient à ce détail : sur l’immense majorité des combats, tous ces gens sont alignés. Ce qui m’intéresse, c’est ce que ça dit de Lionel. Défendre une profession, c’est aussi une manière de transmettre quand on n’a plus de murs à léguer. On ne peut plus donner un laboratoire à quelqu’un.On peut encore se battre pour qu’il ait le droit d’en vouloir un. Je dis ça depuis un endroit précis. Je suis technicien de laboratoire. Nous n’avons jamais possédé les murs. Nous avons toujours été salariés. Je sais donc, mieux que je ne le voudrais, ce que ça change d’entrer quelque part sans pouvoir en devenir propriétaire. Ce que les biologistes voient arriver, c’est notre quotidien depuis toujours. Il y a autre chose, plus dérangeant. On n’hérite pas seulement d’un laboratoire. On hérite aussi d’une équation : une marge sur l’acte, le volume comme moteur. Toute une génération a construit sa vie dessus. Et quand cette équation se grippe, on passe son temps à mieux l’appliquer, rarement à se demander si c’était la bonne. D’où la question que je n’ai pas pu ne pas lui poser. Si la génération qui a bâti ce modèle s’éteint, est-ce que ce qu’il faut léguer aux jeunes, ce n’est pas plutôt l’autorisation de ne pas le reprendre ? Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

  6. Aug 11

    Ajuster ce qu’on nous transmet, la psychologie de l’héritage

    On croit qu’hériter, c’est recevoir. C’est en partie faux. Guillaume est chiropracteur et vigneron en champagne. Son métier, c’est de poser les mains sur ce qui s’est figé dans un corps et de lui rendre du mouvement. Sans forcer. Sans casser. Il a fait le même geste sur l’héritage de sa famille : La maison de champagne Paul Poirier Dans ce Grand Angle, on ne parle pas vraiment de champagne. On parle de ce que ça fait de recevoir quelque chose qu’on n’a pas choisi. Le laboratoire qu’un parent a monté à la main. Le nom qu’on porte. Les processus dont on hérite sans les avoir pensés, ce qu’on hérite d’un biologiste resté en poste durant 20 ans. Les sciences humaines le disent depuis longtemps : on hérite d’abord de l’invisible. Des loyautés, des non-dits, des tâches qu’une génération n’a pas pu finir. Et tant qu’on n’a pas fait sien ce qu’on a reçu, ce n’est pas nous qui tenons l’héritage. C’est l’héritage qui nous tient. Entre embaumer ce qu’on reçoit par respect, et tout raser pour exister soi-même, Guillaume trace une troisième voie. Celle de son métier : garder la structure, et lui rendre sa souplesse. Son mot de la fin dit tout. En chiropraxie, on ajuste la personne. Eh bien, on ajuste aussi ce qu’on nous transmet. Il n’y a aucune collaboration commerciale sur cet épisode, mais je vous recommande cette maison : https://www.champagnepaulpoirrier.com/collections/nos-champagnes Et principalement mon coup de cœur : Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

    Ajuster ce qu’on nous transmet, la psychologie de l’héritage
  7. Aug 4

    Ce que la maternité change vraiment quand on est biologiste.

