Elle recevait Chopin, Balzac et Flaubert à sa table. Elle n'a presque jamais cuisiné. Et la seule recette écrite de sa main, les gnocchi, est une étrange association de pâtes, de miel, de citron et de gruyère. Bienvenue à la table de George Sand. Dans ce nouvel épisode d'À la table des illustres, nous partons au Domaine de Nohant, dans le Berry, sur les traces de George Sand. Romancière, militante, amoureuse et maîtresse d'une table comme il en existe peu dans l'Histoire. Un épisode enrichi des voix de deux spécialistes rencontrés sur place : Vinciane Esslinger, historienne et guide au Domaine, et Georges Buisson, ancien administrateur du Domaine et à l'initiative du projet de panthéonisation de George Sand. L'autarcie Née Aurore Dupin en 1804, George Sand grandit à Nohant dès l'âge de quatre ans. Émancipée de son mari en 1836, elle retrouve le Domaine pour n'en repartir que contrariée. Car Nohant est au bout du monde, loin de Paris, loin des marchés, loin de tout. Elle s'organise alors en autarcie complète : un hectare de potager, une basse-cour monumentale, des vaches, des vignes, son propre blé pour son pain. Une quinzaine de bouches à nourrir en permanence. Un circuit court deux siècles avant que l'expression n'existe. Le mythe de la cuisinière Il faut tordre le cou à une légende : George Sand cuisinière est un mythe né au lendemain de sa mort. À Nohant, la cuisine est le domaine des cuisinières. George Sand, elle, écrit la nuit, se couche à l'aube, et mange sur le pouce, un bout de pain, du fromage, une écuelle de fromentée froide, cette bouillie de froment aux herbes qui est sa vraie Madeleine de Proust. Son premier article publié au Figaro en 1831 évoque déjà ce plat paysan berrichon. Ses vrais goûts Ses vrais péchés mignons ? Le chocolat à boire ou à croquer, les pâtes de fruits, les fruits confits, les marrons glacés en fin d'année. Et les confitures, la seule pratique culinaire qu'elle revendique vraiment. Quand un ami propose de lui envoyer de l'aide pour les préparer, elle refuse : "C'est comme un livre, faut les signer soi-même." Elle aime aussi l'omelette aux écrevisses à Gargilesse, son refuge secret dans la vallée de la Creuse, dont elle note la recette dans ses carnets de voyage. La recette et la table La seule recette écrite de sa propre main ? Des gnocchis aux couches alternées de miel, citron et gruyère, salés, sucrés, étranges. Audacieux comme elle. Et sur sa table, des assiettes décorées de papillons, des verres bleus et ambrés offerts par Chopin, du Saint-Estèphe, du Val de Grave, du champagne. Une table qui a vu passer Balzac, Flaubert, Tourgueniev, Liszt, Chopin. Pas forcément en même temps. Mais tous là. Un épisode immersif de 10 minutes, avec ambiances sonores et témoignages de spécialistes, pour découvrir la femme derrière la légende et comprendre pourquoi George Sand reste, 150 ans après sa mort, l'une des figures les plus modernes et les plus libres de la littérature française. Si vous aimez les récits courts mêlant histoire, littérature et gastronomie, pensez à vous abonner : un nouvel épisode sort chaque mardi matin. Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.