Ici l'Europe

Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

  1. 3d ago

    Edi Rama parle "d'ingérence iranienne" contre le projet immobilier des Trump

    Cette semaine, nous recevons Edi Rama, Premier ministre albanais. Il commente les manifestations qui secouent son pays contre la construction d'un complexe hôtelier de luxe lié à la famille Trump. L'Albanie, pays de 2,7 millions d'habitants situé dans les Balkans, a déposé sa candidature d'adhésion à l'Union européenne (UE) en 2009. Son statut de candidat lui a été accordé en juin 2014 et les négociations d'adhésion ont été ouvertes en 2022. Selon Edi Rama, Premier ministre socialiste albanais, "le club des Vingt-Sept a besoin de se réformer pour être à la hauteur des défis de ce nouveau monde" mais "l'Europe unie reste le plus beau et grand projet politique jamais conçu". "La Russie n'est pas présente du tout en Albanie" Lors du 8e sommet UE-Balkans occidentaux qui s'est tenu le 5 juin à Tivat, au Monténégro, les États membres ont discuté de l'avancement des négociations pour l'intégration de l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. L'objectif principal pour l'UE est de tenir ces pays éloignés des influences russe et chinoise. S'il reconnaît une influence de ces pays dans les Balkans occidentaux, il estime que cela ne "regarde pas vraiment l'Albanie" : "L'Albanie est un pays très européen. La Russie n'y est pas présente du tout [...] Pour nos voisins, c'est plus complexe." L'Albanie est considérée par l'Union comme le deuxième pays le plus avancé, juste derrière le Monténégro, dans son processus d'adhésion. Elle a ouvert les 33 chapitres de la négociation. Alors que le chancelier allemand Friedrich Merz estime que l'Ukraine devrait devenir "membre associé" de l'UE avant d'en devenir un État membre à part entière, Edi Rama s'oppose à ce type d'adhésion : "Il nous faut un nouveau moment Helmut Kohl. À la chute du mur de Berlin, l'UE n'a pas dit à l'Allemagne, il faut compléter tous les chapitres, et seulement alors vous rentrerez". Helmut Kohl a réunifié, puis remis l'Est à niveau. "C'est ce qu'il faut faire. Il faut avoir tous les pays qui négocient autour de la table et après, chacun des pays doit faire son propre travail." Edi Rama est prêt à concéder que les nouveaux entrants dans le club européen ne puissent pas exercer leur droit de véto : "Je pense qu'une grande puissance globale ne peut pas fonctionner avec le vote à l'unanimité et donc les veto. [...] Ce mécanisme ne fonctionne pas, même pas en ce moment entre les Vingt-Sept." "Il s'agit d'un investissement très important" Depuis début juin, des manifestations quotidiennes ont lieu à Tirana contre un projet immobilier porté par Ivanka Trump, fille du président américain Donald Trump, et son époux, Jared Kushner. Les détracteurs affirment que ce complexe hôtelier de luxe, dont le coût est estimé à 4,6 milliards de dollars et qui devrait être construit dans une zone protégée de la côte adriatique du pays, représente un risque pour l'environnement. Le Premier ministre Edi Rama défend ce projet : "Il s'agit d'un investissement très important, pas seulement de la part de Jared Kushner mais aussi d'investisseurs du Qatar. C'est un investissement qui va nous aider à ne plus avoir seulement un tourisme low cost, qui implique beaucoup de pression sur l'environnement. Ce projet va également amener beaucoup plus d'argent dans le pays. [...] Nous avons été élus pour tenir nos promesses. Ce projet