Chloé Lise - Journal embryonnaire

Chloé Lise

A l'aube d'une autre vie Journal intime hybride entre poésie et témoignage, je parle d'art, multipotentiel, hypersensibilité, TDAH, dyslexie, transition de vie

  1. 06/05/2023

    Épisode 33 : Malentendu. 5 février 21.

    Je pourrais mourir pour mes idées. Je parle quand les autres se taisent.  Je montre ma bouche quand toutes les autres sont cousues cachées sous ce papier bleu.  Je n’ai pas peur de leur sourire à toutes ces pauvres bouches que l’on fait taire.  Que l’on empêche d’être des bouches. Je ne dis pas quoi faire, non. Je montre la vie. Regarde, ce sourire que tu n’as pas vu depuis si longtemps.  Regarde cette courbe qui se dessine parfaitement belle, douce, irrésistible, qui te rebranche à la terre, cette courbe qui t’étonne.  Et pourtant, ce n’est pas si facile.  Tu t’affiches large banane, quand les passants te dévisagent, ils te regardent comme le diable, parce qu’eux, par peur de mourir ils ne vivent plus.  Alors ils t’en veulent, comment oses-tu, quel affront !  Ne pas partager leurs peurs. Alors j’arrive, à les brancher parfois, à leur dégoupiller un smile, j’ai même un bonjour sur un malentendu.  Les gens sont perdus, peut-être le disent-ils sans faire exprès, oups, trop tard, ils n’ont pas pu le rattraper en vol, trop tard pour le ravaler.  Il m’a écrit aujourd’hui sur un malentendu. Sur un mal coché.  Il croyait avoir écrit à une autre. Et moi, je lui ai répondu à un autre. Il écrivait à une autre Chloé, moi à un autre Damien.   Malentendu sur malentendu. Moins et moins ça fait plus, on s’est bien entendus.  On a vite fait parlé des deux autres, des doubles Chloé et Damien, ils ont peut-être des sifflements à l’oreille dans leurs autres dimensions. Ah s’ils nous avaient entendu !  Ils auraient bien ri, après n’y avoir rien compris.  Aragon doit se dire qu’il a bon dos, qu’on l’utilise, deux parisiens sans vers grognent, deux parisiens qui se disputent le sort de Paris, le Paris à tout prix, le Paris qui m’a tout pris.  Le paridoxe pardon. Ignoble machination de l’univers pour prendre les paris.

  2. 02/12/2021

    Épisode 30 : Correspondance avec mon enfant intérieur. 24 janvier 21.

    Lettre à mon enfant intérieur A toi mon enfant intérieur, Je sais j’ai déserté le navire. Et t’ai laissé seule. Tu as dû te sentir abandonnée à ton triste sort, paniquée, affolée. Je sais. Je n’ai pas su être là. Je crois que moi aussi, j’étais comme paniquée. Comme ma mère avec moi. Sûrement. Je n’ai pas su te dire comme je t’aime, comme tu es importante, j’aurais dû te serrer dans mes bras, que tu sens tes ma peau contre la tienne, que tu puisses reprendre ton souffle, bloqué si longtemps. Tu es pleine de vie et je t’ai empêché par mon absence d’incarner la vie, d’exprimer ce que tu avais à dire haut et fort, de faire entendre ta voix et qu’elle soit considérée. A partir d’aujourd’hui, je veux que tu prennes confiance en toi, que tu saches que je t’aime profondément, que tu es merveilleuse, importante, inspirante, créative, forte, pleine de ressources. Tu as beaucoup de choses à transmettre au Monde, et il est grand temps que tu prennes ta place. J’ai mis beaucoup de temps, mais maintenant je suis là et je ne te lâcherai plus. Viens dans mes bras que je puisse te serrer très fort. Chloé grande. Réponse de mon enfant intérieur. Chère Chloé grande, Je t’ai longtemps cherché. Il n’y avait personne alentour. Tu n’as pas fait exprès, je sais que toi non plus tu ne savais pas où chercher. Ni même que ce serait chouette de se trouver. J’ai erré dans ce monde assez froid. Je n’ai pas beaucoup parlé, c’était plutôt désert là où j’étais. Plutôt brumeux, le ciel grisâtre. Merci pour ta lettre. Je me suis habituée à marcher seule, mais on pourrait commencer par marcher un peu ensemble, apprendre à se connaître et commencer à s’apprivoiser. Ça nous prendra un peu de temps peut-être, mais c’est un bon début. On aura peut-être peur de se faire mal. D’être maladroites, comme notre absence l’a été. On ira donc à tâtons et en prenant le temps. Sans s’emballer pour s’autoriser un pas après l’autre. Je suis prudente, ne m’en veux pas d’être sur la retenue. Après tout, tu en as mis du temps à venir me chercher dans mon monde. Ma voix n’est pas beaucoup sortie de ma bouche, à qui aurais-je parlé, il n’y avait personne. On a beaucoup de choses à nous dire, mais doucement. Ne me brusque pas. Je dois me réhabituer.

  3. 02/04/2021

    Épisode 29 : Marchandage. 17 janvier 21.

