PolySécure Podcast volet pour les professionels

Nicolas-Loïc Fortin et tous les collaborateurs

Podcast francophone sur la cybersécurité. Pour professionels et curieux.

  1. Sep 10

    SéQCure - Faillite et reconstruction - décisions rationnelles dans un marché changeant

    Parce que… c’est l’épisode 0x340! Shameless plug 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon 13 et 14 novembre 2026 - Worldwide - DEATHCon 16 au 19 novembre - Rennes, France - European Cyber Week 2026 1 au 3 décembre 2026 - Ottawa, Canada - Forum inCYBER Canada 25 et 26 février 2027 - Québec, Canada - SéQCure 2027 I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Cette description a été faite à l’aide de GLM 5.3 Flash, à partir de la transcription qui a été effectuée par ElevenLabs Scribev2. Aucune vérification humaine n’a été faite. Si vous découvrez des erreurs ou des inexactitudes, vous pouvez m’en faire part afin que je procède aux modifications appropriées. Le parcours menant à la faillite Jean-Philippe Racine débute dans le domaine en 2001, devient travailleur autonome en 2009, puis fonde CyberSWAT en 2015. L’entreprise croît rapidement, portée par la pandémie, jusqu’à compter 25 employés. Le marché change toutefois beaucoup dans les deux dernières années, entre la hausse des salaires, des ventes plus difficiles et les dépenses importantes dans le logiciel Protection C4. Les liquidités finissent par manquer et la faillite est déclarée à la fin août 2025, forçant des décisions difficiles. Le rachat des actifs et de la marque Pendant qu’il aide le syndic à liquider les actifs, Jean-Philippe s’interroge sur son avenir et constate qu’il aime toujours la sécurité, décidant de rester dans le service conseil auprès des PME. Vendre des actifs en faillite fonctionne par enchères et ressemble à la vente d’une maison sans garantie légale, ce qui en diminue la valeur. Les actifs sont séparés en deux lots, le premier comprenant la marque CyberSWAT avec son site web et ses articles promotionnels, le deuxième regroupant le logiciel Protection C4, ses clients et son code. Il rachète finalement les deux. Racheter la marque évite de repartir de zéro, ce qui exigerait de reconstruire un site web, de changer les courriels et de recontacter tous les contacts. Chaque dollar dépensé réduit d’autant les dettes, un peu comme de l’argent de Monopoly. Cette période soulève aussi des questions d’identité, ne sachant plus comment se présenter, comme président ou comme consultant, mais il décide d’assumer son choix de garder le nom. Un fil Reddit sur la faillite est apparu au moment des événements, et une recherche Google fait aujourd’hui ressortir ce post en deuxième position, ce qui exigera des efforts pour redresser la perception. Heureusement, les clients se sont montrés très sympathiques et humains. Les propositions refusées et le recentrage Durant sa période de flottement, plusieurs personnes manifestent de l’intérêt. Certains proposent de racheter le logiciel à condition qu’il s’implique personnellement, une firme lui offre de gérer une grosse équipe de sécurité et un autre scénario prévoit de redevenir coactionnaire avec un investisseur. Il se demande s’il veut se remettre cette pression. Son objectif passé de lever des fonds en capital de risque aurait exigé une expansion au Canada et aux États-Unis. Il réalise que ces objectifs ne lui ressemblent plus. Le nouveau CyberSWAT adopte donc une offre plus restreinte, ne gardant que les éléments qui lui plaisent. Avec la croissance, l’entreprise avait intégré des services qui alimentaient la machine sans lui plaire. La faillite lui permet de faire le ménage et de retourner sur le plancher des vaches, en refaisant de la cybersécurité au quotidien. Le poids du rôle de PDG Jean-Philippe occupait aussi le rôle de coordonnateur de gestion d’incidents, appuyé par son équipe pour le volet technique. Il déterminait la portée des incidents et choisissait les intervenants, en collaborant avec des assureurs et des firmes comme KPMG. Cette responsabilité pesait lourd, avec la crainte constante qu’un incident survienne la nuit ou pendant les vacances, et l’équipe n’avait jamais atteint la masse critique pour déléguer ce rôle. L’expérience de PDG lui apporte aujourd’hui une grande clarté sur ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas. Il constate qu’il est trop amoureux de la sécurité pour rester éloigné de l’exécution. Il recherche un meilleur équilibre de vie, notamment pour passer plus de temps avec sa fille, sans l’épée de Damoclès des incidents et des départs de joueurs clés. Un virage vers l’intelligence artificielle Le repositionnement demeure subtil. CyberSWAT se voulait auparavant un généraliste auprès des PME de 10 à 500 employés, grâce aux dossiers liés à la loi 25. Désormais, il concentre ses efforts sur deux pôles qui l’intéressent, soit la protection des renseignements personnels et des renseignements de santé, domaines qu’il connaît pour avoir travaillé sur les dossiers de la RAMQ et de Santé Québec. Il ajoute un volet intelligence artificielle, un intérêt de longue date qu’il n’avait pas le temps de cultiver comme PDG. Pour concrétiser ce virage, il a obtenu avant les fêtes les certifications AAIA et AAISM d’ISACA, lui qui n’avait plus passé d’examen depuis plusieurs années. Les certifications ne font pas tout, mais elles lui servent de défi personnel, un peu comme réserver un voyage au Kilimandjaro pour se forcer à faire de la randonnée. Le logiciel Protection C4 poursuit sa vie Le logiciel continue d’exister et Jean-Philippe reprend son rôle de product owner, qu’il occupait déjà pour la première version. La firme qui assurait le développement a accepté de poursuivre, malgré les factures impayées perdues dans la faillite. Des clients existants continuaient d’utiliser la plateforme et de nouvelles ventes ont été réalisées depuis le rachat. Une bonne partie du travail relève de la configuration plutôt que du développement. Les défis restent réels avec la transformation des produits SaaS et l’évolution du cloud. Il tient à financer le développement avec son propre argent, et les nouvelles méthodes de codage assisté devraient permettre d’accélérer l’ajout de fonctionnalités malgré un budget limité. Réflexions sur l’avenir du domaine Plus actif dans la veille, Jean-Philippe constate que la vitesse des changements est fulgurante et que les métiers se transforment, au point qu’il a de la difficulté à imaginer son travail dans 24 mois. Il s’interroge sur l’avenir de la facturation à l’heure dans cinq ans, lui qui peut désormais offrir plusieurs services à forfait grâce aux outils d’intelligence artificielle utilisés de manière sécuritaire. L’animateur note que l’usage de l’intelligence artificielle demeure peu sécurisé dans plusieurs organisations, notamment avec les risques d’injection de prompt par des documents externes. La conférence complète sera disponible sur le site du Sécur. Notes Présentation faire lors du SéQCure 2026 Contributeurs .contributors-table { border-collapse: separate; border-spacing: 20px 8px; } .contributors-table td, .contributors-table th { border: none; background: transparent; text-align: center; vertical-align: top; } .contributors-table img.contributor-photo {

