Chères oubliées

Guillaume Dufresne

Ce podcast rassemble des lettres écrites à des femmes illustres et injustement méconnues par l'Histoire. Artistes, aventurières, femmes d'Etat, militantes, sportives, résistantes ou scientifiques, je vous invite à découvrir leurs formidables aventures pour les tirer de l'oubli. Toutes les informations sur ce projet et les portraits en version écrite sont accessibles sur le site des chères oubliées https://cheresoubliees.fr/le-projet-cheres-oubliees/

  1. Sep 27

    Anne de Gaulle, tout l'amour du général

    Pour le 46ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire d'Anne de Gaulle, tout l'amour du général.J'ai découvert l'existence de la troisième enfant d'Yvonne et Charles de Gaulle en allant voir le double biopic consacré à son père, "La bataille de Gaulle". Et même si l'on sait bien peu de choses de la courte vie de cette jeune femme née porteuse de la trisomie 21, j'ai eu envie de vous raconter son histoire. Mais ce portrait est aussi l'occasion d'aborder le sort abominable que nous réservons encore aujourd'hui à tant d'enfants en situation de handicap, abandonné·es sans merci aux prédations les plus abjectes. Alors qu'un enfant sur dix est victime d'inceste, de viol ou de violences sexuelles, un chiffre très certainement sous-estimé, les enfants en situation de handicap le sont 3 fois plus. Et c'est près de 5 fois plus pour les enfants avec un handicap lié à une maladie mentale ou une déficience intellectuelle.Ces violences ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le résultat d'une stratégie délibérée des agresseurs, qui ciblent en premier lieu les enfants les plus vulnérables. Plus il y a de vulnérabilité, plus il y a de prédation. Voilà pourquoi 80% des violences sexuelles commises sur les enfants se déroulent dans le cadre familial et relèvent de l'inceste. Car c'est au sein de leur famille que les enfants sont le plus vulnérables.Face à l'océan de violences que subissent nos enfants, il faut cesser d'être naïf. A la stratégie de l'agresseur, il est urgent d'opposer une stratégie de détection des violences et de protection des enfants.Nous connaissons très bien l'ampleur du problème, et ce depuis très longtemps. En 2003 déjà, un rapport de l'ONU dénonçait le déni des violences sexuelles faites aux enfants en France. Et nous savons très bien ce qu'il faudrait faire, plus encore depuis le rapport de la CIIVISE et ses 82 recommandations publié en 2023. Et pourtant rien ou presque n'est fait ni pour protéger et soigner les victimes, ni pour arrêter les auteurs. Pire, depuis le scandaleux procès d'Outreau de 2005 qui a abouti à l'acquittement de la plupart des accusé·es tout en reconnaissant les enfants victimes, les condamnations pour viol sur mineurs ont chuté massivement: - 40% en 10 ans La parole des enfants déjà peu considérée à l'époque est plus encore piétinée aujourd'hui Pire, les puissants de ce monde se font le relais des agresseurs. C'est Emmanuel Macron défendant Nicolas Hulot, Gérard Depardieu, Gérald Darmanin ou Damien Abbad, Brigitte Macron traitant les féministes de sales connes, le RN soutenant Patrick Bruel, pourtant accusé par plus de 30 femmes. C'est la justice détruisant minutieusement ces mères protectrices qui ont le courage de dénoncer l'inceste commis par leur compagnon ou ex compagnon, et livrant les enfants à leurs bourreaux, comme le raconte Romane Brisard dans son livre "Inceste d'Etat" C'est le gouvernement qui, alors que les associations féministes et enfantistes demandent pour accompagner la loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants 3 dérisoires milliards d'euros (pour un ordre de grandeur, l'évasion fiscale nous coûte chaque année 100 milliards d'euros), préfère recycler 1,5 milliards d'euros de crédits déjà prévus Tout cela ne changera que si nous nous mobilisons, aujourd'hui et demain. Que nous cessons de détourner le regard et de nous contenter de belles paroles en l'air.  Car si les masculinistes ont réussi à imposer leur récit et leur idéologie sur les enfants menteurs et les femmes manipulatrices, qu'avons nous fait pour les en empêcher ? Ecoutez le podcast de Charlotte Pudlowski "Ou peut-être une nuit", celui de Joanna Smith "Protéger son enfants des violences sexuelles", ou l'épisode des couilles sur la table consacré aux enfants incesteurs Lisez les livres de Cécile Cée, de Dorothée Dussy, d'Iris Brey et Juliette Drouar, d'Eva Thomas, de Muriel Salmona, de Romane Brisard Et surtout, ne restez pas silencieux·se!

