Ici l'Europe

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

  1. 4d ago

    Maia Sandu : "Il est crucial pour la Moldavie de rester dans le camp du monde libre"

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Maia Sandu, présidente de la République de Moldavie, pays de 2,8 millions d'habitants et voisin de l'Ukraine, qui a ouvert les négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE). Le 22 juin, un sommet UE-Moldavie s'est tenu à Bruxelles dans le cadre du premier groupe de chapitre de la procédure d'adhésion, ouvert le 15 juin 2026. Maia Sandu souhaite "une adhésion à part entière" mais se dit prête "à discuter de toute autre formule qui ne se substituerait pas à cette adhésion et ne retarderait pas le processus d'intégration à l'UE." Cette émission inclut également un reportage d'Isabelle Romero sur le développement économique de la Moldavie. "Ils ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix." Malgré une campagne de désinformation massive venant de la Russie, Maia Sandu a été réélue présidente de la République de Moldavie en 2024 pour un deuxième mandat consécutif, et un an après, en 2025, son parti Action et Solidarité a gagné les élections législatives face au Bloc électoral patriotique, parti pro-Kremlin. "Les Moldaves ont choisi l'UE pour leur avenir car l'UE est synonyme de paix" nous dit Maia Sandu. Selon elle, ses concitoyens souhaitent "rester dans le camp du monde libre", c'est-à-dire celui de l'Union européenne, "reconnue comme le projet de paix le plus abouti." Car ce petit pays de l'ex-bloc soviétique "perçoit plus clairement l'agressivité russe" depuis le début de la guerre en Ukraine. "Il est crucial pour nous de rester dans le camp du monde libre", nous confie la présidente. "Nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter." La Transnistrie a fait sécession avec la République de Moldavie en 1992 pour se rallier à Moscou. Dans cette région, qui représente 10 % du territoire moldave, "il n'y a que 200 officiers russes". Sur cette militarisation russe, Maia Sandu explique que : "certes, cette présence comporte des risques, mais pas aussi importants pour la sécurité qu'on peut le penser." Elle affirme même que "la Russie a abandonné la population de Transnistrie sans chauffage ni électricité. (...) Cela prouve bien que l'on ne peut pas compter sur elle." En mai dernier, Moscou a signé un décret facilitant l'obtention du passeport russe pour les habitants de Transnistrie. Maia Sandu ne s'inquiète pas de l'impact de ce décret, affirmant que "les jeunes craignent qu'une fois en possession d'un passeport russe, ils ne soient envoyés combattre en Ukraine pour le compte de la Russie." Ainsi, la présidente ne rejette pas l'idée d'une réunification avec cette région : "nous pensons effectivement qu'une opportunité de réunification [avec la Transnistrie] pourrait bientôt se présenter." "D'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes." Alors que le premier bloc de négociations s'est ouvert entre l'Union européenne et la Moldavie, la présidente espère "que les États membres reconnaîtront nos efforts et que le processus fondé sur le mérite nous mènera à l'adhésion." Elle affirme notamment que son pays a "éliminé totalement [sa] dépendance au gaz russe." Le plan de croissance de 1,9 milliards d'euros sur la période 2025-2027 alloué par l'Union européenne "nous offre de réelles opportunités" se réjouit Maia Sandu. La situation économique du pays pourrait ainsi s'améliorer et serait bénéfique pour "consolider [la] démocratie" dans le pays : "je suis convaincue que les mesures que nous prenons actuellement s'inscriront dans la durée et nous permettront d'instaurer l'État de droit attendu tant par l'UE que par les citoyens moldaves." Néanmoins, le problème de corruption reste un frein à l'adhésion à l'UE. En réponse, Maia Sandu assure que "d'ici deux ou trois ans, nous aurons achevé les principales réformes de la justice." "J'estime que l'UE devrait être associée aux négociations de paix, dont l'Ukraine reste l'élément central." La Moldavie, aux portes de l'Ukraine, "jouera un rôle de centre névralgique, aidant les entreprises étrangères à participer à la reconstruction de l'Ukraine" une fois la guerre terminée, affirme la présidente. Pour cela, il faut tout de même que les combats cessent entre les deux pays. Bien que Maia Sandu se dise "sûre que la guerre en Ukraine prendra fin prochainement", elle insiste sur l'importance des efforts de la communauté internationale à apporter son soutien à l'Ukraine et à exercer une pression économique sur la Russie : "c'est en effet le seul moyen d'amener Moscou à négocier et d'engager de véritables pourparlers de paix", conclut-elle.     Notre reportage : la Moldavie accélère sur le chemin de l'Union européenne Alors que la Moldavie vient d'ouvrir le premier chapitre des négociations pour l'adhésion à l'Union européenne, le gouvernement, les représentants européens et les entreprises se rassemblaient à Chisinau pour la première conférence d'investissement UE-Moldavie. L'objectif : lever des fonds pour aider ce pays fragile à décoller économiquement et atteindre les standards de l'UE. Des fonds conditionnés à des réformes structurelles et à la lutte contre la corruption. Mais l'influence de la Russie et sa guerre hybride dans le pays compliquent ce destin européen souhaité par la présidente moldave Maia Sandu. Par Isabelle Romero   Emission préparée par Isabelle Romero, Alix Le Bourdon, Perrine Desplats et Iris Pichon

