Frantz Grenet Histoire et cultures de l'Asie centrale préislamique Collège de France Année 2025-2026 Conférence - Gilles Bransbourg : La peste et la fin du monde antique : pas si simple. Une vue d'Égypte Gilles Bransbourg est invité par l'assemblée du Collège de France sur proposition des professeurs Jean-Luc Fournet et Frantz Grenet. Gilles Bransbourg Research Associate and Director's Council, Institute for the Study of the Ancient World at New York University ; Membre Associé, Monde byzantin, Orient & Méditerranée (UMR 8167) et chercheur associé IRAMAT (UMR 7065) Résumé La peste dite de Justinien, originaire d'Asie centrale, atteint l'Égypte romaine en 541 de notre ère. Les témoignages littéraires, combinée à la présence du pathogène Y. pestis dans de multiples sites funéraires de la période, confirment l'ampleur de l'événement. Des travaux récents suggèrent que l'effondrement démographique qui aurait suivi marque la véritable fin de l'Antiquité. Mais les données quantitatives manquent. L'Égypte représente à ce titre une véritable exception, grâce à la densité de ses sources primaires – des dizaines de milliers de papyrus qui ont survécu dans les sables secs du désert. Or, la peste n'y est mentionnée qu'une seule fois parmi plus de dix-sept mille documents édités et numérisés à ce jour pour le VIe siècle. De leur côté, les registres fiscaux et comptables de la période offrent dans leur immense majorité l'image d'une province stable, fournissant aux autorités impériales les versements qui sont attendus d'elle. Dans ce contexte, des papyrus récemment édités offrent peut-être une fenêtre sur « l'année de la peste en 541 », accréditant l'existence d'une crise productive sérieuse mais ponctuelle. Que pouvons-nous en déduire ? En premier lieu, la peste de Justinien et la peste noire du XIVe siècle ne sont pas comparables. Le retour à la normale est trop rapide. Ensuite, ces archives confirment une voie de transmission par la mer Rouge : en effet, la peste remonte le Nil, alors qu'une origine africaine aurait entraîné une contamination du sud vers le nord. Cela renforce l'idée que la contagion partie d'Asie centrale ait d'abord frappé le sous-continent indien. Finalement, si l'Empire romain d'Orient s'effondre effectivement au VIIe siècle pour ne subsister qu'autour de son noyau géographique, il est probablement erroné d'y voir une conséquence mécanique de la peste survenue un siècle plus tôt. D'autres phénomènes sont à prendre en compte, y compris climatiques, et doivent intégrer l'irruption sur la scène de l'histoire de nouveaux entrants promis à un rôle majeur – Arabes et Slaves notamment. Biographie Gilles Bransbourg, économiste et historien, est titulaire d'un doctorat en histoire de l'École des hautes études en sciences sociales. Il est chercheur associé à l'Institute for the Study of the Ancient World de NYU depuis 2016 et membre de son Director's Council depuis 2025. Ses recherches portent sur l'histoire économique et monétaire comparée, et il publie régulièrement dans des revues académiques, des actes de colloques et des ouvrages collectifs. Conférencier invité dans de nombreuses institutions, il est notamment intervenu à Yale, Harvard, UPenn, Columbia, l'université de Chicago, All Souls College, l'EPHE, le Collège de France et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il a été membre de l'Institute for Advanced Study de Princeton en 2024-2025, et a été invité en résidence à l'American Academy in Rome en 2023 et 2026, ainsi qu'à l'université d'Orléans en 2025. Gilles a précédemment exercé les fonctions de directeur exécutif de l'American Numismatic Society à New York entre 2019 et 2024. Il prépare actuellement un ouvrage de synthèse sur la monnaie romaine devant être publié par Cambridge University Press. Diplômé de l'École polytechnique, de Sciences Po et de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique, il a effectué la première partie de sa carrière dans les marchés financiers avant de se consacrer pleinement à sa passion, l'histoire.