Reflets du Sud : histoire et mémoire de la Martinique

Arnaud RANSAY

Reflets du Sud est un média martiniquais indépendant. Histoire, mémoire, société, politique, économie : chaque épisode est la version audio d'un article publié sur refletsdusud.blog (http://refletsdusud.blog). On y parle du Code noir et du monde qu'il a fondé, de la bataille de l'Acajou et de ceux que le récit a effacés, de la Guerre du Diamant, de l'eau, du transport, de la vie chère, du football comme héritage colonial. La méthode ne change pas : des sources vérifiées, une analyse en surplomb, aucune complaisance, ni envers l'État ni envers nous-mêmes. Les épisodes sont lus par une voix de synthèse, à partir des textes intégraux. Les articles, leurs sources et leurs versions PDF restent disponibles sur refletsdusud.blog (http://refletsdusud.blog). Écrit et dirigé par Arnaud Ransay. Ce que vous n'avez pas le temps de lire, vous pouvez désormais l'écouter. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

  1. 4h ago

    « Doudou » : garder la tendresse, desserrer le rôle

    « Doudou ». Un mot que l’on prononce avec tant de tendresse qu’on finit par ne plus entendre ce qu’il transporte. Ouvre le Larousse : une entrée masculine pour la peluche que l’enfant serre au berceau, une entrée féminine pour l’appellation tendre donnée aux Antilles à une femme. La même sonorité pour la douceur qui rassure l’enfant et pour celle qu’on attache à une femme du pays, et ce voisinage suffit à ouvrir une question. Chez nous, « doudou » s’adresse à une femme, à un homme, à un enfant, et c’est la relation qui lui donne son sens. L’Académie française, dans sa 9e édition, n’en retient pourtant qu’une femme native des Antilles : le féminin et l’île, rien d’autre. Le mot vient du redoublement de « doux », procédé ordinaire du créole qui ne porte en lui aucune infériorité ; mais en français la répétition fabrique aussi les mots de l’enfance, et ce voisinage pèse sur la manière dont on entend le mot lorsqu’il désigne une femme adulte. Il faut alors suivre le costume qu’on lui a taillé : le madras, le sourire attendu, une femme qui accueille celui qui arrive et l’attend quand il repart. Avec les travaux de Stéphanie Melyon-Reinette et de Jacqueline Couti, l’épisode suit cette figure mise au service de la beauté du pays et de sa commercialisation, puis remonte à janvier 1942, quand Suzanne Césaire déchire la carte postale dans la revue « Tropiques » : « Littérature de hamac. Littérature de sucre et de vanille. » Cette critique du doudouisme vient d’ici, portée par une Martiniquaise. Reste le prix de cette douceur, la familiarité qu’un inconnu impose en disant « doudou » et le sourire qu’on attend en retour. Je parle comme un homme, et c’est aux hommes que je pose la question de ce que nous attendons des femmes quand nous confondons leur douceur avec une disponibilité acquise. Fuir la doudou pour élever la potomitan, le pilier qui tient la famille, revient souvent à rebaptiser la charge sans l’alléger, comme le montrent les travaux de Stéphanie Mulot. Reprendre « doudou », c’est garder l’affection là où elle se partage librement et refuser qu’une femme soit désignée par son île. Avec cet épisode 16 se referme la série 4 de Reprendre les mots. Méfie-toi des mots qui te donnent un rôle au lieu d’un nom. Le texte intégral et toutes les sources : https://refletsdusud.blog/doudou-tendresse-doudouisme-femmes-antilles/ Tous les épisodes de Reprendre les mots : https://refletsdusud.blog/category/reprendre-les-mots/ Soutenir Reflets du Sud sur Tipeee : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/ Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    « Doudou » : garder la tendresse, desserrer le rôle
  2. 1d ago

    Supprimer l’octroi de mer : la réponse de Maryse Coppet

    Tribune invitée. Le 9 octobre 2026, Reflets du Sud publiait « Octroi de mer : l’impôt qui nous tient », un dossier qui propose de garder la taxe en changeant sa cible. Maryse Coppet, avocat au barreau de Bruxelles et présidente du Mouvement Outre Mer, y répond. Sa thèse est opposée : il faut supprimer l’octroi de mer. Son argumentation avance en quatre temps. D’abord, une évaluation construite avec ceux qui profitent du dispositif, ce que la Cour des comptes relevait déjà en mars 2024. Ensuite, des exonérations accordées produit par produit, un régime dans lequel la chambre régionale des comptes de Guadeloupe voyait en 2020 un risque de clientélisme et de corruption. Puis une taxe prélevée sur le panier des ménages, alors que les populations demandent du pouvoir d’achat et que les collectivités ne rendent pas compte de leurs dépenses. Enfin, un droit de douane intérieur qui, depuis l’arrêt Lancry de 1994, ne tient que par dérogation européenne. Elle annonce travailler sur un dispositif de remplacement qui ne pèserait pas sur le pouvoir d’achat. Les analyses et propositions de cet épisode sont celles de Maryse Coppet. Reflets du Sud reproduit sa tribune sans modification de fond ; une éventuelle réponse éditoriale sera publiée séparément. Lire la tribune (texte et PDF) : https://refletsdusud.blog/octroi-de-mer-reponse-maryse-coppet/Le dossier auquel elle répond : https://refletsdusud.blog/octroi-de-mer-impot-qui-nous-tient/ Reflets du Sud, histoire, société et mémoires martiniquaises : https://refletsdusud.blog Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  3. 3d ago