    18 min
  2. Jun 19

    Michel Barnier : "Il est temps de créer un Conseil européen de sécurité et de défense"

    Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit pour l'Union européenne et ancien Premier ministre français. Au programme également : le reportage d'Alix Le Bourdon sur la réponse de l'Union européenne à la crise énergétique. Alors que l'Union européenne aborde l'été dans une situation de tension internationale et de crise énergétique bien installée, Michel Barnier rappelle que "le rôle des gouvernements, des ministres des Affaires étrangères et des chefs d'État n'est pas forcément le même que celui de la présidente de la Commission."  L'ancien Commissaire européen au marché intérieur a "souvent souhaité que Madame von der Leyen se concentre davantage sur le renforcement du marché intérieur" plutôt que sur la politique étrangère : "Le moment est peut être venu de créer un Conseil européen de sécurité et de défense, pour que les grands pays engagés dans les efforts de défense puissent être plus flexibles, plus opérationnels". Un cadre nouveau qui pourrait être ouvert à des pays qui ne sont pas dans l'Union Européenne, comme le Royaume-Uni ou la Norvège par exemple. S'agissant de l'adhésion possible de l'Ukraine et de la Moldavie, mais aussi de certains pays des Balkans occidentaux, Michel Barnier affirme qu'ils ont vocation à intégrer la "famille européenne". Sans pour autant brûler les étapes : "Est-ce qu'il faut prendre des raccourcis ? Je crois que cela ne serait ni dans l'intérêt de ces deux pays, ni dans l'intérêt de l'Union européenne (...) Nous avons déjà un accord d'association avec l'Ukraine extrêmement ambitieux qui a été négocié dans les années 2012-2013. Appliquons cet accord, qui est déjà une grande marche en avant dans l'intégration au marché unique. Il faut aussi que ces adhésions soient acceptées par nos peuples." "Il n'est ni opportun, ni juste de sanctionner le peuple israélien" Concernant la guerre au Moyen Orient, Michel Barnier estime qu'il ne faut pas dénoncer l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël : "Il n'est ni opportun, ni juste de sanctionner le peuple israélien, qui a beaucoup souffert et en particulier depuis la tragédie terroriste du 7-Octobre. Je ne crois pas que dénoncer un accord d'association, qui permet à des entreprises, à des agriculteurs et des commerçants israéliens de se développer, soit une bonne formule (...) Il faut mettre en garde et demander au gouvernement actuel d'Israël de faire attention". Pour l'ancien Premier ministre français, c'est moins le conflit en Iran que la guerre en Ukraine qui a démontré nos dépendances agricoles et énergétiques : "Oui, nous avons pris du retard. Cette idée que l'Europe doit être indépendante (...) est assez récente. Et donc il faut mettre les bouchées doubles." "Je préfère être impopulaire qu'irresponsable" La Commission européenne a accordé le 3 juin dernier plus de flexibilité aux 27 Etats membres pour faire face aux conséquences de la crise énergétique. Ils pourront dorénavant utiliser jusqu'à 0,3 % de leur PIB par an pendant 2 ans, pour des mesures d'accompagnement et de soutien aux entreprises et aux ménages. Michel Barnier salue le pragmatisme de la Commission