Droit, culture et société de la Rome antique - Dario Mantovani

Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente, Parme) une carrière de chercheur et d'enseignant, avant de devenir professeur de droit romain à l'université de Pavie (à partir de 1997).

  1. 3d ago

    10 - Naître, croître, diminuer, mourir : la vie métaphorique du pécule des esclaves romains, suspendue entre droit et nature

    Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2025-2026 Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2) 10 - Naître, croître, diminuer, mourir : la vie métaphorique du pécule des esclaves romains, suspendue entre droit et nature Résumé En droit romain, l'esclave – et, dans une large mesure, le fils de famille également – n'existe pas juridiquement vis-à-vis des tiers : la puissance du père de famille qui s'exerce sur lui tend à l'invisibiliser. Voilà pour le droit. Mais la nature fait de lui un être capable d'agir, d'échanger, de contracter des engagements dont on attend qu'ils soient respectés. Le peculium, petit patrimoine susceptible de lui être affecté par son maître, constitue le dispositif qui met en relation ces deux réalités incompatibles. Juridiquement propriété du maître (ou du père de famille), il est néanmoins laissé à la disposition de l'esclave (ou du fils) afin de lui permettre l'exercice d'une activité économique relativement autonome. Petit patrimoine attribué à ceux qui, en droit, n'existent pas par eux-mêmes, le peculium ouvre ainsi un espace intermédiaire entre dépendance et autonomie. Et c'est précisément au moment où ils cherchent à en définir le statut que les juristes romains recourent à la métaphore : le peculium naît, croît, diminue, meurt. Comme un homme. C'est précisément parce qu'il s'agit de définir une entité ambiguë que la métaphore permet de construire un pont entre des univers conceptuels apparemment inconciliables. Cette séance, qui conclut le cours ainsi que deux années de réflexion consacrées aux métaphores du langage juridique dans la Rome antique, prendra appui sur l'image des âges de l'homme pour interroger le rôle de la métaphore dans la pensée des juristes romains – et peut-être dans toute discipline.

    1h 8m
  2. May 20

    08 - Les lois de l'attraction : alluvions métaphoriques dans le langage des juristes romains

    Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2025-2026 Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2) 08 - Les lois de l'attraction : alluvions métaphoriques dans le langage des juristes romains Résumé Ce cours propose une exploration des métaphores spatiales dans le langage des juristes romains. L'analyse montrera que la réification des concepts juridiques ne passe pas seulement par des termes explicitement corporels, tels que manus ou capitis deminutio, mais aussi par un réseau plus discret de métaphores inscrites dans le raisonnement juridique. À travers notamment les verbes du mouvement, les images de la proximité, de l'éloignement ou de l'attraction, le droit apparaît comme un monde peuplé d'objets quasi matériels, soumis à des dynamiques physiques. Dans cette perspective, il est particulièrement intéressant d'examiner le rôle joué par le phénomène géologique de l'alluvion, ce lent dépôt de fragments de terre que l'eau transporte et ajoute peu à peu à un autre terrain. Les juristes romains s'y intéressent parce que ce phénomène déplace et brouille les frontières, mettant en cause l'un des principes fondamentaux du droit : la division du monde par des lignes nettes. Mais l'alluvion ne constitue pas seulement un problème juridique concret. Elle devient aussi une véritable métaphore conceptuelle. Les juristes y puisent une manière de penser certains phénomènes du droit, comme l'adjonction d'un droit à un autre, son extension, ou au contraire son détachement, qui semblent alors se déplacer, s'attacher, se séparer ou circuler comme des corps dans l'espace. Une fois encore, les métaphores – en particulier celles qui passent par les verbes – apparaissent comme une structure discrète mais essentielle de la pensée des juristes.

    57 min
  3. May 13

    07 - La linéarité et la pesanteur : le droit et ses propriétés physiques imaginaires

    Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2025-2026 Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2) 07 - La linéarité et la pesanteur : le droit et ses propriétés physiques imaginaires Résumé Les juristes pensent souvent le droit comme s'il était doté de propriétés physiques et mécaniques : il peut être rigide ou souple, lourd ou léger, étroit ou large. Le mot même de « droit » porte cette logique imaginaire : il évoque la ligne droite, le droit chemin, la rectitude. On répète pourtant que les Romains ne parlaient pas de directum, mais de ius, et que l'idée de « droit » ne se serait imposée qu'au Moyen Âge. Ce cours montre au contraire que la métaphore de la rectitude imprégnait déjà profondément le langage des juristes romains. L'étudier permet donc de mieux comprendre la construction de l'imaginaire juridique dans la longue durée. Mais le droit ne se pense pas seulement comme une ligne : il se pense aussi comme un poids. En confrontant le Pro Roscio Amerino de Cicéron à un texte du juriste Papinien, on prend conscience des racines profondes de cette représentation, mais aussi de ses transformations. Chez Cicéron, le poids de l'engagement demeure encore dans l'ordre moral : l'orateur pourrait toujours abandonner la défense de Roscius, quitte à perdre sa crédibilité et la confiance des autres. Chez Papinien, le droit transforme cet engagement en contrainte : le mandataire reste lié au poids qu'il a assumé en engageant sa fides. Ainsi, les métaphores de la ligne et du poids ne sont pas de simples ornements : elles structurent la manière dont les juristes pensent et interprètent le droit.

    1h 4m
  4. May 6

    06 - Interdiction de regarder l'empereur ! La patrie, le père de la patrie et la famille comme métaphore du pouvoir

    Dario Mantovani Droit, culture et société de la Rome antique Collège de France Année 2025-2026 Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2) 06 - Interdiction de regarder l'empereur ! La patrie, le père de la patrie et la famille comme métaphore du pouvoir Résumé De Cicéron aux juristes de l'Empire, cette leçon explore l'idée de Rome comme « patrie commune » et ses implications juridiques et politiques. À travers le traité Sur les lois (De Legibus), on découvre la tension entre la petite patrie, c'est-à-dire la cité de naissance, et Rome, la patrie commune. Chez Cicéron, ces deux dimensions se complètent : la première est affective, la seconde constitue le fondement de l'appartenance civique, et c'est à cette dernière que s'attachent les devoirs les plus forts. Les juristes impériaux traduisent ensuite ces concepts en règles concrètes, notamment dans le cas du bannissement (relegatio). L'analyse met en lumière une hiérarchie des « patries » et une vision du pouvoir centrée sur l'empereur comme « père de la patrie » (pater patriae). À travers une série de métaphores, on en vient ainsi à concevoir la société politique comme une famille et le prince comme un père, dont le pouvoir sur ses « enfants » tend vers l'absolu : une métaphore donc particulièrement dangereuse, sous son apparence d'appel à l'affectivité.

    1h 5m

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Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente, Parme) une carrière de chercheur et d'enseignant, avant de devenir professeur de droit romain à l'université de Pavie (à partir de 1997).

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