en fait partie. C'est très intéressant parce qu'à Tirana, il y a des manifestations mais à Vlora, où le projet doit se faire, les gens sont pour le projet." "Il s'agit de manifestants contre le gouvernement" Il défend le droit des Albanais à manifester mais remet en question les motifs liés à ces protestations : "Ces manifestations montrent que l'Albanie est un pays démocratique. [...] Mais les manifestants ne représentent pas tous les Albanais. Nous avons la preuve, grâce à des enquêtes, que la majorité des Albanais sont en faveur de ce projet. Ce projet n'est plus la raison des manifestations. On ne parle même plus de ce projet. Il s'agit de manifestants contre le gouvernement, qui veulent la fin de ce gouvernement." Selon lui, ce projet lié à la famille Trump est un moyen pour les manifestants "d'attirer l'attention du monde entier" : "Tous ceux qui n'aiment pas Donald Trump soutiennent ces manifestations. Cela leur donne une raison pour critiquer Donald Trump." La zone dans laquelle le complexe immobilier doit voir le jour est une aire protégée, abritant de nombreux oiseaux migrateurs, dont des flamants roses, devenus symbole de la protestation. Les opposants au projet accusent le gouvernement d'avoir modifié la loi pour permettre la réalisation de ce projet. Ce que réfute le Premier ministre : "Il ne s'agit pas d'un changement de loi pour rendre le projet faisable. Il s'agit d'un territoire protégé où nous pouvons construire sous certaines conditions." Selon lui, les ingérences extérieures contre ce projet sont multiples : "Il y a une ingérence de l'Iran avec qui nous sommes en guerre cyber depuis trois ans. Puis, il y a des concurrents dans la région qui ne veulent pas voir ce développement en Albanie. Enfin, comme je le disais, une partie de la population veut des choses différentes pour le pays." "La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille" Le parquet anticorruption a ouvert une enquête sur les modalités d'achat des terrains. Le Premier ministre ne reconnaît qu'une affaire en cours : "Cela fait partie de toutes ces demi-vérités qui, avec les réseaux sociaux, deviennent un grand mensonge. Il n'y a jamais eu de problèmes avec les fonds. Ils proviennent de la Banque d'investissement du Qatar. [...] Le parquet anticorruption fait une enquête sur l'un des propriétaires qui a vendu le terrain. L'investigation continue." Beaucoup de manifestants expriment leur frustration face à la corruption qui sévit dans le pays : "La lutte contre la corruption est notre cheval de bataille. [...] Nous avons fait une montagne de choses pour lutter contre." Les États membres viennent de voter la possibilité de créer des centres de rétention dans des pays à l'extérieur de l'UE qui auront vocation à accueillir les migrants en situation irrégulière expulsés d'Europe. Il y a quelques années, l'Albanie avait déjà signé un accord avec l'Italie de droite radicale de Giorgia Meloni. Il prévoyait l'ouverture de centres de rétention gérés par Rome en Albanie. Ces centres ont à plusieurs reprises été bloqués par la justice. À la question de savoir si ces centres pourront à présent fonctionner, Edi Rama rappelle que ce "projet est géré par l'État italien" : "Nous avons mis à disposition un terrain, de l'espace. Pour le reste, c'est l'Italie". Selon lui, ces centres ne posent "pas de problèmes" à la population albanaise.   Emission préparée par Oihana Almandoz, Perrine Desplats, Renaud Lefort, Charlotte Prudhomme et Isabelle Romero

