Le temps des chouquettes

Un mardi par mois, à 18h, sur le 93.9. Un temps sucré et suspendu pour découvrir les auteurs de la littérature contemporaine. Comment en sont-ils arrivés à l’écriture ? Qu’est-ce que leurs livres nous racontent de leurs désirs et de leurs peurs ? Que disent-ils de notre époque ? Ne prenez que vos oreilles avec vous, c'est Le Temps des Chouquettes !

  1. Jun 16

    # 18 - Ruslan Hordiienko - Enfin silence

    Chères chouquettes du monde entier, peut-on se rencontrer sans paroles ? C’est l’expérience que tente le narrateur du premier roman de Ruslan Hordiienko, au fil de rendez-vous glanés sur Tinder.  “Viens, on va dans un café, on s'installe à une table et on ne prononce aucun mot. On se dévisage, on s’exprime avec nos gestes, nos regards, nos sourires… Et ce n’est qu’au bout d’un certain temps, si on le veut, bien sûr, que l’on s’adresse la première parole. Ou que l’on se quitte, sans connaître la voix de l’autre.” C’est par ce message affiché sur son profil que le narrateur convie ses partenaires d’un jour à se rencontrer pour la première fois. Au fil d’une dizaine de rendez-vous, nous voici embarqués avec lui dans les méandres des relations sentimentales contemporaines. Un narrateur pour qui l'enchaînement de rencontres, au-delà d’une fuite en avant, revêt rapidement la forme d’une introspection sur le désir et d’une quête impossible : celle d’un silence retrouvé.  Puisqu’alors je vivais dans un déni que seuls les mots ont su briser, je cherche à mieux saisir ce qui se dit sans eux, la manière dont je perçois le silence et dont je l’interprète. Enfin silence, c’est donc sous ce titre en forme d’aveu comme de prière, que Ruslan Hordiienko dévoile son premier roman et avec lui une réflexion sur le langage autant qu’un miroir cru tendu à nos émois contemporains.  Alors comment et pourquoi refaire du silence un horizon désirable ?  éléments de réponse en compagnie d’un jeune écrivain intranquille, ne prenez que vos oreilles, c'est le temps des chouquettes.  Photo : © Matthias Distefano Musique Générique : Golden Brown - Dave Brubeck Quartet - Live 1964

  2. May 19

    #17 Olivier Haralambon - Sur l’épaule des flemmards

    Chères chouquettes du monde entier, vous êtes-vous déjà senties inaptes ?  Comme circonspect devant les choses, les exigences et les échéances, soudain étreint par la flemme et la perte de sens.  Conscient d’exister, certes, mais peinant à vous mettre en ordre de marche, sorte de “René Descartes à la va-comme-je-te-pousse”. La formule est d’Olivier Haralambon, écrivain génial de retour en librairie en ce printemps 2026, avec Le petit homme dans ma tête qui m’empêcha de m’y mettre paru aux éditions Premier Parallèle.  Celui qui a longtemps écrit sur l'effort physique et la performance, avant de raconter la mue du corps et l’âge qui vient, construit avec ce nouveau livre une apologie courageuse du moindre effort autant que de l’art d’être circonspect.  Une méditation subtile sur l’inadéquation avec l’existant et une charge revigorante contre l’injonction à faire, jusqu’à l’épuisement.  Et c’est accompagné du personnage de Lee Mellon imaginé par l’écrivain américain Richard Brautigan qu’Olivier Haralambon esquisse sa philosophie de la flemme. Alors rencontre avec un éternel indécis, ne prenez que vos oreilles c’est le temps des chouquettes.  Envisager la paresse comme elle doit l’être, c’est l'aménager en espace de disponibilité pour le doute et l'hésitation, c'est-à-dire la part la plus noble de notre humanité.” Le petit homme dans ma tête qui m'empêcha de m'y mettre, p 99-100 Présentation : Lucas Berriat Montage et Mixage : Lucas Berriat Générique : Zorro de Francesco Bearzatti Photo : © James Startt