    Sophie Viret dit une chose dans cet épisode que je n’ai pas su entendre la première fois. Il m’a fallu la réécouter au montage pour mesurer ce qu’elle contenait. « Mes enfants me renforcent, mais c’est ma plus grande vulnérabilité aussi. » Sophie est pharmacienne biologiste chez OuiLab, 36 ans, deux enfants en bas âge. Sophie a changé de laboratoire alors qu’elle était enceinte. Elle est arrivée dans une nouvelle équipe en sachant qu’elle repartirait quelques mois plus tard. Elle m’a dit qu’elle en avait presque eu honte. C’est le genre de détail qui dit tout d’un métier. Pharmacien biologiste, 36 ans, deux garçons. Un parcours qu’elle avait tracé assez tôt : l’hôpital, l’expertise, les titres. Pour elle, réussir voulait dire ça. Et puis il y a eu le premier enfant, et quelque chose s’est déplacé qu’elle n’avait pas anticipé. Pas ses compétences. Elle est très claire là-dessus : elle n’a jamais douté d’aimer son métier, jamais eu un matin sans envie d’y aller. Ce qui a bougé, c’est autre chose. Elle appelle ça un conflit de priorités. Moi j’y ai entendu une fissure dans l’histoire qu’elle se racontait sur elle-même. Pendant l’épisode, je lui ai parlé d’ambivalence maternelle. Le terme vient de la psychanalyse, il a trente ans, et il désigne quelque chose de très simple : on peut aimer profondément ses enfants et porter en même temps le poids de ce qu’ils rendent impossible. Sophie n’a pas hésité une seconde.Elle a répondu que oui, évidemment, que ça décrit sa vie quotidienne. Et elle a ajouté ceci, que je trouve juste : le dire ne fait pas de nous de moins bonnes mères, plutôt des femmes plus libres. Il y a aussi une histoire de temps dans cet épisode. Une carrière, ça s’accumule. Chaque année ajoute quelque chose. L’enfance, non. Ce qui n’est pas vécu maintenant ne se rattrape pas. Sophie le formule mieux que moi : les opportunités professionnelles, elles reviennent ou pas, on ne sait pas. Ses enfants à trois ans, elle ne les reverra jamais. On a fini par parler du milieu. De cette culture de la disponibilité totale qui existe partout en biologie médicale et qui juge l’engagement au nombre d’heures passées au labo. Sophie refuse cette équation : travailler de 8h à 18h ne fait pas de vous une mauvaise biologiste, et rentrer tôt ne fait pas de vous une mauvaise mère. Vers la fin, elle a lâché une phrase que je n’ai pas oubliée. Que sa génération veut travailler comme leurs grands-pères et élever leurs enfants comme leurs grands-mères. Qu’il n’existe pas de troisième modèle, et qu’il faut faire avec. L'épisode dure cinquante minutes. Si vous connaissez une jeune biologiste qui se pose ces questions en silence, envoyez-le lui. Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

  8. Jul 28

    On forme des experts, on oublie les dirigeants. La biologie médicale en sait quelque chose.

    10 ans pour devenir biologiste. Un jour pour se retrouver à la 300 personnes. La biologie médicale a une bibliothèque scientifique parmi les plus solides qui soient. Des traités d’hématologie, de bactériologie, des publications qui font autorité. On sait où chercher quand il s’agit de science. Il existe une autre bibliothèque. Celle des dirigeants. Et celle-là, personne ne nous la transmet. Parce qu’un jour, un biologiste devient associé-gérant. 300 collaborateurs, des recrutements, des arbitrages, une vision à défendre. Rien de tout cela n’était dans le cursus. On l’apprend en marchant, seul, souvent tard. Pour ce Grand Angle, je suis allé chercher quelqu’un qui n’a rien à voir avec nos laboratoires. Maxime Cosson a commencé chez Mazars, dans l’audit. Un métier où on apprend à regarder, à contrôler, à certifier. Puis il a tout quitté pour créer L’Atelier Immo à Reims et il a bâti un modèle où ses agents ne sont pas ses salariés mais des chefs d’entreprise. Ce passage, de celui qui contrôle à celui qui crée, il ne l’a pas fait seul. Il l’a fait avec des livres. On a parlé de ceux qui l’ont armé. Schwartz pour s’autoriser à penser grand. Keller pour ne garder qu’une priorité. Hastings pour renoncer au contrôle. Sinek pour retrouver le pourquoi. Et quelques autres qu’il glisse en cours de route. Ce n’est pas un épisode sur l’immobilier. C’est un épisode sur ce qu’on lit quand on décide de diriger. Sur la solitude qui vient avec l’ambition. Et sur une idée simple : celui qui a trouvé sa bibliothèque a le devoir d’en parler. Pour que le suivant n’ait pas à la chercher seul. Si un seul de ces livres trouve un écho chez vous, l’épisode aura fait son travail. À écouter, puis à transmettre. Voici la Bibliothèque de cet épisode : Get full access to Le Point de Bascule - LPB at isomere.substack.com/subscribe

About

On entend le bruit de la biologie médicale : baisses de nomenclature, regroupements, financiarisation. On entend rarement ceux qui la vivent. Le Point de Bascule raconte le moment où le métier déborde, celui où il faut décider, transmettre, ou devenir autre chose. isomere.substack.com

You Might Also Like