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  2. Jun 5

    José Manuel Albares : "Nous soutenons l'Ukraine pour qu'elle gagne la guerre et surtout la paix"

    Cette semaine, nous recevons José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères. Immigration, conflit au Moyen-Orient, montée de l'extrême droite : il détaille les politiques de l'Espagne, parfois à contre-courant du reste de l'Union. L'Espagne, pays de 50 millions d'habitants, est l'un des États de l'Union européenne (UE) à s'opposer le plus fortement à l'action d'Israël au Moyen-Orient. L'UE intensifie cependant sa pression sur Israël en préparant des sanctions à l'encontre des ministres accusés d'encourager les violations de droits de l'homme, notamment le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Pour José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, ces sanctions sont "nécessaires" : "Nous devons envoyer un message fort à Israël en leur disant que nous soutenons évidemment l'existence de leur État. Israël doit avoir le droit à la paix et la sécurité mais c'est également le cas pour les peuples palestiniens et libanais. [...] La démocratie respecte les droits de l'homme et le droit international. Tant que cette violence perpétuelle continuera, l'Europe ne peut pas avoir la même relation avec Israël." "Une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde" Certains États membres comme l'Irlande, la Slovénie ou encore l'Espagne demandent la suspension de l'accord d'association entre l'UE et Israël, un texte qui permet des échanges commerciaux dans un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs. L'Allemagne, par exemple, s'oppose à cette suspension. José Manuel Albares dénonce le fait que l'article 2 du texte garantissant "le respect des droits de l'Homme et des principes démocratiques" n'est pas appliqué par Israël : "Nous ne pouvons pas continuer comme cela. Nous devons dire à Israël que nous n'accepterons pas que la guerre soit le seul type de relation entre eux et les autres peuples du Moyen-Orient. Il doit y avoir une coexistence pacifique qui garantit la sécurité de tout le monde." Selon lui, il faut également "donner une réponse à l'opinion publique qui demande de faire tout ce qui est en notre pouvoir" pour régler ces conflits. "Une partie de l'accord doit être suspendue par vote à l'unanimité mais une autre par la majorité qualifiée. Je dis qu'il faut voter et voir le résultat à la majorité qualifiée, pour la partie commerciale de l'accord par exemple," poursuit-il. "La Russie est en train de perdre cette guerre" La guerre s'enlise en Ukraine alors que les Russes poursuivent quotidiennement leurs frappes : "Vladimir Poutine disait que cette guerre durerait 72 heures tout au plus. Nous sommes dans la cinquième année de conflit. Nous pouvons dire que la Russie est en train de perdre cette guerre." Le chef de la diplomatie espagnole rappelle le soutien inconditionnel de l'UE à l'Ukraine : "Peu importe la situation militaire, nous ne pouvons pas accepter cela en Europe. [...] Nous devons défendre l'indépendance, la démocratie et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Par conséquent, nous sommes décidés à soutenir l'Ukraine pour qu'elle gagne non seulement la guerre, mais surtout qu'elle gagne la paix." La France a notamment évoqué l'idée d'ouvrir à nouveau un canal de discussion avec la Russie afin d'avancer dans les négociations. Une idée à laquelle ne s'oppose pas le ministre espagnol mais qui le pousse à s'interroger : "La vraie question, c'est pour parler de quoi exactement ? J'aimerais bien qu'il y ait une table de négociation et un cessez-le-feu mais la Russie ne veut pas en entendre parler. [...] À plusieurs reprises, des médiateurs ont essayé de ramener les Russes à la table, d'obtenir un cessez-le-feu mais cela n'a pas abouti. Si ces nouvelles discussions entraînent un vrai changement autour de pourparlers de paix, bien sûr, pourquoi pas." Et de rappeler : "Ni les Ukrainiens, ni les Européens, ni les institutions européennes n'ont voulu cette guerre. C'est la guerre d'un seul homme." "J'appelle à une armée européenne" José Manuel Albares appelle en outre à renforcer la défense européenne sans pour autant couper les ponts avec les États-Unis : "Je crois fermement à la relation transatlantique d'un point de vue commercial et sécuritaire. Elle est fondamentale. Mais en même temps, je suis complètement en faveur du fait que les Européens augmentent leur propre sécurité. J'appelle à une armée européenne qui ne remplacera pas les armées nationales mais qui pourrait garantir les menaces contre l'Europe." Pour ce faire, il explique que l'Espagne est "favorable à la préférence européenne graduelle", c'est-à-dire à une augmentation des achats d'équipements de défense produits dans l'UE. "Cela ne veut pas dire que nous serons isolés ou renfermés. L'Espagne est favorable à la préférence européenne mais ce n'est pas