  2. Aug 20

    Spécial - Chronhr ou comment trouver la fraude (Propolys)

    Parce que… c’est l’épisode 0x331! Shameless plug 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon 13 et 14 novembre 2026 - Worldwide - DEATHCon 16 au 19 novembre - Rennes, France - European Cyber Week 2026 1 au 3 décembre 2026 - Ottawa, Canada - Forum inCYBER Canada I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Présentation et parcours Dans cet épisode spécial de Polysécure, Yanis Ould Mahammed, étudiant en 4e année de génie logiciel à Polytechnique Montréal, présente Chronhr, une startup qu’il a cofondée avec Aziz, candidat au doctorat en cybersécurité à Polytechnique et également CTO de l’entreprise. Aziz, qui travaille chez Morgan Stanley, a identifié un enjeu majeur lié à la fraude et au blanchiment d’argent dans le cadre de son travail. Grâce à sa compréhension approfondie de l’intelligence artificielle, il a validé l’idée en discutant avec des analystes du domaine avant de proposer à Yanis, rencontré au sein d’une association étudiante, de le rejoindre dans l’aventure. L’accompagnement de Propolys Les deux cofondateurs ont postulé et ont été retenus pour intégrer le programme d’accompagnement Propolys, une expérience que Yanis décrit comme extrêmement formatrice puisqu’il s’agissait de sa première entreprise. Le programme leur a fourni une base solide en entrepreneuriat, en les aidant à comprendre le fonctionnement réel du milieu plutôt que ce qu’on peut voir sur YouTube. L’accompagnement combine des rencontres hebdomadaires ou bimensuelles avec des mentors pour discuter des avancements et des prochaines étapes, ainsi que des ateliers de deux heures, deux fois par semaine, animés par des professionnels de différents secteurs (cybersécurité, medtech, cleantech). Ces ateliers sont surtout orientés vers le développement des compétences business — validation d’idées, élaboration d’un Business Model Canvas (BMC) — plutôt que vers les aspects purement techniques, bien que certaines formations sur le déploiement et les processus aient aussi été offertes. Le problème identifié : l’AML manuel et vieillissant Chronhr s’attaque à un problème concret dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent (AML). Les fondateurs ont observé que les systèmes actuels utilisés par les institutions financières sont désuets, que l’extraction de données prend énormément de temps au détriment de l’analyse, et que les erreurs humaines sont fréquentes en raison de la nature répétitive du travail. Les analystes doivent traiter un grand nombre de cas quotidiennement, ce qui crée un arriéré constant. À cela s’ajoute une pression réglementaire croissante au Canada, notamment de la part du CANAFE (Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada) et de FINTRAC. Toute entreprise disposant d’un système de transactions — banques, sociétés de services monétaires, entreprises fintech, crypto, immobilier, casinos, assurances et prêteurs — doit se conformer à ces obligations, sous peine de sanctions financières sévères en cas de blanchiment non détecté. La solution technique Chronhr propose une équipe d’agents virtuels d’intelligence artificielle qui automatise les tâches répétitives liées à la collecte de données, à l’analyse et à la rédaction de rapports pour les analystes AML. Le système est conçu pour être modulaire et s’intègre aux infrastructures existantes plutôt que de les remplacer entièrement. Concrètement, lorsqu’une alerte est générée par un système externe détectant une transaction suspecte, Chronhr crée automatiquement un dossier (case) regroupant les alertes pertinentes. Un orchestrateur mobilise ensuite plusieurs agents pour aller chercher des données dans les bases de transactions, les dossiers KYC (Know Your Customer) et les listes réglementaires gouvernementales, afin notamment de vérifier si une personne est politiquement exposée. Le traitement combine des règles déterministes — des formules éprouvées pour détecter des schémas circulaires ou des structures de type « fan-in/fan-out » typiques du blanchiment — avec des composantes d’IA générative, dont la nature non déterministe est encadrée par des balises strictes. Yanis compare cette architecture à un patron de conception de type « décorateur », où chaque couche d’information vient s’ajouter aux précédentes pour former un rapport riche, semblable à un « gâteau mille-feuilles » de données. Le rapport final n’est pas un simple document statique : il comprend des graphiques interactifs, de la visualisation de déplacement de données, des fonctionnalités de recherche de réseau (network research) permettant de visualiser les relations entre comptes et transactions, ainsi que des espaces pour les commentaires des analystes. L’objectif est de permettre à l’analyste de prendre une décision plus rapide et mieux informée. Confidentialité et flexibilité technologique Un enjeu central pour le secteur financier est la protection des données. Chronhr a conçu son système pour être entièrement modulable au niveau du choix des modèles d’IA utilisés, avec la possibilité d’injecter des prompts personnalisés. Les données ne quittent jamais les infrastructures du client — aucune information sensible n’est envoyée dans le cloud — et le système peut fonctionner entièrement on-premise. Seules des données non sensibles comme les journaux (logs) et statistiques sont transmises à Chronhr. L’équipe a testé plusieurs modèles, notamment ceux d’Anthropic et d’OpenAI, avec des résultats satisfaisants, bien qu’ils prévoient une phase plus scientifique de validation avec des jeux de données dédiés. Étapes actuelles et ambitions Actuellement, l’équipe a développé une banque de données synthétiques pour tester sa solution et cherche désormais à décrocher un projet pilote avec un premier client réel, dans un marché reconnu pour ses coûts d’entrée élevés. Elle s’appuie sur un comité consultatif (advisory board), sur le soutien de Propolys, ainsi que sur des discussions en cours avec PwC et KPMG pour établir des partenariats stratégiques. Chronhr prévoit plusieurs apparitions publiques : l’entreprise a été sélectionnée dans le top 100 des compagnies en intelligence artificielle au Canada et présentera un kiosque au Forum FinTech les 14 et 15 septembre, ainsi qu’au GoSec fin septembre. Pour l’instant, l’entreprise cible exclusivement le marché canadien avant d’envisager une expansion vers les États-Unis, où la concurrence est plus forte. Le nom Chronhr, orthographié différemment de « Cronher », est né de la fusion des mots Chronos et Hermès — un clin d’œil approprié à une solution qui vise justement à faire gagner un temps précieux aux analystes AML, avec l’ambition d’atteindre une amélioration de vitesse et de simplification de 4 à 5 fois supérieure aux méthodes actuelles. Notes Chronhr Propolys Collaborateurs Nicolas-Loïc Fortin Yanis Ould Mahammed Crédits Montage par Intrasecure inc Locaux réels par Next AI

