La parole au travail

Les Tisseurs

Le podcast des Tisseurs donne la parole à celles et ceux qui vivent et transforment le travail.

Episodes

  1. 4d ago

    L’intelligence artificielle va-t-elle transformer le travail ? – avec Grégory Verdugo

    L’intelligence artificielle est souvent présentée comme la prochaine grande révolution du travail. Mais que dit réellement la recherche ? Va-t-elle supprimer des emplois, transformer nos métiers ou accentuer les inégalités ? Dans cet épisode, nous recevons Grégory Verdugo, professeur d’économie et spécialiste du marché du travail, pour décrypter les effets de l’IA à partir des connaissances économiques plutôt que des discours alarmistes. En revenant sur les précédentes révolutions technologiques, il explique pourquoi l’intelligence artificielle ne remplace pas seulement des emplois, mais transforme avant tout les tâches qui les composent. Nous discutons également de la disparition progressive des emplois intermédiaires, de la polarisation du marché du travail, des inégalités entre travailleurs qualifiés et non qualifiés, ainsi que des difficultés d’insertion des jeunes générations. L’échange aborde aussi les conséquences de l’IA pour les entreprises : pourquoi les investissements actuels peinent encore à produire des gains de productivité, quels secteurs pourraient être les premiers concernés, et pourquoi certaines entreprises utilisent déjà l’IA comme argument pour justifier des restructurations. Enfin, nous parlons des enjeux de demain : la place de l’éducation face à l’IA, l’évolution des compétences, le vieillissement démographique, la valeur du travail et les défis que devront relever les travailleurs, les entreprises et les pouvoirs publics dans les années à venir. 📌 Un échange documenté, accessible et nuancé pour comprendre ce que l’intelligence artificielle change déjà… et ce qu’elle pourrait réellement transformer dans le monde du travail. Qui est Grégory Verdugo ? Grégory Verdugo est professeur d’économie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au Centre d'économie de la Sorbonne. Spécialiste du marché du travail, des inégalités, des migrations et de l’impact des nouvelles technologies sur l’emploi, ses travaux nourrissent régulièrement le débat public sur les grandes transformations du travail.

    55 min
  2. Jun 29

    Les jeunes veulent-ils vraiment moins travailler ? – avec Florence Ihaddadene

    Dans cet épisode, on parle de jeunesse, d'emploi, d'employabilité… mais surtout de tout ce qui se joue avant même l'entrée sur le marché du travail. Avec Florence Ihaddadene, sociologue et maîtresse de conférences, on questionne les promesses faites aux jeunes : 👉 pourquoi décrocher un emploi demande aujourd'hui bien plus qu'un diplôme 👉 comment l'employabilité est devenue une injonction permanente à "faire ses preuves" 👉 pourquoi les stages, l'alternance ou le service civique participent parfois à normaliser la précarité 👉 et surtout : ce que ces transformations disent de notre rapport au travail et à la jeunesse. On parle aussi de Parcoursup, des discriminations, des inégalités sociales, de la difficulté à se projeter dans l'avenir, du logement, des jeunes ultramarins et de la promesse d'un travail émancipateur qui semble, pour beaucoup, ne plus être tenue. 📌 Un échange percutant qui invite à regarder autrement l'entrée dans la vie active… et à questionner les règles d'un marché du travail devenu de plus en plus exigeant envers les jeunes. Qui est Florence Ihaddadene ? Florence Ihaddadene est sociologue, maîtresse de conférences à l'Université de Picardie Jules Verne et spécialiste des politiques publiques de la jeunesse et de l'emploi. Elle est l'autrice de Promesse d'embauche. Comment l'État met l'espoir des jeunes au travail, dans lequel elle analyse les nouvelles formes d'employabilité, les dispositifs d'insertion et leurs effets sur les parcours des jeunes.