  3. Feb 24

    #16 Thibault Le Page - Lire ensemble

    Chères chouquettes du monde entier, il paraît que tout fout le camp : on ne lit plus.  Des années que l’on entend cela au fil d’études et d’enquêtes régulières : le temps de lecture se réduit comme peau de chagrin et le livre perd la bataille de l’attention au profit des écrans.  On ne niera pas ici les problématiques réelles et majeures que pose la multiplication des outils numériques dans nos existences, ni l’accaparement de nos imaginaires par les programmes d’intelligence artificielle.  Mais, puisque les polémistes, réduits au bon mot et à la paresse intellectuelle, ne manquent pas pour dénoncer avec emphase cette chute de la lecture, je vous propose plutôt de remonter la pente joyeusement, de sortir de la fange des lamentations et de réfléchir à la lecture comme un acte collectif.  Ces invitations [à la lecture] ont deux points communs : elles relèvent de pratiques conviviales, et reposent sur le principe que tout idée doit-être confrontée à d'autres vies que la nôtre Thibault Le Page, Lire ensemble, éd. Premier Parallèle, p 13 Lire, oui, mais ensemble. Trouver des clés pour initier et soutenir des temps collectifs autour du livre : voilà le programme défendu par le dessinateur et doctorant en socio-anthropologie Thibaut Le Page, dans son ouvrage Lire ensemble paru aux éditions Premier Parallèle dans la collection La vie des choses. Un savoureux carnet d’expérimentations qui nous proposent 17 manières de s'emparer autrement de l’acte de lire. De l’arpentage à l’échange de bibliothèques en passant par le club de lecture et le colportage, Thibaut Le Page emprunte autant au monde de l’art et au design qu’aux sciences sociales pour trouver des façons conviviales de lire.   Alors comment refaire du livre et de la lecture des horizons désirables ? Ne prenez que vos oreilles, c'est le temps des chouquettes.  Photo : Thibault le Page © James Startt

  4. Jan 27

    #15 - Alexia Stresi - Grand Prince

    Chères chouquettes du monde entier, c’est sous les airs d’accordéon de Yann Tiersen que s’ouvre notre entretien, car il semblerait que notre héroïne du jour ait de faux airs d’Amélie Poulain.  C’est en tout cas ce qui m’a été soufflé par certains libraires qui ont déjà eu le bonheur de découvrir Grand Prince, le nouveau roman d’Alexia Stresi, paru aux éditions Flammarion en ce début d’année.  Nulle carte postale parisienne ici ou d’images couleurs sépias des rues de Montmartre, mais bien les paysages de Loire Atlantique et leurs marais-salants.  Et au milieu d’eux, Simone Guillou, 85 ans, qui laissent patiemment défiler les derniers jours de son existence. La maladie l’a pour le moment épargnée Simone, et elle s’occupe comme elle peut, en attendant les visites de son fils Thierry, et les appels de sa petite fille Céline.  Ce que Simone Guillou retient de tout ça, c’est qu’elle n’aura pas eu une trop mauvaise vie. "Simplement, ce n’est plus comme avant, force est de le constater. Depuis des mois, elle se traîne un peu Simone, C’est affreux à dire, il y a de la lassitude. Que voulez-vous, personne n’a encore trouvé le moyen de rester vivant sa vie entière, n’est ce pas ?" Voilà quelques-unes des phrases savoureuses que nous offre Alexia Stresi au fil des pages de ce roman. Simone, c’est vous, nos grands-mères ou nos mères, et un personnage qui nous confronte joyeusement à la finitude de nos vies. Alors comment rester vivant sa vie entière ?, éléments de réponse en compagnie d’Alexia Stresi, ne prenez que vos oreilles c’est le temps des chouquettes.  Photo Pascal ito © Flammarion Musique : The Drowned Girl ℗ 2012 Yann Tiersen - Ici d'ailleurs