  3. Jul 22

    Spécial - Le 800e aka l'état de la recherche cybersécurité au Québec

    Parce que… c’est l’épisode 0x320! Préambule C’est toujours difficile d’avoir une qualité uniforme lorsqu’il y a autant de gens autour de la table. Shameless plug 6 au 9 août 2026 - Las Vegas, USA - DEFCON 34 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon 13 et 14 novembre 2026 - Worldwide - DEATHCon 16 au 19 novembre - Rennes, France - European Cyber Week 2026 1 au 3 décembre 2026 - Ottawa, Canada - Forum inCYBER Canada I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Cet épisode spécial de Polysécure réunit huit invités venus d’horizons variés — académique, industriel et gouvernemental — pour dresser un portrait de la recherche en cybersécurité au Québec : Benoît Baudry (sécurité de la chaîne d’approvisionnement logicielle, UdeM), Olivier Bilodeau (Flaire, Northsec), Alexandre Côté Cyr (malware researcher), François Proulx et Sébastien Gravelines (Boost Security, sécurité applicative et supply chain), Benoît Dupont (criminologie, UdeM), Sébastien Gambs (protection de la vie privée et IA, UQAM) et Alexis Dorais-Joncas (recherche sur le cyberespionnage, Proofpoint). Les origines : des CTF à la recherche professionnelle La discussion s’ouvre sur l’histoire du domaine. Plusieurs intervenants rattachent les débuts de la recherche en cybersécurité au Québec aux petites équipes pionnières comme celle d’ESET (I7), fondée notamment autour de figures comme Pierre-Marc Bureau. Beaucoup de premiers chercheurs venaient de l’ÉTS et avaient été initiés par les compétitions de capture de flag (CTF). Un débat émerge sur la légitimité du titre de « chercheur » en entreprise : certains estiment que la recherche académique, plus rigoureuse et lente, se distingue nettement de la recherche industrielle, souvent plus chaotique et teintée de marketing. D’autres nuancent : la recherche académique dépend largement des données et de la collaboration avec l’industrie, et les deux mondes s’enrichissent mutuellement. Une circularité féconde entre industrie et université Un exemple concret de collaboration est présenté : Benoît Baudry, arrivé au Québec il y a deux ans et demi, a rapidement contacté Boost Security (François Proulx), aboutissant à un projet commun avec des étudiants au doctorat et à la maîtrise qui construisent un « ground truth dataset » à partir des données accumulées par l’entreprise. Ce type de partenariat illustre comment l’industrie fournit des données massives et des cas concrets pendant que l’académie apporte la rigueur méthodologique. L’humain au cœur de la cybersécurité Plusieurs intervenants insistent sur l’importance croissante des sciences sociales dans la recherche en sécurité. Benoît Dupont souligne que l’étude des cybercriminels exige une collaboration avec la criminologie, tandis qu’Alexis Dorais-Joncas explique comment l’analyse des cibles d’attaques par courriel permet d’émettre des hypothèses sur les motivations géopolitiques des attaquants. La discussion aborde aussi l’ingénierie sociale et les leviers psychologiques exploités par les attaquants, ainsi que les collaborations avec le droit et l’éthique, notamment autour de la protection des données (loi 25) et de l’intelligence artificielle. Un exemple original est mentionné : une collaboration avec des chercheurs en théâtre pour concevoir des simulations de cyberattaques plus immersives. Un écosystème québécois dense mais discret Les participants estiment que le Québec, et Montréal en particulier, constitue un pôle de recherche en cybersécurité de calibre international, porté par une concentration unique d’universités francophones (UdeM, ÉTS, Concordia, UQAM, Laval, Sherbrooke) totalisant près d’une centaine de professeurs actifs, sans compter leurs étudiants. Les crédits d’impôt en R-D fédéraux ont favorisé l’implantation d’équipes de recherche en entreprise (I7/ESET, Flaire, GoSecure). Toutefois, un certain manque de confiance collective — attribué en partie à la culture et à la langue — empêcherait le Québec de pleinement revendiquer ce leadership, malgré des études d’industrie le confirmant. Formation, angles morts et lacunes Les intervenants reconnaissent une tension récurrente : l’industrie se plaint que les diplômés ne sont pas immédiatement opérationnels, un problème jugé inhérent à un domaine en évolution constante plutôt qu’un vrai défaut de formation. Un consensus se dégage sur une lacune importante : l’usabilité (HCI — interaction humain-machine) appliquée à la cybersécurité est quasi absente de la recherche québécoise, alors qu’elle est cruciale — les gestionnaires de mots de passe et les clés d’accès (passkeys) étant cités comme exemples de solutions encore mal adaptées aux usagers ordinaires. Certains plaident pour réduire au minimum les décisions demandées aux utilisateurs plutôt que de tenter de les éduquer davantage. La francophonie comme atout à mieux structurer Le réseau francophone — Québec, France, Afrique francophone (Algérie, Maroc, Sénégal), Haïti — est identifié comme une richesse sous-exploitée. Des collaborations existent, notamment via la conférence Botconf, mais restent largement informelles et ad hoc, faute de canal structuré entre le Québec et la France. Le manque d’un équivalent local de l’ANSSI française, en raison de la centralisation des services de renseignement à Ottawa, est aussi déploré. Menaces sur l’avenir : immigration et financement Un sujet préoccupant est la réduction récente des seuils d’immigration étudiante (environ 14 % de baisse), qui fragilise particulièrement les programmes de maîtrise — historiquement alimentés par des étudiants internationaux — et menace, à moyen terme, le vivier des futurs doctorants et chercheurs. Par ailleurs, l’augmentation prévue des dépenses fédérales de défense (vers 5 % du budget) pourrait injecter des fonds importants en cybersécurité, mais avec le risque de biaiser la recherche vers des thématiques strictement militaires, au détriment des enjeux civils. Conclusion Malgré ces incertitudes, les intervenants demeurent optimistes quant à la richesse et à la diversité de l’écosystème québécois, porté par une jeune génération talentueuse et un terreau propice à la collaboration interdisciplinaire. Ils appellent toutefois à une meilleure structuration — notamment un regroupement provincial fédérant les chercheurs de toutes les universités et disciplines — pour consolider les acquis et faire face aux défis migratoires et budgétaires à venir. Collaborateurs Nicolas-Loïc Fortin Olivier Bilodeau François Proulx Alexis Dorais-Joncas [Sébastien Gambs] Benoit Baudry Benoit Dupont Alexandre Côté-Cyr Sébastien Graveline Crédits Montage par Intrasecure inc Locaux virtuels par Riverside.fm