    Anne de Gaulle, tout l'amour du général
  2. Aug 30

    Wu Zetian, la femme empereur

    Pour le 44ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire de Wu Zetian, la femme empereurElle fait partie des nombreuses femmes d'exception que j'ai découvertes grâce à la BD Culottées de Pénélope Bagieu, une de mes deux bibles avec Les grandes oubliées de Titiou Lecoq. En matière de badass ma chère Brunehaut avait mis la barre très haut. Mais face à la vie de celle qui fut la seule impératrice régnante en 5000 ans d'histoire de Chine, l'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste. Ha non pardon rien à voir, l'honnêteté m'oblige à vous dire que notre reine franque est battue. Comme à peu près toutes les grandes femmes d'Etat qu'ils n'ont pas réussi à effacer, les chroniqueurs ont considérablement noirci le portrait de Wu Zetian. D'autres comme Catherine de Médicis ou Catherine de Russie ont connu le même sort. Pourtant si Wu Zetian a tout fait pour obtenir et conserver le pouvoir, usant parfois d'une grande violence, elle ne s'est guère comportée différemment des empereurs, rois et autres chefs d'Etat masculins. Mais la violence des femmes est souvent associée à une dénaturalisation (si elle a fait usage de la violence sans être manipulée par un homme, elle ne peut pas vraiment être une femme), qui permet à son tour d'induire une idée de déshumanisation (elle devient un monstre) Wu Zetian n'a pas échappé à la règle, il n'est qu'à voir cet essayiste chinois qui la classe parmi les plus grands meurtriers de l’histoire, juste derrière Staline, Mao Zedong et Gengis Khan ! C'est ballot, le podium était tout proche! Arrêtons-nous un instant sur le titre du portrait. N'y voyez pas de ma part une volonté de ne pas féminiser la fonction de Wu Zetian, vous savez depuis le bonus consacré au micro féminisme que je fais partie des ferventes partisanes du langage inclusif (accord de majorité). Mais c'est bien Wu elle-même qui, lorsqu'elle se fit sacrer et fonda sa propre dynastie en 670, décida de choisir ce titre masculin.  Et quand vous aurez terminé la lecture de son portrait, vous comprendrez comme moi qu'on ne contrarie pas Wu Zetian, sauf à vouloir passer un très mauvais quart d'heure Prenez soin de vous et surtout des autres!