pour autant qu'elle n'a pas de relations au niveau de l'industrie de défense avec le Royaume-Uni, la Norvège ou même avec les États-Unis." "Toute politique migratoire doit respecter les droits de l'homme" En Espagne, l'ancien ministre des Transports, proche du Premier ministre Pedro Sanchez est jugé pour corruption sur les marchés publics pendant la pandémie de Covid-19. Puis, le prédécesseur socialiste de l'actuel Premier ministre, José Luis Rodriguez Zapatero, est inculpé pour trafic d'influence. Selon José Manuel Albares, ces affaires ne fragilisent pas Pedro Sanchez ou sa coalition : "Nous avons un mécanisme de motion de censure dans notre Constitution, qui est la motion de censure. [...] Il n'y a pas de majorité pour parvenir à cette motion. Il n'y a pas un seul membre du gouvernement qui est impliqué. Pedro Sanchez agit vite, il ne tolère pas la corruption et laisse tranquillement travailler la justice." Les États membres durcissent leur politique migratoire et mettent en place des centres de retour situés hors du territoire européen, qui devraient recevoir des étrangers devant quitter l'UE, notamment après un refus d'une demande d'asile. Une mesure qui inquiète les ONG d'un risque de violation des droits humains. L'Espagne s'oppose à ces centres : "Nous y sommes fermement opposés car nous considérons que cela ne respecte pas la dignité des migrants. Toute politique migratoire doit respecter les droits de l'homme." Selon lui, les pays qui accueilleraient ces centres se retrouveraient dans une position "très gênante" : "Nous devons avoir un dialogue à très haut niveau avec nos partenaires au lieu de les obliger à avoir des centres de rétention comme cela." Enfin, ces centres ne sont "pas efficaces", selon le ministre espagnol : "Qu'est-ce qui est efficace ? C'est ce que fait l'Espagne. Les chiffres officiels de l'UE montrent que la route migratoire par laquelle il y a eu la plus grosse chute du nombre d'arrivées de migrants irréguliers est celle qui passe par l'Espagne. Soit par l'Andalousie, la Méditerranée ou les Îles Canaries." Il rappelle les principes de la politique d'accueil espagnole : "Nous avons une coopération policière pour lutter avec acharnement contre les mafias qui trafiquent avec les humains. Puis, nous augmentons notre aide au développement à l'Afrique occidentale pour offrir des voies à la jeunesse africaine." Le ministre des Affaires étrangères vante les bienfaits de cette politique migratoire : "Nous avons la croissance économique la plus forte de l'Europe, le double de celle de la France par exemple. Cela nous permet d'augmenter nos salaires, d'avoir un niveau d'emploi record de plus de 22 millions de personnes et d'avoir réduit de 40 % les dernières années notre taux de chômage. Il est possible d'avoir une politique migratoire qui concilie droits de l'homme, dignité de chacun, réduit les chiffres d'entrées des migrations illégales, qui permet d'avoir la plus forte croissance d'Europe et qui fait croître notre population." Alors que neuf pays sont officiellement candidats à une adhésion à l'UE, l'Espagne est "favorable" à l'entrée de nouveaux États au sein de l'Union : "Nous pensons que le destin de ces pays est de faire partie un jour de l'UE. Cela doit continuer à être basé sur le mérite mais nous pouvons les aider en termes d'infrastructures par exemple. Nous avons appris des élargissements précédents. Nous passons beaucoup de temps à discuter des aspects techniques d'une adhésion comme l'impact sur la politique agricole commune ou le déficit budgétaire. Nous devons en faire autant sur les questions de valeurs et de respect de la démocratie." "Nous voulons avoir une relation commerciale équilibrée" Alors que la Commission européenne cherche à renforcer ses défenses commerciales contre la Chine, l'Espagne est fortement dépendante des investissements chinois notamment dans les secteurs de l'automobile et de l'énergie solaire : "Nous avons ce dialogue avec la Chine car elle représente un pourcentage immense de notre déficit commercial. Il faut régler ces problèmes. Puis, nous avons une politique étrangère globale. Pour lutter contre le changement climatique, pour obtenir la paix au Moyen-Orient ou en Iran, nous devons parler avec les grandes puissances, y compris la Chine." Il rappelle tout de même l'importance d'avoir une relation "équilibrée" : "La Chine doit s'ouvrir si elle ne veut pas que l'Europe se referme. Nous voulons avoir une relation commerciale mais que les mêmes règles s'appliquent d'un côté et de l'autre. Nous essayons d'amener la Chine vers une paix mondiale, vers la lutte contre le changement climatique et les grands accords multilatéraux." Face aux multiples attaques auxquelles l'UE est confrontée, José Manuel Albares s'inquiète de l'affaiblissement de la démocratie : "Des pays extérieurs à l'UE voudraient voir un projet européen affaibli et divisé. Mais la menace est aussi interne : les forces d'extr