  4. Jun 30

    Spécial - La géopolitique s'invite en cyber

    Parce que… c’est l’épisode 0x313! Shameless plug 30 juin au 2 juillet 2026 - Lille, France - Pass the SALT 6 au 9 août 2026 - Las Vegas, USA - DEFCON 34 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon 13 et 14 novembre 2026 - Worldwide - DEATHCon 16 au 19 novembre - Rennes, France - European Cyber Week 2026 1 au 3 décembre 2026 - Ottawa, Canada - Forum inCYBER Canada I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Cet épisode spécial de Polysécure réunit un panel international : Geneviève Lajeunesse (spécialiste en cybersécurité, actuellement en gouvernance à Radio-Canada, à titre personnel), Fanny Tan (journaliste tech et chercheuse à l’Observatoire des conflits multidimensionnels de la Chaire Raoul-Dandurand), Christophe Darlhac (consultant en sécurité, ex-secteur aérospatial et défense) et William Sampietro (RSSI dans le cloud privé, avec un long passé en sécurité opérationnelle nationale et en normalisation). L’animateur ouvre le débat en notant qu’un acteur majeur a, depuis un an et demi, remis la géopolitique au cœur de la cybersécurité : on ne parle plus seulement de menaces venues de l’étranger, mais aussi de tensions internes qui ont des répercussions cyber. Le cyber comme levier de puissance Les intervenants s’accordent : le cyber n’est plus un simple enjeu technique mais un véritable levier de puissance pour les États, les entreprises privées et les groupes criminels. On est passé d’attaques isolées à une confrontation continue et souvent invisible. Les groupes d’attaquants sont aujourd’hui catégorisés (APT, groupes sponsorisés par des États), et le phishing, loin d’être artisanal, mène régulièrement à des acteurs identifiables poursuivant des objectifs géopolitiques précis. Un phénomène frappant est évoqué : la Birmanie et le Cambodge, où des dizaines de milliers de jeunes gens se voient confisquer leur passeport pour être forcés de mener des cyberattaques — une réalité suffisamment préoccupante pour que la Chine elle-même exerce une pression sur le Cambodge à ce sujet. Dépendance matérielle et logicielle Un thème central est la dépendance de l’Occident envers du matériel et des logiciels étrangers. La flambée du prix de la RAM, détournée vers des acheteurs privés ayant précommandé, illustre la fragilité des chaînes d’approvisionnement. Le matériel chinois (Huawei, par exemple) est souvent moins cher et parfois plus transparent que son équivalent américain, mais son adoption soulève des questions de confiance à long terme — un composant piégé peut rester dormant pendant des années avant d’être activé. La Chine a par ailleurs habilement orienté les normes techniques (comme le standard 5G) pour imposer ses propres équipements, une stratégie qualifiée de « soft power » plus subtile que les attaques directes russes. Doctrines nationales différenciées Les panélistes soulignent une différence de doctrine notable : les États-Unis assument une capacité de riposte cyber offensive inscrite dans leur politique nationale, alors qu’en Europe (à l’exception partielle de la France) cette capacité reste cantonnée au domaine militaire et n’est pas assumée publiquement. Cela crée une asymétrie dans la réponse aux attaques étatiques. Portraits par pays La Russie est associée à des campagnes de déstabilisation et de désinformation, rappelant des précédents comme Cambridge Analytica. La Chine privilégie le renseignement économique et l’espionnage industriel plutôt que la destruction — l’exemple d’une antenne suspecte de 15 mètres installée près d’un site sensible à Toulouse est mentionné. Les États-Unis, quant à eux, ne sont plus perçus comme des alliés inconditionnels : le rachat de VMware par Broadcom, ou l’utilisation du droit américain (via Microsoft) dans l’affaire Alstom-Pierucci, illustrent des formes de pression économique et juridique qui affectent directement les entreprises européennes. Le paradoxe de la souveraineté numérique Une large partie de la discussion porte sur la souveraineté numérique, jugée abondamment discutée mais peu mise en pratique, autant en France qu’au Québec. L’exemple de WhatsApp, massivement utilisé par des Européens pourtant critiques envers les États-Unis, illustre cette contradiction, malgré l’existence d’alternatives comme Signal ou Olvid. Les intervenants pointent l’absence de définition claire de la souveraineté numérique, notamment au Québec où le concept vient d’entrer dans la loi sans balises précises. Ils proposent de la penser par couches : souveraineté de l’individu (sur ses données), de l’entreprise, de l’État, puis de blocs régionaux (Europe, Amérique, Asie). Aucune souveraineté à 100 % n’est jugée réaliste ; il s’agit plutôt d’une question de priorisation selon la criticité des usages. Deux leviers concrets sont proposés pour sortir de l’inaction : la décision politique (imposer des fournisseurs nationaux ou alliés dans la commande publique) et le financement structurel des acteurs souverains, afin qu’ils puissent rivaliser avec les géants américains. Le retard technologique européen, estimé à environ 40 ans depuis l’essor de Windows, est jugé quasiment impossible à rattraper sans rupture volontaire — la Russie et la Chine, elles, ont innové par nécessité en étant coupées de l’accès à certaines technologies occidentales. La fuite des talents vers les géants américains, qui offrent des salaires nettement supérieurs à ceux du secteur public, est également citée comme un frein majeur à l’autonomie technologique. Reconfiguration des alliances En conclusion, le panel aborde la refonte des alliances internationales (Five Eyes, Union européenne, rapprochement Canada-Europe), accélérée par le désengagement relatif des États-Unis sous l’administration Trump. Les intervenants insistent : une alliance solide repose sur des valeurs communes et la confiance plutôt que sur des structures figées, et les alliances évoluent comme des relations humaines, avec des hauts et des bas. La frontière n’est plus seulement physique mais cyber, une dimension qui touche désormais la souveraineté, les infrastructures, la politique et la défense. La question de l’intégration formelle du Canada à l’Europe est jugée secondaire face à la volonté réelle de coopérer. L’épisode se termine sur la promesse d’un prochain volet, faute de temps pour aborder d’autres sujets comme l’informatique quantique. Collaborateurs Nicolas-Loïc Fortin Christophe D’ARLHAC Geneviève Lajeunesse Fanny Tan William Sampietro Crédits Montage par Intrasecure inc Locaux virtuels par Riverside.fm