mais tempère la bonne nouvelle : "Il s'agit de permettre aux États de verser de l'argent ou de diminuer les impôts, à condition d'avoir de l'argent, si je puis me permettre. (...) Ce n'est pas possible qu'on continue en France à dépenser de l'argent qu'on n'a pas. Et donc voilà pourquoi il faut dire la vérité aux gens. Je préfère être impopulaire qu'irresponsable." L'ancien Commissaire européen plaide pour recréer une capacité de production industrielle et agricole sur le continent européen, ainsi que pour une meilleure coordination en matière de fiscalité à l'échelle de l'Union. "Ce serait un drame pour la France que d'être toute seule" 10 ans après, 56 % des Britanniques disent regretter le Brexit. D'octobre 2016 à mars 2021, Michel Barnier a été négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne. S'il estime que "ce ne serait pas juste de dire que tous les problèmes actuels des Britanniques ont été provoqués par le Brexit", il affirme qu'ils ont été aggravés et rendus plus difficiles "à cause du Brexit". Pour lui, cette décision "insensée" est due à une "campagne de mensonges, de démagogie menée par Monsieur Farage et Monsieur Johnson (...), soutenus par des réseaux russes ou des réseaux américains qui cherchaient à faire exploser l'Union européenne de l'intérieur". En vue de la présidentielle de 2027, l'actuel député de la 2e circonscription de Paris reste "loyal aux Républicains", notamment à l'égard du candidat que les militants ont choisi : "Il faut respecter les militants. Et donc Bruno Retailleau porte nos couleurs". Il n'envisage pas que le Rassemblement national accède au pouvoir : "Non, je n'envisage pas ce scénario. Je vais tout faire pour qu'il ne se produise pas. Il n'y a pas de fatalité, sauf si on est fataliste. Madame Le Pen l'a très bien dit le soir même du Brexit, il y a 10 ans 'Bravo aux Britanniques, ils se sont libérés de la servitude européenne'. Je n'ai jamais entendu ni madame Le Pen, ni monsieur Bardella reconnaître qu'ils se sont trompés ce jour-là (...), donc je pense qu'ils sont toujours dans cette idée qu'il faut faire exploser l'Union européenne (...) Si on se recroqueville comme le propose madame Le Pen ou monsieur Bardella, mais aussi pratiquement mot pour mot de la même manière, monsieur Mélenchon, ce serait un drame pour la France que d'être toute seule." Notre reportage : les investissement européens dans les renouvelables, un enjeu stratégique Après la crise énergétique provoquée par l'invasion de l'Ukraine, le conflit au Moyen-Orient rappelle le coût économique de la dépendance européenne aux énergies fossiles importées. Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la facture énergétique de l'Union a bondi de 27 milliards d'euros. Les perspectives de croissance ont dû être revues à la baisse autour de 1 % pour 2026, alors que l'inflation augmente. Dans ce contexte, les investissements dans les énergies renouvelables ne répondent plus seulement à des objectifs climatiques : ils sont aussi devenus un enjeu de résilience économique, de compétitivité et d'indépendance stratégique pour l'Europe. Un reportage de notre correspondante Alix Le Bourdon. Emission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Loïc Chalavon et Oihana Almandoz

