Nos années collector

Nostalgie Belgique

Nos Années Collector est une séquence emblématique de Nostalgie+, animée par Anouchka Sikorsky , qui invite les auditeurs à replonger dans une année précise des années 60 ou 70, chaque week-end, le samedi et le dimanche de 11h à midi. Le temps d’une heure, Anouchka ouvre l’album des souvenirs et feuillette une année comme on tournerait les pages d’un vieil agenda : avec émotion, précision et tendresse. Que faisiez vous cette année-là ? Où viviez vous ? Quel âge aviez-vous ? Qu’écoutiez vous à la radio ? Autant de questions qui réveillent la mémoire collective et personnelle. Dans Nos Années Collector, chaque année est explorée sous tous ses angles : la musique des années 60 et 70, avec les grands tubes et artistes incontournables comme Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Claude François, Joe Dassin, Michel Sardou, Serge Gainsbourg, Elvis Presley, The Beatles, The Rolling Stones, Bee Gees, ABBA ou encore Elton John ; les événements historiques et politiques marquants comme la crise des missiles de Cuba, la révolution iranienne de 1979, la mort du général de Gaulle, l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, ou encore les premières élections européennes ; le cinéma des années 60 et 70, avec des films cultes tels que Lawrence of Arabia, Le Cercle rouge, Les Demoiselles de Rochefort, Borsalino, Love Story ; la littérature, avec Georges Simenon, Marguerite Duras, Albert Camus, John Steinbeck ; sans oublier la vie quotidienne, l’art de vivre, les modes vestimentaires, les objets cultes (45 tours, transistors, téléviseurs noir et blanc, mini-jupes, jeans, pick-up), les habitudes familiales et sociétales. Cette séquence ne se contente pas de raconter l’Histoire : elle la fait revivre, avec des anecdotes précises, des repères concrets et une bande-son soigneusement choisie : Tous les garçons et les filles, Let It Be, Born to Be Alive, Respect, Waterloo, In the Navy… autant de chansons qui ont accompagné des millions de vies. Nos Années Collector, c’est une véritable madeleine de Proust radiophonique, pensée pour celles et ceux qui ont grandi, aimé, travaillé et rêvé au rythme des années 60 et 70.

  1. Jun 20

    1965 : Le premier sacre d'Eddy Merckx, le cri d'Aline de Christophe et le génie de Barbara

    En 1965, le village de Seilles, niché au cœur de la vallée de la Meuse dans la province de Namur, offre le visage d'une Belgique paisible où les maisons blanches contrastent avec le paysage industriel de la carrière de calcaire locale. C'est ici, rue du Centre, que bat le cœur de la communauté dans le salon de coiffure de Louis. Ce lieu, ouvert de l'aube au crépuscule, est bien plus qu'une simple échoppe : c'est un foyer où les clients entrent comme chez eux, s'installant dans l'un des trois fauteuils en similicuir rouge pour confier leurs histoires à Louis, qui fait office de confident autant que de barbier. L'atmosphère y est imprégnée des effluves de brillantine Bril-Crème et de la fameuse lotion capillaire Pétrole Hahn, ce liquide vert qu'il faut secouer avec vigueur avant l'emploi. Julia, son épouse violoniste, apporte sa touche de grâce en donnant des cours de musique aux enfants du coin ou en aidant ponctuellement au salon pour les shampoings et les bigoudis. La confiance règne à tel point que la caisse, une simple boîte à cigares posée sur le comptoir, reste accessible à tous sans que personne n'ait l'idée d'y toucher, même pendant la sieste de Louis. La vie sociale du village s'articule également autour du café « Au Bon Coin », tenu par le chaleureux Joseph Lecomte. Sous la télévision en noir et blanc installée au-dessus du comptoir en zinc, les villageois, dont le curé l'abbé Gilles, se rassemblent pour suivre les nouvelles du monde commentées par Luc Beyer sur la RTB. L'actualité de 1965 est pourtant sombre : on y parle de l'escalade de la guerre du Vietnam qui se transforme en un conflit ouvert, de la réélection contestée du général de Gaulle face à François Mitterrand en France, ou encore des tensions linguistiques qui commencent à empoisonner la politique belge. Mais le café est aussi le lieu de célébrations joyeuses, notamment lorsque le jeune Eddy Merckx, âgé de seulement dix-neuf ans, signe sa première victoire professionnelle le 11 mai 1965 lors du Grand Prix de Vilvorde. Ce premier succès d'une série légendaire de 525 victoires déclenche l'enthousiasme général et une tournée offerte par le patron sous les applaudissements du curé chauvin. Les passionnés de mécanique rêvent quant à eux devant les lignes de la nouvelle Porsche 911 ou de la Chevrolet Corvette Stingray, tandis que Ferrari et Ford s'affrontent sur les circuits de compétition. Le quotidien est rythmé par le passage de Fernand, le facteur, qui arrive chaque matin à vélo dans son uniforme bleu marine aux boutons dorés pour livrer le courrier et prendre son café au lait chez Julia. En 1965, la correspondance manuscrite et les cartes postales illustrées du village sont les liens essentiels entre les familles, le téléphone fixe n'étant pas encore présent dans tous les foyers. Pendant que Louis délaisse parfois son journal La Meuse pour s'évader avec la bande dessinée « Le Tour de Gaule d'Astérix » signée Uderzo et Goscinny, Julia se plonge dans la lecture de l'ouvrage de Georges Perec, « Les Choses », qui reçoit le prix Renaudot cette année-là pour sa radiographie de la société de consommation naissante. Enfin, 1965 est une année de révolution musicale qui s'exprime lors des bals d'été organisés autour du kiosque de la place. Un petit orchestre local y fait danser toutes les générations, mêlant valses, tangos et l'incontournable Twist réclamé par les jeunes. La voix mélancolique de Christophe envahit les ondes avec son tube « Aline », faisant de lui une icône yéyé instantanée, bientôt suivi par le succès des « Marionnettes ». Sur la place verdoyante de Seilles, on s'émeut aussi sur les textes de Barbara et son sublime « Göttingen », on vibre au rythme de « Satisfaction » des Rolling Stones ou on fredonne « Capri c'est fini » d'Hervé Vilard. Entre les rituels du salon de coiffure et l'effervescence des nouvelles mélodies, 1965 demeure pour Louis et Julia une année collector où le monde, malgré ses crises, semble encore tendre la main avec générosité.