  5. Jun 23

    Spécial - Cybersécurité, sureté, risque dans un grand groupe

    Parce que… c’est l’épisode 0x30F! Shameless plug 24 et 25 juin 2026 - Allemagne - Troopers 26 et 27 juin 2026 - Paris, France - leHACK 30 juin au 2 juillet 2026 - Lille, France - Pass the SALT 6 au 9 août 2026 - Las Vegas, USA - DEFCON 34 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon 13 et 14 novembre 2026 - Worldwide - DEATHCon 16 au 19 novembre - Rennes, France - European Cyber Week 2026 1 au 3 décembre 2026 - Ottawa, Canada - Forum inCYBER Canada I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Dans cet épisode spécial du podcast, je reçois Pascal Manni, RSSI (CISO) affilié à Airbus Canada, pour discuter du rôle de responsable de la sécurité de l’information dans un grand groupe industriel aéronautique. Pascal possède plus de 15 ans d’expérience au sein d’Airbus, dont une dizaine d’années en France et huit ans en Chine en sécurité numérique, avant de rejoindre le Canada en 2018 et d’occuper le poste de RSSI depuis environ trois ans. Contexte : l’acquisition et le choc culturel Airbus, qui compte environ 150 000 employés dans le monde, a racheté le programme C Series (devenu l’A220) en 2016. Cette acquisition a créé un choc de paradigme entre la culture de gouvernance européenne, très structurée en matière de sécurité, et l’environnement canadien qui devait s’y adapter. Pascal a été la première personne à instaurer cette culture du rôle de RSSI au Canada, un poste alors mal compris dans l’organisation. Les quatre piliers du programme A220 Pascal identifie quatre grands domaines sur lesquels repose la sûreté du programme A220 : la partie industrielle et la chaîne d’approvisionnement, le produit lui-même (soumis aux exigences réglementaires de l’aviation, comme celles de Transport Canada ou de l’OACI), la partie numérique (données et systèmes informatiques), et enfin les personnes et les espaces de travail (menaces liées aux acteurs malveillants). Le rôle du RSSI consiste à s’assurer que ces quatre piliers sont adéquatement maîtrisés, en s’appuyant notamment sur une cartographie des risques. Un enjeu central évoqué est celui du vocabulaire : Airbus a développé un langage commun et une taxonomie propre, permettant d’uniformiser la communication à travers toutes ses divisions (avions, hélicoptères, espace, services), et de dialoguer efficacement avec les multiples régulateurs (français, canadiens, américains, européens) dans un environnement extrêmement encadré, renforcé par les nouvelles normes cyber européennes. La méthodologie EBIOS RM Le cœur de l’échange porte sur la méthode d’analyse de risque utilisée par Airbus : EBIOS RM, développée par l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) en France. Cette approche, organisée en cinq ateliers, permet d’adapter le niveau de détail selon la maturité et les besoins du secteur d’affaires concerné. Atelier 1 définit le périmètre (scope), la mission concernée, ainsi que les « biens métier » et « biens support ». Une analyse de conformité (basée sur le NIST, adapté au vocabulaire d’Airbus) permet d’attribuer des notes de A à D, donnant au secteur d’affaires une première vision de sa posture de sécurité. Atelier 2 identifie les « sources de risque », c’est-à-dire les acteurs malveillants potentiels (groupes criminels, États, employés mécontents) et leurs motivations, ce qui permet de prioriser les contrôles à mettre en place. Atelier 3 croise stratégiquement les sources de risque avec les biens à protéger, en modélisant simplement comment une attaque pourrait perturber une mission. Ce niveau s’adresse à un public exécutif. Atelier 4 descend au niveau opérationnel, en précisant les mesures concrètes (par exemple isoler physiquement un serveur plutôt que de se fier uniquement à des solutions numériques comme un antivirus). Atelier 5 conclut par un plan de traitement des risques, positionné sur une matrice impact/probabilité, avec un suivi continu et une réévaluation périodique. Pascal souligne que cette démarche implique fortement le secteur d’affaires (le « business ») dès le départ, le RSSI agissant comme traducteur entre les exigences d’ingénierie, réglementaires et de sécurité. La spécificité aéronautique La discussion aborde aussi la dimension unique de l’aéronautique : contrairement à d’autres industries, la sûreté d’un produit comme l’A220 continue d’exister bien après sa livraison, à travers la maintenance, les mises à jour et une relation contractuelle et réglementaire continue entre Airbus et les opérateurs aériens. Une analogie est faite avec le transport par autocar, où la sécurité ne se limite pas au véhicule mais concerne l’ensemble de l’écosystème (aéroports, restauration, maintenance, peinture, etc.), chaque maillon pouvant avoir des conséquences dramatiques. La chaîne d’approvisionnement, angle mort fréquent Un thème récurrent est la gestion des risques liés aux fournisseurs, de plus en plus ciblés par les attaquants puisque les grandes entreprises comme Airbus sont mieux protégées. Chaque contrat de service inclut désormais des annexes de sécurité, avec des questionnaires de conformité et des audits réguliers. Pascal raconte que de nombreux fournisseurs, surtout les petites entités locales sans expérience préalable de ce type d’exigences, réagissent d’abord en pensant ne pas être concernés puisqu’ils ne sont pas directement connectés aux systèmes d’Airbus. Il doit alors jouer un rôle pédagogique pour expliquer que leur capacité de production, même non numérique, peut mettre en péril toute la chaîne. Il observe aussi que les fournisseurs européens, plus habitués à ce type de rigueur réglementaire, aident souvent leurs homologues nord-américains à s’y retrouver. Gestion des vulnérabilités, incidents et tableaux de bord Les deux derniers piliers du rôle de RSSI — la gestion des vulnérabilités et la gestion des incidents — sont étroitement liés aux évaluations de risque. La détection d’une vulnérabilité déclenche un travail de priorisation et de remédiation, tandis qu’un incident est transmis aux équipes spécialisées (CERT, SOC) puis vient réalimenter le cycle d’analyse de risque. Enfin, Pascal évoque l’importance des tableaux de bord partagés avec les niveaux exécutifs, à condition que les indicateurs soient suffisamment matures et fiables — un chantier encore en construction pour un programme relativement jeune comme celui d’Airbus Canada. Collaborateurs Nicolas-Loïc Fortin Pascal Manni Crédits Montage par Intrasecure inc Locaux réels par [BANQ]

