Une missive des Brès

Brès

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  1. Jun 28

    Nul ne lise cette missive s'il n'est géomètre

    Vous nous l’avez demandé ! Vos vœux sont exaucés : cette missive est désormais disponible au format audio. Bonne lecture ou bonne écoute ! Quadrature du cercle La forme d’un pays n’est pas une figure géométrique. Honi soit qui mal y pense : nous n’avons rien contre la géométrie, qui n’est rien de moins que l’antichambre de la philosophie. Mais quand même : peut-on vraiment faire entrer la France dans un hexagone ? Il faudrait forcer un peu la chose comme Homère qui, quelques mois en arrière, parvenait, à force d’obstination (et à force tout court), à encastrer le triangle dans le cercle de sa boîte d’éveil en bois. Hexagone, synonyme de France ? Formule de simplification pratique, direz-vous. À raison. Car l’amour des Français pour la périmétrie est pluriséculaire. Convoquons Vauban intimant au Roi Soleil de songer à son « pré carré », que le maréchal icaunais sertit d’un chapelet remarquable de fortifications au système géométrique toujours plus poussé et complexe, impressionnant et inexpugnable. Avec Vauban, la géométrie entrait dans l’histoire en protégeant le pays, s’inscrivait dans la géographie en y érigeant des places fortes. Il y a deux ans, Justine, Homère et moi épousions cette appétence pour le tracé franc et net, en nous lançant sur une « diagonale du vide » à pied qui avait tout d’une tangente. Nous remettons le couvert cet été, du 19 juillet au 1er août, avec une « diagonale du livre » qui se dessine au champlevé, avec de plus en plus de précision. De Bulson à Brive, de Châtillon à Villapourçon, de Barrais-Bussolles à Néris-les-Bains, nous retrouverons les figures incarnées de ce pays, et en rencontrerons d’autres encore. Du Der au Morvan, de la Côte d’Or aux Combrailles, nous foulerons les terroirs à la richesse inépuisable de ce pays dont les reliefs naturels et les territoires humains sont équidistants du merveilleux et du fragile. L’incendie de la cathédrale de Condom, radieux fanal, n’en est qu’un rappel déchirant. Aimant les lignes de fuite et aimantés par elles, Justine et moi sommes peut-être, après tout, des disciples en puissance de vénérables géomètres. Mais nous gardons aussi un certain attrait pour l’improvisation, alors si vous souhaitez nous voir sourdre, ou compasser non loin de chez vous cet été, faites-nous signe ! Maxi réminiscence Lorsque Clémence Levasseur, journaliste pour le magazine féminin Maxi, m’a contactée pour me proposer de témoigner de notre parcours au sein de leurs pages, c’est une fillette de 11 ans qui lui a répondu. Impressionnée, intimidée, troublée de susciter l’intérêt d’un magazine qu’elle a tant de fois parcouru, enfant. Été 2004. Dans le salon de ma grand-mère, la pile brinquebalante de Maxi présente sur la table basse est une institution. Une œuvre artistique. À mi-chemin entre la Sagrada Familia et la tour de Pise, entre le monument en devenir, inachevé, et celui qui tutoie les altitudes des Monts d’Arrée. La pile de Maxi représente une part non négligeable du patrimoine mobilier familial, aux côtés du buffet en châtaignier sculpté avec des scènes de vie bretonne et du rouet ancien. Un Maxi ne vient jamais seul. Il ne joue pas sa vie à pile ou face. Il est une pile, vaille que vaille. D’énergie. De semaines accumulées. De couvertures, qui donnent à sa lecture cette douceur enveloppante si caractéristique. Ma Doué benniget, ces couvertures ! Dieu sait que je les ai peinturlurées… Ces élégantes femmes au visage rayonnant et au teint vitaminé se retrouvaient ni une ni deux, et sans leur consentement, avec un piercing au nez, un bindi sur le front, un trait d’eye-liner amywinehousien et des boucles d’oreilles pendantes jusqu’au code-barre. Les dents blanches se paraient de caries, les acrochordons poussaient comme des champignons, les poils se mettaient subitement à pousser sur le menton et au-dessus de la lèvre supérieure. L’issue (je n’ose associer ici le terme “fatale”) était prévisible, inéluctable : ces élégantes femmes au visage rayonnant et au teint vitaminé se métamorphosaient toujours en hommes, moustachus et barbus, criblés de poireaux. Les Maxi quittaient parfois la table basse du salon pour aller à la mer. Ses pages blondes et glacées se parfumaient alors aux embruns, se gondolaient de plaisir lorsque, à peine sortis de l’eau, nous posions nos doigts tout fripés et encore humides sur ses rubriques. Les grains de sable, ces heureux prisonniers des vacances, ne laissaient de s’incruster dans la reliure. Lorsque Clémence Levasseur m’a contactée pour me proposer de témoigner de notre parcours pour Maxi, c’est un bout coloré et innocent de mon enfance qui m’a éclaté à la figure. L’article paraîtra cet été. Procurez-vous le, évidemment. Plutôt, procurez-vous la pile ! N’hésitez pas à manier