Les blogues de Mon Credo

Mon Credo

Mon Credo est une plateforme accueillante et inclusive qui te permet d’explorer une foule de sujets en matière de foi et de spiritualité chrétiennes. Ici, on explore, on découvre, on discute, on échange et on fait des rencontres surprenantes… dans la bienveillance et l’ouverture d’esprit. Dans nos blogues, nous abordons des enjeux contemporains depuis le point de vue de la foi et de la spiritualité. Quand les expériences de la vie suscitent la discussion et éveillent la réflexion, Mon Credo offre une perspective unique sur les choses. Découvre comment notre foi peut guider notre compréhension du monde qui nous entoure.

  1. 2d ago

    Le courage dans la Bible

    Le courage dans la Bible. Un blogue de Jean Loignon. Comment la Bible nous parle-t-elle de courage? Et celui de ses héros et héroïnes peut-il nous rejoindre et nous inspirer aujourd’hui?   Voyage parmi les courageux et les courageuses des Écritures Le sujet est vaste et présente une manière d’évidence. Le Premier Testament nous offre en effet une galerie extraordinaire de héros, parfois d’héroïnes (si, si…) qui jalonnent l’histoire d’Israël et de ses relations avec l’Éternel, son Dieu. Or le propre d’un héros n’est-il pas d’être courageux, de dominer sa peur et d’agir malgré le danger ou la souffrance? Et ce, alors que peu de choses ne le prédisposent à relever de tels défis? Les héros de l’Ancien Testament Prenons l’exemple de Jacob, fils d’Isaac, ce roublard invétéré qui se retrouve un jour à la veille de rencontrer Ésaü, son frère jumeau qui a toutes les raisons de lui en vouloir à mort (Genèse 32): Jacob dit sa peur, mais ne défile pas et au bord du gué du Jabboq, il trouvera la force de lutter contre un messager obscur qui lui donnera son nom définitif: Israël. Et son fils Joseph, jeté dans une citerne par ses frères, vendu comme esclave en Égypte, accusé de viol par sa maîtresse et emprisonné, mise sa vie dans sa rencontre avec le Pharaon, dont il élucide les rêves obsessionnels (Genèse 39 à 41). Plus tard, quand empire le sort des Hébreux installés en Égypte, Moïse signifie nettement au Seigneur ses incapacités avant d’accepter sa mission de libérateur et d’aller affronter le Pharaon (Exode 4, 10). Après lui, Josué semble hésiter à entrer dans la Terre promise, puisque le Seigneur doit l’exhorter: Sois fort et courageux, car c’est toi qui vas donner à ce peuple le pays que j’ai juré à ses pères de leur donner… (Josué 1, 6). Et David, tout berger qu’il est, capable de défendre son troupeau contre les lions et les ours, ne lui faut-il pas un sacré courage pour affronter Goliath, le guerrier géant et cuirassé des Philistins? Et nous pourrions rappeler la constance des Juifs persécutés à Babylone, à l’instar des trois jeunes gens jetés dans la fournaise ou de Daniel, autre interprète de visions royales jeté dans une fosse aux lions. Ce courage qui vient de Dieu Comment s’explique ce courage qui anime ces hommes (nous aborderons après le cas des femmes) du Premier Testament? Parce qu’ils s’adressent à Dieu, dans un dialogue montré comme explicite et permanent. Ils ne craignent pas de confesser leurs torts ou leurs faiblesses, Dieu leur répond et ils nouent avec lui une relation de confiance totale : c’est David qui énonce fièrement devant Goliath : Toi, tu viens à moi armé d’une épée, d’une lance et d’un javelot; moi, je viens à toi, armé du nom du Seigneur, le tout puissant, le Dieu d’Israël que tu as défié. Aujourd’hui, même, le Seigneur te remettra entre mes mains, je te frapperai et je te décapiterai… (1 Samuel, 17, 46-47). Le courage des femmes dans la Bible Nous aimons ces histoires qui nous ont bercés parfois depuis l’enfance, mais pouvons-nous nous identifier à ces personnages mythologiques et compter sur cette toute-puissance que leur confère la faveur divine, une toute-puissance dont nous aurions bien besoin pour surmonter nos petites ou grandes difficultés, individuelles et collectives?  Je ne suis pas un héros, chantait Daniel Balavoine, héraut alors de toute une humanité. Il nous faut alors porter notre regard sur d’autres figures, plus discrètes, mais non moins courageuses. Je pense à ces cinq sœurs citées dans le livre des Nombres (27, 1-7): leur père est mort sans héritier mâle et la coutume va les spolier de tout héritage. Mahla, Noa, Hogla, Milka et Tirça ont le courage d’aller dénoncer cette injustice devant Moïse, qui transmet leur demande à Dieu, lequel leur donne raison… Je pense à Rahab, la prostituée de Jéricho qui trahit son peuple en accueillant et protégeant les espions hébreux, parce qu’elle adopte leur Dieu et lui fait une confiance a priori déraisonnable… Un Dieu dont elle a seulement entendu parler (Josué 2, 9-10). Je pense à la reine Esther, qui a toujours caché au roi de Perse son identité juive et qui met en jeu son amour et sa vie pour sauver son peuple d’une persécution imminente. Or, pas une seule fois le livre d’Esther ne mentionne Dieu. Le courage dans le Nouveau Testament Le Nouveau Testament ne fourmille pas de figures héroïques engagées dans des combats épiques; il est fait de personnages ancrés dans le quotidien de leur pays et de leur époque, ce qui nous les rend plus humains et peut-être plus accessibles. Des personnages qui assument leurs faiblesses et leurs contradictions, mais qui témoignent aussi de courage. Et là, nous avons une grande mixité: une femme perpétuellement impure par un dérèglement sanglant ose braver l’interdit et approcher Jésus. Elle pense ne pas avoir le droit de se présenter de face ni de lui parler seulement de toucher son vêtement dans le dos. Et son courage la guérit (Matthieu 9, 20-22). La femme cananéenne de Tyr a le courage de contredire Jésus quand il la rabroue sèchement en la renvoyant à sa condition de païenne, identifiée aux chiens qui mangent sous la table. Et Jésus reconnaît implicitement son erreur et le bien-fondé de la démarche de cette femme restée anonyme (Matthieu 15, 21-28). La Samaritaine est aussi l’exemple d’un courage particulier, de ceux ou celles qui n’ont plus rien à perdre. Elle cumule les exclusions, en tant qu’hérétique, femme et de mauvaise vie. Mais elle engage un dialogue franc avec Jésus qui la conduit à une conversion en celui qu’elle reconnaît alors comme le Christ (Jean 4, 1-42). Le courage de Jésus et de ses disciples Jésus était-il courageux? La question semble saugrenue, pour lui qui, à peine baptisé, tient tête crânement au Diable… Mais son humanité affirmée est au cœur de la relation que Dieu veut renouer avec les femmes et les hommes tels qu’ils sont. Et Jésus, s’il a affronté sereinement Pilate et le Sanhédrin, vacille dans le dur supplice de la croix. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?  Le courage humain n’est pas garanti, il ne dispense pas de la peur ou de la trahison, à l’instar de Pierre le plus fidèle disciple; mais ce courage, s’il est nourri par une foi qui peut douter et qui n’en est que plus authentique, ne disparaît jamais. L’apôtre Paul, embarqué vers Malte dans un navire en perdition où s’entassaient des passagers terrorisés, redonne courage à ces hommes et à ces femmes qui n’avaient probablement jamais entendu parler de Jésus. Il improvise une Cène, rompt le pain et tous, reprenant courage, se sont alimentés à leur tour… (Actes 27, 35-37). Comme nous?