    18 min
  3. Jun 12

    Edi Rama parle "d'ingérence iranienne" contre le projet immobilier des Trump

    Cette semaine, nous recevons Edi Rama, Premier ministre albanais. Il commente les manifestations qui secouent son pays contre la construction d'un complexe hôtelier de luxe lié à la famille Trump. L'Albanie, pays de 2,7 millions d'habitants situé dans les Balkans, a déposé sa candidature d'adhésion à l'Union européenne (UE) en 2009. Son statut de candidat lui a été accordé en juin 2014 et les négociations d'adhésion ont été ouvertes en 2022. Selon Edi Rama, Premier ministre socialiste albanais, "le club des Vingt-Sept a besoin de se réformer pour être à la hauteur des défis de ce nouveau monde" mais "l'Europe unie reste le plus beau et grand projet politique jamais conçu". "La Russie n'est pas présente du tout en Albanie" Lors du 8e sommet UE-Balkans occidentaux qui s'est tenu le 5 juin à Tivat, au Monténégro, les États membres ont discuté de l'avancement des négociations pour l'intégration de l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. L'objectif principal pour l'UE est de tenir ces pays éloignés des influences russe et chinoise. S'il reconnaît une influence de ces pays dans les Balkans occidentaux, il estime que cela ne "regarde pas vraiment l'Albanie" : "L'Albanie est un pays très européen. La Russie n'y est pas présente du tout [...] Pour nos voisins, c'est plus complexe." L'Albanie est considérée par l'Union comme le deuxième pays le plus avancé, juste derrière le Monténégro, dans son processus d'adhésion. Elle a ouvert les 33 chapitres de la négociation. Alors que le chancelier allemand Friedrich Merz estime que l'Ukraine devrait devenir "membre associé" de l'UE avant d'en devenir un État membre à part entière, Edi Rama s'oppose à ce type d'adhésion : "Il nous faut un nouveau moment Helmut Kohl. À la chute du mur de Berlin, l'UE n'a pas dit à l'Allemagne, il faut compléter tous les chapitres, et seulement alors vous rentrerez". Helmut Kohl a réunifié, puis remis l'Est à niveau. "C'est ce qu'il faut faire. Il faut avoir tous les pays qui négocient autour de la table et après, chacun des pays doit faire son propre travail." Edi Rama est prêt à concéder que les nouveaux entrants dans le club européen ne puissent pas exercer leur droit de véto : "Je pense qu'une grande puissance globale ne peut pas fonctionner avec le vote à l'unanimité et donc les veto. [...] Ce mécanisme ne fonctionne pas, même pas en ce moment entre les Vingt-Sept." "Il s'agit d'un investissement très important" Depuis début juin, des manifestations quotidiennes ont lieu à Tirana contre un projet immobilier porté par Ivanka Trump, fille du président américain Donald Trump, et son époux, Jared Kushner. Les détracteurs affirment que ce complexe hôtelier de luxe, dont le coût est estimé à 4,6 milliards de dollars et qui devrait être construit dans une zone protégée de la côte adriatique du pays, représente un risque pour l'environnement. Le Premier ministre Edi Rama défend ce projet : "Il s'agit d'un investissement très important, pas seulement de la part de Jared Kushner mais aussi d'investisseurs du Qatar. C'est un investissement qui va nous aider à ne plus avoir seulement un tourisme low cost, qui implique beaucoup de pression sur l'environnement. Ce projet va également amener beaucoup plus d'argent dans le pays. [...] Nous avons été élus pour tenir nos promesses. Ce projet en fait partie. C'est très