Cette semaine, de Washington à Francfort, les banquiers centraux avancent avec prudence, entre désinflation fragile et perspectives obscurcies par le conflit. Le choc énergétique s'étend jusqu'en Asie, où la flambée des coûts de production met fin à l'une des plus longues périodes de déflation qu'ait connue la Chine. 🇺🇸 États-Unis Aux États-Unis, Kevin Warsh a tenu à rassurer sur l'indépendance de l'institution, devant la commission des services financiers de la Chambre des représentants. Avec une inflation qui s'établit à 3,50% en juin en rythme annuel, il a indiqué que la priorité est de ramener les prix vers la cible des 2,00%. Il plaide par ailleurs pour une communication plus sobre, avec moins de conférences de presse, moins de projections sur les taux directeurs et un communiqué du FOMC allégé. Le nouveau patron de la Fed n'aura pas la tâche facile, entre une conjoncture incertaine et l'escalade du conflit en Iran. Parallèlement, le dernier Beige Book fait état d'une activité en progression dans onze des douze districts de la Réserve fédérale sur le mois de juin, avec un marché du travail qui reprend des couleurs. La détente des prix du carburant atténue les pressions inflationnistes, ce qui alimente les anticipations d'un statu quo lors de la prochaine réunion du FOMC fin juillet. Le pouvoir d'achat des Américains reste néanmoins suspendu à l'évolution du conflit au Moyen-Orient et à ses répercussions sur les cours du pétrole. 🇪🇺 Europe En Allemagne, l'inflation a ralenti à 2,30% en juin, après 2,60% le mois précédent. Cette dynamique fait écho à l'ensemble de la zone euro, qui affichait une croissance des prix de 2,80% en juin contre 3,20% en mai. Bien que l'on reste au-dessus de la cible des 2,00%, il s'agit d'une bonne nouvelle puisque l'inflation converge progressivement vers son objectif. Dans cette situation, la BCE devrait privilégier le statu quo lors de sa prochaine réunion, le temps d'observer l'évolution des prix, puisqu'un resserrement prématuré pourrait fragiliser durablement l'économie. Au Royaume-Uni, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Andrew Bailey, a été entendu par la commission du Trésor et s'est inquiété de la reprise des hostilités avec l'Iran, qui rend les perspectives économiques plus instables pour les mois à venir. Il rappelle que l'enjeu de long terme demeure la croissance de l'économie, faible depuis plusieurs années, tout en précisant que les répercussions sur les prix restent limitées à ce stade. Dans ce contexte, un relèvement des taux paraît peu probable compte tenu de la faiblesse de l'activité. 🇨🇳🇯🇵 Asie En Chine, les chiffres montrent une économie à deux vitesses, avec un PIB ressorti à 4,30% au deuxième trimestre en rythme annuel, contre 5,00% attendu. La production industrielle progresse quant à elle de 5,30% en juin sur un an, portée par des exportations en hausse de 27% au deuxième trimestre, notamment dans le secteur de l'IA. Par ailleurs, les prix à la production ont progressé de 4,10% sur un an en juin, enregistrant leur rythme le plus rapide depuis 2022 et un quatrième mois consécutif de hausse. La guerre en Iran et les perturbations dans le détroit d'Ormuz ont fortement fait grimper le coût des intrants, qu'il s'agisse des métaux, des combustibles ou encore de l’énergie. Ce choc énergétique met fin à l'une des plus longues périodes de déflation qu'ait connue le pays, alimentée par la crise immobilière et la faiblesse de la demande intérieure. Cette sortie de déflation reste toutefois davantage subie que choisie, et il faudra voir si elle se confirme une fois les tensions géopolitiques retombées. 🛢️ Matières premières Du côté des matières premières, les prix du Brent sont remontés aux alentours des 80 dollars le baril, après être brièvement repassés sous leur niveau d'avant-conflit en juin. Cette hausse fait suite à la rupture du cessez-le-feu des 7 et 8 juillet au Moyen-Orient. L'AIE évoque une escalade qui obscurcit les perspectives et pourrait renverser sa prévision, puisque cette tension masque une offre structurellement excédentaire. Parallèlement, le FMI souligne que l'économie mondiale a mieux résisté au choc de la guerre, notamment grâce à la demande technologique, à cette offre abondante et aux mesures de soutien budgétaire. Il faudra donc rester attentif, puisqu'une sortie de conflit pourrait tirer les prix rapidement vers le bas. Par ailleurs, la campagne ukrainienne contre les infrastructures énergétiques russes a touché les dix plus grandes raffineries du pays. Moscou a réagi en suspendant ses exportations de diesel afin de protéger l'approvisionnement intérieur et militaire. Cette décision retire du marché mondial près de 800 000 barils par jour d'un produit déjà rare en raison des tensions dans le Golfe. Les deux chocs se superposent et font peser un risque de volatilité accrue sur l'ensemble du marché de l'énergie.