Donald Trump et ses conseillers en sécurité nationale mènent des discussions actives sur une acquisition du Groenland, a déclaré ce mercredi 7 janvier la Maison Blanche. Le Groenland, territoire semi-autonome intégré au royaume du Danemark, est au cœur des ambitions américaines, l’île du cercle polaire n’est plus une périphérie glacée. Réchauffement climatique oblige, le Groenland devient un espace de circulation structuré par trois routes maritimes polaires. Une au nord-est contrôlée par les Russes, une autre à l'ouest entre Groenland et Canada. Et enfin la Transpolar Sea Route (TSR) qui, du détroit de Béring rejoint l'Atlantique en passant par le nord du Groenland. Et outre les États-Unis, la Russie et la Chine entendent bien y planter le drapeau, souligne Mikaa Blugeon-Mered, enseignant à l'école de guerre à Paris : « Une militarisation russe qui, de fait, depuis quinze ans, arrive à des niveaux significatifs. Et l'autre, c'est la question chinoise, bien sûr, puisque la Chine arrive, été après été, à faire des premières de navigation sous-marine, sous banquise, qui permettent effectivement aujourd'hui à la Chine d'acquérir une compétence en Arctique qu'elle n'avait pas du tout et qu'elle pourrait tout à fait commencer à exploiter d'un point de vue stratégique dans les années qui viennent ». À lire aussiPourquoi la fonte des glaces du Groenland menace l'humanité (et ferait les affaires de Trump)? Une chasse gardée américaine Pour les États-Unis, le Groenland a toujours été perçu comme une chasse gardée, un territoire stratégique. Déjà pendant la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre froide et depuis les traités de 1951, Washington est même le garant de sa sécurité. L'armée américaine y possède encore une base à Pituffik, anciennement Thulé, au nord-ouest de l'île. « Cette base de Pituffik », dit Mikaa Blugeon-Mered, « a été mise sous le commandement de la Space Force, c'est-à-dire de l'armée spatiale des États-Unis, créée il y a quelques années. L'objectif de Pituffik aujourd'hui, c'est de servir de relais entre l'infrastructure au sol et les infrastructures spatiales au sens des satellites, notamment des satellites d'observation militaire, des satellites de renseignement électronique ou de renseignement optique qui déchargent leurs données à Pituffik, données qui sont ensuite exploitées ailleurs ». Un bras de fer autour des ressources naturelles Le Groenland, stratégique sur l'échiquier militaire, l'est tout autant pour ses ressources de zinc, de graphite, de cuivre, de lithium, des terres rares. Grand comme quatre fois la France, le Groenland abrite dans ses sous-sols un immense trésor attisant les convoitises de tous les compétiteurs, y compris des Européens. « La Chine, l’Europe et les États-Unis sont en compétition pour les mêmes ressources du Groenland. Parce que si effectivement le Groenland est stratégique pour les États-Unis, pour la défense, la tech, l'intelligence artificielle, c'est pareil pour nous. Que ce soit sur le molybdène, que ce soit sur les terres rares, que ce soit potentiellement pour l'uranium à long terme, que ce soit même pour du sable, on a les mêmes enjeux de compétition. Le deuxième élément important, c'est la question de l'architecture de sécurité transatlantique. Le Groenland fait partie de l'Otan parce que c'est encore un territoire d'outre-mer du Danemark. Et donc le sujet qu'il y a ici au Groenland, c'est que si effectivement les Américains débarquent au Groenland avec leurs gros sabots, est-ce que ça fera exploser l'Otan ? A priori, on peut dire que la réponse est potentiellement oui ». L’Otan en ébullition Les États-Unis vont-ils faire du Groenland une île forteresse, au nez et à la barbe des Danois, quitte à déstabiliser l'architecture de sécurité ? La réaction des Européens, pointe Mikaa Blugeon-Mered, n'a en tout cas pas tardé : « Ce qui est intéressant d'observer depuis le matin du lundi 5 janvier, ça a été la réaction coordonnée au plus haut niveau par rapport aux déclarations de Donald Trump post affaire Maduro au Venezuela, de dire, voilà, tous les pays nordiques par la voix de leur Premier ministre et les pays de la Baltique également, ce qu'on appelle le NB8, le Nordic Baltic 8. Ils ont tous réagi de manière concertée et de manière coordonnée pour dire que s'il se passe quelque chose, on ne va pas laisser le Groenland tomber. Ces huit États voient très bien ce qui pourrait se passer si Donald Trump prenait le Groenland par la force. Vladimir Poutine pourrait se dire que c'est le blanc-seing pour faire exactement la même chose, pas juste en Ukraine, mais notamment sur les États baltes. Et ça, c'est ce qui a provoqué a priori cette réponse concertée, avec encore une fois un haut degré de coordination sur le volet défense, on va défendre le Groenland si les Américains viennent ! Et ça, c'est une rupture stratégique absolument fondamentale, mais qui se joue sous les radars ». La décision américaine de faire main basse sur le Groenland interviendra dans quelques jours, à la fin du mois de janvier, a précisé Donald Trump. À lire aussiPourquoi Donald Trump s'intéresse au Groenland