    En rentrant, je me suis vautrée sur le téléphone pour passer en mode marchandage. J’ai voulu l’appeler, pas l’appeler. L’appeler, pas l’appeler. L’appeler ? Pas bonne idée. Et puis je l’ai appelé en espérant je ne sais quoi d’ailleurs. Qu’il regrette, qu’il ait pris conscience, que cette fois-ci il me ferait sentir soudainement importante. Alors qu’évidemment, on sait très bien vous et moi que non ça n’arrivera pas, il s’en bat les couilles. Mais on le fait quand même, notre pouce cherche le nom dans le répertoire et appuie sur l’icône « appeler ». A compter de cette seconde, je passerai du côté obscur, dans la catégorie « pathétique ». La meuf n’a aucune fierté. Mon ventre se crispe bien davantage, on le croyait déjà broyé. Je me suis sentie bien conne, pas à ma place, à négocier quelque chose qui n’avait pas à l’être, qui n’existait pas, pour garder une illusion de « contact » et de « sait-on jamais, dans quelques mois il voudra de moi ! » Mais meuf. Tu n’as pas de limite dans la possibilité de te réincarner en serpillière ? Reprends- toi ! Et casse-toi ! Tu montres juste l’image d’une meuf soulante, agrippée, envahissante. Je me suis sentie muette. Comme une tombe. J’imagine ressembler à un petit agneau agonisant entrain de bêler une dernière fois avant que la conversation ne coupe. Mais un moche l'agneau, une plaie. Celui de la portée qui a un problème, qu’on va noyer. Un peu genre Clarissa (l’enfant maudit) dans Reign sur Netflix. L’erreur de la nature. Je voulais qu’il comprenne que les gens se rencontrent pour grandir, pour s’élever, pour de bonnes raisons, et que je n’étais pas une erreur de parcours, que je suis une clé ! Etre une clé, si l’autre ne veut pas ouvrir la porte, ça sert à rien ! Imagine, t’as quelqu’un qui est debout devant une porte. Toi tu as la clé. Et tu lui dis frénétiquement : « tiens ! Prends-la! Ouvre la porte ! Ouvre la porte ! » Et l’autre, il te regarde chelou, et te sort : « mais laisse-moi tranquille, je m’en tape de la porte ! Je suis juste descendu fumer ma clope, j’en ai rien à battre de ta porte ! » Alors qu’est-ce que tu fais ? Ben t’as juste à partir en fait ! Et te laisser une chance que l’autre ne te fasse pas un signe genre « non mais ça va pas bien vous dans votre tête ! » Ce que je lui ai dit, j’avais cette sensation que chaque mot était déjà de trop, comme l’appel, comme le message, comme mon existence.  Et chaque seconde passant, m’enfonçait davantage.  Vivre ça avec lui, ou vivre ça avec ma mère, ça m’a crié la même chose : « Ta gueule je ne m’intéresse pas à toi. Tu es inutile, insignifiante, même pire, tu es un boulet ». Comment tu raccroches à ce moment-là ?

  4. 02/03/2021

    Épisode 28 : En-Fin. 16 janvier 21.

    Le manque d’intérêt était flagrant, faut croire que mon cerveau avait fondu pour ne pas le voir. Le mec s’en battait la race après notre 2ème rencard. Si tout était flou, c’est maintenant bien différent. Quand c’est flou, ça laisse des possibilités. Des échappatoires. Des « j’ai mal compris », des « j’ai mal interprété ». Ben t’avais bien compris mais je ne savais pas comment te le dire ! Alors j’ai simplement laissé mourir ton téléphone. Et toi avec. Nous nous sommes ENFIN parlé. Enfin … saleté de mot. Saletés de maux. Parce qu’à s’être parlé, je sais maintenant où nous en sommes.  A la fin. Il est certain que si tu aimes quelqu’un d’autre de la tête aux pieds comme tu dis, cela ne laisse pas de place pour faire un pas de côté et contourner l’obstacle. Si je lui pète les jambes, du coup tu l’aimeras de la tête aux genoux ? Je t’avais vu dans ton cœur, seul dans une forêt. Pas un bruit alentour, et personne non plus. Et mon rêve m’avait prévenu pourtant. Je n’avais pas décrypté. J’étais chez toi, et apercevait une femme qui semblait vivre à l’étage. Pas tout à fait chez toi, mais dans ta tête.  Et puis je t’avais demandé : « mais tu n’as pas dit que tu vivais seul ? » Et tu m’avais dit : « Je me suis trompé » C’est exactement ce qu’il s’est passé. Tu m’as expliqué au téléphone. Et puis, je ne voulais pas raccrocher. Ce moment précis, où, j’étais sur le quai, je ne voulais pas voir le train partir vers une autre direction que moi. Comme quand j’étais petite. … Je suis la petite Chloé. Qui s’est un peu calmé Elle marche. Peut-être qu’elle rejoindra la Chloé adulte. Elle y va à pas de velours sans faire de bruit. C’est très haut, il semble faire froid dans cet endroit tout en pierres. C’est peut-être une église. La poitrine est oppressée. Ca serre. Elle ne dit pas un mot. Elle a sept ans. Elle ne sourit pas. Elle est prudente. Elle observe avec ses grands yeux clairs. Ses cheveux blonds sont défaits, des fleurs sont tressées dedans. Ils se penchent sur ses épaules. Elle porte une robe blanche, comme de celle que l’on verrait à la Cour du roi. Elle est seule, pour le moment. Elle erre. Elle avance. Je découvre les images au fil que je les écris ici. C’est étrange ce qu’il se passe.

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