    Le courage dans la Bible
  2. Jul 15

    La politique et les femmes

    La politique et les femmes. Un blogue de Martine Lacroix   La politique est un monde extrêmement difficile pour les femmes. Que pouvons-nous faire si nous désirons atteindre une forme de parité dans notre société? Comment faire pour valoriser la participation des femmes?   Je ne serai jamais politicienne, mais… Je ponds cette chronique en grignotant mon déjeuner dans un resto de Sorel-Tracy. Traîne près de moi l’hebdomadaire local. À la page 8 des 2 Rives, j’y découvre un article fort intéressant intitulé "Femmes et politique municipale". Ça m’allume! Écueils auxquels font face les femmes en politique Le 6 décembre 2024, j'ai eu le bonheur d'assister au colloque du 25e anniversaire du Groupe Femmes, Politique et Démocratie baptisé Les femmes et la politique: de défis en succès.  Lorsque tu as suffisamment de couilles, oups, pour mettre ton nom sur un bulletin de vote, vaut-il mieux avoir le physique de Taylor Swift ou plutôt celui d’une fille comme les autres? Eh bien, si on pense que tu mériterais d’être élue la plus belle femme du monde par le magazine People, ta crédibilité en politique risque d'en prendre un coup. Assure-toi aussi que ton style vestimentaire réponde adéquatement à l’énigmatique ABC de ce qu’à quoi doit ressembler une politicienne digne de ce nom. L’affaire Cécile Duflot, cela vous dit-il quelque chose? En 2012, cette ministre française a pris la parole dans l'Hémicycle vêtue... d'une robe à fleurs! La pièce vestimentaire laissait-elle entrevoir ce sein que je ne saurais voir? Pas du tout! Était-elle serrée au point que l'on pouvait zieuter cette "touffe de noir Jésus" immortalisée dans une chanson de Léo Ferré? Pourquoi alors huées et moqueries ont-elles fusé dans l’assistance? Devenue symbole du sexisme régnant en politique, la fameuse robe a ensuite volé la vedette lors de l'exposition Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale, événement présenté au Musée des Arts Décoratifs. Jugée incorrecte la tenue de Mme Duflot! L’explication se trouverait-elle dans l’ouvrage S'habiller en politique, les vêtements des femmes au pouvoir 1936-2022?  L’historienne de la mode, Sophie Lemahieu, y suggère que « les femmes sont en permanence soupçonnées de détourner l'attention de leur propos par le biais de leurs vêtements ». Les violences verbales, physiques et sexuelles Les amazones de la politique font-elles face à des problèmes pas mal plus substantiels que les critiques découlant de leurs goûts en matière de fringues? Oui! Lorsqu’une créature baptisée intimidation rôde autour des parlements, assemblées nationales, hôtels de ville et tutti quanti. Le diable dégagerait-il des relents de misogynie? En politique, violences verbales, mais aussi physiques ciblent-elles davantage les politiciennes que leurs collègues masculins? Une chose est certaine, les violences sexuelles, elles, s’orientent principalement vers les femmes. En 2017, le quotidien La Presse nous apprenait que, d’après une enquête journalistique menée par La Presse canadienne, près de deux tiers des répondantes avaient admis « avoir subi une ou plusieurs formes d'inconduite sexuelle, souvent à répétition, dans l'exercice de leurs fonctions d'élues ».  L'un des exemples les plus célèbres demeure celui de Catherine Fournier, aujourd'hui mairesse de Longueuil. En 2017, alors qu'elle était députée de Marie-Victorin, Harold LeBel, son acolyte du Parti québécois, « l'avait embrassée, avait dégrafé son soutien-gorge et lui avait touché les fesses et l'anus » sans son consentement. Le 26 janvier 2023, le politicien déchu fut condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement pour agression sexuelle.  La difficulté de retenir les femmes en politiques Ces réalités constituent-elles des obstacles à la rétention des femmes en politique? Étonnamment, selon une étude de l'historien et chargé de cours Alexandre Dumas, ce serait plutôt le sentiment "d'inutilité" qui amènerait les femmes à accrocher leurs patins et à quitter définitivement l'arène politique. Au Québec, l'ex-députée de la CAQ, Claire Samson, n'avait-elle pas eu droit à des critiques cinglantes après avoir déclaré que, en tant que députée, elle s'était sentie aussi utile ... qu'une plante verte! Un projet de loi sur la parité Si les femmes étaient plus nombreuses en politique, la maltraitance à leur égard serait-elle davantage facile à abolir? Lors du colloque mentionné précédemment, un projet de loi sur la parité à l’Assemblée nationale a été évoqué. Le 26 septembre dernier, le Groupe Femmes Politique et Démocratie, en collaboration avec le Conseil du Statut de la femme, revenait à la charge avec l’événement Du droit de vote à la parité, un parcours inachevé. En 2025, doit-on voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide? Parmi les commentaires entendus, on retrouve cette mise en garde à ne pas confondre les termes « avancées » et « acquis ». En ce qui concerne ce sacro-saint plafond de verre, alors que l’on se pète les bretelles en croyant l’avoir « défoncé », il ne serait parfois que « fissuré ». On ne peut non plus évacuer le fait que les politiciennes évoluent actuellement dans un monde créé par des hommes.   S’impliquer dans la vie politique J’en reviens à l’hebdomadaire sorelois cité dans l’introduction de ce texte. Le chroniqueur Denis Marion terminait son article en réitérant que « la société québécoise ne peut se passer d’une représentation équitable des femmes dans les postes de leadership. » Vive les hommes féministes! Je ne serais jamais politicienne, mais il m’arrive quand même de mettre mon grain de sel dans la sphère politique en me pointant au micro d’assemblées municipales afin de poser des questions à celles et ceux qui nous gouvernent. Comme vous le savez, elles sont pratiquement éradiquées ces prières prononcées à voix haute avant les assemblées politiques. Rien ne nous empêche cependant de prier en silence lorsqu’on y assiste. Pourquoi pas ceci? Dieu.e, puissent ces paroles de James Joyce être connues de nos politiques: « Quoi qu’on dise, ce serait bien mieux si le monde était gouverné par les femmes. Vous ne verriez pas les femmes s’entretuer et se massacrer. »

