La Création et monde du travail, Renault Billancourt, usines à Saint-Denis, à La Courneuve, manufacture de Sèvres, par Nicolas Frize, compositeur. Date de l'intervention : 29 avril 2011 Beaucoup de mouvements musicaux qui semblaient être simplement inscrits dans l'histoire de la musique étaient en réalité d'abord inscrits dans l'industrialisation et le monde du travail : il en est du cubisme comme du bruitisme au début du siècle, et la musique concrète ne s'est pas penchée par hasard dans les années 1950 sur l'écoute de la matière, des objets, des paysages et du monde du travail... Les conditions de production du travail artistique en relation avec le monde du travail sont déterminantes, parce que ce sont elles qui font aboutir les oeuvres, et donc leur esthétique, leurs formes, leurs implications, leur compréhension... J'ai réalisé un certain nombre de campagnes de mémoire sonore du travail - en position "d'écouteur public", enregistré usines, bureaux, hôpital, centre de recherche... Pourtant, il ne suffit pas d'une mémoire réaliste des sources sonores, des machines et des gestes, il faut aussi capter la pensée, la traduction de ce qu'elles représentent ; la mémoire sinon, demeure "muette". Capter des sons, ce n'est pas les écouter tels qu'ils existent mais tels que les gens qui travaillent les perçoivent. La création musicale dans ce contexte contourne l'organisationnel, le technique, le rationnel..., sa matière première est le sensoriel, le sensible, l'indicible...