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  3. May 29

    Mariya Gabriel : "Pour ne pas répéter l’erreur des réseaux sociaux, il faut une IA éthique"

    Cette semaine, émission spéciale sur l'Intelligence Artificielle, avec le reportage de Luke Brown à travers toute l'Europe, commenté par Mariya Gabriel, sous-directrice générale de la communication et de l’information à l’UNESCO et ancienne Commissaire européenne au Numérique. Mariya Gabriel, également ancienne vice-première ministre de Bulgarie, commence par rappeler que la liberté d'expression a baissé de 10 % depuis 2012, selon le dernier rapport de l'UNESCO : "Cela correspond à des moments très sombres de l'Histoire que nous avons connu. 63 % des journalistes exercent une forme d'autocensure afin d'éviter encore plus de problèmes et de représailles" (…) et 310 journalistes ont été tués entre 2022 et 2025, dont 163 dans des zones de guerre". Mariya Gabriel insiste également sur les violences en ligne subis par les femmes journalistes, qui "a doublé en trois ans". "La désinformation paralyse les sociétés" Mariya Gabriel veut renforcer la lutte contre la désinformation en ligne. "La désinformation érode la confiance et paralyse les sociétés. Elle peut être un vrai danger pour la santé publique. Aujourd'hui, avec l'Intelligence Artificielle, tous ces phénomènes sont amplifiés. L'approche de l'UNESCO est une approche équilibrée". Selon l'ancienne Commissaire Européenne à l'Innovation et à la Recherche, il faut doter l'ensemble des acteurs de l'écosystème numérique des outils et compétences nécessaires pour "ne pas perdre la capacité de communiquer et de créer". Mariya Gabriel veut approfondir le travail avec les créateurs de contenus et prêter plus attention aux familles et aux parents : "Nous avons beaucoup parlé des jeunes, nous avons beaucoup parlé des enseignants. Aujourd'hui, ce sont les parents qui se sentent dépourvus. Ils ne savent pas ce qui se passe, ni comment les algorithmes influencent leurs enfants". Améliorer la compréhension de l'IA au sein des familles, mais aussi rendre plus efficace les services publics et le système judiciaire. "Parce qu'aujourd'hui, 44 % des juges et des procureurs disent qu'ils utilisent l'IA dans leur travail, mais seulement 9 % ont eu accès à une formation. Et c'est pour cela que l'UNESCO, ensemble avec l'Université d'Oxford, a publié un cours gratuit accessible pour tous en ligne sur l'intelligence artificielle, la justice et l'État de droit". "La souveraineté technologique est un élément clé" Sous la pression américaine, la Commission Européenne a repoussé à juin l'annonce de son "paquet technologique" sur l'Intelligence Artificielle. Des textes qui encouragent le développement de solutions souveraines pour permettre aux Européens de reprendre le contrôle de leurs données, alors que les entreprises technologiques de la Silicon Valley entendent bien garder leur mainmise sur les infrastructures numériques européennes. "Si la souveraineté est comprise comme la maîtrise des choix, oui, c'est un élément clé", indique l'ancienne Commissaire européenne à l'Economie et à la Société Numérique, qui rappelle que l'UNESCO a adopté en 2021 à l'unanimité le premier et seul cadre normatif sur l'éthique de l'IA. "Maintenant, il va falloir continuer la discussion parce que nous allons devoir parler des centres de données et de l'énergie