    La politique et les femmes
  3. Jul 8

    La joie de l'été

    La joie de l'été. Un blogue de Marie-Sylvenie Chery. Peut-on ressentir la présence de Dieu durant les mois d’été? Où est notre vraie joie aujourd’hui ? Dans ce que nous accomplissons, ou dans ce que Dieu accomplit en nous ? Juillet s’épanouit sous nos yeux, vêtu de lumière, de fruits abondants et de fleurs éclatantes. La nature, dans toute sa splendeur, semble nous murmurer que la vie est belle, généreuse, féconde. Et pourtant, en ce temps d’abondance, une question profonde se lève : Où est notre vraie joie aujourd’hui? Dans ce que nous accomplissons… ou dans ce que Dieu accomplit silencieusement en nous? L’été nous pousse à ralentir, à contempler Sous le soleil chaud, la nature est en pleine expression. Les rythmes s’adoucissent, et l’âme à de l’espace pour écouter. C’est le ciel du soir avec les couchers de soleil d’été qui sont de vraies toiles vivantes de rose, de lavande et d’orange. Ce sont les arbres et les fleurs qui atteignent leur splendeur maximale ; chaque feuille, chaque fleur semble raconter une histoire de lumière. Ce sont les insectes, les papillons, les abeilles, même les fourmis : tout un monde en miniature en pleine activité. Ah! Que c’est beau de voir madame Libellule se poser sur une tige près du petit ruisseau de mon jardin en pleine conversation avec la grenouille femelle qui lui demande de se déguerpir. Ah! Ces moments suspendus du reflet de l’eau du lac ou de la piscine : l’eau joue avec la lumière comme une danse silencieuse. Aussi ce sont les bruits de l’été avec le chant des cigales, le souffle du vent dans les branches, le rire lointain d’enfants, le Festival de jazz! Que faire de nous-mêmes? Alors que tout autour de nous porte du fruit, c’est aussi le moment de reconnaître les fruits invisibles que l’Esprit fait mûrir en nous — la patience, la paix, la bonté, la foi. Ce n’est peut-être pas dans nos réussites visibles que se cache la vraie joie, mais dans l’œuvre intérieure de Dieu, dans ce qu’Il transforme en nous sans bruit, dans l’amour qu’Il sème même au cœur de nos sécheresses. Jésus lui-même a prié pour que sa joie soit en nous et que notre joie soit complète (Jean 15 :11 et Jean 17 :13). Cette joie est un fruit de l’Esprit, indépendante des circonstances extérieures. Là où nos efforts atteignent parfois leurs limites, Sa grâce continue de couler comme un ruisseau d’été, rafraîchissant les terres fatiguées de nos cœurs. Que ce mois de juillet ne soit pas seulement rempli de chaleur, mais aussi d’espérance; pas seulement fleuri dans les champs, mais aussi dans nos vies. Accueillons ce temps comme un doux rappel : notre plus grande joie, c’est peut-être de laisser Dieu agir, de Le contempler à l’œuvre, et de Lui faire confiance.