  2. Jun 14

    1968 : L'été de la liberté à Coxyde avec les Beatles, Gainsbourg et l'esprit de Boris Vian

    En cet été 1968, l'apprentissage de la liberté prend les traits d'une caravane aux formes arrondies tractée par une solide Peugeot 404 sur la route du littoral belge. Pour François et Isabelle, des jumeaux de seize ans, ces vacances à Coxyde marquent un tournant majeur : c'est la première fois qu'ils s'évadent sans leurs parents, une autonomie durement gagnée après un mois de juillet passé à tondre des pelouses, laver des voitures et faire du baby-sitting pour financer leur séjour. Installés dans un camping entre une famille de Charleroi et des voisins bruxellois jouant au rami, ils savourent le départ de leurs parents, Louis et Julia, avec un mélange d'excitation et d'appréhension. Le quotidien s'organise rapidement dans cet espace réduit : le matin, Isabelle prépare le petit-déjeuner sur la table en formica, tartinant des pistolets croustillants de beurre salé et de confiture, tout en préparant manuellement du café Chat Noir. Dans l'air, l'odeur du café se mêle aux nouvelles grésillantes du transistor qui relate les barricades de mai 68 à Paris et Bruxelles, ainsi que la fin tragique de figures de paix comme Martin Luther King et Robert Kennedy, des événements qui assombrissent le monde mais semblent lointains face au sable blond de la mer du Nord. L'exploration de la côte se fait en tramway, ce mythique convoi traversant les 67 kilomètres du littoral, pour assister à un spectacle d'un autre temps à Ostdunkerque : la pêche artisanale aux crevettes à cheval. François observe, subjugué, les lourds chevaux de trait brabançons s'enfonçant dans l'eau jusqu'au poitrail pour tirer d'immenses filets, avant de déguster un sachet de crevettes grises cuites immédiatement sur la plage. Les journées s'étirent ensuite sur le sable, où les jumeaux s'installent dans des transats rayés, protégés par d'énormes lunettes solaires. Isabelle s'immerge dans l'univers surréaliste de Boris Vian avec L'Écume des jours, un ouvrage dont l'esprit contestataire résonne avec la jeunesse de 1968, tandis que François préfère la plume libératrice de Françoise Sagan dans Le Garde du cœur. On ne se méfie pas encore du soleil ; on se tartine généreusement d'huile de monoï pour prendre des couleurs, bercé par la voix de Marie Laforêt s'échappant d'un poste radio voisin. La vie sociale bat son plein au café de la plage, un lieu de ralliement équipé de kickers et d'un précieux jukebox. C'est là que les jumeaux rencontrent Karine, une jeune fille aux cheveux rouges, et sa bande de copains avec qui ils partagent des bières et des Coca-Cola dans une ambiance de franche camaraderie. Les pièces de cinq francs s'enchaînent dans le jukebox, faisant résonner les succès de l'époque : Julien Clerc avec La Cavalerie, Claude Nougaro et son vibrant Paris mai, ou encore les mélodies planétaires des Beatles avec Hey Jude et des Moody Blues avec Nights in White Satin. La provocation s'invite aussi avec le duo Gainsbourg-Bardot sur Bonnie and Clyde, tandis que Jacques Dutronc et Michel Polnareff complètent cette bande-son révolutionnaire. Les soirées s'achèvent dans l'insouciance, entre des sachets de frites à la mayonnaise et l'excitation d'un bain de minuit improvisé dans une mer en furie, avant de s'éparpiller dans la nuit comme des chauves-souris, le cœur léger et l'esprit définitivement conquis par cette parenthèse collector