  5. 12/02/2025

    #14 François Aubart - Chercheur d'images

    Chères chouquettes du monde entier, session de rattrapage aujourd'hui pour réviser nos classiques ou plutôt, prendre le parti de les regarder de biais, d’un œil neuf, aussi conscient que possible de nos œillères et de nos empêchements.  En préparant cette émission je me suis souvenu d’une interview de l’auteur Daniel Pennac qui suggérait, pour faire aimer ou attirer la curiosité du récalcitrant vers la lecture, de lui dire à voix haute les incipit de texte célèbres.  Alors, reconnaîtrez vous le suivant : "Nous étions à l’étude quand le proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail." C’est ainsi que débute Madame Bovary, célèbre roman de Gustave Flaubert devenu classique littéraire mondial, et, c’est à son personnage principal, Emma, que mon invité du jour s’est intéressé. Car on ne compte plus les innombrables représentations et adaptations visuelles qu’a connues le roman depuis la mort de Flaubert, lui qui les avait interdites de son vivant.  Ces représentations et ce que leurs esthétiques produisent, en particulier sur le personnage d’Emma Bovary, François Aubart s’est échiné à les répertorier et à les mettre en perspective avec l’écriture de Flaubert dans son ouvrage BOVARY paru dans la collection Icônes aux éditions Les Pérégrines. Au point qu'au cours de notre entretien il désignera à plusieurs reprises le roman de Flaubert sous le titre Emma Bovary. Vertige de l'obsession pour un sujet.  L’émancipation par la lecture n’est pas forcément spectaculaire ni radicale. Elle peut se faire à bas bruits et se concrétiser par de petits éléments très quotidiens : façon de faire, de voir, de s’organiser, etc.  BOVARY, François Aubart, éditions Les Pérégrines, p 111 En résulte une galerie d’archétypes incarnés par Emma Bovary, propicent à interroger les ambivalences de notre rapport à la mélancolie, aux stéréotypes ou encore à la fiction. Alors comment et pourquoi réinterpréter inlassablement Madame Bovary ? Rencontre avec un chercheur d’images et une aventurière du désir, ne prenez que vos oreilles, c'est le temps des chouquettes. Présentation : Lucas Berriat Montage et Mixage : Lucas Berriat Photo : © DR Musique d'intro : Zorro, Francesco Bearzatti, Tinissima 4et

  6. 11/04/2025

    #13 Simon Payen et Jérôme Guichet - La Vie Immédiate

    Chères chouquettes du monde entier, avez-vous déjà poussé la porte d’une librairie ? Vous êtes vous déjà immiscées parmi les étagères et les tables peuplées de livres ? Y avez-vous découvert des auteurs inconnus et des sujets dont vous ne soupçonniez même pas l'existence ?  Y avez-vous fait des rencontres ?  Si oui et que la librairie est pour vous un lieu familier, gageons tout de même que vous n’en connaissez pas toutes les coulisses, ni de quoi se compose concrètement et loin des fantasmes le quotidien d’un libraire. Et si à l’inverse vous faites partie de celles et ceux que de tels lieux ont toujours intimidés - voir rebutés - gageons que notre entretien du jour vous donnera l’envie furieuse d’y courir sitôt arrivé à son terme.  Dans les deux cas, vous êtes au bon endroit.  C’est au 16 avenue Jean Jaurès à Charenton le Pont, à l’Est du périphérique parisien et au sud du Bois de Vincennes, que je vous donne rendez-vous pour ce treizième épisode du temps des chouquettes, à la rencontre de Jérôme Guichet et Simon Payen, fondateurs de la librairie La Vie Immédiate.  J’ai connu le premier sur les bancs de l’université et le second via le premier lors de virées  nocturnes. C’est donc d’une conversation amicale qu’est née l’envie d'enregistrer cette émission, mais aussi d’une curiosité : comprendre précisément ce qui, du haut de leur respectivement 31 et bientôt 30 ans ans, a poussé ces deux comparses à ouvrir leur propre librairie.  Et au-delà, vous faire entendre ce qu’ils ont à dire du métier de libraire, de la place du livre dans nos vies et du commerce des idées.  Ne prenez que vos oreilles, c'est le temps des chouquettes. Présentation : Lucas Berriat Montage et Mixage : Lucas Berriat Photo : © Jean François Deroubaix Musique : San Francisco  Sofiane Pamart, album Planet, 2019.