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  4. Jul 2

    Les Béatitudes : promesses qui mettent en chemin

    Les Béatitudes : promesses qui mettent en chemin. Un blogue de Stéphane Godbout Les Béatitudes font partie des paroles les plus connues de Jésus. Pourtant, plusieurs chrétiens et chrétiennes éprouvent beaucoup de difficultés à comprendre et mettre en pratique ces invitations. Une promesse incompréhensible du Christ? Les Béatitudes (Matthieu 5:1-12 et Luc 6:20-22) font partie des paroles les plus connues de Jésus, et pourtant aussi des plus déroutantes. Le parcours catholique romain de ma jeunesse m’a conduit à comprendre les Béatitudes à travers un enseignement moral et d’abdication du genre : ce n’est pas grave si tu es pauvre, car Dieu te dit que tu es heureux de l’être, car Il te promet le Royaume de Dieu à la fin de tes jours. Il s’agissait ainsi d’une promesse incompréhensible du Christ conduisant à une abdication infantilisante. Une affirmation vide de sens à la lumière de la Bonne Nouvelle que Jésus apporte à toute personne cherchant une vie bonne, avec un sens réel. Non, je ne pouvais pas croire que Jésus m’annonçait que j’étais né pour un petit pain, qu’il s’agissait de la volonté de Dieu pour la vie qu’il m’a donnée… et que je devais être heureux de mon sort. À première vue, ces mots allaient à contre-courant de nos aspirations les plus spontanées et légitimes comme personne humaine aimée de Dieu. Toutefois, aujourd’hui, je comprends mieux comment ces mots témoignent de la richesse de l’enseignement de Jésus. Ainsi, le bonheur n’est pas simplement un sentiment de contentement momentané, mais une démarche de transformation intérieure qui conduit à un résultat ou qui oriente vers un but. À ce moment-ci de ma vie de foi, je crois de plus en plus que le malentendu vient de la manière de comprendre le mot « heureux ». « Heureux » : non pas un état, mais un chemin J’ai écouté au cours des dernières semaines, sur Radio VM, une émission archivée où Christiane Cloutier-Dupuis propose un regard neuf sur l’Évangile de Matthieu. Son approche et son enseignement ont beaucoup enrichi ma réflexion et ma méditation sur ce texte énigmatique des Béatitudes. De plus, j’ai lu récemment que dans l’univers biblique, « heureux » ne renvoie pas d’abord à un sentiment de bien-être ou à une réussite visible. Issu d’une racine sémitique, le mot évoque plutôt l’idée d’un chemin juste, d’une vie orientée dans une direction qui conduit vers Dieu. (André Chouraqui, lecture de la racine hébraïque ashrê, reprise dans « Aujourd’hui Credo – L’énigme des Béatitudes », publication de L’Église Unie du Canada.) Ceci a constitué une véritable clé de lecture des textes des Béatitudes qui m’a ouvert sur des enseignements nouveaux et essentiels. Ainsi, être heureux, au sens des Béatitudes, ce n’est pas être arrivé, mais être en route. C’est avancer, parfois lentement, parfois dans la fragilité, mais dans une trajectoire habitée par la promesse. Jésus ne désigne pas des personnes idéales ou exemplaires ; il reconnaît celles et ceux qui marchent. Il nous propose une démarche libératrice qui élève ou qui relève (lorsque nous sommes à plat). Les Béatitudes: une relation vivante avec Dieu La première Béatitude donne le ton : « Heureux les pauvres en esprit ». Je comprends maintenant qu’il ne s’agit pas de se dévaloriser ni de cultiver un manque spirituel. Il s’agit plutôt d’accepter que la vie ne se construit pas dans l’autosuffisance, ou dans la résignation passive de cette pauvreté, mais dans une relation vivante avec Dieu qui nous amène ailleurs, vers la manifestation du Royaume promis. Cette relation n’est ni passive ni infantilisante. Elle relève d’une interdépendance : Dieu appelle, éclaire et donne la force ; l’être humain répond, consent, avance. La foi devient alors une relation en mouvement, profondément incarnée dans le quotidien. Nos pauvretés sont réelles et multiples, mais Jésus nous rappelle qu’elles ne sont pas des finalités. En marchant avec confiance, malgré nos pauvretés, Jésus nous annonce que nous avons pleinement part au Royaume qu’il promet, un Royaume qui nous est accessible. Les Béatitudes: des promesses qui se laissent percevoir Les promesses des Béatitudes — être consolé, rassasié, recevoir miséricorde, voir Dieu, devenir artisan de paix — ne sont ni magiques ni immédiates. Elles se déploient dans le temps, et surtout, elles se laissent percevoir bien avant d’être pleinement accomplies. Par notre baptême, par notre volonté de suivre les enseignements du Christ, nous faisons un choix intentionnel, nous nous engageons dans la direction proposée par Dieu, nous acceptons de travailler concrètement à l’avènement des promesses qui nous sont faites et qui nous sont accessibles. La consolation, par exemple, n’est pas toujours la fin de la souffrance. Elle se manifeste souvent comme une présence qui soutient, une capacité retrouvée de traverser ce qui fait mal, un souffle nouveau au cœur même de l’épreuve. La douleur peut rester, mais elle n’est plus vécue dans une solitude absolue. À terme, cette douleur est souvent appelée à s’apaiser, à se transformer et, même à nous renforcer, à nous offrir une nouvelle sagesse ou de nouvelles compétences humaines. Dieu agit au cœur de la vie Quand nous relisons attentivement les Béatitudes, nous faisons connaissance avec un Dieu qui n’agit pas à distance de l’existence humaine, mais à travers elle. Les promesses peuvent prendre forme par des médiations concrètes, des présences réelles dans nos vies : les événements de la vie, les relations, le temps qui permet la maturation, la vulnérabilité assumée, une parole reçue au bon moment, un apaisement ressenti dans le corps, une force discrète qui permet d’avancer. Très souvent, Dieu se rend présent par les autres ou par ce que la vie nous apporte. Un geste de miséricorde, une écoute attentive, une présence fidèle, une marche en forêt, une méditation près d’un feu, d’une chandelle, une veillée au clair de lune peuvent devenir des lieux où la promesse se fait tangible ou le chemin s’éclaircit. Les Béatitudes sont une inspiration qui éclaire et met en mouvement Ainsi, les promesses des Béatitudes ne sont pas seulement à attendre ; elles inspirent le mouvement. Cette inspiration ouvre naturellement à poser des gestes, mais aussi à discerner, comprendre autrement, percevoir plus clairement la volonté de Dieu dans une situation donnée. Parfois, cette inspiration se manifeste comme une compréhension nouvelle : ce qui semblait absurde devient un peu plus lisible ; ce qui paraissait fermé s’ouvre à une autre interprétation. Comprendre autrement devient déjà une manière d’être consolé, rassasié, relevé. La force d’agir comme un don Dans ce chemin, il est important de reconnaître que la force d’agir sur ce qui est possible est un cadeau de Dieu. Il ne s’agit pas de tout réussir ni de tout réparer. Nous avons la responsabilité de discerner la volonté de Dieu à notre égard, pour ensuite poser le geste juste, à la mesure de ce qui est possible aujourd’hui. Nous ne sommes pas Dieu, mais nous pouvons discerner la volonté de Dieu et nous mettre en route en faisant ce que nous pouvons réellement pour construire le monde meilleur promis. Souvent, cette force divine ne se perçoit pas avant d’agir, mais elle se présente en chemin. En avançant, même avec hésitation, on découvre que l’on est porté par Dieu, qu’Il est présent avec nous sur la route. Un bonheur humble et réel Les Béatitudes ne promettent pas une vie sans tension ni blessure. De telles promesses seraient simplement non réalistes. Nous vivons tous et toutes des tensions, des limites, des manques et des blessures, il s’agit de fatalités de la vie. Toutefois, les béatitudes nous proposent une autre manière d’habiter la réalité : avec confiance, ouverture et persévérance. Le bonheur dont parle Jésus n’est pas euphorique ; il est relationnel, enraciné dans une vie traversée avec Dieu. Il me semble que d’être « heureux », au sens évangélique, c’est accepter d’être en chemin avec Dieu et son peuple. C’est marcher avec des promesses qui se réalisent déjà, humblement, dans les gestes posés, les compréhensions reçues et la force donnée pour avancer, jour après jour. C’est être en mesure de percevoir les promesses lorsqu’elle se réalise. Il y a une grande joie en constatant la générosité divine qui nous est offerte sur le chemin de nos vies, même lorsque la vie que nous avons est difficile et imparfaite. Notre foi, nos pratiques spirituelles, nos communautés, nos familles et amis, nos gestes de bonté et notre capacité de prendre soin de soi et des autres sont des moyens concrets de nous mettre en chemin, d’être heureux, de nous rapprocher ou de vivre plus que jamais dans le Royaume annoncé par le Christ. Ainsi, notre vie spirituelle doit dépasser sa dimension contemplative pour y ajouter des actions concrètes qui nous mettent en route. Elle puise dans des moyens accessibles et relativement simples qui nous amènent à marcher avec confiance, avec soi-même, avec les autres et avec Dieu, sur des chemins prometteurs! Mettez-vous en chemin avec moi, « vous qui maintenant avez faim, car vous serez rassasiés » (Luc, chapitre 6, verset 21) !

