Géométrie spectrale - Nalini Anantharaman

La géométrie spectrale est le domaine des mathématiques qui vise à faire le lien entre la géométrie d'un objet et son spectre de vibration. Le domaine a connu une première naissance dans les années 1910, quand les précurseurs de la mécanique quantique ont cherché à calculer le spectre des atomes à partir de considérations géométriques sur le modèle planétaire. La question s'est ensuite muée en l'étude du spectre d'opérateurs de Schrödinger, en lien avec la géométrie symplectique dans l'espace des phases de la mécanique classique. La seconde naissance du domaine remonte aux années 1960 avec le théorème de l'indice, qui donne des relations entre certains « indices topologiques » (par exemple la caractéristique d'Euler d'un espace topologique) et le bas du spectre d'un opérateur elliptique (comme l'opérateur de Laplace). Ce domaine connaît actuellement une activité intense du côté de la physique, avec la découverte du rôle de la notion d'« indice » dans la description des matériaux topologiques. Parmi les grandes questions de la géométrie spectrale, citons : Le chaos quantique : c'est l'étude du spectre d'un opérateur de Schrödinger, quand le système hamiltonien qui lui correspond en mécanique classique est chaotique ; Les problèmes inverses : que peut-on deviner de la géométrie d'un objet à partir de la mesure de son spectre de vibration ? Le lien entre spectre et topologie, via divers avatars du théorème de l'indice ; Le spectre de systèmes désordonnés ou d'objets géométriques aléatoires ; Le lien entre géométrie et contrôle des ondes : quels sont les meilleurs endroits où se placer pour « diriger » une onde ? Le cours sera tourné vers les aspects mathématiques de ces questions, mais certaines années le séminaire sera l'occasion d'entendre des physiciens présenter leurs travaux en lien avec le cours.

  1. JAN 27

    Colloque - Géométrie et spectre des grands objets - Nicolas Raymond : De l'effet tunnel magnétique

    Nalini Anantharaman Géométrie spectrale Collège de France Année 2025-2026 Colloque - Géométrie et spectre des grands objets - Nicolas Raymond : De l'effet tunnel magnétique Nicolas Raymond Université d'Angers Tout au long de cet exposé, il sera question d'effet tunnel dans le cadre de l'équation de Schrödinger avec champ magnétique. Nous évoquerons d'abord les travaux d'Helffer et Sjöstrand des années quatre-vingts dans le cas des potentiels électriques, ainsi que leurs reviviscences relativement récentes. Puis, nous explorerons les travaux menés depuis plus de dix ans – notamment avec V. Bonnaillie-Noël, S. Fournais, Y. Guedes Bonthonneau, F. Hérau, L. Morin et S. Vũ Ngọc – dans un contexte purement magnétique. Au cœur de l'exposé, nous considérerons le laplacien magnétique en dimension deux. Sous l'hypothèse que le champ magnétique est intense et possède un double puits générique, nous exhiberons une formule asymptotique explicite révélant que l'écart entre les deux plus petites valeurs propres est exponentiellement petit, mais non nul. Nous expliquerons également comment la célèbre dynamique centre-guide permet de franchir quantiquement, par effet tunnel, une barrière magnétique. Nous montrerons les premières approximations exponentiellement précises des fonctions propres dans la zone classiquement interdite par les variations du champ magnétique. De façon adventice, nous soulignerons les différences essentielles entre les effets électriques et magnétiques.

    57 min
  2. JAN 27

    Colloque - Géométrie et spectre des grands objets - Kohei Suzuki : Interacting Brownian Motions, Wasserstein Gradient Flow and Ricci Curvature Bound

    Nalini Anantharaman Géométrie spectrale Collège de France Année 2025-2026 Colloque - Géométrie et spectre des grands objets - Kohei Suzuki : Interacting Brownian Motions, Wasserstein Gradient Flow and Ricci Curvature Bound Kohei Suzuki Durham University In this talk, we focus on an infinite-dimensional model of repulsively interacting Brownian motions: Dyson Brownian motion (DBM) at soft-edge scaling. It is known that its stationary process is the Airy line ensemble, a collection of non-intersecting random curves linked to many models in the KPZ universality class. We show that its time-marginal law is characterised as a Wasserstein steepest gradient descent of the relative entropy in the space of probability measures over the configuration space — an infinite-dimensional analogue of Jordan-Kinderlehrer-Otto/Ambrosio-Gigli-Savaré theory. From a metric-geometric viewpoint, our result shows that the configuration space endowed with invariant measure of the DBM (i.e., Airy_2 point process) is an RCD space, a space having a uniform Ricci curvature lower bound in the sense of Lott-Villani/Sturm and Gigli. As an application, we establish various new functional inequalities (e.g., HWI, distorted Brunn-Minkowski, dimension-free Harnack) for the model. Furthermore, we discover the new phenomenon that the time-marginal law exhibits number rigidity in the sense of Ghosh and Peres (i.e., the number of particles inside a box is determined by the configuration outside), revealing a formation of a random crystal-like structure by the DBM. This talk is based on arXiv:2509.06869.

    53 min

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La géométrie spectrale est le domaine des mathématiques qui vise à faire le lien entre la géométrie d'un objet et son spectre de vibration. Le domaine a connu une première naissance dans les années 1910, quand les précurseurs de la mécanique quantique ont cherché à calculer le spectre des atomes à partir de considérations géométriques sur le modèle planétaire. La question s'est ensuite muée en l'étude du spectre d'opérateurs de Schrödinger, en lien avec la géométrie symplectique dans l'espace des phases de la mécanique classique. La seconde naissance du domaine remonte aux années 1960 avec le théorème de l'indice, qui donne des relations entre certains « indices topologiques » (par exemple la caractéristique d'Euler d'un espace topologique) et le bas du spectre d'un opérateur elliptique (comme l'opérateur de Laplace). Ce domaine connaît actuellement une activité intense du côté de la physique, avec la découverte du rôle de la notion d'« indice » dans la description des matériaux topologiques. Parmi les grandes questions de la géométrie spectrale, citons : Le chaos quantique : c'est l'étude du spectre d'un opérateur de Schrödinger, quand le système hamiltonien qui lui correspond en mécanique classique est chaotique ; Les problèmes inverses : que peut-on deviner de la géométrie d'un objet à partir de la mesure de son spectre de vibration ? Le lien entre spectre et topologie, via divers avatars du théorème de l'indice ; Le spectre de systèmes désordonnés ou d'objets géométriques aléatoires ; Le lien entre géométrie et contrôle des ondes : quels sont les meilleurs endroits où se placer pour « diriger » une onde ? Le cours sera tourné vers les aspects mathématiques de ces questions, mais certaines années le séminaire sera l'occasion d'entendre des physiciens présenter leurs travaux en lien avec le cours.

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