  7. 10/07/2025

    #12 Premier Parallèle - Maintenir la pensée vivante

    Pour cette première émission de la saison 2025 - 2026, je vous emmène dans les coulisses du monde éditorial, à la rencontre d’une éditrice, Amélie Petit et d’une maison d’édition : Premier Parallèle.  Une éditrice que je connais bien pour avoir eu la chance de travailler durant un an à ses côtés. C’est donc une émission particulière pour moi et le tutoiement sera de rigueur autant que la familiarité bienvenue. Premier Parallèle fête ses dix ans d’existence. Forte d’un catalogue aussi précieux qu’ambitieux, c'est une maison qui a beaucoup à dire du monde et du rôle du livre à l’heure de l’aliénation et de l’accélération de nos existences.  Sur le site de la maison on trouve notamment ces mots :  “ Nous publions des essais de sciences humaines qui ne traitent pas d’actualité, mais s’en inquiètent. Des textes résolument littéraires, mais qui n’empiètent pas sur le territoire de la fiction. Et enfin des livres qui proposent de s’intéresser à la vie des choses, d’arpenter la trame matérielle du monde. Des livres précis, aux prises avec leur temps, qui évitent toujours la surenchère et le surplomb et entendent bâtir des ponts pour maintenir la pensée vivante, c’est-à-dire pour qu’elle se partage. Des livres rigoureux, mais dénués d’esprit de sérieux. ” C’est donc avec une maison et une éditrice soucieuses du plaisir de penser que je vous donne rendez-vous aujourd’hui. L'occasion d'évoquer avec elle la construction d'un catalogue, le travail du texte et la place de l'indépendance dans le monde éditorial.  Ne prenez que vos oreilles, c'est le temps des chouquettes.  Présentation : Lucas Berriat Montage et Mixage : Lucas Berriat Musique : San Francisco  Sofiane Pamart, album Planet, 2019.

  8. 07/15/2025

    #11 Émilie Devèze - Il était un village d'altitude

    Chères chouquettes du monde entier, face à la bêtise, l'ignorance et la violence des hommes, quelles révoltes peuvent advenir ?  Pour y répondre, direction le Mont des Ourses en compagnie d’une primo-romancière audacieuse qui déploie dans son premier livre le récit d’une émancipation. Celle d’Hazel, une jeune adolescente contrainte d’accompagner son père Jean-Code, gendarme miteux, et incompétent, fraîchement muté, au village d’Ici, lieu étrange, oublié des cartographes et du monde,  tombé dans l’obscurantisme. Les habitants du village, tous Cousins, n’y ont plus franchi les montagnes environnantes depuis des siècles. Heureusement, l'ennui, l'oppression et les élans de l’adolescence mettent Hazel en mouvement tandis que des événements inattendus se produisent aux frontières du village, et que la vieille Ursula, enseigne à Hazel ses savoirs ancestraux.  Comme bien des hommes au sommet d’un massif, il croyait voir dans la terre déclive et la vallée miniature se matérialiser sa suprématie. Émilie Devèze, Mont des ours, éditions du Sonneur Entre nature writing, conte éco-feministe et scènes burlesques, Emilie Devèze réalise avec Mont des Ourses une entrée détonante en littérature. Rencontre avec une amoureuse des mots, ne prenez que vos oreilles, c'est le temps des chouquettes.  Présentation : Lucas Berriat Montage et Mixage : Lucas Berriat Lecture : Émilie Devèze Musique : Waltz of Cecilia, Teesa

About

Un mardi par mois, à 18h, sur le 93.9. Un temps sucré et suspendu pour découvrir les auteurs de la littérature contemporaine. Comment en sont-ils arrivés à l’écriture ? Qu’est-ce que leurs livres nous racontent de leurs désirs et de leurs peurs ? Que disent-ils de notre époque ? Ne prenez que vos oreilles avec vous, c'est Le Temps des Chouquettes !

More From Radio Campus Paris