  3. Jun 13

    1977 : L'adieu au King Elvis, la révolution Punk et le génie d'ABBA et France Gall

    L’année 1977 s’ouvre sur les pavés d’Arlon, la cité gallo-romaine et capitale de la province de Luxembourg, où les maisons en pierre jaune se serrent les unes contre les autres pour braver la rigueur du climat ardennais. C’est ici, rue de Chopac, que vivent Esther, onze ans, et sa petite sœur Joseline, huit ans, au sein d’un foyer animé par leurs parents : Serge Bartelli, médecin de quartier dévoué, et Noella, ancienne infirmière qui gère désormais le cabinet et la vie familiale. À Arlon, la vie s’écoule entre les vestiges archéologiques et les terrasses de la place Léopold où l’on déguste un verre de Maitrank, tandis que les deux sœurs arpentent les rues à pied pour se rendre à l’école. Leurs lourds cartables en cuir renferment des cahiers protégés de papier bleu et des plumiers garnis de stylos Waterman et de buvards roses, outils indispensables d’une époque où les photocopies n’existent pas encore et où tout se recopie à la main. Sur le chemin du retour, le rituel est immuable : un arrêt à la boulangerie pour dépenser quelques francs belges en bonbons, entre les rouleaux de réglisse et les précieux Malabars dont Joseline collectionne les horoscopes. Au domicile des Bartelli, la modernité s’installe par petites touches technologiques. Serge conduit une rutilante Volkswagen Golf GTI bordeaux, symbole de liberté pour des escapades vers Bruxelles, tandis que le salon accueille une télévision en couleur équipée d’une télécommande, évitant enfin de se lever pour changer l'une des six chaînes captées grâce à la situation frontalière de la ville. Les actualités mondiales défilent sur l'écran : l’investiture de Jimmy Carter aux États-Unis, la présentation de l'Apple II par Steve Jobs, ou encore les tensions en Tchécoslovaquie avec la Charte 77. En Belgique, le pays traverse une crise institutionnelle provoquant la démission de Léo Tindemans, alors qu'on adopte pour la première fois le changement d'heure pour faire face au choc pétrolier. Côté sport, le cyclisme belge brille avec l'exploit de Roger De Vlaeminck, surnommé « Monsieur Paris-Roubaix », qui remporte l'Enfer du Nord pour la quatrième fois. La bande-son de 1977 est un véritable tourbillon de genres musicaux qui s'affrontent dans chaque pièce de la maison. Alors qu’Esther pleure la mort d’Elvis Presley en écoutant « My Way », le salon vibre au son d’ABBA avec « The Name of the Game », omniprésent sur les ondes. Dans sa chambre, leur cousin Patrick provoque les parents en jouant le brûlot punk des Sex Pistols, « God Save the Queen », ou le sublime « Heroes » de David Bowie, enregistré au pied du mur de Berlin. La chanson française connaît également un âge d’or avec l’éclosion de Francis Cabrel chantant « Petite Marie », le triomphe de Laurent Voulzy avec sa « Rockollection » et l’insolence de Renaud qui impose son style avec « Laisse béton ». Pour Serge, le retour des tournées médicales se fait dans le calme au son de « Si maman si » de France Gall, une mélodie qui apaise les fatigues de la journée. L’éveil intellectuel de 1977 se poursuit avec des méthodes pédagogiques innovantes comme les réglettes Cuisenaire, ces bâtonnets colorés dont Joseline ne se sépare jamais pour exceller en mathématiques. Les lectures de fin d'année sont riches, allant de l'adaptation de « Heidi » aux contes régionaux de Bernard Jacob dans « Enfant d'Arden », sans oublier les nouvelles aventures de Spirou et Fantasio ou les gags de Léonard et Boule et Bill. À la télévision, alors que les petits s'endorment avec Nounours, Esther et Joseline rient devant les sketches de « Clafouti » avec Marion et Stéphane Steeman, tandis que les parents s'évadent devant les enquêtes du commissaire Maigret. Entre les traditions d’une cité romaine et l'énergie d'un monde qui s'électrise, l’année 1977 s’inscrit pour la famille Bartelli comme un collector inoubliable, marqué par un optimisme qui semble défier le temps.