    57 min
  3. Jun 14

    Conflits au travail : pourquoi le dialogue social recule-t-il ? – avec Jérôme Pélisse

    Dans cet épisode, on parle de conflits, de négociation, de syndicats… mais surtout de ce que le dialogue social dit de notre rapport au travail. Avec Jérôme Pélisse, professeur de sociologie à Sciences Po et spécialiste des relations professionnelles, on déconstruit plusieurs idées reçues sur le monde du travail en France : 👉 pourquoi conflit et dialogue ne s'opposent pas, mais se nourrissent souvent l'un l'autre 👉 pourquoi la France n'est pas le pays "ingouvernable" ou "champion des grèves" qu'on imagine parfois 👉 comment les réformes récentes ont progressivement éloigné les représentants des salariés du terrain 👉 et surtout : ce que le recul de la démocratie au travail change concrètement pour l'engagement, la confiance et la capacité à trouver des compromis. On parle aussi des transformations profondes du travail : l'affaiblissement du syndicalisme, les effets des ordonnances Macron, la montée des questions liées aux conditions de travail, l'essor du télétravail ou encore les défis posés par l'intelligence artificielle. 🔎 Au programme : * Pourquoi la conflictualité peut être le signe d'un dialogue social vivant * Les salaires et les conditions de travail, au cœur des conflits du quotidien * Ce que les ordonnances Macron ont changé dans la représentation des salariés * Pourquoi la proximité entre représentants et travailleurs s'est fragilisée * Les nouvelles formes de conflictualité dans les petites entreprises, les plateformes ou le télétravail * Comment l'IA et les transformations du travail interrogent notre capacité à débattre collectivement des règles du jeu * Et pourquoi la démocratie au travail est peut-être moins un acquis qu'un équilibre à entretenir. 📌 Un échange riche et sans caricature, qui invite à regarder autrement les conflits au travail : non comme un dysfonctionnement à éviter à tout prix, mais comme une manière de faire exister le dialogue, de défendre des intérêts divergents et de construire des compromis durables. Qui est Jérôme Pélisse ? Jérôme Pélisse est professeur de sociologie à Sciences Po Paris. Il travaille depuis plus de vingt ans sur les relations professionnelles, les organisations, le droit du travail et les transformations du dialogue social. Il est notamment co-auteur de *Trouver un terrain d'entente : conflits et négociations sur les lieux de travail*, consacré aux formes contemporaines de la conflictualité en entreprise.

    1h 6m
  4. Jun 2

    Travailler mieux : la démocratie au travail comme levier de transformation avec Bruno Palier

    Dans cet épisode, on parle de travail, de reconnaissance, de conditions de travail… mais aussi de démocratie et de pouvoir d’agir dans l’entreprise. Avec Bruno Palier, politiste et chercheur au CNRS, on questionne les causes profondes du malaise au travail en France : 👉 pourquoi la qualité du travail est devenue un angle mort du débat public 👉 comment l’organisation du travail française favorise la verticalité et la distance avec le terrain 👉 pourquoi les métiers essentiels restent parmi les moins reconnus et les moins rémunérés 👉 et comment le travail influence bien plus que notre vie professionnelle : notre santé, notre rapport à la démocratie et notre place dans la société. On parle aussi des conséquences très concrètes de ces choix d’organisation : pénibilité, manque de reconnaissance, perte de sens, difficultés de recrutement, abstention politique ou encore montée des votes de colère. 🔎 Au programme : Pourquoi la question du travail a été remplacée par celle du chômage dans le débat public Les spécificités du modèle français : hiérarchie, management par les chiffres et faible participation des salariés Le lien entre conditions de travail, santé et engagement démocratique Pourquoi les métiers essentiels restent les grands oubliés des politiques publiques Les pistes pour redonner plus de voix, de reconnaissance et de pouvoir d’agir aux travailleurs 📌 Un échange éclairant qui invite à regarder le travail autrement : non seulement comme une question économique, mais aussi comme un enjeu démocratique majeur. Qui est Bruno Palier ? Bruno Palier est directeur de recherche au CNRS et spécialiste des politiques sociales, de l’État-providence et des transformations du travail. Il a coordonné plusieurs ouvrages de référence sur les conditions de travail en France, dont Que sait-on du travail ? et Travailler mieux, consacrés aux leviers d'amélioration du travail et de la démocratie dans l'entreprise.