    Wu Zetian, la femme empereur
  3. Aug 16

    Teresa Wilms Montt, la poétesse libre malgré tout

    Parmi les nombreux livres que j'ai lus depuis le début de mon travail sur le projet des chères oubliées, il en est un que j'ai aimé tout particulièrement. Il s'agit de l'ouvrage de Camille Paix, Mère Lachaise: 100 portraits pour déterrer le matrimoine funéraire. D'abord parce que le livre est très beau, et qu'il y a quelque chose d'extrêmement poétique à déambuler dans les allées du cimetière du Père Lachaise, plan fourni par l'autrice à la main, à la recherche des tombes des femmes dont elle raconte la vie. Mais aussi parce que Camille Paix a fait le choix de ne pas mettre en lumière que des noms illustres, mais aussi des femmes complètement oubliées. Je suis ressorti de cette lecture avec la conviction qu'il n'était nul besoin qu'une héroïne ait accompli des choses exceptionnelles pour que son histoire soit belle et mérite d'être racontée. C'est à l'une de ces femmes reposant au Père Lachaise qu'est adressée la lettre d'aujourd'hui. Pour le 43ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire de Teresa Wilms Montt, la poétesse libre malgré tout.C'est un texte que j'ai écrit il y a plus d'un an et demi maintenant, mais la vie de cette poétesse chilienne morte à 28 ans du chagrin d'avoir été privée de ses deux petites filles n'a jamais cessé de me bouleverser. Car cette vie dit beaucoup du combat sans relâche mené par les femmes depuis des siècles pour obtenir ce droit pourtant tout simple de vivre libres. Un combat qui reste malheureusement aujourd'hui encore, d'une brûlante actualité. Prenez soin de vous et surtout des autres!

    Teresa Wilms Montt, la poétesse libre malgré tout
  4. Aug 2

    Susana Chavez, Israa Gharib, Myriam Largeteau, Rebecca Cheptegei. Leur mort, notre combat

    J'écoute très souvent la chanson de Suzane "Je t'accuse" D'abord parce qu'elle est d'une puissance à nulle autre pareille Mais surtout parce qu'elle agit comme une piqûre de rappel "Tu vas rien faire toi", chante-t-elle Alors qu'est-ce que je fais moi, en tant qu'homme, pour lutter contre l'océan de violences, très majoritairement masculines, faites aux femmes et aux enfants? Cette violence masculine est mon héritage, que cela me plaise ou non.  Je suis un homme dans une société où pendant des siècles, les hommes ont brûlé des centaines de milliers de femmes comme sorcières. Où ils les ont enfermées dans des couvents puis dans des asiles, alors qu'elles n'étaient souvent pas plus folles que vous et moi. Où ils les ont lobotomisées par dizaines de milliers. Où ils les ont privées et les privent parfois encore de droits aussi basiques que ceux de voter, de disposer de leur corps, de gérer leur propre argent. Des droits régulièrement remis en question, car pour les femmes rien n'est définitivement acquis. Je suis un homme dans un pays où tous les deux jours et demi, un homme tue une femme, le plus souvent la sienne, pour la simple raison qu'elle est une femme. Un pays où toutes les deux minutes trente, un homme viole une femme ou cherche à le faire. Presque toujours une femme qui le connaît. Un pays où dès qu'une femme s'exprime sur les réseaux sociaux, des hommes l'attaquent sur son physique, l'insultent, la menacent de viol ou de mort, la cyberharcèlent Je suis un homme dans une société qui n'a de cesse d'ériger la violence masculine en modèle, et qui se refuse à interroger le caractère systémique des violences masculines faites aux femmes et aux enfants. Notre culture du viol, notre culture de l'inceste. Et lorsque les féministes prennent le temps de nous expliquer tout cela, nous disons qu'elles exagèrent, nous leur conseillons de passer à autre chose, nous les traitons d'hystériques. Je ne suis pas responsable de tout cela, mais il m'appartient de décider ce que je fais de cet héritage. Alors je travaille sur ma propre part de violence, pour en protéger celles et ceux qui me sont les plus chères. Alors partout où cette violence frappe, je me refuse à garder les yeux, les oreilles et la bouche fermées à double tour, comme nous le faisons tous trop souvent. Comme si cela ne nous concernait pas.Alors je me promets de me souvenir d'au moins une infime partie de celles que cette violence a détruites Pour le 42ème portrait des chères oubliées, voici les portraits croisés de 4 femmes victimes de féminicide: une Mexicaine, une Palestinienne, une Française assassinée à deux pas de chez moi, et une Ougandaise. Voici l'histoire de Susana Chavez, Israa Gharib, Myriam Largeteau, Rebecca Cheptegei. Leur mort, notre combatA nous toutes et tous réunies, il nous est possible de nous souvenir de milliers de ces victimes de la violence masculine Alors s'il vous plaît, du fond du cœur, ne les oubliez pas. Car oublier ces femmes reviendrait à les laisser mourir une deuxième fois. Prenez soin de vous et surtout des autres  Guillaume

