On dit souvent que le mental est plus fort que le physique. C’est une vision tronquée, trompeuse et culpabilisante À mon arrivée dans l’armée, je n’arrivais pas à enchaîner plus de dix pompes et cinq tractions. Je pesais 60 kilos pour 1,80 m. Un vrai bonhomme ficelle. J’étais tellement complexé par ça que je fuyais toute activité physique. Pour tout dire, je n’avais pas fait de sport depuis mes cours de badminton au Lycée, si on peut considérer cela comme un sport. Alors, pendant les classes, les premières marches étaient des agonies. La sangle du fusil écrasait ma nuque. Le musette me lacérait le dos. J’avais toujours l’impression que mon sac pesait 10 kilos de plus que celui des autres, car mes camarades n’avaient pas l’air d’éprouver la même douleur. Pendant certaines marches, je me pensais tellement à bout de force, que mon cerveau captait le moindre caillou comme une opportunité de glissade, pour simuler la blessure et m’arrêter là. En rentrant dans la chambrée, je n’avais plus le cœur à parler à personne. Je me sentais faible et méprisable. Mon obsession : trouver une raison digne d’abandonner. Le coup de la cheville tordue n’était pas assez crédible, alors j’imaginais des scénarios plus compliqués. J’espérais qu’il arrive malheur à un lointain parent, pour pouvoir plaider l’abandon « pour raisons familiales ». Mais un miracle m’a sauvé. Marche après marche, entraînement après entraînement, mon sac-à-dos s’est mystérieusement allégé. Mon souffle de bête sauvage se domestiquait. J’avais de moins en moins à supplier ma volonté. Qu’a-t-il bien pu se passer ? Ce n’est pas mon mental, ma volonté ou mon esprit qui s’endurcissait. C’était d’abord mon corps. Sans bruit, mon dos se musclait, mon cardio progressait, mes pieds se cornaient. Finalement, le mystère psychologique se résumait en huit mots, prononcés par le général commandant l’école, vers la fin des classes : « Corps faible, il décide. Corps fort, JE décide ». Quand je me torturais l’esprit avec des scénarios de désertion, ce n’était pas une faillite du mental. C’était mon corps qui commandait. La religion du « mental » est donc une escroquerie. Notre force morale ne peut augmenter que dans les limites fixées par notre physique. Et s’il arrive de transcender son corps par la seule force de l’esprit, l’exploit survient dans une circonstance précise : Quand on est en groupe. C’est la responsabilité des autres qui nous transcende. Finalement, le mental n’est pas une question d’esprit ou de corps, mais d’esprit de corps. ---- Ce texte est à retrouver dans mon livre « Donner l'ordre ne suffit pas » https://www.donner-lordre-ne-suffit-pas.com Pour s'inscrire au service national, il faut avoir entre 18 et 25 ans, et c'est par ici : https://www.sengager.fr/editos/service-national Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.