Chères oubliées

Guillaume Dufresne

Ce podcast rassemble des lettres écrites à des femmes illustres et injustement méconnues par l'Histoire. Artistes, aventurières, femmes d'Etat, militantes, sportives, résistantes ou scientifiques, je vous invite à découvrir leurs formidables aventures pour les tirer de l'oubli. Toutes les informations sur ce projet et les portraits en version écrite sont accessibles sur le site des chères oubliées https://cheresoubliees.fr/le-projet-cheres-oubliees/

  1. 6d ago

    Susana Chavez, Israa Gharib, Myriam Largeteau, Rebecca Cheptegei. Leur mort, notre combat

    J'écoute très souvent la chanson de Suzane "Je t'accuse" D'abord parce qu'elle est d'une puissance à nulle autre pareille Mais surtout parce qu'elle agit comme une piqûre de rappel "Tu vas rien faire toi", chante-t-elle Alors qu'est-ce que je fais moi, en tant qu'homme, pour lutter contre l'océan de violences, très majoritairement masculines, faites aux femmes et aux enfants? Cette violence masculine est mon héritage, que cela me plaise ou non.  Je suis un homme dans une société où pendant des siècles, les hommes ont brûlé des centaines de milliers de femmes comme sorcières. Où ils les ont enfermées dans des couvents puis dans des asiles, alors qu'elles n'étaient souvent pas plus folles que vous et moi. Où ils les ont lobotomisées par dizaines de milliers. Où ils les ont privées et les privent parfois encore de droits aussi basiques que ceux de voter, de disposer de leur corps, de gérer leur propre argent. Des droits régulièrement remis en question, car pour les femmes rien n'est définitivement acquis. Je suis un homme dans un pays où tous les deux jours et demi, un homme tue une femme, le plus souvent la sienne, pour la simple raison qu'elle est une femme. Un pays où toutes les deux minutes trente, un homme viole une femme ou cherche à le faire. Presque toujours une femme qui le connaît. Un pays où dès qu'une femme s'exprime sur les réseaux sociaux, des hommes l'attaquent sur son physique, l'insultent, la menacent de viol ou de mort, la cyberharcèlent Je suis un homme dans une société qui n'a de cesse d'ériger la violence masculine en modèle, et qui se refuse à interroger le caractère systémique des violences masculines faites aux femmes et aux enfants. Notre culture du viol, notre culture de l'inceste. Et lorsque les féministes prennent le temps de nous expliquer tout cela, nous disons qu'elles exagèrent, nous leur conseillons de passer à autre chose, nous les traitons d'hystériques. Je ne suis pas responsable de tout cela, mais il m'appartient de décider ce que je fais de cet héritage. Alors je travaille sur ma propre part de violence, pour en protéger celles et ceux qui me sont les plus chères. Alors partout où cette violence frappe, je me refuse à garder les yeux, les oreilles et la bouche fermées à double tour, comme nous le faisons tous trop souvent. Comme si cela ne nous concernait pas.Alors je me promets de me souvenir d'au moins une infime partie de celles que cette violence a détruites Pour le 42ème portrait des chères oubliées, voici les portraits croisés de 4 femmes victimes de féminicide: une Mexicaine, une Palestinienne, une Française assassinée à deux pas de chez moi, et une Ougandaise. Voici l'histoire de Susana Chavez, Israa Gharib, Myriam Largeteau, Rebecca Cheptegei. Leur mort, notre combatA nous toutes et tous réunies, il nous est possible de nous souvenir de milliers de ces victimes de la violence masculine Alors s'il vous plaît, du fond du cœur, ne les oubliez pas. Car oublier ces femmes reviendrait à les laisser mourir une deuxième fois. Prenez soin de vous et surtout des autres  Guillaume

    Susana Chavez, Israa Gharib, Myriam Largeteau, Rebecca Cheptegei. Leur mort, notre combat
  2. Jul 20