la crème solaire (SPF50) durant la lecture, mais sachez toutefois rester humbles face à vos talents de maquilleurs. Toutes les femmes n’ont pas vocation à devenir des hommes ! Etxea Le mois dernier, nous étions invités par l’association Etchetoa, à venir témoigner de notre aventure devant un chapelet de pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, à Harambeltz. L’occasion d’y retrouver Marie, l’hospitalière qui nous avait accueillis en famille, deux ans plus tôt, et qui nous avait offert, au-delà de l’hospitalité, une leçon de vie indélébile, prélude certain à notre installation en Soule et à une amitié précieuse, fondée sur les bases solides et inébranlables du désintérêt. Etxea n’a pas d’équivalent en français. Ce mot renvoie tout à la fois à la maison, aux meubles, aux animaux domestiques, aux terres labourables, au droit d’église et de sépulture et même aux ruches, qui permettaient aux familles d’autrefois, l’apport en sucre au sein du foyer. Voici un extrait d’Une famille en chemin, tiré de la plume de Romain, qui revient sur nos premiers pas au Pays basque (p.217) : Des cloches tintent derrière les bosquets. Elles n’appartiennent pas aux vaches, mais à un groupe de pottok. Le Pays basque est une terre enracinée, puisant sa singularité jusque dans les races de chevaux trottant dans ses prés. C’est la terre d’un peuple aux vénérables origines pour qui l’ancrage a tant de sens que les maisons, les etxe, portent un nom : Ordelenia, Etcharrenia, ou encore Ttattola. Et le nom de la demeure tend même à prévaloir sur les patronymes. « La tradition basque veut que nous ne soyons que des locataires. Les hommes, les familles passent. Les murs demeurent », nous expliquait-on alors que nous traversions le nord de la Soule. Une tradition qui illustre bien toute l’importance du foyer pour les Basques, qui en prennent grand soin. Les contreforts des Pyrénées sont parcourus de multiples ruisseaux, creusant autant de menues combes et vaux entre des collines dépassant rarement les 250 mètres d’altitude. Les robustes maisons basques y font leur apparition, saupoudrées à l’orée des bois, ou sur les promontoires. Les forts vents et pluies du nord ou de l’ouest ne peuvent entamer leurs puissants murs de pierre. Les ouvertures, fenêtres et portes, sont peu nombreuses, réduites à l’essentiel. À l’intérieur, de lourdes charpentes en chêne et escaliers en bois massif consolident le tout. Les extérieurs, eux, resplendissent de couleur et d’entretien. Une attention particulière est apportée à la façade orientale, protégée des éléments et saluant, chaque jour, le lever du soleil. Les pans de bois, peints en rouge ou en vert, y sont apparents et un linteau domine souvent la porte d’entrée. Murs épais, ouvertures réduites offrant peu de prise aux remous des temps, extérieurs soignés et intérieurs robustes. Pour les Basques, maisons et familles sont un même combat. Solitude urbaine “Vous ne savez peut-être pas, docteur, que c’est par erreur que je suis venu ici, répondit Drogo.– Tout le monde est venu ici par erreur, mon cher garçon, fit le médecin faisant pathétiquement allusion à lui-même. Et même ceux qui y sont restés.” Enfermée dans 36,12m² (loi Carrez, faut-il le préciser ?), la lecture du Désert des Tartares, de Dino Buzzati, m’avait glacé les sangs, au printemps 2020. Étais-je arrivée à Paris par erreur ? D’où venait ce mal du pays dans mon propre pays, ressenti au plus profond de l’âme ? Pourquoi avais-je le sentiment d’habiter à Paris, plutôt que d’y vivre ? Tout en douceur, et avec une infinie tendresse, la journaliste Pascale Maurer nous a interrogés à son micro (entre autres sujets) sur la solitude que l’on peut être amenés à ressentir dans les grandes villes. Nous avons discuté du paradoxe à se sentir isolés au milieu de millions d’individus, à se sentir esseulés entourés de voisins, à être cernés d’aéroports, de gares, de stations de métro sans aucune issue de secours pour quitter une prison dorée. Nous avons aussi évoqué les coups de pied au derrière de la vie, les existences qui se cognent le coeur contre des murs trop froids, les zones rurales dépeuplées qui communiquent entre elles grâce à la puissance du réel, les âmes sensibles qui ne s’abstiennent pas. Sources * La toile Jaune Rouge, Bleu, est une oeuvre de Vassily Kandinsky 1925 * Femme lisant dans un intérieur est un tableau du peintre français Félix Valloton (1910). * Un dimanche d’été à Ascain, est une huile sur toile de Pedro Ribera (1927). * Nighthawks est un tableau réalisé en 1942 par Edward Hopper. Illustration sonore * La musique de l’habillage du podcast est Le cirque, de Francis Lai. * La musique accompagnant l’article Quadrature du cercle est La France, de Jean Ferrat. * La musique accompagnant l’article Maxi réminiscence, est Gortoz a ran de Denez Prigent. * La musique acco

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