Religion, histoire et société dans le monde grec antique - Vinciane Pirenne-Delforge

Depuis 2017, Vinciane Pirenne-Delforge est titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique. Les différents termes de cet intitulé désignent les éléments constitutifs de l'enseignement de la chaire et des recherches qui le fondent. Ainsi, le recours aux méthodes éprouvées de la démarche historico-philologique et la mise à profit des apports de l'anthropologie historique permettent d'appréhender l'étroite imbrication de ce que nous appelons « religion » dans les différents aspects de la vie sociale, politique, culturelle, voire économique, du monde grec. Ce dernier est envisagé au sens large de tous les lieux où les Grecs se sont établis, par la fondation de cités. La religion grecque est un polythéisme, ce qui évoque d'emblée une multiplicité de figures divines. Mais la pluralité qu'exprime le terme ne concerne pas seulement les entités suprahumaines auxquelles les Grecs ont rendu hommage pendant presque un millénaire. Toutes les composantes de leur religion, des représentations aux pratiques, relèvent d'un large éventail de possibles, non pas fondés sur des dogmes ou sur une révélation, mais sur des normes culturellement déterminées et des traditions narratives. Afin de comprendre un tel foisonnement de dieux et de rituels, il convient d'en restituer soigneusement les contextes et de faire droit à la complexité d'une culture dont l'apparente familiarité est un héritage trompeur. L'objectif des recherches menées au sein de la présente chaire est précisément de rendre compte des lignes de force qui structurent l'imaginaire des Grecs, ainsi que des pratiques qu'il induit et qui le constituent.

  1. Apr 2

    09 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : de l'Iliade à l'Athènes classique

    Vinciane Pirenne-Delforge Chaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique Collège de France Année 2025-2026 09 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : de l'Iliade à l'Athènes classique Résumé Tous les serments ne requièrent pas la mise en scène d'une immolation animale, ainsi que l'atteste déjà le chant I de l'Iliade : Achille y brandit le sceptre qu'il tient à la main pour prendre la parole à l'assemblée des guerriers et fait de l'objet « le grand serment » de son retrait du champ de bataille. Ce type d'équivalence conduit à rappeler les interprétations du nom même d'horkos, entendu soit comme l'objet que l'on saisit quand on jure (Benveniste), soit comme une variation morphologique du terme herkos, la « barrière », l'« enclos » (Bollack), formant dès lors le cadre que le jureur ne pourra transgresser. Sans trancher entre ces perspectives que les linguistes laissent ouvertes, on souligne leur intérêt respectif pour la compréhension des représentations véhiculées par le terme pour les anciens. Revenant ensuite dans l'Athènes classique, il s'agit de préciser la relation entre le sacrifice animal attesté lors de la présentation des enfants au sein des phratries et les serments qui sont prononcés à cette occasion. Rien ne permet d'affirmer que les jureurs s'engageaient sur les parts d'un animal distinct de celui que fournissait l'introducteur de l'enfant : un serment de ce type peut dès lors être associé à la combustion de la part divine lors d'un rituel de type thusia.

  2. Mar 26

    08 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : la matrice épique

    Vinciane Pirenne-Delforge Chaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique Collège de France Année 2025-2026 08 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : la matrice épique Résumé L'introduction du cours fait un bref retour sur la question des prétendues 'abstractions divinisées' qui peuplent les listes généalogiques de la Théogonie pour souligner l'anachronisme d'une telle étiquette. On ne peut réduire des puissances divines conçues comme agissant dans le monde au statut d'allégories sans se priver d'une juste compréhension de la poésie archaïque. Cette mise au point entend rendre à la descendance de Nuit – dont horkos, le serment, fait partie – toute sa puissance d'évocation dans la perspective d'un poème entendu comme lecture du monde et de la société. La leçon s'attache ensuite à l'analyse des scènes juratoires des chants III et XIX de l'Iliade. La première met en scène les armées grecque et troyenne posant les armes au profit d'un combat singulier entre Pâris et Ménélas, et s'engageant à respecter le résultat de l'affrontement. La seconde voit Agamemnon accepter de rendre sa captive à Achille, avec maints cadeaux de compensation, mais aussi de jurer qu'il ne l'a pas touchée. Le lexique et le dispositif rituel de chacune des scènes sont comparés aux éléments constitutifs des scènes sacrificielles étudiées l'an dernier.