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  5. Jun 29

    Dieu face à une atrocité inoubliable

    Dieu face à une atrocité inoubliable. Un blogue de Stéphane Godbout. Devant des atrocités comme l’Holocauste ou la situation à Gaza, comment peut-on continuer à croire en un Dieu qui semble impuissant à stopper les catastrophes humanitaires? Entre silence et espoir Il y a des moments où la foi historique se brise sur la réalité de la vie et de la mort. Face à des scènes de violence et de destruction, à l’agonie des victimes innocentes, c’est une question incontournable : Où est Dieu? Quelle possibilité y a-t-il de croire en Son existence, Sa bonté, ou même Son efficacité quand l’homme sombre dans l’horreur? Aujourd’hui, cette question revient avec force alors que nous entendons parler de la guerre et des souffrances infligées au peuple palestinien de Gaza. Des familles entières sont anéanties, des enfants meurent sous les débris, ils prennent au piège des populations dans une guerre sans fin. Il est difficile, voire impossible, aux personnes croyantes des différentes doctrines ou croyances religieuses de trouver une explication théologique crédible face à l’inaction de Dieu. Et beaucoup, comme jadis à Auschwitz ou Srebrenica, ne peuvent s’empêcher de se demander : Dieu existe-t-Il vraiment? Et s’Il existe, pourquoi est-Il là à regarder les massacres sans rien faire? Le scandale du mal et l’échec des réponses faciles La théologie a longtemps cherché à expliquer l’action et la puissance de Dieu malgré le mal, ou ce que l’on appelle “théodicée”. Il y a eu des efforts pour démontrer que la souffrance est un mystère, un test, fait partie du plan de Seigneur ou résulte de la liberté humaine. Mais face aux cris des victimes, de telles réponses paraissent souvent indécentes. Comment pouvez-vous dire à une mère qui a perdu son enfant sous les décombres que tout cela fait partie d’un plan plus grand? Comment dire à un peuple qui a été décimé que sa souffrance a une raison secrète? L’Holocauste a déjà rendu de telles rationalisations intenables. Certains survivants d’Auschwitz ont même soutenu qu’ils avaient vu leur Dieu mourir dans les camps. Le rabbin Richard Rubenstein a même affirmé que le concept d’un Dieu providentiel est devenu caduc après Auschwitz. D’autres, comme Hans Jonas, ont développé une image de Dieu totalement différente : non plus un maître régnant sur tout, mais un créateur qui, en créant le monde, renonce à l’omnipotence et ne peut désormais que souffrir avec ses créatures, face au mal qui les accable. Maintenant, face à Gaza aujourd’hui, les mêmes dilemmes. Les excuses religieuses ou idéologiques toutes faites sonnent creux. L’énigme du mal est préservée et donc également la question concernant Dieu. Un Dieu inefficace ? Nous avons tendance à penser que Dieu est distant ou qu’Il n’est pas là. Pourquoi Dieu n’a-t-Il pas arrêté les meurtres de masse s’Il est tout-puissant et bon après tout? Cette question est inscrite dans les Psaumes eux-mêmes : « Jusques à quand, Seigneur? » (Ps 13:2). C’est le fil conducteur des Écritures elles-mêmes, de l’angoisse de Job à Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Mc 15:34). Ces cris de lamentation sont déjà un acte de foi : une reconnaissance que notre croyance en Dieu n’est pas assurance mais combat ou chemin. Certains théologiens nous enseignent que la foi ne nous permet pas de fermer les yeux face au mal, elle nous donne plutôt l’audace d’affronter la rébellion intérieure et le doute de la présence de Dieu. Peut-être que la vraie foi éclot dans un lieu où les illusions cèdent la place, un terrain où l’on cesse d’essayer de défendre Dieu et se contente plutôt de l’appeler — même si cela ressemble à crier dans un désert. Oui, Dieu semble inefficace. Mais devons-nous l’interpréter comme la preuve qu’Il n’existe pas, ou comme une invitation à reconsidérer ce que nous entendons par « Dieu »? Un compagnon dans la souffrance Une façon, transmise par des théologiens comme Jürgen Moltmann et Dietrich Bonhoeffer, est de percevoir Dieu non pas comme le Tout-puissant qui tire les leviers de l’histoire mais comme le compagnon qui souffre avec nous. Le Dieu des chrétiens est crucifié, qui choisit de prendre position aux côtés des êtres humains jusqu’à la fin. Et si c’est le cas, nous voyons que la question n’est plus : « Où est Dieu? » mais plutôt : « Où peut-on trouver Dieu dans toute cette souffrance? » Pour moi, je ne peux pas trouver le Dieu d’amour qui agit dans des explications idéologiques ou théologiques bien ficelées. C’est là, sur les visages des victimes, dans les actions de solidarité, dans les petits actes de résistance au milieu du chaos que je peux le trouver, le voir. Ainsi, Dieu n’est pas impuissant bien qu’Il n’a pas la capacité de faire disparaître la violence de manière miraculeuse. Toutefois, Dieu œuvre d’une autre manière, en inspirant des femmes et des hommes qui refusent de céder à la haine, qui témoignent d’une humanité alternative aimante, forte et engagée pour le bien. Une foi pour aujourd’hui Et le défi est énorme pour nous — protestants, catholiques et bien sûr d’autres traditions. De mon côté, je ne crois plus en un Dieu qui garantit l’ordre du monde, ni en un Dieu qui « envoie » des catastrophes pour nous enseigner. Mais je garde la foi, une foi en un Dieu qui se tient avec les brisés, qui pleure avec eux, et qui nous demande d’être Ses mains et Sa voix. Cela implique bien sûr également le sens des responsabilités et l’esprit de service. Ainsi, si le Seigneur ne « le fait pas pour nous », il nous incombe alors de le faire. La foi n’est pas reddition mais mobilisation. Concernant l’endroit où se trouve Dieu (à Gaza ou ailleurs), nous pouvons nous poser la question : « Où suis-je? Que fais-je pour que le mal ne soit pas le dernier mot? Comment je fais pour ne pas être silencieux ou indifférent? » La parole et le silence de Dieu Mais le silence de Dieu est assourdissant. Nous ne pouvons pas l’éviter. C’est parfois une blessure, une graine de doute dans le terreau de ma foi. Mais ce silence peut aussi être perçu comme un espace préservé pour la liberté humaine. Dieu ne passe pas par la force. Est-ce possible qu’il se serve de la vulnérabilité humaine, de nos faiblesses et de nos misères pour se révéler? Ce n’est pas un réconfort pour nous dans nos malheurs. Mais cela nous permet d’éviter de confondre le Seigneur avec des idoles de puissance et de violence. Peut-être que croire aujourd’hui, ce n’est pas tant croire en un Dieu qui arrête le mal, mais croire en un Dieu qui nous appelle à dire non au mal et à agir pour l’avènement du bien. Cela ne signifie pas attendre une intervention grandiose, mais percevoir une présence discrète, intériorisée, cachée dans l’obscurité de la nuit. C’est peut-être une lueur d’espoir, une lumière au bout du tunnel de la violence et de la haine. Une foi qui a été blessée mais qui vit Finalement, la seule foi possible après Auschwitz et Gaza est une foi blessée. Une foi qui a le courage de douter, qui ose questionner le Seigneur et qui n’a pas peur de le confronter face aux horreurs. Une foi qui ne recherche pas de certitudes, mais qui persiste quand même—parce qu’elle sent que Dieu est présent là, dans la lamentation et la recherche. Il n’est pas une solution universelle et toute puissante, mais au moins Il est une partie de l’équation, celle de la lumière, du courage et de l’espérance. Ainsi, dans des circonstances qui semblent désespérées et noires, mon espoir chrétien se résume ainsi : au cœur même du mal qui se manifeste, il y a une puissance de vie qui résiste et qui peut nous aider à garder espoir, à nous relever, à agir, à nous ressusciter.

