Deux jours avant l'ouverture du 79ᵉ Festival de Cannes, Jack débarque sur une Croisette encore en chantier. Entre sécurité privée, observateurs et photographes, l'effervescence de Cannes commence à se faire sentir. Mais Jack enchaîne les rencontres. Il croise un critique profondément marqué par sa découverte du film Un prophète, un projectionniste qui règle le son à l'oreille depuis quarante ans, et l'homme qui a longtemps prêté sa voix à l'accueil des stars sur le tapis rouge. Alors que Jack découvre l'envers du décor du plus prestigieux festival de cinéma du monde, sa mystérieuse quête prend un nouveau tournant… Cannes avant le Festival : les secrets de la Croisette Deux jours avant l'ouverture du 79ᵉ Festival de Cannes, la Croisette ressemble encore à un chantier – camions en double file, échafaudages, drapeaux qui claquent au vent. Face au Carlton, au Majestic et au Martinez, un habitué en chemise ouverte et arborant une chaîne en or explique sa technique et rassure sans le savoir Jack concernant sa quête impossible : il lui suggère de ne rien chercher, juste « être en réception » et attendre que les choses se passent. Plus loin, les plages privées se dessinent peu à peu sous les yeux de Jack. C'est là qu'il rencontre un agent de sécurité privé, qui lui raconte quelques anecdotes de la Croisette durant le festival, faisant notamment référence à un petit arrangement entre Madonna et l'un de ses amis photographes… Mais au milieu de tout ce bouillonnement, Jack a l'impression qu'un homme le suit à la trace… Jean Zay contre Mussolini : comment le Festival de Cannes est né en résistance au fascisme Un cinéaste rencontré au détour d'une rue raconte à Jack l'histoire méconnue du festival : créé en 1939 à l'initiative de Jean Zay et du gouvernement du Front populaire, le Festival de Cannes avait pour but de répondre à la Mostra de Venise voulue par Benito Mussolini comme vitrine du fascisme – et dont naîtront les péplums tournés à Cinecittà, cet immense complexe (studios, décors, ateliers, salles de montage…) créé pendant son régime. Non loin de là, au pied du Suquet, Aurélie Ferrier, qui dirige l'association Cannes Cinéma, poursuit ce même combat sous une autre forme : elle initie les enfants dès la maternelle aux émotions du cinéma, et s'interroge notamment sur la montée d'une forme de puritanisme chez les plus jeunes face aux scènes de fête ou de tendresse qui apparaissent à l'écran. La revendication politique de notre association porte sur l’ouverture de l’éducation artistique et culturelle au plus grand nombre. Pour que chacun puisse s’ouvrir l’esprit et évite de rester enfermé dans l’entre-soi. – Aurélie Ferrier, Directrice de Cannes Cinéma Pendant ce temps, la Cérémonie d'ouverture approche à grands pas. Le tapis rouge, dont la partie centrale est d'ailleurs changée une fois par jour, est déposé. Le public arrive en masse. La frénésie de Cannes monte d'un cran. Grand Théâtre Lumière, 2 300 sièges : la nuit où Jacques Audiard a fait basculer Cannes Alors que Jack se met en quête d'un rafraîchissement en terrasse, il remarque cet homme attablé au café California. Seul, il enregistre des notes vocales avec son téléphone. Jack comprend qu'il s'agit de Damien Leblanc, critique de cinéma, et part à sa rencontre. Celui-ci explique à Jack sa vision de son métier. Être critique de cinéma, c'est surtout apprendre à regarder. Je pourrais "juger" un film, comme au tribunal. Mais ce que j'aime, c'est me faire surprendre, être dérouté et réussir à mettre des mots sur ces émotions que je ne comprends qu'après coup. – Damien Leblanc, critique de cinéma. Il se souvient d'ailleurs de sa première année d'accréditation, en 2005, puis d'un moment très marquant, en 2009. Il s'agit de sa découverte du film Un prophète de Jacques Audiard. Dans le Grand Théâtre Lumière et ses plus de 2 000 places, il se souvient des applaudissements spontanés à l'issue de la projection. À la seconde où le film s'est terminé, presque de façon mystique, il a senti que la salle avait totalement adhéré. Comme si l'ensemble des spectateurs ne faisait plus qu'un. De quoi sentir que « ce film allait créer l'événement », explique-t-il, et que le monde allait adopter ce grand film. Mais Jack est interrompu par un mystérieux photographe. C'est cet homme qui suit Jack depuis son arrivée sur la Croisette… Yves Mourousi, Tarantino incognito, Cate Blanchett : les secrets de la voix des marches Plus tard, Jack rencontre le projectionniste Joël Malton, qui est passé des projecteurs de 35 mm au numérique depuis 2013. Alors qu'il se revendique lui-même non-cinéphile, il fête cette année sa 40ᵉ participation au Festival de Cannes, et raconte les coulisses de son métier. À mon avis, le son, c'est 70% de la qualité d'un film. Le son, c'est la partie la plus délicate d'un film, je le règle à l'oreille en étant au fond de la salle. – Joël Malton, projectionniste. Jack poursuit sa découverte de l'identité cinématographique de Cannes. Contemplant les rues de la ville, il se rappelle que le cinéma vit aussi en dehors de ces douze jours sous le feu des projecteurs, la ville ayant souvent été décor de cinéma, de La Main au collet d'Hitchcock à De rouille et d'os d'Audiard pour ne citer qu'eux. Puis, Jack part à la rencontre de Patrick Fabre, directeur du Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz, scénariste, réalisateur et « voix » de la montée des marches au festival de Cannes. Il raconte les quinze années durant lesquelles sa voix annonçait les stars sur le tapis rouge, dans la lignée d'Yves Mourousi, qui avait inventé ce rôle dans les années 1980. Il se souvient avoir repéré, année après année, Quentin Tarantino se glissant incognito à des séances de minuit, lunettes de soleil et bonnet vissé sur la tête. En 2018, il a d'ailleurs vécu la montée des marches de ces 82 femmes, à l'initiative de Cate Blanchett et Agnès Varda. Quatre-vingt-deux, comme le nombre de films réalisés par des femmes et sélectionnés à Cannes en 70 ans de festival, contre 1 688 films réalisés par des hommes à la même période. La montée des marches de ces 82 femmes est un geste politique hyper important pour l'industrie cinématographique mondiale et pour la société, c'était vraiment bouleversant. Heureusement, ça a évolué depuis. – Patrick Fabre, « voix » de la montée des marches à Cannes Mais au milieu de ses très nombreuses anecdotes, Patrick Fabre change de ton, et remet une dernière lettre à Jack… Une série écrite et présentée par Jack Souvant, coréalisée par Simon Decreuze, d’après une idée originale de Guillaume Ajavon. Musique originale de Benjamin Moussay. En partenariat avec l’UNESCO et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Une coproduction France Médias Monde et Mairie de Toulouse. Merci à la ville de Cannes pour le soutien apporté dans la production de cet épisode.