Le président américain a dit cette semaine réfléchir « absolument » à retirer les États-Unis de l'Otan, une menace brandie après s'être plaint du manque d'aide apportée par des alliés pour débloquer le détroit d'Ormuz. L’Alliance atlantique est-elle en voie de désintégration ? L’essence même de l’Otan est d’incarner la solidarité entre alliés. Avec Donald Trump, cet esprit est une fois de plus violemment remis en cause. Pour autant cela a-t-il un impact sur les structures mêmes de l’Alliance dont le commandement suprême est assuré par le général américain Alexus Grynkewich. Pas réellement, assure Élie Tenenbaum directeur de recherche à l’Ifri : « Au quotidien, si vous échangez avec les gens qui font partie de la structure Otanienne, il n'y a rien qui a changé par rapport à il y a deux mois, ni même par rapport à il y a deux ans. En fait, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de mesures américaines spécifiques, si ce n'est une réduction légère des contributions américaines au siège et dans quelques organes du commandement intégré. Mais on est extrêmement loin des messages qui peuvent être passés au plus haut niveau politique ». Vive inquiétude en Europe L’inquiétude des Européens est néanmoins bien réelle, que deviennent les plans de défense de l’Otan sans les Américains ? « Vous avez des plans de défense qui ont été entièrement revu après l'adoption d'un nouveau concept stratégique en 2022 » Élie Tenenbaum, « ces plans s'articulent autour de trois plans régionaux et de sept plans stratégiques dits subordonnés qui sont structurés face à une menace désormais désignée qui est la Russie, qui sont censés être mutualisables et qui sont censés être exécutables. Pour autant, on sait quand même que leur exécution de la meilleure manière possible, est encore très dure à mettre en œuvre. D'abord parce que les cibles capacitaires n'ont pas été atteintes, et ensuite on a évidemment la question d'une contribution importante des États-Unis au plan de défense, historiquement de l'ordre de 50 % des capacités. Aujourd'hui, on est dans les 42 % et avec un objectif affiché pour les Américains de continuer à réduire leur part, au nom évidemment, de ce qu'ils appellent le partage du fardeau ». Les États-Unis peuvent-ils rapidement quitter l’Alliance atlantique comme le laisse entendre l’administration Trump ? L’Otan un tigre de papier assure Donald Trump Et la question sous-jacente est, s’ils quittent l’Otan, quitteront-ils l’Europe alors que plus de 60 000 soldats y sont encore stationnés ? Une telle décision ne sera pas si simple à prendre tempère Élie Tenenebaum : « La perspective d'un retrait américain en bonne et due forme, sous l'angle d'une dénonciation du traité, d'abord légalement, est loin d'être évidente, puisqu’une loi a été signée en 2023, qui empêchait le président des États-Unis de décider seul, sans accord, d'une majorité qualifiée des deux tiers du Congrès pour procéder à un tel retrait. Ensuite, parce que, finalement, on voit bien un intérêt des États-Unis à rester dans la structure, quitte à la vider de son sens en remettant en cause l'article cinq par des déclarations publiques, mais pour autant continuer à être à l'intérieur. Le retrait en bonne et due forme ne semble pas aujourd'hui à l'ordre du jour ». L’Otan un tigre de papier, la formule qu’affectionne le président Trump, risque néanmoins de sérieusement entamer la crédibilité de l’Alliance atlantique et sa capacité à dissuader ses adversaires. À lire aussiDonald Trump affirme qu'il envisage sérieusement de retirer les États-Unis de l'Otan