    Samia Yusuf Omar, la course ou la vie

    "On ne laisse pas mourir un enfant que l'on pourrait sauver" Cette phrase devrait bien sûr être étendue à n'importe quel être humain.  Mais commençons par les enfants.On devrait toutes et tous se rassembler autour de cette phrase non?Et pourtant... Pourtant sur les 40 000 exilé·es mort·es en Méditerranée depuis 2014, un chiffre largement sous-estimé, beaucoup d'entre elles et eux étaient des enfants. Tous ces enfants, nous les avons laissé mourir, alors qu'il nous aurait été facile de les sauver. C'est même pire, nous avons organisé leur mort. En laissant nos gouvernements mettre fin aux secours en mer alors qu'ils en ont l'obligation légale. En sous-traitant la gestion des frontières à des trafiquants d'êtres humains financés par nos impôts. En imposant des règles absurdes voire en criminalisant les associations de sauvetage en mer comme SOS Méditerranée, qui font tout ce qu'elles peuvent pour sauver notre honneur, parfois au péril de leur vie. Et tout cela pour satisfaire nos fantasmes xénophobes sur la "crise migratoire". Il n'y a pas de crise migratoire, il n'y a qu'une crise d'humanité.Deux exemples récents parmi beaucoup d'autres:- le 17 juin les député·es européen·nes ont voté un "règlement retour" permettant notamment de renvoyer dans l'enfer des camps de torture libyens les survivant·es qui ont échappé à cet enfer. Si vous pensez que j'exagère, regardez cette interview de Cécile Allegra, infatigable témoin sur le sujet, notamment avec ses documentaires "Voyage en barbarie" et "Le chant des vivants"- le mardi 23 juin, des membres de la Commission Européenne, accompagnés de représentants de 15 pays, ont déroulé le tapis rouge à des membres des talibans afghans, une organisation terroriste faut-il le rappeler. Pourquoi? Pour discuter de l'expulsion des réfugié·es afghan·es. Rappelez-vous en la prochaine fois que les mêmes viendront verser des larmes de crocodile sur le sort des femmes afghanes! Celle dont je vais vous parler aujourd'hui avait quitté les rivages de l'enfance, mais elle avait à peine 21 ans quand elle est morte noyée au large de l'île italienne de Lampedusa. Morte d'avoir voulu vivre son rêve. Pour le 41ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire de Samia Yusuf, Omar, la course ou la vie. 4 ans avant sa mort, elle était devenue la femme la plus rapide de Somalie et avait représenté son pays dans l'épreuve du 200 m des Jeux Olympiques de Pékin, à l'été 2008. Cette histoire m'a profondément bouleversé, et j'espère que le récit que j'en fais ici sera à la hauteur du courage de cette femme, comme de celui de toutes celles et ceux qui prennent la route de l'exil, en quête d'une vie meilleure. Prenez soin de vous et surtout des autres Guillaume

    Samia Yusuf Omar, la course ou la vie
  3. Jul 6

    Rachel Carson, la voix de la nature

    Bonjour à toutes et à tous, Pour le 40ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire de Rachel Carson, la voix de la nature. Figure majeure de l'écologie politique, elle est notamment connue pour son livre Printemps silencieux qui démontre les ravages des pesticides sur la biodiversité et la santé humaine. Le hasard de l'ordre de publication fait parfois bien les choses. Car il y a à peine quelques jours, dans la nuit du 29 au 30 juin, le Sénat a voté la loi d'urgence agricole, réintroduisant au passage l'autorisation de l'acétamipride, tant pis pour les 2 millions de personnes qui avaient signé la pétition contre la loi Duplomb. Nous serons d'accord sur au moins un point, il y a urgence à réformer en profondeur notre système agricole - Effondrement du nombre de fermes, passé de plus d'un millions à la fin des années 80 à moins de 350 000 aujourd'hui, une chute qui se poursuit , avec un âge moyen des agriculteurices de 57 ans - Empoisonnement généralisé aux pesticides. Les enfants sont particulièrement touchés, avec la multiplication des clusters de cancers pédiatriques et l'augmentation des maladies chroniques, dont souffrent aujourd'hui 15% des enfants et adolescents en France (3 millions de jeunes)- Prix trop bas imposés par la grande distribution et les coopératives agricoles pour permettre aux agriculteurices de dégager un revenu décent malgré des semaines de travail harassantes. Alors que l'image de la profession ne cesse de se dégrader, comment s'étonner que 2 d'entre elles et eux en moyenne se suicident chaque jour?- Conséquences déjà désastreuses du réchauffement climatique sur les récoltes et les élevages, alors que les épisodes caniculaires sont amenés à devenir de plus en plus fréquents et intenses à l'avenir. Et là-dessus n'en déplaise à certains, la clim ne pourra rien y faire...C'est un système à bout de souffle, qui ne tient qu'en broyant les femmes et hommes et en saccageant la terre et la nature Face à ce constat, on pourrait s'attendre à ce qu'une loi d'urgence agricole s'attaque à ces sujets. Que nenni!En revanche, le texte voté au Sénat comprend un certain nombre de reculs écologiques et démocratiques majeurs: - Moins de démocratie dans la gestion de l'eau pour faciliter l'installation de méga bassines. Des bassines qui permettent de détourner une ressource vitale pour toutes et tous au profit de quelques-uns, puisque seuls 6% des agriculteurices irriguent leurs cultures- Diminuer la protection des captages d'eau potable, alors que 20% de ces derniers ont été perdu ces dernières années du fait d'une pollution trop élevée, et que l'état général de nos rivières est très inquiétant- Faciliter la destruction des zones humides, alors que ces dernières permettent de retenir l'eau naturellement, de réguler son cycle et de maintenir la fraîcheur par exemple en cas de canicule- Faciliter encore plus l'industrialisation de l'élevage, au mépris des ravages causés par cette dernière sur la santé humaine et la nature. Sans parler de la souffrance des animaux dont des millions sont morts lors de la dernière canicule- Et donc réintroduction de l'acétamipride et du flupyradifurone, insecticides néonicotinoïdes, une mesure déjà prévue dans la loi Duplomb et qui avait été censurée par le Conseil d'Etat.   Rachel Carson est morte il y a 62 ans, et si vous lisez Printemps Silencieux, ce que je vous recommande vivement, vous verrez qu'elle avait tout compris.Qu'on ne s'y trompe pas une seule seconde. Les marchands de mort savaient très bien ce qu'ils faisaient à l'époque, et ils le savent tout aussi bien aujourd'hui. La question qui se pose est de savoir si nous saurons les empêcher de détruire chaque jour un peu plus les conditions de vie sur cette planète. Tout en redonnant ses lettres de noblesse au métier d'agriculteurice, ces femmes et ces hommes qui travaillent chaque jour d'arrache pied pour que nous puissions nous nourrir