    Dieu face à une atrocité inoubliable
  6. Jun 21

    Les miracles existent-ils?

    Les miracles existent-ils?   Est-ce que les miracles existent? Sont-ils des expressions de phénomènes inexpliqués à une autre époque? Peut-on être être une personne intelligente du 21e siècle et croire en même temps?   Croire aux miracles de Jésus En tant qu'individu qui se veut moderne et raisonnable, je me trouve souvent confronté à une certaine perplexité à l'égard de ces récits. Souvent, au premier abord, ils semblent associer le miracle à la magie et à des super pouvoirs de Jésus. Pourtant, les détails précis sur la manière dont les miracles de Jésus ont réellement eu lieu sont peu nombreux. Ce qui nous parvient, ce sont des récits de bonnes nouvelles traduits en histoires de foi. Jésus guéri un aveugle au chapitre 18 de l’évangile selon Luc. Jésus nourrit une foule de 5000 hommes au chapitre 14 de l’évangile selon Matthieu. Jésus guéri un paralytique et pardonne ses péchés au chapitre 2 de l’évangile selon Marc. Bien que cela soit appréciable, cela peut susciter des interrogations dans le contexte actuel, où la science guide nos explications du monde. Quelle est la place des miracles dans notre époque? Il est naturel d'attendre que la quête de connaissance soit la principale source d’explication. La science est désormais d'une puissance incontestable. Articulée à travers des équations appropriées, la vie semble se présenter comme un problème à résoudre parmi d'autres. Cependant, la solution adoptée scientifiquement pour faire face aux défis de l'existence peut parfois ne pas répondre aux besoins les plus profonds, laissant l'âme humaine profondément désemparée. Un vide peut alors s'installer, caractérisé par une incapacité à surmonter les obstacles qui se dressent. Malgré une compréhension intellectuelle ou une explication scientifique d'une situation, ce vide existentiel peut persister. Le besoin de sens dans les événements en cours n'est alors pas comblé, reléguant les émotions, les croyances, y compris les peurs, l'émerveillement, et les belles surprises de la vie, au second plan. Il ne reste alors qu'une explication, voire une non-explication, scientifique, froide et dénuée d'émotion. Une guérison complète Au fil du temps, j'en suis venu à croire que c'est uniquement à travers l'amour inconditionnel et l'énergie positive émanant du cœur, partagés idéalement avec des êtres chers partageant une vision similaire de la vie et de la présence divine, que la perspective de la guérison peut alors s'élargir et se transformer. Grâce à cette force positive et lumineuse, toujours présente, le vide intérieur peut être comblé, et le sens accordé. Dès lors, l'isolement n'est plus, l'être humain n'est plus coupé des forces vitales présentes, ni de l'amour de Dieu et des autres. Ainsi, la question du miracle transcende la simple explication physiologique ou scientifique de la guérison. Elle englobe plutôt l'intégralité de la guérison, tant du corps que de l'âme. Une guérison complète qui conduit à notre destinée en tant que personne vivante, mais aussi mortelle. Ainsi, nous sommes tous et toutes des personnes que Dieu souhaite libérer pour qu’elles soient heureuses, joyeuses, libres et utiles en toute circonstance. Désormais, une seule équation semble s'imposer dans mon cœur: la manifestation quotidienne de Dieu dans la santé, dans la maladie, dans la vie ou dans la mort, cette présence qui éclaire, qui guérit, qui redresse et qui réconforte est l’essentiel de la nature même du miracle offert par Jésus. Et pour vous, les miracles existent ?