    1h 9m
  5. May 13

    Le management français est-il en crise ? Avec Laurent Marbacher

    Dans cet épisode, on parle de management, de pouvoir, de démocratie en entreprise… et surtout de ce qui bloque encore profondément les organisations françaises. Avec Laurent Marbacher, spécialiste du management et de la transformation des entreprises depuis plus de 25 ans, on questionne le modèle français : 👉 pourquoi nos entreprises restent aussi verticales 👉 pourquoi le dialogue y est souvent plus conflictuel qu’ailleurs 👉 comment certaines organisations plus démocratiques performent pourtant mieux depuis des décennies 👉 et pourquoi ces modèles restent encore marginaux. On parle aussi des conséquences très concrètes de ces modes de management : burn-out, perte de sens, souffrance au travail, défiance, centralisation du pouvoir… mais aussi de la difficulté des dirigeants à réellement transformer leurs organisations. 🔎 Au programme : La spécificité du management “à la française” et son rapport à l’autorité Pourquoi certaines entreprises très décentralisées obtiennent d’excellents résultats économiques… sans devenir la norme Le rôle du dirigeant dans la transformation des organisations Pourquoi l’entreprise a un impact bien plus large que la simple rentabilité financière Et comment remettre plus de confiance, de responsabilité et d’intelligence collective dans le travail. 📌 Un échange concret, sans posture, sur les limites du modèle actuel… et les pistes pour construire des entreprises plus vivables et plus performantes. Qui est Laurent Marbacher ? Laurent Marbacher accompagne depuis plus de 25 ans des dirigeants et des organisations sur les sujets de management, de gouvernance et de transformation des entreprises. Il est également co-auteur d’un ouvrage consacré aux nouvelles formes d’organisation et au leadership « L’entreprise altruiste ».

    1h 7m
  6. Mar 27

    Le travail appauvrit : l’angle mort de l’inflation. Avec Gilles Raveaud

    On parle beaucoup d’inflation, de “valeur travail”, de pouvoir d’achat… mais rarement de la question qui dérange : qui gagne quand les prix explosent ? Dans cet épisode, Gilles Raveaud (enseignant-chercheur, ex-journaliste à Charlie Hebdo) revient sur l’inflation 2022-2023 et démonte une idée reçue : non, on n’est pas dans une économie vraiment concurrentielle. Dans certains secteurs (énergie, agroalimentaire…), quelques grands groupes peuvent imposer des prix élevés… et donc capter une partie de la richesse créée. On parle aussi du concret, du quotidien : 👉 pourquoi les salaires n’ont pas suivi les prix (et pourquoi le “salaire réel” baisse) 👉 pourquoi l’inflation “officielle” ne raconte pas tout (notamment quand on sort le logement du calcul) 👉 pourquoi l’expression “retour du chômage” est trompeuse : on vit surtout dans une réalité de chômage de masse + précarité 👉 et ce que ça change politiquement et socialement, quand le travail ne permet plus d’augmenter son niveau de vie sur 20 ans. Un épisode pour reprendre les bases, remettre les rapports de force au centre… et comprendre ce qui se joue derrière les mots. Qui est Gilles Raveaud ? Formé à l’École normale supérieure de Cachan et docteur en économie de l’université Paris Nanterre, Gilles Raveaud a enseigné à la prestigieuse université d’Harvard pendant deux ans. Il est maître de conférences en économie à l’université Paris 8 – Saint-Denis et contribue régulièrement au mensuel Alternatives économiques.