intéressant parce qu'à Tirana, il y a des manifestations mais à Vlora, où le projet doit se faire, les gens sont pour le projet." "Il s'agit de manifestants contre le gouvernement" Il défend le droit des Albanais à manifester mais remet en question les motifs liés à ces protestations : "Ces manifestations montrent que l'Albanie est un pays démocratique. [...] Mais les manifestants ne représentent pas tous les Albanais. Nous avons la preuve, grâce à des enquêtes, que la majorité des Albanais sont en faveur de ce projet. Ce projet n'est plus la raison des manifestations. On ne parle même plus de ce projet. Il s'agit de manifestants contre le gouvernement, qui veulent la fin de ce gouvernement." Selon lui, ce projet lié à la famille Trump est un moyen pour les manifestants "d'attirer l'attention du monde entier" : "Tous ceux qui n'aiment pas Donald Trump soutiennent ces manifestations. Cela leur donne une raison pour critiquer Donald Trump." La zone dans laquelle le complexe immobilier doit voir le jour est une aire protégée, abritant de nombreux oiseaux migrateurs, dont des flamants roses, devenus symbole de la protestation. Les opposants au projet accusent le gouvernement d'avoir modifié la loi pour permettre la réalisation de ce projet. Ce que réfute le Premier ministre : "Il ne s'agit pas d'un changement de loi pour rendre le projet faisable. Il s'agit d'un territoire protégé où nous pouvons construire sous certaines conditions." Selon lui, les ingérences extérieures contre ce projet sont multiples : "Il y a une ingérence de l'Iran avec qui nous sommes en guerre cyber depuis trois ans. Puis, il y a des concurrents dans la région qui ne veulent pas voir ce développement en Albanie. Enfin, comme je le disais, une partie de la population veut des choses différentes pour le pays." "La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille" Le parquet anticorruption a ouvert une enquête sur les modalités d'achat des terrains. Le Premier ministre ne reconnaît qu'une affaire en cours : "Cela fait partie de toutes ces demi-vérités qui, avec les réseaux sociaux, deviennent un grand mensonge. Il n'y a jamais eu de problèmes avec les fonds. Ils proviennent de la Banque d'investissement du Qatar. [...] Le parquet anticorruption fait une enquête sur l'un des propriétaires qui a vendu le terrain. L'investigation continue." Beaucoup de manifestants expriment leur frustration face à la corruption qui sévit dans le pays : "La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille. [...] Nous avons fait une montagne de choses pour lutter contre." Les États membres viennent de voter la possibilité de créer des centres de rétention dans des pays à l'extérieur de l'UE qui auront vocation à accueillir les migrants en situation irrégulière expulsés d'Europe. Il y a quelques années, l'Albanie avait déjà signé un accord avec l'Italie de droite radicale de Giorgia Meloni. Il prévoyait l'ouverture de centres de rétention gérés par Rome en Albanie. Ces centres ont à plusieurs reprises été bloqués par la justice. À la question de savoir si ces centres pourront à présent fonctionner, Edi Rama rappelle que ce "projet est géré par l'État italien" : "Nous avons mis à disposition un terrain, de l'espace. Pour le reste, c'est l'Italie". Selon lui, ces centres ne posent "pas de problèmes" à la population albanaise.   Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Renaud Lefort, Charlotte Prudhomme et Isabelle Romero