    Octroi de mer : l’impôt qui nous tient

    Il y a des impôts que l’on paie. Il y en a d’autres qui nous tiennent. L’octroi de mer apporte près d’un tiers des ressources de nos communes et pèse sur le prix de la plupart des biens importés ; la Commission européenne propose de prolonger jusqu’en 2030 le régime qui permet de le moduler en faveur de la production locale. Dans cet épisode, version audio du troisième volet du dossier de Reflets du Sud sur l’octroi de mer, je lis l’évaluation que la France a remise à Bruxelles en octobre 2025 et qu’elle n’avait pas rendue publique. Obtenue par l’avocate Maryse Coppet au terme d’une procédure européenne, malgré l’opposition partielle des autorités françaises, elle chiffre ce que coûte la protection de la production locale, qui la paie, et ce que ses propres tests peinent à démontrer. Puis je pose la question que le débat entre abolition et prolongation contourne : à qui profite la durée ? Ni disparition, ni reconduction en l’état : 5 pistes pour changer la cible de cet impôt. L’article écrit, ses sources et les 3 documents consultables : https://refletsdusud.blog/octroi-de-mer-impot-qui-nous-tient/ Reflets du Sud est un média indépendant qui vit de la confiance de ses lecteurs et auditeurs. Soutenez-le sur Tipeee, même avec 1 € : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/Suivez la page Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=61595017529489 Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  4. 6d ago

    Reprendre les mots, épisode 15 : « Quimbois »

    Il y a un mot qu'on baisse la voix pour dire. « Quimbois », « tjenbwa » en créole martiniquais, « kenbwa » en Guadeloupe, « tchenbwa » en Guyane. On nous l'a présenté comme de la sorcellerie, de la superstition, des histoires de bonnes femmes. Mais voilà ce qu'on ne nous dit jamais : le colon ne l'a pas interdit parce qu'il n'y croyait pas. Il l'a interdit parce qu'il y croyait autant que nous. Dans cet épisode, trois pistes étymologiques et aucune n'a gagné : le français « tiens, bois », l'injonction du guérisseur ; le kikongo « kimbwa », que les uns traduisent par connaissance et les autres par l'esprit qui veille sur une lignée ; et le kalinago « akamboué », les esprits des ancêtres, piste défendue par l'ethnobotaniste martiniquais Emmanuel Nossin. Le mot est aussi métissé que la pratique. Puis l'histoire de la répression. Sur l'habitation, connaître les plantes, c'était se soigner sans le maître, accoucher sans le maître, donc lui échapper. L'historienne Caroline Oudin-Bastide a montré que l'accusation d'empoisonnement a fonctionné comme une panique coloniale, nourrie par des maîtres qui croyaient eux-mêmes aux forces occultes. Une peur souvent sans preuve, mais qui a fait des morts bien réels : de 1724 à l'abolition, des tribunaux spéciaux ont jugé, condamné et exécuté. Et en 1760, juste après la révolte de Tacky, la Jamaïque a voté une loi qui interdisait l'obeah par son nom. Une précision qui compte : cet épisode n'est pas une apologie d'une croyance. Je ne demande à personne de croire à quoi que ce soit, chacun sa foi et ça ne regarde que lui. Ce que nous faisons ici, chaque lundi, c'est décoder les mots pour reprendre prise sur nos imaginaires. Décoloniser les mots, décoloniser les pratiques, et rouvrir le champ des possibles. Et pendant qu'on riait du quimbois, on a laissé se perdre l'autre moitié : les plantes, les tisanes, le savoir des vieux. L'agence du médicament recense aujourd'hui environ soixante-quinze plantes d'outre-mer inscrites à la Pharmacopée française. Ce qu'on appelait sorcellerie est en train d'entrer dans la pharmacopée. Ce n'était pas de la sorcellerie. C'était de l'autonomie. Texte intégral, précisions et sources : https://refletsdusud.blog/quimbois-tjenbwa-savoir-autonomie/ Ni publicité, ni sponsor. Si ce travail compte pour vous, soutenez-le sur Tipeee : https://fr.tipeee.com/reflets-du-sud/ « Reprendre les mots » est une série de Reflets du Sud. Un mot par semaine, décodé, rendu à son histoire. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    Reprendre les mots, épisode 15 : « Quimbois »

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