    1h 12m
  7. Mar 21

    Impôts, inégalités, classe moyenne : qui paie vraiment ? Avec Clément Carbonnier

    Episode 5 : Impôts, inégalités, classe moyenne : qui paie vraiment ? Avec Clément Carbonnier Dans cet épisode, on prend le temps de déplier les grands débats économiques qui traversent notre société, loin des slogans et des idées toutes faites. Impôts, inégalités, redistribution, classe moyenne… Autant de sujets omniprésents dans le débat public, souvent réduits à des oppositions simplistes, alors qu’ils reposent sur des mécanismes complexes et des choix profondément politiques. Avec Clément Carbonnier, on revient aux faits et aux chiffres pour comprendre : qui finance réellement le modèle social français, et pourquoi la perception collective est souvent éloignée de la réalité ; comment la fiscalité influence les inégalités, non seulement en haut de la distribution des revenus, mais aussi pour la classe moyenne ; ce que peuvent — et ne peuvent pas — les politiques publiques lorsqu’il s’agit de réduire les écarts de niveau de vie ; les effets concrets des choix fiscaux sur le travail, les salaires, l’investissement et la cohésion sociale ; et plus largement, ce que nos débats sur l’impôt disent de notre rapport à la solidarité, à l’effort et à la justice sociale. Un échange sans posture idéologique, mais exigeant, qui donne des repères solides pour comprendre, nuancer et se faire sa propre opinion dans un débat trop souvent caricaturé. Qui est Clément Carbonnier ? Clément Carbonnier est codirecteur de l’axe “Politiques socio-fiscales” du LIEPP. Il est professeur d''économie à l''université Paris 8, Vincennes-Saint Denis, chercheur au Laboratoire d''économie Dyonisien (LED) et chercheur affilié à la Chaire en fiscalité et finances publiques, Université de Sherbrooke (Canada). Il travaille sur l’impact de la fiscalité sur les comportements des agents économiques.

    1h 7m
  8. Feb 16

    Humaniser pour mieux contrôler ? Le travail sous management moderne - avec Danièle Linhart

    Dans cet épisode, on déconstruit un mot qu’on entend partout : “l’humanisation” du travail. Et on comprend pourquoi, derrière les discours “bienveillance / épanouissement / sens”, il peut se cacher… un outil de contrôle. Avec la sociologue Danièle Linhart, on parle d’un glissement majeur : 👉 aujourd’hui, le management ne cherche plus seulement à encadrer notre travail… il veut aussi accéder à notre personnalité, nos émotions, nod fragilités, notre “storytelling”. 🔎 Au programme : Pourquoi “parler de déshumanisation” n’est pas toujours le bon diagnostic : le discours managérial te dit justement l’inverse (“on veut ton humanité”), mais les dispositifs mis en place créent souvent un gouffre entre la promesse et la réalité. La distinction essentielle : le professionnel vs. l’individu Danièle Linhart insiste : au travail, on devrait reconnaître des compétences, une formation, une professionnalité — pas juger quelqu’un à partir de son vécu intime. Quand “se livrer” devient une faiblesse : l’exemple marquant de la salariée qui confie son passé… puis se le voit retourner contre elle en réunion (“toi, je te connais, tu es fragile”). Happiness managers, yoga, rire, méditation… : à quoi servent réellement ces dispositifs quand l’organisation du travail reste dure, prescriptive, et sous pression ? Le tournant historique : comment après Mai 68, les directions d’entreprise ont cherché à casser les collectifs et à installer l’individualisation (objectifs, primes, concurrence entre collègues… et même concurrence avec soi-même). Taylor hier, consultants aujourd’hui : la logique reste la même : déposséder les travailleurs de leur savoir en organisant le travail “d’en haut”, au nom de “bonnes pratiques”. Souffrance, burn-out, accidents mortels, suicides au travail : le “deal” de la subordination (“obéis, on te protège”) tient-il encore debout ? Et la question moderne : l’IA Danièle Linhart propose une idée forte : arrêter de parler “d’intelligence artificielle” comme si c’était une intelligence — et décider collectivement de la place qu’on lui laisse. 📌 Un épisode dense, politique, concret. Pas pour se plaindre : pour comprendre. Qui est Daniele Linhart ? Danièle Linhart est une sociologue, directrice de recherche au CNRS, spécialiste du travail. Elle a travaillé sur les évolutions de l'organisation du travail de la période néolibérale, la précarisation, et les nouvelles techniques de management.