qu'ils consomment (…) Nous devons parler aussi de la gouvernance des données (…) : on doit savoir quels sont les risques et comment protéger les données privées". Pour elle, les compétences techniques ne suffisent plus, il faut "développer un esprit critique". "9 enfants sur 10 utilisent l'IA pour avoir une conversation du quotidien" Mariya Gabriel rappelle que "9 enfants sur 10 utilisent l'intelligence artificielle pour avoir une conversation 'de tous les jours', et 1 enfant sur 2 donne des informations personnelles : si on ne veut pas reproduire l'erreur que nous avons fait avec les réseaux sociaux il y a 20 ans, nous devons tous nous unir pour que l'IA corresponde à des principes éthiques qui soient fondés sur les droits humains et qui soient durables". Elle insiste sur la maitrise des données numériques, qui influencent le développement des algorithmes et doivent promouvoir des valeurs telles que "l'inclusivité, la non-discrimination, la responsabilité et la transparence". Notre reportage : la révolution technologique du siècle L'intelligence artificielle (IA) est la révolution technologique la plus importante du siècle, elle risque d'impacter tous les aspects de la vie des Européens : des petites entreprises aux géants industriels, la course est lancée pour tirer parti de l'IA, tout en veillant à ce qu'elle ne nuise pas à nos sociétés. Notre reporter s'est rendu dans une demi-douzaine de pays de l'UE pour découvrir les actions mises en place, depuis les initiatives d'éducation et de montée en compétences dans les zones rurales d'Irlande, jusqu'au secteur manufacturier, qui voit dans l'IA et les robots un moyen d'améliorer la productivité et de compenser la diminution de la main-d'œuvre. Mais comment l'Europe compte-t-elle rattraper les leaders que sont les États-Unis et la Chine en matière d'infrastructure IA ? Nous visitons l'une des premières "Usines à IA" de l'UE au Luxembourg, ainsi que le supercalculateur Meluxina, qui fournit aux startups européennes la puissance de traitement nécessaire des données pour leurs modèles d'IA. En effet, la question de la souveraineté numérique européenne et de l'IA est devenue centrale, d'autant qu'une grande partie des infrastructures IA sont basées aux États-Unis. Cela pousse de nombreuses organisations européennes à repenser leur dépendance à l'égard de la Silicon Valley. Le secteur de la création est aussi aux abois. Les artistes européens pèsent sur la scène internationale. Pour de nombreux musiciens, par exemple, l'IA peut être à la fois un outil au service de leur créativité et une menace, car elle permet à la musique générée par IA de capter des revenus sur les plateformes de streaming. Une vision partagée par le pionnier de la musique électronique Jean-Michel Jarre : "Ce qui différencie le chaos de la démocratie, c'est évidemment les règles. Nous les gens du monde de la création, on a droit à une part du gâteau, et donc il faut qu'on soit, considéré une fois pour toutes comme des vrais partenaires autour de la table des négociations."  Deux tiers des Européens estiment que l'IA peut améliorer la productivité au travail, mais 84 % pensent qu'elle nécessite une gestion rigoureuse. Trouver le juste équilibre entre innovation et régulation sera crucial pour l'UE.   Emission préparée par Georgina Robertson, Perrine Desplats, Oihana Almandoz, Isabelle Romero et Loïc Chalavon.