  6. Jun 17

    Spécial - L'IA au service de la cybersécurité - de l'optimisation à la transformation (Cybereco)

    Parce que… c’est l’épisode 0x30C! Shameless plug 24 et 25 juin 2026 - Allemagne - Troopers 26 et 27 juin 2026 - Paris, France - leHACK 30 juin au 2 juillet 2026 - Lille, France - Pass the SALT 6 au 9 août 2026 - Las Vegas, USA - DEFCON 34 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon 13 et 14 novembre 2026 - Worldwide - DEATHCon 16 au 19 novembre - Rennes, France - European Cyber Week 2026 1 au 3 décembre 2026 - Ottawa, Canada - Forum inCYBER Canada I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Dans cet épisode, je reçois Samuel Bonneau, venu présenter Cybereco la transformation profonde que son entreprise — une société de développement logiciel établie depuis quinze ans, qui intègre l’intelligence artificielle depuis huit ans — a opérée au cours de la dernière année. Contrairement à plusieurs entreprises qui se contentent d’un discours marketing autour de l’IA, l’organisation a réellement transformé ses façons de faire en profondeur. D’un objectif de 50 % à un changement de mentalité radical L’histoire débute par un objectif ambitieux fixé aux employés : devenir 50 % plus performants grâce à l’IA, sur une période d’un an. Plusieurs équipes ont dépassé largement cette cible en cours de route, ce qui a mené l’entreprise à revoir entièrement son approche. Samuel illustre ce changement par une analogie automobile : viser 50 % plus de vitesse revient à accélérer davantage avec le même véhicule, alors que viser une multiplication par dix ou vingt force à repenser entièrement le moyen de transport. C’est ce changement de paradigme — un mindset de croissance exponentielle plutôt qu’incrémentale — que l’entreprise a adopté, en parallèle de l’arrivée de modèles et d’outils de codage de plus en plus performants, dont Claude Code, qui a rapidement surpassé les outils utilisés jusque-là. Cette transformation ne s’est pas limitée aux équipes techniques : les ressources humaines, la finance et le reste du back-office ont aussi été intégrés, développant leurs propres flux de travail avec des agents, des compétences (skills) partagées entre équipes, et même de nouveaux outils et plateformes internes. Samuel souligne que la petite taille de l’équipe administrative et une culture d’innovation déjà bien ancrée ont facilité cette adoption, réalisée sur une période de trois à six mois pour la cinquantaine de personnes moins familières avec ces outils. Une urgence stratégique et des risques émergents Samuel explique que ce virage n’était pas optionnel : dans un domaine où l’IA évolue très rapidement, ne pas adopter ces outils aurait signifié perdre en pertinence face à des concurrents capables de développer plus vite et à moindre coût. Ce sentiment d’urgence (« do or die ») a guidé les décisions de l’entreprise. Or, cette accélération massive amène son lot de défis en cybersécurité. Les employés développant leurs propres agents et automatisations utilisent souvent leurs propres identifiants, ce qui peut devenir dangereux si ces agents ne sont pas correctement encadrés. Samuel cite l’exemple de la sandboxing des agents codeurs, un besoin pour lequel peu de solutions matures existaient sur le marché — l’outil le plus prometteur, Nvidia Open Shell, étant encore en préalpha, ce qui illustre bien le décalage entre la rapidité de l’innovation en IA et la maturité des outils de protection. Une plateforme cybersécurité développée à l’interne Face à ce constat, l’équipe a bâti sa propre plateforme de cybersécurité, intégrée à un robot Slack déjà utilisé pour les demandes liées à la sécurité. Cette plateforme analyse automatiquement les demandes d’utilisation d’outils ou de compétences (skills) externes, attribue des scores de risque et permet d’approuver ou de rejeter les requêtes. Plutôt que de gérer cela à travers du code traditionnel, l’équipe travaille désormais par spécifications : il suffit de modifier les spécifications fonctionnelles pour que le système se régénère avec les nouvelles règles, par exemple en ajoutant un critère lié à la localisation des données. L’élément le plus distinctif de cette plateforme est sa capacité à puiser dans toute la documentation interne d’un projet client — transcriptions de réunions, documents de conception, échanges — afin de déterminer automatiquement le niveau de criticité, les enjeux de disponibilité et les risques associés à un système avant même son développement. Cette information alimente ensuite la génération de spécifications de sécurité sur mesure, adaptées au contexte d’affaires réel du client plutôt qu’à des standards génériques. Encadrer les agents : god rails et supervision Une partie importante de l’entretien porte sur la façon de limiter les comportements destructeurs que pourraient avoir des agents autonomes. Samuel explique que chaque agent développé par l’entreprise comporte une douzaine de composantes, dont des mécanismes de garde-fous (« god rails ») qui valident que son comportement reste dans les limites prévues. Il illustre cela avec l’exemple d’un agent d’intégration des nouveaux employés (onboarding), qui ne doit jamais pouvoir exécuter des actions de désactivation de comptes (offboarding), même s’il possède techniquement les droits nécessaires pour créer des comptes. Un agent superviseur additionnel surveille les actions des agents opérationnels pour détecter et bloquer tout comportement anormal. Cette approche de décomposition en agents très spécialisés, plutôt qu’en un seul agent polyvalent, réduit non seulement les risques d’erreurs ou d’hallucinations liées à une fenêtre de contexte trop chargée, mais permet aussi de réduire les coûts en tokens en choisissant des modèles adaptés à la complexité réelle de chaque tâche. Choix des modèles et expertise interne L’entreprise s’appuie sur une équipe d’une quarantaine de spécialistes en IA, plusieurs détenant un doctorat, qui combinent rigueur scientifique et application concrète (programmation, entraînement et ajustement de modèles). Leur rôle a évolué : alors qu’ils entraînaient autrefois des modèles sur des infrastructures dédiées, ils se concentrent aujourd’hui davantage sur le choix du modèle optimal selon le contexte, qu’il soit local ou hébergé via une API externe, agissant essentiellement comme un routeur intelligent entre différents modèles de langage. Vers la commercialisation et les prochains défis Développée depuis janvier, la plateforme interne sert déjà à la fois à protéger l’entreprise et à soutenir des contrats clients de longue durée. Samuel évoque un potentiel de commercialisation, possiblement sous forme de produit en mode SaaS, déjà testé auprès de grands clients déployant des systèmes agentiques complexes. En clôture, Samuel partage sa vision des prochains défis : l’arrivée de robots humanoïdes e