    Susana Chavez, Israa Gharib, Myriam Largeteau, Rebecca Cheptegei. Leur mort, notre combat
  5. Jul 20

    Samia Yusuf Omar, la course ou la vie

    "On ne laisse pas mourir un enfant que l'on pourrait sauver" Cette phrase devrait bien sûr être étendue à n'importe quel être humain.  Mais commençons par les enfants.On devrait toutes et tous se rassembler autour de cette phrase non?Et pourtant... Pourtant sur les 40 000 exilé·es mort·es en Méditerranée depuis 2014, un chiffre largement sous-estimé, beaucoup d'entre elles et eux étaient des enfants. Tous ces enfants, nous les avons laissé mourir, alors qu'il nous aurait été facile de les sauver. C'est même pire, nous avons organisé leur mort. En laissant nos gouvernements mettre fin aux secours en mer alors qu'ils en ont l'obligation légale. En sous-traitant la gestion des frontières à des trafiquants d'êtres humains financés par nos impôts. En imposant des règles absurdes voire en criminalisant les associations de sauvetage en mer comme SOS Méditerranée, qui font tout ce qu'elles peuvent pour sauver notre honneur, parfois au péril de leur vie. Et tout cela pour satisfaire nos fantasmes xénophobes sur la "crise migratoire". Il n'y a pas de crise migratoire, il n'y a qu'une crise d'humanité.Deux exemples récents parmi beaucoup d'autres:- le 17 juin les député·es européen·nes ont voté un "règlement retour" permettant notamment de renvoyer dans l'enfer des camps de torture libyens les survivant·es qui ont échappé à cet enfer. Si vous pensez que j'exagère, regardez cette interview de Cécile Allegra, infatigable témoin sur le sujet, notamment avec ses documentaires "Voyage en barbarie" et "Le chant des vivants"- le mardi 23 juin, des membres de la Commission Européenne, accompagnés de représentants de 15 pays, ont déroulé le tapis rouge à des membres des talibans afghans, une organisation terroriste faut-il le rappeler. Pourquoi? Pour discuter de l'expulsion des réfugié·es afghan·es. Rappelez-vous en la prochaine fois que les mêmes viendront verser des larmes de crocodile sur le sort des femmes afghanes! Celle dont je vais vous parler aujourd'hui avait quitté les rivages de l'enfance, mais elle avait à peine 21 ans quand elle est morte noyée au large de l'île italienne de Lampedusa. Morte d'avoir voulu vivre son rêve. Pour le 41ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire de Samia Yusuf, Omar, la course ou la vie. 4 ans avant sa mort, elle était devenue la femme la plus rapide de Somalie et avait représenté son pays dans l'épreuve du 200 m des Jeux Olympiques de Pékin, à l'été 2008. Cette histoire m'a profondément bouleversé, et j'espère que le récit que j'en fais ici sera à la hauteur du courage de cette femme, comme de celui de toutes celles et ceux qui prennent la route de l'exil, en quête d'une vie meilleure. Prenez soin de vous et surtout des autres Guillaume

    Samia Yusuf Omar, la course ou la vie

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Ce podcast rassemble des lettres écrites à des femmes illustres et injustement méconnues par l'Histoire. Artistes, aventurières, femmes d'Etat, militantes, sportives, résistantes ou scientifiques, je vous invite à découvrir leurs formidables aventures pour les tirer de l'oubli. Toutes les informations sur ce projet et les portraits en version écrite sont accessibles sur le site des chères oubliées https://cheresoubliees.fr/le-projet-cheres-oubliees/