    Rachel Carson, la voix de la nature
  4. Jun 7

    Phulan Devi, la reine des bandits

    Bonjour à toutes et à tous,Pour le 38ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire de Phulan Devi, la reine des bandits. C'est un portrait qui comporte des scènes très dures, si les sujets du viol et des violences sexuelles sont activants pour vous, prenez d'abord soin de vous et sentez-vous libre d'arrêter ici votre lecture. J'ai écrit ce texte il y a bientôt deux ans. De mémoire c'était le troisième, après ceux d'Alice Guy, l'inventrice du cinéma et de Ching Shih, la plus grande pirate de tous les temps. Je suis ému de retrouver ce texte et de vous le partager, au vu de tout le chemin parcouru depuis. Phulan Devi fait partie de ces nombreuses oubliées que j'ai découvertes grâce à la formidable BD de Pénélope Bagieu "Culottées". Un ouvrage majuscule, sans doute ma principale référence avec le livre de Titiou Lecoq "Les grandes oubliées". Chose amusante, je me suis d'ailleurs rendu compte en travaillant à la page consacrée aux anniversaires des oubliées que Titiou Lecoq et Pénélope Bagieu étaient jumelles astrales, nées toutes les deux un 22 janvier.  L'histoire de Phulan Devi est la seule de celles racontées par Pénélope Bagieu que je n'ai pas pu lire avec ma fille. Je sais que je devrai un jour parler avec elle du viol et des violences sexuelles, bien plus tôt que ce que j'aimerais. D'abord et avant tout pour la protéger, dans une société où l'impunité est encore la règle pour les pédocriminels. Mais pas encore... Malgré les horreurs qu'elle a subies, c'est une histoire fascinante que celle de Phulan Devi: la vie de hors la loi, l'amour, la vengeance sanglante à la manière de l'héroïne de Kill Bill, la rédemption, la fin tragique. Pour le meilleur et pour le pire, il arrive souvent que la vie dépasse la fiction. Bonne écoute, prenez soin de vous et surtout des autres

