Évangile du mercredi 23 septembre 2026 – 25ème Semaine du Temps Ordinaire « Il les envoya proclamer le règne de Dieu et guérir les malades » (Lc 9, 1-6) En ce temps-là, Jésus rassembla les Douze ;il leur donna pouvoir et autorité sur tous les démons,et de même pour faire des guérisons ; il les envoya proclamer le règne de Dieuet guérir les malades. Il leur dit :« Ne prenez rien pour la route,ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ;n’ayez pas chacun une tunique de rechange. Quand vous serez reçus dans une maison,restez-y ; c’est de là que vous repartirez. Et si les gens ne vous accueillent pas,sortez de la ville et secouez la poussière de vos pieds :ce sera un témoignage contre eux. » Ils partirentet ils allaient de village en village,annonçant la Bonne Nouvelleet faisant partout des guérisons. Guérir sans bagage Ma voiture rend l'âme dans le stationnement de l'école, alors que je venais porter la boîte à lunch oubliée du petit dernier. Batterie à plat, sans doute. J'appelle le dépannage et j'attends sous un beau soleil, une heure, puis deux heures, puis presque trois... Ma patience, mise à rude épreuve, cède peu à peu la place à autre chose : le temps s'ouvre, et il n'y a plus rien à faire sinon attendre et prier. Arrive le garagiste — appelons-le Louis — à bord de sa remorqueuse, l'air aussi sympathique que préoccupé, son grand cœur déjà alourdi. Il me demande comment je vais, où je vais. Je lui réponds que je suis ravie de le voir enfin, et que je souhaite rentrer à la maison, soulagée que le petit dernier n'ait pas le ventre creux toute la journée. Il sourit devant mon souci maternel, devant le moteur qui ne tourne plus, devant ma vieille carcasse roulante dont je m'excuse presque, moi qui l'étire tant bien que mal pour destiner la majeure partie des ressources gagnées aux besoins de mes enfants. Combien en as-tu, me demande-t-il. Quatre, je réponds. Il hoche la tête et me dit doucement « je comprends » ; il m'apprend alors qu'il en a six : un déficient intellectuel sévère, deux autistes, un autre qui traîne du côté de la délinquance — tous, dit-il simplement, sont des enfants qui pensent autrement parce qu'ils ont le cœur trop gros. Les Douze, en ce jour d'évangile, partent sans bâton, sans sac, sans pain ni argent, dépendants entièrement des maisons qui voudront bien les recevoir (Lc 9, 3-4). Moi aussi, ce matin-là, j'étais immobilisée, dépendante d'un inconnu qui accepterait de venir à mon secours. Et voici que l'envoyé, c'est Louis, sans qu'il le sache lui-même — venu lui aussi les mains presque vides, sans autre bagage que sa remorqueuse et son cœur trop grand, toujours ouvert. Il me raconte, avec une espérance qui l'illumine, son projet de déménager en région, sur le bord du fleuve, près des siens. Il part, lui aussi, presque sans bagage : il laisse derrière une vie devenue trop étroite pour loger le cœur de ses enfants, il laisse tout ce qui pourrait le retenir pour ne garder que l'essentiel — l'amour qui espère un accueil qui ne manquera pas, là où enfin ses enfants trouveront ressources et considération. Il me parle du vent dans leurs cheveux, du calme de la mer qui envahira sa famille, d'un horizon qui s'ouvre, immense, parce qu'un accueil guérissant les attend. On vit à la mesure de son espérance, écrit Christian Bobin (L'Autre Visage, 1991). Toute la scène tient dans cette phrase. Louis n'a rien proclamé au sens où on l'entend d'habitude ; il n'a pas cité un verset, il n'a pas prêché. Il a simplement dit ce qui le fait vivre, à voix haute, devant une inconnue au bord de la route. N'est-ce pas déjà l'annonce de la Bonne Nouvelle telle que Jésus l'envoie porter aux Douze (Lc 9, 2), non pas un discours mais une vie donnée à voir, une espérance qui se dit parce qu'elle déborde, met en marche, et dont l'horizon dessine un Royaume ?