    18 min
  4. May 22

    Roxana Mînzatu : "Une économie forte ne va pas sans une société forte"

    Alors que la guerre au Moyen-Orient inquiète de nombreux Européens, l'Union européenne affiche un taux de chômage inférieur à 6 %. Cependant, la crise énergétique pèse sur les entreprises et suscite des questions sur l'avenir de l'emploi. Pour en parler, nous recevons Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne. Une stratégie pour sortir 100 millions d'Européens de la pauvreté La Commission européenne a lancé sa première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, un signal politique fort selon Roxana Mînzatu. Elle rappelle qu'un Européen sur cinq est aujourd'hui en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. "On a presque 100 millions d'Européens qui sont en risque de pauvreté, en risque d'exclusion sociale. On parle de la pauvreté des enfants, du sans-abrisme, du logement, du coût de la vie", explique la vice-présidente exécutive de la Commission. Parmi les outils envisagés, une directive européenne sur l'accès au travail des personnes sans emploi, qui fixerait des conditions minimales communes pour l'accompagnement des demandeurs d'emploi dans les États membres. La Commission prépare également une loi sur les emplois de qualité, attendue en décembre, qui entend concilier compétitivité et salaires décents. "La compétitivité et la prospérité sont les buts importants de l'Europe. Mais ça doit être réalisé en soutenant des emplois de qualité, des salaires qui permettent aux gens d'assumer le coût de la vie." Cinq millions d'enfants à sortir de la précarité : un objectif sans budget dédié Sur les 19 millions d'enfants européens en risque de pauvreté, la Commission s'est fixé l'objectif d'en sortir cinq millions. Mais la stratégie ne prévoit pas de budget propre. Les négociations sur le cadre financier pluriannuel sont en cours, et le Fonds social européen – doté d'environ 100 milliards d'euros dans le prochain cadre –, devra assumer une part importante de l'effort, avec un plancher de 14 % d'investissement social garanti par pays. Neuf morts par jour au travail : "c'est inacceptable !" Chaque jour, neuf Européens décèdent sur leur lieu de travail. Un chiffre que Roxana Mînzatu qualifie d'"inacceptable", alors même que la législation européenne a permis de réduire de 70 % les accidents mortels au travail en trente ans. La Commission entend aller plus loin en intégrant dans la future loi sur les emplois de qualité les risques psychosociaux et ceux liés aux conditions climatiques extrêmes. "La vision avec laquelle on travaille en Europe, c'est un objectif zéro sur les morts au travail." Intelligence artificielle : opportunité et risque pour le monde du travail Sur l'impact de l'intelligence artificielle (IA), la vice-présidente exécutive européenne appelle à une discussion sociétale sérieuse, tout en reconnaissant que personne ne peut aujourd'hui mesurer avec certitude les effets sur l'emploi. Elle annonce, pour novembre 2026, un paquet législatif sur l'éducation, qui comprendra des mesures pour développer la culture numérique en Europe et intégrer l'IA dans les écoles. "L'IA est en réalité une grande opportunité, mais aussi une vulnérabilité. On a besoin de compétences parce qu'on voit déjà des travailleurs qui utilisent l'IA chaque jour sans avoir eu de formation dédiée.", explique-t-elle. Austérité ou relance ? Bruxelles cherche l'équilibre Interrogée sur la demande de l'Italie d'obtenir des dérogations au pacte de stabilité pour faire face à la flambée des prix énergétiques, Roxana Mînzatu défend la position de la Commission : trouver l'équilibre entre règles budgétaires et investissements sociaux, sans opposer compétitivité et cohésion. "Une société forte peut contribuer à une économie forte, l'un sans l'autre ne sont pas possibles", poursuit-elle.  La montée des droites populistes : "Écoutons les problèmes concrets des citoyens" Sans porter de jugement sur les choix électoraux des Européens, Roxana Mînzatu estime que la réponse aux populismes passe par des politiques sociales plus efficaces et plus crédibles. Les préoccupations des citoyens, dit-elle, ne sont pas idéologiques : ce sont le salaire, le coût de la vie et l'avenir de leurs enfants. "C'est leurs problèmes concrets et la confiance qu'ils ont dans les politiciens sur les solutions qui leur importent", conclut-elle.     Une émission préparée par Isabelle Romero, Perrine Desplats, Aline Bottin et Oihana Almandoz

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Rendez-vous à Bruxelles pour un entretien avec une personnalité européenne de premier plan, suivi d'un débat entre eurodéputés. Le samedi à 11 h 10 (heure de Paris), puis 15 h 40.

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