    18 min
  4. Jun 5

    José Manuel Albares : "Nous soutenons l'Ukraine pour qu'elle gagne la guerre et surtout la paix"

    Cette semaine, nous recevons José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères. Immigration, conflit au Moyen-Orient, montée de l'extrême droite : il détaille les politiques de l'Espagne, parfois à contre-courant du reste de l'Union. L'Espagne, pays de 50 millions d'habitants, est l'un des États de l'Union européenne (UE) à s'opposer le plus fortement à l'action d'Israël au Moyen-Orient. L'UE intensifie cependant sa pression sur Israël en préparant des sanctions à l'encontre des ministres accusés d'encourager les violations de droits de l'homme, notamment le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Pour José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, ces sanctions sont "nécessaires" : "Nous devons envoyer un message fort à Israël en leur disant que nous soutenons évidemment l'existence de leur État. Israël doit avoir le droit à la paix et la sécurité mais c'est également le cas pour les peuples palestiniens et libanais. [...] La démocratie respecte les droits de l'homme et le droit international. Tant que cette violence perpétuelle continuera, l'Europe ne peut pas avoir la même relation avec Israël." "Une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde" Certains États membres comme l'Irlande, la Slovénie ou encore l'Espagne demandent la suspension de l'accord d'association entre l'UE et Israël, un texte qui permet des échanges commerciaux dans un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs. L'Allemagne, par exemple, s'oppose à cette suspension. José Manuel Albares dénonce le fait que l'article 2 du texte garantissant "le respect des droits de l'Homme et des principes démocratiques" n'est pas appliqué par Israël : "Nous ne pouvons pas continuer comme cela. Nous devons dire à Israël que nous n'accepterons pas que la guerre soit le seul type de relation entre eux et les autres peuples du Moyen-Orient. Il doit y avoir une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde." Selon lui, il faut également "donner une réponse à l'opinion publique qui demande de faire tout ce qui est en notre pouvoir" pour régler ces conflits. "Une partie de l'accord doit être suspendue par vote à l'unanimité mais une autre par la majorité qualifiée. Je dis qu'il faut voter et voir le résultat à la majorité qualifiée, pour la partie commerciale de l'accord par exemple," poursuit-il. "La Russie est en train de perdre cette guerre" La guerre s'enlise en Ukraine alors que les Russes poursuivent quotidiennement leurs frappes : "Vladimir Poutine disait que cette guerre durerait 72 heures tout au plus. Nous sommes dans la cinquième année de conflit. Nous pouvons dire que la Russie est en train de perdre cette guerre." Le chef de la diplomatie espagnole rappelle le soutien inconditionnel de l'UE à l'Ukraine : "Peu importe la situation militaire, nous ne pouvons pas accepter cela en Europe. [...] Nous devons défendre l'indépendance, la démocratie et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Par conséquent, nous sommes décidés à soutenir l'Ukraine pour qu'elle gagne non seulement la guerre, mais surtout qu'elle gagne la paix." La France a notamment évoqué l'idée d'ouvrir à nouveau un canal de discussion avec la Russie afin d'avancer dans les négociations. Une idée à laquelle ne s'oppose pas le ministre espagnol mais qui le pousse à s'interroger : "La vraie question, c'est pour parler de quoi exactement ? J'aimerais bien qu'il y ait une table de négociation et un cessez-le-feu mais la Russie ne veut pas en entendre parler. [...] À plusieurs reprises, des médiateurs ont essayé de ramener les Russes à la table, d'obtenir un cessez-le-feu mais cela n'a pas abouti. Si ces nouvelles discussions entraînent un vrai changement autour de pourparlers de paix, bien sûr, pourquoi pas." Et de rappeler : "Ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni les institutions européennes n'ont voulu cette guerre. C'est la guerre d'un seul homme." "J'appelle à une armée européenne" José Manuel Albares appelle en outre à renforcer la défense européenne sans pour autant couper les ponts avec les États-Unis : "Je crois fermement à la relation transatlantique d'un point de vue commercial et sécuritaire. Elle est fondamentale. Mais en même temps, je suis complètement en faveur du fait que les Européens augmentent leur propre sécurité. J'appelle à une armée européenne qui ne remplacera pas les armées nationales mais qui pourrait garantir les menaces contre l'Europe." Pour ce faire, il explique que l'Espagne est "favorable à la préférence européenne graduelle", c'est-à-dire à une augmentation des achats d'équipements de défense produits dans l'UE. "Cela ne veut pas dire que nous serons isolés ou renfermés. L'Espagne est favorable à la préférence européenne mais ce n'est pas pour autant qu'elle n'a pas de relations au