Histoire et cultures de l'Asie centrale préislamique - Frantz Grenet

La chaire Histoire et cultures de l'Asie centrale préislamique n'est pas la première chaire du Collège de France qui ait comporté l'Asie centrale dans son intitulé : il y avait eu auparavant celles de Paul Pelliot et de Louis Hambis, mais à la différence de celles-ci l'Asie centrale n'est plus présentée principalement du point de vue de l'expansion chinoise ; le fait qu'elle « parle » désormais par elle-même (par son archéologie, par son art, par ses langues et littératures anciennes dont la redécouverte tout au long du XXe siècle a été spectaculaire) est pleinement pris en compte. L'horizon géographique envisagé dans l'enseignement est principalement l'Asie centrale (ou « Asie moyenne ») dans sa définition ex-soviétique : les cinq républiques maintenant indépendantes, auxquelles d'ajoute l'Afghanistan. La période traitée va de la conquête achéménide (VIe s. av. n.è.) aux premiers siècles de l'islamisation. Même ayant souvent affirmé une puissante originalité culturelle, un carrefour tel que l'Asie centrale ne peut évidemment être traité sans prise en compte des grands empires qui ont interagi avec lui : l'Iran, le premier empire turc, la Chine, et aussi l'Inde à laquelle ma fonction actuelle de directeur de l'Institut d'études indiennes et de la collection de l'Institut de civilisation indienne et centrasiatique m'amène à prêter une attention particulière.

  1. Jun 15

    Conférence - Gilles Bransbourg : La peste et la fin du monde antique : pas si simple. Une vue d'Égypte

    Frantz Grenet Histoire et cultures de l'Asie centrale préislamique Collège de France Année 2025-2026 Conférence - Gilles Bransbourg : La peste et la fin du monde antique : pas si simple. Une vue d'Égypte Gilles Bransbourg est invité par l'assemblée du Collège de France sur proposition des professeurs Jean-Luc Fournet et Frantz Grenet. Gilles Bransbourg Research Associate and Director's Council, Institute for the Study of the Ancient World at New York University ; Membre Associé, Monde byzantin, Orient & Méditerranée (UMR 8167) et chercheur associé IRAMAT (UMR 7065) Résumé La peste dite de Justinien, originaire d'Asie centrale, atteint l'Égypte romaine en 541 de notre ère. Les témoignages littéraires, combinée à la présence du pathogène Y. pestis dans de multiples sites funéraires de la période, confirment l'ampleur de l'événement. Des travaux récents suggèrent que l'effondrement démographique qui aurait suivi marque la véritable fin de l'Antiquité. Mais les données quantitatives manquent. L'Égypte représente à ce titre une véritable exception, grâce à la densité de ses sources primaires – des dizaines de milliers de papyrus qui ont survécu dans les sables secs du désert. Or, la peste n'y est mentionnée qu'une seule fois parmi plus de dix-sept mille documents édités et numérisés à ce jour pour le VIe siècle. De leur côté, les registres fiscaux et comptables de la période offrent dans leur immense majorité l'image d'une province stable, fournissant aux autorités impériales les versements qui sont attendus d'elle. Dans ce contexte, des papyrus récemment édités offrent peut-être une fenêtre sur « l'année de la peste en 541 », accréditant l'existence d'une crise productive sérieuse mais ponctuelle. Que pouvons-nous en déduire ? En premier lieu, la peste de Justinien et la peste noire du XIVe siècle ne sont pas comparables. Le retour à la normale est trop rapide. Ensuite, ces archives confirment une voie de transmission par la mer Rouge : en effet, la peste remonte le Nil, alors qu'une origine africaine aurait entraîné une contamination du sud vers le nord. Cela renforce l'idée que la contagion partie d'Asie centrale ait d'abord frappé le sous-continent indien. Finalement, si l'Empire romain d'Orient s'effondre effectivement au VIIe siècle pour ne subsister qu'autour de son noyau géographique, il est probablement erroné d'y voir une conséquence mécanique de la peste survenue un siècle plus tôt. D'autres phénomènes sont à prendre en compte, y compris climatiques, et doivent intégrer l'irruption sur la scène de l'histoire de nouveaux entrants promis à un rôle majeur – Arabes et Slaves notamment. Biographie Gilles Bransbourg, économiste et historien, est titulaire d'un doctorat en histoire de l'École des hautes études en sciences sociales. Il est chercheur associé à l'Institute for the Study of the Ancient World de NYU depuis 2016 et membre de son Director's Council depuis 2025. Ses recherches portent sur l'histoire économique et monétaire comparée, et il publie régulièrement dans des revues académiques, des actes de colloques et des ouvrages collectifs. Conférencier invité dans de nombreuses institutions, il est notamment intervenu à Yale, Harvard, UPenn, Columbia, l'université de Chicago, All Souls College, l'EPHE, le Collège de France et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il a été membre de l'Institute for Advanced Study de Princeton en 2024-2025, et a été invité en résidence à l'American Academy in Rome en 2023 et 2026, ainsi qu'à l'université d'Orléans en 2025. Gilles a précédemment exercé les fonctions de directeur exécutif de l'American Numismatic Society à New York entre 2019 et 2024. Il prépare actuellement un ouvrage de synthèse sur la monnaie romaine devant être publié par Cambridge University Press. Diplômé de l'École polytechnique, de Sciences Po et de l'École nationale de la statistique et de l'administration économique, il a effectué la première partie de sa carrière dans les marchés financiers avant de se consacrer pleinement à sa passion, l'histoire.