  7. May 21

    Spécial - Retour sur Google Next 2026

    Parce que… c’est l’épisode 0x2FD! Shameless plug 3 au 5 juin 2026 - Rennes, France - SSTIC 2026 24 et 25 juin 2026 - Allemagne - Troopers 26 et 27 juin 2026 - Paris, France - leHACK 30 juin au 2 juillet 2026 - Lille, France - Pass the SALT 6 au 9 août 2026 - Las Vegas, USA - DEFCON 34 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon 13 et 14 novembre 2026 - Worldwide - DEATHCon 16 au 19 novembre - Rennes, France - European Cyber Week 2026 I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Dans cet épisode spécial, Nicolas Bédard revient sur sa participation à Google Next 2026, son quatrième événement du genre, mais le premier qu’il vivait en tant qu’employé de Palo Alto plutôt que de Google. Il y présente les quatre intégrations majeures que Palo Alto a lancées en partenariat avec Google, dans un contexte où l’intelligence artificielle agentielle se déploie à grande vitesse — souvent sans encadrement de sécurité adéquat. Le contexte : la plateforme Gemini Enterprise se réorganise Avant d’aborder les intégrations, Nicolas explique les changements de nomenclature chez Google. Gemini Enterprise est désormais divisé en deux volets : Gemini Enterprise Apps : l’interface utilisateur permettant d’accéder aux agents, aux connecteurs de données (SharePoint, Outlook, etc.) et aux outils IA. Gemini Enterprise AI Platform : la couche cloud sous-jacente, qui remplace l’ancienne plateforme Vertex AI. Cette restructuration simplifie la compréhension de l’écosystème : tout ce qui touche à l’IA en entreprise chez Google s’appelle désormais Gemini Enterprise. Intégration 1 — Prisma AIRS dans l’Agent Gateway La première et probablement la plus stratégique des intégrations concerne Agent Gateway, une nouvelle fonction au cœur d’Agent Cloud, la plateforme Google pour exécuter des agents IA. Agent Gateway agit comme un point d’insertion au sein des load balancers internes : il permet d’injecter des fonctions de sécurité ou d’autres capacités dans les flux de communication entre agents, entre un agent et un serveur MCP, ou entre un utilisateur et son agent. Palo Alto a annoncé l’intégration de son AI Runtime de Prisma AIRS directement dans ce gateway. L’idée est de centraliser la sécurité plutôt que de la déléguer à chaque développeur. Concrètement, cela signifie que les garde-fous — validation des comportements, prévention des fuites de données, protection contre les abus — s’appliquent automatiquement à tous les agents, sans que les équipes de développement aient besoin d’expertise en cybersécurité. Agent Gateway s’articule autour de trois piliers : l’identité, le runtime (pare-feu IA) et l’observabilité. Pour l’instant, seuls les deux premiers sont ouverts aux partenaires tiers comme Palo Alto. Cette approche répond directement à la préoccupation numéro un des équipes de sécurité en entreprise : le Shadow AI, soit l’utilisation non contrôlée d’outils IA par des employés ou des développeurs, qui expose l’organisation à des risques importants. Intégration 2 — Le scan de modèles open source via Gemini Enterprise Apps La deuxième intégration adresse un risque souvent sous-estimé : l’utilisation de modèles IA provenant de plateformes communautaires comme Hugging Face. Si les grands modèles commerciaux (Google, Anthropic, OpenAI, Mistral) offrent des garanties relatives à leur provenance, les modèles open source sont publiés par n’importe qui, sans vérification systématique. Ils peuvent contenir des vulnérabilités cachées, des kill switches, du code malveillant dissimulé dans l’enveloppe du fichier (notamment via des fichiers pickle), ou avoir été entraînés sur des données douteuses. Palo Alto a lancé un agent de scan de modèles directement accessible depuis Gemini Enterprise Apps. Intégré au cycle de développement logiciel (SDLC), cet agent permet à un développeur de soumettre un modèle hébergé sur Hugging Face ou dans un registre interne pour vérification avant déploiement — sans avoir à sortir de son environnement de travail habituel. Nicolas précise que cet agent fonctionne dans le tenant du client, ce qui garantit que les données restent dans l’infrastructure de l’entreprise. Intégration 3 — Wildfire et l’analyse de malwares dans les flux IA La troisième intégration s’inscrit dans une approche plus classique, mais essentielle : la détection de malwares dans les fichiers transitant par des agents IA. Google utilisait déjà la technologie de pare-feu de Palo Alto pour son Cloud NGFW. Ce qui est nouveau à Google Next, c’est l’ajout de Wildfire, le moteur de sandboxing de Palo Alto, sous la forme d’un service géré appelé Advance Malware Sandboxing. Concrètement : lorsqu’un utilisateur envoie un fichier via un agent Gemini Enterprise — vers un dépôt documentaire, par exemple — ce fichier est intercepté, analysé dans un environnement isolé, puis validé avant d’être stocké. Cela protège les autres utilisateurs ou agents qui pourraient accéder à ce fichier ultérieurement. L’enjeu est d’autant plus grand que les malwares générés par IA sont désormais créés on the fly, spécifiquement pour une cible, ce qui rend les approches basées sur des signatures connues insuffisantes. Intégration 4 — Le pare-feu dans l’Application Design Center La quatrième intégration touche à l’expérience des développeurs. Google a ouvert son Application Design Center (ADC) aux partenaires tiers. L’ADC est un outil visuel dans la console cloud qui permet d’assembler des services Google (Cloud Run, Pub/Sub, BigQuery, etc.) pour créer des applications. Palo Alto a travaillé avec Google pour permettre l’insertion native d’un pare-feu dans ces assemblages. Un développeur qui crée une architecture dans l’ADC peut maintenant ajouter un gabarit Palo Alto d’un clic. Une fois la configuration validée, l’outil génère automatiquement le code Terraform correspondant, incluant les load balancers et le pare-feu. L’objectif est de démocratiser la sécurité réseau en la rendant accessible à des développeurs qui ne maîtrisent pas nécessairement les subtilités des pare-feux d’infrastructure. Collaborateurs Nicolas-Loïc Fortin Nicolas Bédard Crédits Montage par Intrasecure inc Locaux réels par Nicolas Bédard