    Les miracles existent-ils?
  7. Jun 18

    Réflexions sur ma formation supervisée en paroisse

    Réflexions sur ma formation supervisée en paroisse Marie-Sylvenie a terminé son dernier stage pastoral, une étape importante de la formation des pasteurs dans L’Église Unie du Canada. Elle a accepté de nous partager ses réflexions sur son expérience.   Une formation ancrée dans la réalité paroissiale Depuis un an, j’exerce mon rôle de pasteure en formation ministérielle supervisée au sein de l’Église Unie de la Grâce à Gatineau. J’ai débuté mon ministère lors d’un dimanche de l’Avent, marquant mon entrée dans la vie communautaire par une liturgie empreinte d’espérance et de renouvellement. Mon objectif était d’incarner la foi chrétienne à travers la Parole, l’action et l’authenticité, en accompagnant la communauté dans ses cycles de vie, ses joies et ses deuils. Dans ce contexte, j’ai coordonné des cultes bilingues, composé des prières et méditations poétiques, spirituelles, et offert une présence attentive auprès des paroissiens et des paroissiennes. Mon approche pastorale s’est appuyée sur l’écoute, l’accueil et la construction de liens vivants, en intégrant mes expériences de soins holistiques de la personne.   Développer de nouvelles compétences Cette année de formation m’a permis de développer mes compétences en prédication, en animation liturgique et en accompagnement spirituel, tout en affirmant mon désir de bâtir des communautés enracinées dans la foi chrétienne. Chaque semaine, je me suis tenue à la croisée des chemins : entre les attentes liturgiques et les réalités humaines, entre les textes sacrés et les voix de la communauté. Préparer le service du dimanche, c’est plus que planifier une séquence : c’est chercher l’harmonie entre les lectures, les chants, les prières, et les visages qui les portent. C’est écouter les silences, discerner les élans, et tisser une liturgie qui parle au cœur de toutes et tous. Être à l’affût des besoins de la congrégation, c’est cultiver une posture d’attention constante. Cela demande de voir au-delà des mots, de percevoir les fatigues, les joies, les absences, les élans de service ou les appels au repos. Dans cette écoute, j’ai découvert que la coordination pastorale n’est pas une simple gestion de calendriers, mais un art du lien : relier les personnes, les dons, les temps liturgiques, les événements communautaires, pour que chacun et chacune trouve sa place et que l’Esprit puisse circuler.   Apprendre à faire confiance aux autres En tant que stagiaire, je suis consciente de mes limites. Je ne peux pas tout faire ni tout porter. Mais je peux chercher, inviter, faire confiance. Trouver des personnes-ressources, c’est reconnaître les talents autour de moi, les appeler, les encourager. C’est aussi accepter que le ministère soit toujours partagé, jamais solitaire.   Être une personne intègre Enfin, je travaille sur ma propre personne : non pas pour paraître parfaite, mais pour être cohérente. Mon habit, mon comportement, ma manière d’être en relation sont autant de signes visibles de l’invisible que je cherche à servir. Être modèle, ce n’est pas être sans faille, mais c’est marcher avec intégrité, avec foi, avec douceur. C’est laisser transparaître quelque chose du Christ dans mes gestes, mes paroles, mes silences. Cette formation est pour moi un terrain d’apprentissage incarné, où la foi se fait service, où la coordination devient communion, et où chaque jour m’invite à grandir en humilité, en écoute, et en espérance.   Ce qui reste de ma formation À l’heure de mon départ, je ressens le besoin de poser des mots sur ce que j’ai vécu, appris, et semé au sein de cette communauté. Cette formation n’a pas été seulement une étape de formation, mais un véritable enracinement dans la vie paroissiale, dans ses rythmes, ses visages, ses appels. Je suis venue avec le désir de m’adapter à un environnement nouveau, d’en comprendre les codes, les sensibilités, les besoins. Cette adaptation s’est faite dans l’écoute, dans l’observation, dans le respect des histoires et des habitudes. Elle m’a permis de tisser des liens, de me sentir peu à peu chez moi, et de contribuer avec justesse et délicatesse. J’ai tenté de mémoriser les noms, non par devoir, mais par amour. Chaque prénom retenu est une porte ouverte vers une relation plus vraie, plus humaine. C’est une manière de dire à chacun et chacune : “Tu comptes, je te vois, je t’accueille.” Dans mes écrits – qu’il s’agisse de messages, de prières, d’annonces ou de remerciements – j’ai cherché à incarner la foi. À écrire avec clarté, mais aussi avec cœur. À faire résonner l’Évangile dans des mots simples, accessibles, porteurs de sens. À ce niveau, chaque phrase est une offrande, un geste pastoral. J’ai aussi appris à pratiquer la spiritualité comme un outil personnel, un appui dans les moments de doute ou de fatigue. La prière, la méditation, le silence sont devenus des ressources pour tenir, pour discerner, pour mieux accompagner. Elles m’ont aidée à faire des études bibliques qui relient les récits anciens à la réalité quotidienne, à la vie concrète des gens d’ici et d’aujourd’hui. Ce que je laisse après cette formation, c’est un témoignage de présence : une présence attentive, engagée, discrète, mais réelle. Je laisse des mots semés, des gestes posés, concret pour enrichir la vie paroissiale : Intégrer des intervenants de santé afin de soutenir une approche holistique de la communauté. Inviter une bande musicale pour dynamiser la vie liturgique et favoriser la participation. Organiser des sorties en plein air pour renforcer les liens fraternels et spirituels. Participer activement à des services œcuméniques et sociaux de la ville, inscrivant la paroisse dans un réseau plus large de solidarité et de témoignage chrétien. Je laisse une trace de foi incarnée, des liens tissés, de service joyeux, de cheminement partagé.   Recevoir plus que ce que l’on a donné Et je pars avec gratitude, sachant que ce que j’ai reçu dépasse largement ce que j’ai donné. Durant cette formation, j’ai compris que je ne pouvais pas tout faire. Mais j’ai aussi réalisé que ce n’était pas nécessaire. Ce qui comptait, c’était de rester fidèle à mes quatre objectifs essentiels : m’adapter à l’environnement par l’intégration en participant aux évènements de la communauté; écrire des messages clairs et porteurs de foi, sensibiliser les personnes dans la pratique à travers des études bibliques pratiquer une spiritualité vivante et authentique. Les besoins dans une paroisse sont nombreux, et la figure du pasteur est souvent perçue comme un point d’appui. Cela peut être lourd comme visiter les ainés dans les résidences; de faire des appels téléphoniques, d’accompagner en temps de besoins et de deuils, etc. Cependant, cela m’a appris à discerner, à déléguer, à chercher des ressources, et surtout à me rappeler que je ne suis pas seule : l’Esprit Saint est à l’œuvre.   Mes apprentissages durant ma formation Mon plus grand défi a été de faire aimer et apprécier la Bible. Non pas comme un livre figé, mais comme une parole vivante, capable de rejoindre les réalités quotidiennes. J’ai compris que la compréhension ne vient pas seulement par l’intellect, mais par l’ouverture du cœur. Et cette ouverture, c’est l’Esprit qui la donne. Mon rôle est d’ouvrir des chemins, de poser des questions, de créer des espaces où la Parole peut résonner. La plus grande sagesse que j’ai rencontrée, c’est l’humilité : celle d’accueillir chacun et chacune là où il ou elle est, sans jugement, sans pression. Il ne s’agit pas de forcer la présence au culte, mais d’honorer chaque pas de foi, chaque geste de prière, chaque silence habité. L’authenticité a été mon compagnon de route. Être vraie, être cohérente, être présente. Ne pas jouer un rôle, mais incarner une posture de service. Et dans ce service, ne pas m’épuiser, mais respecter mes limites, écouter mes besoins, et me rappeler que le Christ lui-même s’est retiré pour prier. Le plus grand conseil que je retiens, c’est celui-ci : rester un leader sans prendre autorité sur les autres. Travailler en collaboration, en confiance, en communion. Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Cette image du serviteur me guide : servir avec amour, avec humilité, avec joie.   Demeurer humble Je pars avec gratitude, avec des visages en mémoire, des paroles échangées, des silences partagés et des cadeaux empreints de souvenirs. Et je laisse derrière moi un témoignage : celui d’une foi en chemin, d’un ministère en apprentissage, et d’un cœur ouvert à l’Esprit. Un dernier mot : Restez humble et fais de Jésus notre instructeur.