    1h 38m
  2. May 12

    Conférence - Touraj Daryaee : History and Memory: In Search of Lost Time

    Frantz Grenet Histoire et cultures de l'Asie centrale préislamique Collège de France Année 2025-2026 Conférence - Touraj Daryaee : History and Memory: In Search of Lost Time Touraj Daryaee Maseeh Chair in Persian Studies & Culture, University of California - Irvine Résumé Memory of past does not reveal itself to all people in the same manner. For the Sasanians in Late Antiquity (200-651 CE), what they came to profess was their ancient past and for the people they were ruling over, was drastically different from what the Romans understood as history of the Bygones. For Iranians a historical tradition had developed, which was far removed from Greek and Roman historiographical tradition. History revealed itself in a different manner for the late ancient Iranians, from those living in the Mediterranean, with a different narrative. In a sense, history of the past, as a set of real events, was "Balkanized" in the memory of people in late antiquity. This Balkanization of the past led to the creation of multiple views, where conflicts and brotherhoods were defined in nativist terms, which the Sasanians used for dealing with their neighbors. The most important element in this divergent development of history and memory was the impact of Zoroastrianism in late antiquity, where the sacred traditions, constructed a "history" which attempted to explain who the Iranian were, and where they came from. But did the Sasanians remember the Achaemenids? If they did not, we must ask how did this "historical amnesia" came to prominence and what was put in their place as the historical memory of the Persianate past? Were the Achaemenids accidentally forgotten, or was there a planned program to provide an alternative past? If they are remembered, how are they placed within the Iranian tradition? Rather than denying or confirming Sasanian memory of the Achaemenids, I would like to suggest that the process was more complicated and that there were several streams of history and memory working together to bring about a new view of the past.

    58 min
  3. May 7

    Conférence - Touraj Daryaee : The Idea of Iran in Late Antiquity

    Frantz Grenet Histoire et cultures de l'Asie centrale préislamique Collège de France Année 2025-2026 Conférence - Touraj Daryaee : The Idea of Iran in Late Antiquity Touraj Daryaee Maseeh Chair in Persian Studies & Culture, University of California - Irvine Résumé Ardashīr I, in the third century claimed to be the king of the Iranians, and by the time of Shapur I the realm was known as Ērānšahr, i.e., the "Empire of the Iranians." During the Sasanian period, not only the idea of Iran took form, but its boundaries and what it meant to be an Iranian took shape. While the major motive behind such an idea was based on ethnic and religion (Zoroastrian) religion, by the fifth sixth century CE there had been a major shift in what is meant to be an Iranian. Ērīh (Iranianess), by then meant acquiring a set of values, worldviews and cultural tradition which went beyond the early notions of ethnos as an Arya. In effect those who were of any ethnic and religious background, as long as they partook in the values and beliefs of the world of Iran and abided by the Law of the King (Dād), were considered as Iranian. Ērīh meant one who understood the historical view, partook in "national" celebrations, wore similar clothing, ate in a specific manner, and played such games and chess and backgammon. This "cultural turn," is similar to China with the Jin Dynasty, and earlier with the Roman Empire. Some of these developments was part of the encounter with civilizations and religions around the Sasanian Empire, such as the Roman Empire. However, the nomadic forces and empires in Central Asia / East Iran, brought more concrete ideas of Iranianess and non-Iranianess (Ērīh ud an-Ērīh).

    1h 4m

About

La chaire Histoire et cultures de l'Asie centrale préislamique n'est pas la première chaire du Collège de France qui ait comporté l'Asie centrale dans son intitulé : il y avait eu auparavant celles de Paul Pelliot et de Louis Hambis, mais à la différence de celles-ci l'Asie centrale n'est plus présentée principalement du point de vue de l'expansion chinoise ; le fait qu'elle « parle » désormais par elle-même (par son archéologie, par son art, par ses langues et littératures anciennes dont la redécouverte tout au long du XXe siècle a été spectaculaire) est pleinement pris en compte. L'horizon géographique envisagé dans l'enseignement est principalement l'Asie centrale (ou « Asie moyenne ») dans sa définition ex-soviétique : les cinq républiques maintenant indépendantes, auxquelles d'ajoute l'Afghanistan. La période traitée va de la conquête achéménide (VIe s. av. n.è.) aux premiers siècles de l'islamisation. Même ayant souvent affirmé une puissante originalité culturelle, un carrefour tel que l'Asie centrale ne peut évidemment être traité sans prise en compte des grands empires qui ont interagi avec lui : l'Iran, le premier empire turc, la Chine, et aussi l'Inde à laquelle ma fonction actuelle de directeur de l'Institut d'études indiennes et de la collection de l'Institut de civilisation indienne et centrasiatique m'amène à prêter une attention particulière.

More From Collège de France

You Might Also Like