  8. May 13

    Spécial - Naviguer à travers les sept îles (7 islands)

    Parce que… c’est l’épisode 0x2F8! Shameless plug 3 au 5 juin 2026 - Rennes, France - SSTIC 2026 24 et 25 juin 2026 - Allemagne - Troopers 26 et 27 juin 2026 - Paris, France - leHACK 30 juin au 2 juillet 2026 - Lille, France - Pass the SALT 6 au 9 août 2026 - Las Vegas, USA - DEFCON 34 19 septembre 2026 - Montréal Canada - Bsides Montréal 2026 22 septembre 2026 - Belgique - BE-Cyber 24 au 25 septembre 2026 - Belgique - BruCON 1er au 3 octobre 2026 - Krakow, Pologne - AligatorCon I.A. Café - Enquête au cœur de la recherche sur l’intelligence artificielle Description Présentation de l’invité et de Seven Islands Nicolas Duguay est le président fondateur de Seven Islands Defense and Intel, une jeune firme spécialisée dans le conseil stratégique en cybersécurité, cyberdéfense et renseignement. Avant de lancer cette entreprise, il a occupé le poste de directeur général d’InCyber (anciennement In.Sec.M), le cluster canadien de la cybersécurité. Son parcours est atypique : il a d’abord été journaliste à Radio-Canada pendant une dizaine d’années, puis a évolué dans le secteur du renseignement privé, avant de bifurquer progressivement vers la cybersécurité. C’est cette trajectoire diversifiée qui lui a permis de développer une compréhension fine des écosystèmes internationaux et des dynamiques de marché. La mission de Seven Islands Seven Islands est née d’un constat simple : l’écosystème canadien de la cybersécurité est principalement composé de PME ambitieuses mais disposant de peu de moyens, qui passent souvent sous le radar des grands donneurs d’ordre. Fort de son expérience chez In.Sec.M, où il a mené des travaux de prospection et de cartographie d’écosystèmes à l’international en collaboration avec Affaires mondiales Canada, Nicolas a accumulé une connaissance approfondie des distinctions entre les marchés et des facteurs qui font qu’une entreprise réussit ou échoue à l’étranger. Seven Islands met cette expertise au service d’organisations qui souhaitent pénétrer de nouveaux marchés, non seulement en cybersécurité, mais aussi dans les secteurs de la défense et des outils de renseignement. Des marchés en pleine transformation L’Ukraine constitue un exemple frappant de marché en rupture de paradigme. La pression à ses frontières a engendré une explosion de la demande et le développement d’un écosystème local très innovant. Les pays limitrophes de l’espace russe — pays baltes, Europe centrale et de l’Est — connaissent une dynamique similaire. Or, plusieurs entreprises canadiennes arrivent dans ces marchés avec des produits pensés selon une logique traditionnelle de défense, sans tenir compte de la réalité du terrain : il faut des solutions abordables, accessibles, produites rapidement et utilisables sans formation poussée. C’est pratiquement l’inverse de la tradition habituelle en matière de produits de défense. Le rôle concret de Seven Islands auprès de ses clients La clientèle type de Seven Islands se compose de startups et de scaleups ayant atteint un niveau de maturité technologique suffisant pour aborder les marchés internationaux. La firme intervient pour raccourcir le temps d’acquisition de marché, c’est-à-dire pour permettre à ces entreprises de comprendre rapidement les particularités du procurement local, d’identifier les bons partenaires ou acheteurs, d’éviter les pièges propres à chaque marché et de structurer leur montage financier. Nicolas estime pouvoir réduire de moitié, voire du tiers, le temps et les coûts habituellement nécessaires à une pénétration de marché, qui se chiffrent normalement en centaines de milliers de dollars sur six mois à un an. Le Canada, un marché en silos Une partie importante de la conversation porte sur les particularités du marché canadien, souvent mal compris par les entreprises étrangères. L’erreur la plus répandue est de considérer le Canada comme un marché américain en plus petit ou, pour les Français, de voir le Québec comme une extension naturelle de la France. La réalité est tout autre : le Canada est un ensemble de silos distincts, chacun avec sa culture, ses réseaux et ses dynamiques propres. Toronto représente le pôle principal pour la cybersécurité privée, porté par le secteur bancaire et sa position de deuxième ou troisième place financière nord-américaine. La compétition y est féroce. Vancouver constitue le deuxième pôle en importance, avec un écosystème vibrant tourné vers la côte ouest américaine, la Silicon Valley et le marché Asie-Pacifique — une porte d’entrée stratégique souvent sous-estimée. Montréal est un marché significatif mais très insulaire, fortement centré sur lui-même et sur le Québec, avec des réseaux établis difficiles à pénétrer. Ottawa est le cœur du marché gouvernemental et devrait devenir l’un des pôles les plus intéressants du pays grâce aux récents investissements en défense. Calgary se distingue pour tout ce qui touche à la sécurité des systèmes énergétiques, tandis que des villes atlantiques comme Halifax et Fredericton investissent beaucoup d’efforts dans le développement de leur écosystème. Nicolas souligne que les entreprises étrangères qui échouent au Canada reviennent chez elles avec une image déformée du marché : elles racontent leur échec sans en analyser les causes profondes, alimentant ainsi des perceptions erronées chez d’autres entreprises qui pourraient autrement y trouver leur place. De nouvelles alliances géopolitiques et commerciales La conversation s’ouvre ensuite sur les marchés émergents les plus prometteurs. Nicolas observe un recadrage géopolitique important qui redéfinit les alliances commerciales du Canada. Le marché scandinave, longtemps ignoré, suscite aujourd’hui un intérêt considérable : la Suède notamment exprime un véritable appétit pour des échanges avec le Canada dans une dynamique nordique partagée. Les pays baltes — Estonie, Lettonie, Lituanie — ainsi que la Pologne offrent également des occasions majeures, avec moins de protectionnisme que les grands marchés traditionnels comme l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni. Nicolas constate que les entreprises canadiennes, habituées à la proximité confortable du marché américain, ont développé une certaine paresse stratégique. Elles commencent à peine à regarder au-delà de l’Amérique du Nord, et la courbe d’apprentissage risque d’être exigeante pour celles qui ne se sont pas outillées pour comprendre ces nouveaux marchés. C’est précisément là que Seven Islands entend jouer son rôle d’accompagnement. Notes 7 Islands Defense & Intel Collaborateurs Nicolas-Loïc Fortin Nicolas Duguay Crédits Montage par Intrasecure inc Locaux réels par Cyberconférence 2026

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