    Réflexions sur ma formation supervisée en paroisse
  8. Jun 14

    Paul et les femmes

    Paul et les femmes   L’absence de rôles égalitaires entre les hommes et les femmes dans l’Église est souvent attribuée à l’apôtre Paul. Une compréhension de son contexte socio-historique peut nous aider à mieux comprendre ses écrits.   Paul et les débats de son temps Paul, juif persécuteur devenu l'acteur majeur du premier christianisme à la suite de sa conversion, fut non seulement un inlassable fondateur d'Églises, mais il en suivait la croissance, répondait à leurs questions et en arbitrait les premiers conflits. Cela nous vaut les Épîtres du Nouveau Testament, certaines de sa main, d'autres, postérieures, écrites en son nom, l'ensemble constituant une première mise au point doctrinale de la foi chrétienne. Un des intérêts des écrits de Paul est de nous plonger au cœur des débats qui pouvaient survenir, parfois sur des aspects a priori subalternes, mais jugés assez importants pour justifier un recours lointain! Ici, dans cet extrait de 1 Corinthiens 11, 2-16 retenu par Théovie pour son cycle « Femmes du Nouveau Testament », il est question de cheveux, de voiles et couvre-chefs... Des détails, certes, mais capables de susciter des prescriptions et des débats traversant les millénaires. La chevelure des femmes à Corinthe De quoi s'agit-il? Dans l'Église de Corinthe, dynamique au point d'être désordonnée et divisée, des femmes prient et prophétisent « en cheveux », sans voile, alors que des hommes se couvrent la tête ou portent les cheveux longs. Et cela semble contraire aux traditions que Paul se targue d'avoir transmis, même si on peut questionner l'idée de tradition pour une communauté qui a à peine dépassé les vingt ans. Il déploie un argumentaire varié en rappelant par une habile image ce qui est pour lui l'ordre social divin : de bas en haut, la tête de la femme, c'est l'homme, la tête de l'homme, c'est le Christ, la tête du Christ c'est Dieu. On reconnaîtra immédiatement un sexisme, niant à la femme une relation directe au Christ. Dans une société où elles sont des mineures à vie, ce propos est une évidence. Pourtant dans l'Église de Corinthe, des femmes n'agissent pas en mineures, mais en actrices de leur foi, comme dans toutes les Églises que suit Paul. Et cela ne lui pose aucun problème qu'elles prient et prophétisent en public aux côtés des hommes. En ce sens, Paul défend une avancée féministe majeure, au rebours du judaïsme ou des cultes polythéistes, où les sexes étaient séparés et où les hommes dominaient. Mais, en tacticien habile, il préfère détourner l'attention sur des détails pratiques et concéder un rappel à l'ordre : les femmes doivent avoir la tête couverte, mais pas les hommes, les cheveux longs sont pour les femmes, les courts pour les hommes. Une position entre-deux Un lecteur attentif de la Bible hébraïque pourrait rétorquer que Moïse ou Élie se voilaient avant de rencontrer Dieu (Exode 3, 6b et 1 Rois 19, 13), que les prêtres devaient porter un turban (Exode 28, 4) et que les hommes consacrés à Dieu, comme Samson, arboraient une longue chevelure. Et aujourd'hui, le port de la kippa s'impose à tout homme entrant dans une synagogue. Les arguments de Paul relèvent de la convenance et d'une « nature » bien subjective : en fait, il prescrit de se conformer à la normalité ambiante, celle d'une société gréco-romaine, cadre désormais de la croissance des Églises chrétiennes. Il convient donc de ne pas marginaliser par des gestes pouvant être perçus comme provocateurs. Ainsi sera sauvé l'essentiel :  les avancées égalitaires entre hommes et femmes. D'ailleurs, corrigeant sa métaphore initiale des têtes, il rappelle que si la femme est tirée de l'homme (selon la lecture masculine traditionnelle de Genèse 2, 22), l'homme naît d'une femme... Paul ne cède pas à la tentation d'exclure les femmes de ces nouveaux rôles quitte à faire acte d'autorité et in fine de refuser toute contestation. On lui pardonnera cet autoritarisme, pour créer une Église, où il n'y a plus ni juifs, ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves, ni hommes ni femmes, mais tous unis en Jésus le Christ (Galate 3, 28).

    Paul et les femmes

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