    Phulan Devi, la reine des bandits
  5. May 10

    Angela Rostas, pas de minute de silence pour toi

    Bonjour à toutes et à tous, Pour le 36ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire d'Angela Rostas, pas de minute de silence pour toi. Vous n'avez peut-être jamais entendu parler d'elle. Son nom, son histoire et son sourire éblouissant me seraient aussi restés totalement inconnus sans la mort du militant néo-nazi Quentin Deranque le 14 février dernier, lors d'une rixe à Lyon avec des militants antifascistes. Après la honteuse minute de silence que lui a offert l'Assemblée Nationale, alors que son activisme néo-fasciste était déjà connu, ont fleuri sur les réseaux les visages de celles et ceux qui, tué·es par des militants d'extrême droite, n'avaient pas eu le droit à cet honneur. Dont celui d'Angela Rostas, mère de famille Rom de 40 ans, victime d'un assassinat raciste alors qu'elle était enceinte de 7 mois. Il existe très peu d'informations sur sa vie, et je remercie du fond du cœur Eric Roset et Coline de Senarclens qui ont connu Angela de son vivant et ont bien voulu corriger la première version de mon texte. Tout comme Saimir Mile de La voix des Rroms pour les paragraphes évoquant l'anti tsiganisme et le génocide tsigane Je suis d'ailleurs heureux de pouvoir publier ce portrait cette semaine, à quelques jours de la fête de l'insurrection tsigane qui aura lieu ce samedi 16 mai à partir de 12h30 devant la basilique Saint-Denis, et qui est justement dédiée cette année à la mémoire d'Angela Rostas. Cette célébration annuelle commémore la révolte des prisonniers roms à Auschwitz-Birkenau, le 16 mai 1944. Il y eut deux révoltes d'ampleur dans le plus tristement célèbre des camps d'extermination nazis. Celle des Sonderkommmandos, ces unités de travail composées de prisonniers juifs dans leur très grande majorité, dont le rôle était de trier les affaires des déporté·es massacré·es et de brûler leurs cadavres dans les crématoriums du camp. Une histoire dont je vous reparlerai bientôt, car derrière le courage insensé de ces prisonniers se cache encore une incroyable histoire d'oubliées. Et donc celle des prisonnières et prisonniers Roms. Le 15 mai 1944, les 6000 Roms du camp sont averti·es que les Nazis planifient leur extermination. Le 16 mai 1944, plus de 600 prisonnières et prisonniers roms ne se présentent pas à l'appel habituel du matin, mais se barricadent dans leurs baraquements. Elles et Ils s'étaient introduits au préalable dans un entrepôt de matériel pour s'armer de marteaux, de pioches et de pelles, et avaient démonté les parties en bois de leurs couchettes pour fabriquer des armes. Lorsque les SS rentrèrent dans les baraquements, elles et ils cherchèrent à se saisir de leurs mitraillettes.Aucun Rom n'est mort dans les chambres à gaz ce jour-là. Craignant une révolte à l'échelle du camp, les nazis transférèrent 3000 Roms vers d'autres camps, ne laissant à Auschwitz que 3000 femmes, enfants, malades et vieillards. Elles et ils seront gazé·es le 2 août 1944, luttant jusqu'à leur dernier souffle contre leur extermination La contre-vérité historique qui voudrait que les Juifs et les Juives n'aient pas résisté face à la Shoah l'est tout autant pour les Tsiganes. Aucun peuple n'a jamais accepté son extermination sans lutter de toutes ses forces, malgré l'écrasante supériorité de ceux qui voulaient les détruire. N'oublions jamais leur immense courage. Et rappelons nous toujours qu'hier comme aujourd'hui, le racisme tue aussi certainement que les balles et les bombes. Prenez soin de vous et surtout des autres Guillaume

