Dans les conflits armés, les violences sexuelles sont des armes souvent passées sous silence, malgré leur caractère systémique. Comment mieux appréhender le corps comme un champ de bataille et élaborer une géopolitique de ces crimes en période de conflit armé ? Planisphère pose la question à Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy, docteure en droit, chef analyste documentaliste à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine au sein de la Gendarmerie nationale et chercheuse associée au CUREJ. Elle s’exprime en son nom propre. Podcast et synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone. Cette émission a été enregistrée le 21/09/2026, et radiodiffusée la première fois sur RCF Notre Dame le 12/10/2026. Extrait de la synthèse rédigée: "Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy souligne qu’un courant doctrinal en sciences sociales, porté par des auteurs comme MacKinnon, Cockburn ou Baaz, remet en question l’idée que les violences sexuelles en conflit armé seraient des crimes exceptionnels, déconnectés du temps de paix. Au contraire, ces violences constituent un prolongement, un « continuum » de violences fondées sur le genre, le sexe, l’humiliation, la domination et le pouvoir, déjà existantes avant le conflit. La guerre entraîne une exacerbation extrême de ces pratiques, mais ne les crée pas ex nihilo. Le contexte de guerre transforme profondément les modalités et l’intensité de ces violences. Elles engendrent des dommages spécifiques, au-delà des impacts psychologiques (dépression, stress post-traumatique, anxiété) : infections, maladies, désordres gynécologiques, troubles intestinaux et mutilations. (...) La guerre lève les barrières sociales, morales et légales, désorganise les institutions, et favorise une impunité de fait qui libère des comportements habituellement contenus. Le corps devient alors un instrument symbolique, visant à humilier l’adversaire en affirmant une puissance totale, le montrant incapable de protéger ses civils. (...) Le ciblage des victimes repose sur des critères liés au genre, à la domination, à l’humiliation et au pouvoir, avec des modes opératoires spécifiques. Les hommes sont souvent victimes dans des contextes publics (lieux de détention), subissant des tortures sur les organes génitaux, des pénétrations ou étant forcés à perpétrer des actes sur des membres de leur famille ou des personnes du même sexe, dans une logique d’humiliation, de “féminisation” et “d’homosexualisation”. Les femmes peuvent être attaquées dans des contextes privés ou publics, avec un ciblage massif, souvent sous les yeux de leur famille, et des mutilations (marquage au fer rouge, ablation de membres) visant à rendre le viol impossible à cacher. Ces violences s’attaquent aussi aux symboles de pouvoir, comme le montrent les cas de l’ancienne Première ministre rwandaise Agathe Uwilingiyimana ou de l’homme d’affaires tutsi Assiel Kabanda, dont les corps ont été profanés et exposés. (...) La grossesse forcée illustre explicitement cette dimension stratégique. Son élément moral, tel que défini par la CPI, exige l’intention de modifier la composition ethnique d’une population. En ex-Yougoslavie, des « camps du viol » retenaient prisonnières des femmes musulmanes bosniaques, violées et gardées jusqu’à terme pour modifier l’héritage « musulman et bosnien » par une « fécondation patrilinéaire ». Qualifier le viol d’« arme de guerre » rend compte de son usage guerrier, de sa systématicité et de sa dimension stratégique. Cependant, Alizéa-Maïwenn Ciftcisoy nuance cette approche : si le viol peut relever d’une politique délibérée, il procède aussi de l’effondrement de l’ordre social en temps de guerre et de la levée des contraintes morales, étant une pratique peu coûteuse, hautement destructrice et parfois perçue comme une récompense pour les soldats. (...)" Synthèse rédigée complète sur Diploweb.com, le premier site géopolitique francophone.