« La liberté, c’est toujours la liberté de ceux quipensent autrement. » Un siècle après son assassinat par les milices d’extrêmedroite, Rosa Luxemburg reste une boussole pour une Europe qui glisse à nouveau vers le militarisme, le repli identitaire et l’autoritarisme. Portrait d’une insoumise, et mise en perspective avec les guerres, les crises des partis sociaux-démocrates et la montée des nationalismes. Rosa Luxemburg est assassinée le 15 janvier 1919. Un siècle plus tard, son spectre hante l’Europe. Pourquoi ? Parce qu’elle avait tout vu venir : la guerre comme dérivation de la colère sociale, le nationalisme comme poison des classes populaires, et la social-démocratie européenne capable de trahir ses principes pour sauver l’ordre établi. Aujourd’hui, des canons tonnent à nouveau aux portes de l’Europe. Les budgets militaires explosent, les gouvernements empêchent les manifestations propalestiniennes au nom de la « sécurité », et l’extrême droite gagne du terrain de Rome à Berlin, de Budapest à Paris. Le SPD allemand, qui avait assassiné l’esprit de Rosa, vient de voter des livraisons d’armes à Kiev tout en rognant sur les aides sociales. Le « socialisme ou barbarie » qu’elle opposait à l’alternative mortifère résonne comme une prophétie. Née en 1871 en Pologne sous domination russe, elle devientdocteure en économie à 26 ans. Installée à Berlin, elle s’impose comme la voix la plus radicale du Parti social‑démocrate allemand (SPD), s’opposant frontalement aux réformistes qui croient que le capitalisme peut être adouci par le vote. Pour Rosa, pas de compromis : la révolution ne se mendie pas dans les parlements, elle se construit dans les grèves de masse, par la conscience collective. En 1914, quand le SPD vote les crédits de guerre, elle vit une trahison absolue. Avec Karl Liebknecht, elle fonde le Groupe Spartakus et appelle à transformer la guerre impérialiste en guerre civile des travailleurs. Emprisonnée, elle écrit depuis sa cellule la célèbre Brochurede Junius : « Le capitalisme a transformé l’Europe en un abattoirsanglant. » À la chute de l’empire, en novembre 1918, elle espère unerévolution démocratique, fondée sur les conseils ouvriers. Mais les modérés du SPD, alliés aux milices d’extrême droite (Freikorps), écrasent le soulèvement. Le 15 janvier 1919, elle est arrêtée, battue à coups de crosse, puis assassinée. Son corps est jeté dans le canal Landwehr. Un portrait intime, politique et sans langue de bois, pour redonner à Rosa sa place, non dans un musée, mais dans les luttes d’aujourd’hui. « Je serai toujours là, partout où un cœur bat pourla liberté. »