  3. Mar 19

    07 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (2)

    Vinciane Pirenne-Delforge Chaire Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique Collège de France Année 2025-2026 07 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (2) Résumé La Théogonie hésiodique fait d'Horkos, 'Serment', le fils d'Éris, 'Lutte', et le qualifie de 'fléau pour les humains de la terre'. Mais le serment n'est pas qu'une puissance à l'œuvre dans la société des hommes : il apparaît également dans celle des dieux. Il prend cette fois les traits de la déesse de Styx, dont est analysée la place dans le vaste ensemble des Océanines, à savoir les milliers de filles d'Okéanos et de Téthys, le couple qui a également engendré les Fleuves. D'ascendance aquatique, Styx est une eau glacée, souterraine, qui forme un dixième des eaux de son père, ce qui en fait la plus importante des Océanines. Elle les surpasse aussi en raison des honneurs que Zeus lui confère quand elle se place à ses côtés en vue de la Titanomachie. Le ralliement de Styx et de ses quatre enfants – Zèlos, 'Zèle/Empressement', Nikè, 'Victoire', Kratos, 'Pouvoir', Biè, 'Force' – est indispensable à la victoire du dieu et en crée les conditions : les compétences de Kratos et Biè sont essentielles, mais le fait que Zèlos et Nikè soient étroitement appariées signifie que la seule force ne peut prévaloir : le zēlos, l''empressement' de tous les dieux à répondre à l'appel de Zeus est fondé sur sa promesse de donner à chacun les honneurs qui lui revient, et la négociation qui la sous-tend. Quant à Styx, elle est placée en clé de voûte du pouvoir de Zeus puisqu'elle sera désormais 'le grand serment des dieux', déracinant les conflits, les dissensions et les mensonges dès qu'ils surgissent parmi les dieux. Deux serments par Styx aux chants XIV et XV de l'Iliade referment cette leçon.

  4. Mar 12

    06 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (1)

    Vinciane Pirenne-Delforge Religion, histoire et société dans le monde grec antique Collège de France Année 2025-2026 06 - Dans les cités : la Grèce comme culture sacrifiante : Sacrifice et serment : ouverture poétique (1) Résumé « Le serment est ce qui maintient la démocratie », déclare l'orateur et homme politique athénien Lycurgue au IVe siècle avant notre ère. Une fois remise en contexte, cette affirmation fait émerger les dieux auxquels le parjure ne peut se dérober, fût-ce par le biais de sa descendance. L'enjeu des leçons sur ce thème est de comprendre à quelle position se trouvaient les divinités dans le processus et comment le sacrifice participait de sa construction. Un premier pas dans cette direction consiste à relire les vers des anciens poètes qui parlent de serment. Cette ouverture poétique s'attache tout d'abord à analyser un fragment de la Titanomachie mettant en scène le Centaure Chiron qui met les humains sur la voie de la justice en leur révélant « les serments, les sacrifices, les signes de l'Olympe ». L'articulation de ces trois éléments fait ressortir le caractère relationnel de ces dons aux hommes. Une comparaison est effectuée avec les traditions qui érigent le Titan Prométhée en bienfaiteur de l'humanité et qui associent la justice aux dons de Zeus lui-même. C'est ensuite l'œuvre d'Hésiode qui alimente la réflexion de cette ouverture, en associant le serment, Horkos en tant que puissance divine, à une généalogie de la Théogonie qui le fait naître d'Éris, la Lutte, elle-même fille de Nyx, la Nuit. Les implications de cette généalogie sur la représentation qu'Hésiode donne du serment sont analysées, en évoquant également les différents passages qui en parlent dans Les Travaux et les Jours.

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