niveau de l'industrie de défense avec le Royaume-Uni, la Norvège ou même avec les États-Unis." "Toute politique migratoire doit respecter les droits de l'homme" En Espagne, l'ancien ministre des Transports, proche du Premier ministre Pedro Sanchez est jugé pour corruption sur les marchés publics pendant la pandémie de Covid-19. Puis, le prédécesseur socialiste de l'actuel Premier ministre, José Luis Rodriguez Zapatero, est inculpé pour trafic d'influence. Selon José Manuel Albares, ces affaires ne fragilisent pas Pedro Sanchez ou sa coalition : "Nous avons un mécanisme de motion de censure dans notre Constitution, qui est la motion de censure. [...] Il n'y a pas de majorité pour parvenir à cette motion. Il n'y a pas un seul membre du gouvernement qui est impliqué. Pedro Sanchez agit vite, il ne tolère pas la corruption et laisse tranquillement travailler la justice." Les États membres durcissent leur politique migratoire et mettent en place des centres de retour situés hors du territoire européen, qui devraient recevoir des étrangers devant quitter l'UE, notamment après un refus d'une demande d'asile. Une mesure qui inquiète les ONG d'un risque de violation des droits humains. L'Espagne s'oppose à ces centres : "Nous y sommes fermement opposés car nous considérons que cela ne respecte pas la dignité des migrants. Toute politique migratoire doit respecter les droits de l'homme." Selon lui, les pays qui accueilleraient ces centres se retrouveraient dans une position "très gênante" : "Nous devons avoir un dialogue à très haut niveau avec nos partenaires au lieu de les obliger à avoir des centres de rétention comme cela." Enfin, ces centres ne sont "pas efficaces", selon le ministre espagnol : "Qu'est-ce qui est efficace ? C'est ce que fait l'Espagne. Les chiffres officiels de l'UE montrent que la route migratoire par laquelle il y a eu la plus grosse chute du nombre d'arrivées de migrants irréguliers est celle qui passe par l'Espagne. Soit par l'Andalousie, la Méditerranée ou les Îles Canaries." Il rappelle les principes de la politique d'accueil espagnole : "Nous avons une coopération policière pour lutter avec acharnement contre les mafias qui trafiquent avec les humains. Puis, nous augmentons notre aide au développement à l'Afrique occidentale pour offrir des voies à la jeunesse africaine." Le ministre des Affaires étrangères vante les bienfaits de cette politique migratoire : "Nous avons la croissance économique la plus forte de l'Europe, le double de celle de la France par exemple. Cela nous permet d'augmenter nos salaires, d'avoir un niveau d'emploi record de plus de 22 millions de personnes et d'avoir réduit de 40 % les dernières années notre taux de chômage. Il est possible d'avoir une politique migratoire qui concilie droits de l'homme, dignité de chacun, réduit les chiffres d'entrées des migrations illégales, qui permet d'avoir la plus forte croissance d'Europe et qui fait croître notre population." Alors que neuf pays sont officiellement candidats à une adhésion à l'UE, l'Espagne est "favorable" à l'entrée de nouveaux États au sein de l'Union : "Nous pensons que le destin de ces pays est de faire partie un jour de l'UE. Cela doit continuer à être basé sur le mérite mais nous pouvons les aider en termes d'infrastructures par exemple. Nous avons appris des élargissements précédents. Nous passons beaucoup de temps à discuter des aspects techniques d'une adhésion comme l'impact sur la politique agricole commune ou le déficit budgétaire. Nous devons en faire autant sur les questions de valeurs et de respect de la démocratie." "Nous voulons avoir une relation commerciale équilibrée" Alors que la Commission européenne cherche à renforcer ses défenses commerciales contre la Chine, l'Espagne est fortement dépendante des investissements chinois notamment dans les secteurs de l'automobile et de l'énergie solaire : "Nous avons ce dialogue avec la Chine car elle représente un pourcentage immense de notre déficit commercial. Il faut régler ces problèmes. Puis, nous avons une politique étrangère globale. Pour lutter contre le changement climatique, pour obtenir la paix au Moyen-Orient ou en Iran, nous devons parler avec les grandes puissances, y compris la Chine." Il rappelle tout de même l'importance d'avoir une relation "équilibrée" : "La Chine doit s'ouvrir si elle ne veut pas que l'Europe se referme. Nous voulons avoir une relation commerciale mais que les mêmes règles s'appliquent d'un côté et de l'autre. Nous essayons d'amener la Chine vers une paix mondiale, vers la lutte contre le changement climatique et les grands accords multilatéraux." Face aux multiples attaques auxquelles l'UE est confrontée, José Manuel Albares s'inquiète de l'affaiblissement de la démocratie : "Des pays extérieurs à l'UE voudraient voir un projet européen affaibli et divisé. Mais la menace est aussi interne : les forces d'extr

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