    1h 20m
  9. Feb 2

    Agents IA, robots, salaires : vers une société sans travail ? AXELLE ARQUIÉ

    Dans cet épisode, on plonge dans ce que l’invité appelle le “choc LLM” : l’arrivée de l’IA générative et des agents IA qui pourraient transformer en profondeur le travail, notamment les métiers “cols blancs” (économistes, juristes, comptables, journalistes…). On parle de démembrement des tâches cognitives : l’humain pourrait devenir un simple vérificateur (human in the loop), avec un risque de déqualification et de polarisation du marché du travail (très peu de postes très qualifiés, beaucoup de postes moins valorisés). La discussion ouvre ensuite sur les arbitrages technologiques en choix politiques déguisés, car ils modifient le rapport de force entre capital et travail, et donc potentiellement… la démocratie elle-même. Puis on aborde la question de la souveraineté : si la richesse et les infrastructures IA sont détenues par quelques entreprises américaines (ou chinoises), comment redistribuer ? Comment protéger une économie si elle dépend de technologies qu’un acteur externe peut “éteindre” ? Enfin, on relie ces transformations à la désindustrialisation, la difficulté réelle de la réindustrialisation en France (compétences, sous-traitants, maillage), et aux conséquences humaines : perte durable de revenus après un licenciement, impacts sur la santé, et possibles effets politiques (montée du populisme). Un épisode dense, lucide, et indispensable pour réfléchir à la suite. Qui est Axelle Arquié ?Axelle Arquié est co-fondatrice de l'Observatoire des Emplois Menacés et Émergents (OEM), consacré à l'analyse prospective des transformations du travail et des emplois à l'ère de l'IA. Économiste au CEPII, elle est titulaire d'un doctorat de la Paris School of Economics et diplômée d'HEC Grande École.

    1h 15m
  10. Jan 23

    Inégalités, salaires, ESS : peut-on réhumaniser l’entreprise ? - MARC BATTY

    Dans ce 2e épisode du podcast Les Tisseurs, Güney Degerli échange avec Marc Batty, entrepreneur et ingénieur agronome, autour d’un sujet devenu central : le sens au travail — et ce qu’il révèle de notre époque. Marc a cofondé une 1ère entreprise dans la tech, avant de créer en 2020 Fève, une structure qui accompagne la nouvelle génération d’agriculteurs et d’agricultrices à s’installer selon des pratiques d’agriculture biologique. Un parcours qui lui permet de croiser deux mondes : celui de la start-up, de la performance, de la vitesse… et celui du réel, du vivant, du long terme. L’épisode s’ouvre sur une idée simple : on commence souvent à parler de “sens” quand quelque chose s’est déjà abîmé. Fatigue, usure, malaise diffus… parfois jusqu’à des formes de burn-out. Marc raconte comment il apprend à reconnaître les signaux avant-coureurs, ces moments où l’on frôle la zone rouge : se replier sur soi, ne plus répondre, ne plus supporter les sollicitations. Et surtout, comment il tente d’y remédier avant qu’il ne soit trop tard. La discussion explore ensuite un paradoxe puissant : même les entreprises à mission ne protègent pas de l’épuisement. Au contraire, l’engagement peut parfois amplifier la pression, surtout dans des structures jeunes où le cap change en permanence, où tout reste à construire, où chacun veut “bien faire”. Marc raconte ce moment où, en tant que dirigeant, on découvre qu’un salarié est proche de craquer — et ce que cela implique : ce sentiment brutal d’avoir “loupé un truc”. L’épisode aborde aussi la manière dont nos sociétés ont changé : explosion des b******t jobs, accélération permanente, et injonction à faire les “meilleurs choix” en continu. Là où les générations précédentes vivaient des carrières longues, nos trajectoires sont devenues plus fragmentées, plus instables, et parfois plus lourdes psychiquement. Enfin, Güney et Marc discutent de performance, de KPI, de rémunération et d’inégalités : comment éviter que tout devienne compétition individuelle ? Comment penser une logique plus collective ? Pourquoi certains écarts de richesse deviennent impossibles à justifier ? Et en filigrane, une conviction : l’entreprise est politique, qu’on le veuille ou non, parce qu’elle façonne directement nos vies, nos conditions de travail, et notre dignité. Un échange dense et long format, pour regarder le travail autrement — depuis l’intérieur. Qui est Marc Batty ? Cofondateur de FEVE, Marc Batty est un ingénieur agronome, diplômé de l’école AgroParisTech. Après avoir cofondé Dataïku, une entreprise spécialisée en Data Science, il rejoint FEVE avec une ambition claire : accélérer la transition agroécologique en France.