    Angela Rostas, pas de minute de silence pour toi
  6. Apr 27

    Virginia Giuffre, les monstres c'est nous

    Bonjour à toutes et à tous, Je vais être honnête avec vous. Le portrait que vous allez découvrir cette semaine est très différent de celui que je pensais écrire au départ. Voici l'histoire de Virginia Giuffre, les monstres c'est nous.A travers la vie de cette femme qui fut l'une des premières victimes de Jeffrey Epstein à avoir le courage de témoigner contre lui à visage découvert, j'avais l'ambition de m'attaquer au récit de l'affaire Epstein. Mais cette affaire est trop tentaculaire. La tâche était trop vaste, il m'aurait fallu beaucoup plus que ce portrait. Et puis surtout, j'ai été happé par l'histoire de Virginia Giuffre, et par les horreurs que nous lui avons fait vivre. Je dis nous, car ses années sous la coupe de Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein ne furent qu'un des maillons d'une longue chaîne de souffrances dont notre société n'a pas voulu la protéger.Une souffrance contre laquelle elle s'est battue avec un courage, un amour et une détermination époustouflantes. Mais une souffrance qui a fini par avoir raison d'elle, avec son suicide il y a tout juste un an, le 25 avril 2025. Je n'ai rien voulu cacher du récit de sa vie, en grande partie tiré de son autobiographie "Nobody's girl". Ce portrait qui est de loin le plus long que j'ai écrit contient des passages très difficiles. Si les sujets de l'inceste, du viol ou des violences sexuelles peuvent être activants pour vous, prenez d'abord soin de vous et sentez-vous libre de ne pas le lire. Mais pour celles et ceux qui n'ont pas connu ces violences dans leur propre chair, je crois que nous avons la responsabilité de les regarder en face. Car les souffrances abominables endurées par Virginia Giuffre ne sont pas une exception, elles sont le quotidien de millions de femmes et d'enfants.Rien qu'en France, 160 000 enfants chaque année, dont 130 000 filles, sont victimes d'inceste, de viol ou de violence sexuelle. Un enfant toutes les 3 minutes. Pour la plupart d'entre elles et eux entre le CP et le CM2. Et l'auteur de ces violences est dans la majorité des cas un homme de leur propre famille. Également car l'impunité dont a bénéficié Jeffrey Epstein n'est pas l'exception, elle est la norme. En France encore, seuls 3% des violeurs d'enfants sont condamnés, à peine 1% pour les auteurs d'inceste. Tout cela nous le savons. Pourtant nous nous taisons, jugeant que cela ne nous regarde pas, que ce n'est pas si grave, que nous n'y pouvons rien. Comme l'explique cet article de face à l'inceste, tant que nous n'interrogerons pas l'asymétrie de pouvoir de l'adulte sur l'enfant, tant que nous refuserons de remettre en question le système qui repose sur ces violences, nous leur permettrons de continuer à prospérer.  Et cessons de nous raconter que les femmes et les enfants qui vivent ces violences ne parlent pas. Elles et ils parlent depuis longtemps, c'est nous qui refusons d'écouter et d'agir en conséquence. Alors que nous devrions leur dire "Je t'entends, je te crois, je te protège ", ce que nous disons en réalité c'est "Tais-toi, tu mens, reste avec ton violeur" Si vous ne me croyez pas, renseignez vous sur les mères en lutte, ou lisez le livre "Inceste d'Etat" de Romane Brisard. La réalité aujourd'hui en France, c'est qu'une mère qui a le courage de dénoncer l'inceste commis par son compagnon ou son ex compagnon a de grandes chances de perdre la garde de son enfant, voire de finir en prison. Et l'enfant d'être condamné à continuer à vivre avec son bourreau, "présumé innocent" ou auteur d'une "infraction insuffisamment caractérisée". Alors oui et jusqu'à ce que cela change, les monstres ce ne sont pas Jeffrey Epstein, Joël Le Scouarnec ou Dominique Pélicot. Les monstres c'est nous. Prenez soin de vous et surtout des autres Guillaume

    Virginia Giuffre, les monstres c'est nous
  7. Apr 12

    Noot Inayat Khan, la princesse espionne

    Pour le 34ème portrait des chères oubliées, voici l'histoire de Noor Inayat Khan, la princesse espionne. Je vous avais déjà parlé d'elle à l'occasion d'une précédente publication consacrée à l'effacement des femmes dans les noms de rues. A Suresnes en effet, seules 4 femmes ont une rue à leur nom, dont Noor Inayat Khan donc. Encore heureux quand on sait qu'elle y a passé 20 de ses trente années de vie, et quand on connaît l'incroyable récit de ses aventures et son immense courage.  Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes donc? Malheureusement non. Car la rue à son nom ne s'appelle pas le "cours Noor Inayat Khan" mais le "cours Madeleine", son nom de résistante. Elle est donc invisibilisée deux fois, en tant que femme et en tant que musulmane, alors que sa foi a joué un grand rôle dans sa vie et dans son engagement au service de la Résistance. Notez que personne n'aurait l'idée de faire cela avec un homme, il semblerait complètement absurde de parler de "rue Max" pour Jean Moulin ou de "place Pedro" pour Pierre Brossolette. Mais restons positif, elle a aussi une école à son nom, qui elle s'appelle bien "Ecole Noor Inayat Khan dite Madeleine" Il y a donc tous les jours, dans cette ville qui a vu naître mes deux enfants, des petits écoliers et des petites écolières qui sans forcément connaître les contours de sa vie, prononcent le nom de cette femme d'exception que fut Noor Inayat Khan, la princesse espionne. J'espère que le récit de son histoire vous plaira. Bonne écoute, prenez soin de vous et surtout des autres

    Noot Inayat Khan, la princesse espionne

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Ce podcast rassemble des lettres écrites à des femmes illustres et injustement méconnues par l'Histoire. Artistes, aventurières, femmes d'Etat, militantes, sportives, résistantes ou scientifiques, je vous invite à découvrir leurs formidables aventures pour les tirer de l'oubli. Toutes les informations sur ce projet et les portraits en version écrite sont accessibles sur le site des chères oubliées https://cheresoubliees.fr/le-projet-cheres-oubliees/