    1h 9m
  11. 12/15/2025

    Le travail réduit à l'emploi, histoire d’une disparition - YANN GIRAUD

    Dans ce 1er épisode du podcast Les Tisseurs, Guney Degerli échange avec Yann Giraud, enseignant-chercheur en histoire de la pensée économique à CY Cergy Paris Université, autour d’une question centrale et profondément politique : comment notre rapport au travail a-t-il été transformé par la pensée économique dominante, et en particulier par le néolibéralisme ? La discussion s’ouvre sur un constat frappant : aujourd’hui, on parle davantage d’emploi, de marché du travail ou de compétences, que du travail lui-même. Ce glissement n’est pas neutre. Il révèle une évolution de la science économique qui, depuis le XIXᵉ siècle, s’est progressivement détournée de l’analyse concrète du travail — ses conditions, son organisation, son sens — pour se concentrer sur sa dimension transactionnelle : le contrat, le salaire, le prix. Yann Giraud explique que la science économique s’est construite comme une forme de « physique sociale », cherchant à modéliser les comportements humains à travers des chiffres, des moyennes et des indicateurs. Dans cette approche, le travail est réduit à une variable abstraite, échangeable sur un marché. Cette marginalisation du travail s’accentue avec le tournant néolibéral du XXᵉ siècle. Sous couvert de liberté individuelle et d’efficacité, il promeut la concurrence généralisée, la contractualisation et la responsabilisation totale des individus. Dans ce contexte, la figure de l’auto-entrepreneur est souvent présentée comme une émancipation. Pourtant, cette évolution permet surtout aux entreprises de se décharger de leurs obligations sociales, en transformant la relation de travail en simple prestation marchande. La relation salariale, historiquement socialisée et encadrée par des droits collectifs, est progressivement déconstruite. L’épisode aborde également la manière dont la pensée néolibérale contribue à justifier les inégalités. À partir des années 1970, certaines théories économiques, devenues des doctrines politiques, affirment que la seule responsabilité sociale de l’entreprise est la maximisation du profit. Cette vision légitime des écarts de rémunération extrêmes, au nom du mérite, de l’innovation ou du talent individuel. Yann Giraud souligne alors un paradoxe majeur : lors de crises comme celle du Covid, les métiers les plus essentiels au fonctionnement de la société — soignants, éboueurs, personnels éducatifs — sont souvent les moins bien rémunérés. Ce déséquilibre révèle un biais structurel : les activités qui prennent soin des autres, créent de la cohésion sociale et produisent des « externalités positives » sont invisibilisées et sous-valorisées par le système économique. Enfin, l’échange interroge la déshumanisation du travail à travers la quantification excessive. Indicateurs de performance, objectifs chiffrés et évaluations permanentes transforment le travail en suite de métriques, au détriment de l’expérience vécue. Là où la statistique avait autrefois une vocation descriptive et émancipatrice, elle devient aujourd’hui un outil de contrôle et de gouvernance. À travers cet épisode, Yann Giraud posent les bases d’une réflexion essentielle : repenser le travail comme une activité humaine, sociale et politique, et non comme une simple marchandise. Redonner une place centrale à la dignité, au sens et aux conditions réelles du travail apparaît comme un enjeu majeur pour la cohésion sociale et la démocratie contemporaine. Qui est Yann Giraud ? Yann Giraud est professeur et enseignant-chercheur à CY Cergy Paris Université.Il est directeur du programme EUTOPIA SIF (MSCA Cofund n°945380) et co-directeur du master Political Ideas in a Digital Age (PIDA). Il exerce au sein de la Faculté des études internationales et interculturelles (FE2I), sur le site AGORA, où ses travaux portent notamment sur les idées politiques à l’ère du numérique.

    1h 17m

About

Le podcast des Tisseurs donne la parole à celles et ceux qui vivent et transforment le travail.

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