  4. Jun 7

    1970 : Des adieux de Jimi Hendrix et des Beatles au charme de Brigitte Bardot et Annie Cordy

    En septembre 1970, la petite ville de Bouillon, nichée au creux d'une vallée encaissée où la Semois dessine une boucle presque parfaite autour du château fort du duc Godefroid, s'apprête à clore une saison estivale empreinte de douceur. C'est ici, au camping de l'Aliru, que Michèle et Hervé, un couple de jeunes mariés, ont choisi de poser leurs valises pour une lune de miel simple et authentique. Installés dans une tente en toile bleu ardoise au bord de la rivière, ils savourent leurs premiers souvenirs communs, entre les courses à la petite épicerie du camping pour dénicher du pain, des pâtes et de précieuses bières Orval, et les soirées passées à grignoter des cubes de fromage avec du sel de céleri chez Jacqueline, l'estaminet typique du centre-ville. Sous la toile bleue, alors qu'Hervé, du haut de son mètre quatre-vingt-dix, peine un peu à se mouvoir, Michèle se sent protégée dans ce refuge qui marque le début de leur vie à deux, entourée par les forêts de chênes et de hêtres environnantes. Pourtant, le monde extérieur s'invite brutalement dans leur intimité par le biais de la radio portative, la Transistor, qui diffuse les nouvelles sur les ondes de RTL. Le choc est immense lorsqu'ils apprennent le décès foudroyant de Jimi Hendrix à Londres, à seulement vingt-sept ans, privant le rock psychédélique de son plus grand génie de la guitare électrique. Pour le jeune couple, cette disparition est d'autant plus difficile à accepter que l'actualité musicale est déjà endeuillée par la séparation officielle des Beatles, un véritable séisme culturel qui laisse Michèle au bord des larmes. Heureusement, le sport apporte quelques éclaircies : Hervé applaudit le troisième sacre mondial du Brésil de Pelé au Mexique, tandis que Michèle s'enthousiasme pour la victoire d'Eddy Merckx sur le Paris-Roubaix. Le journal égrène d'autres nouvelles marquantes, comme l'explosion à bord de la mission lunaire Apollo 13 — dont les astronautes sont fort heureusement rentrés sains et saufs — ou encore la mort du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises, qui bouleverse la France voisine. En Belgique, la rentrée scolaire est marquée par une petite révolution : les enfants n'iront plus à l'école le samedi, et le permis de conduire devient obligatoire pour les cyclomoteurs. La vie culturelle se prolonge dans l'ambiance dorée du Café du Centre, où le jukebox est sollicité pour quelques pièces de cinq francs. Michèle et Hervé y écoutent des succès qui touchent les âmes, passant de la mélancolie d'Elvis Presley avec « In the Ghetto » à l'énergie de Joe Dassin chantant « L'Amérique » ou l'ironie de Jacques Dutronc et son « Hôtesse de l'air ». Michèle se laisse emporter par « J'écoute de la musique soul » de Françoise Hardy, tandis que résonnent les accords de l'emblématique « Aigle noir » de Barbara ou la profondeur de « Suzanne » de Leonard Cohen, qui vient de marquer le festival de l'île de Wight. La mode est aux pantalons pattes d'éph, aux mini-jupes et aux tuniques à fleurs, une effervescence esthétique qui se retrouve également dans les salles de cinéma où le couple projette ses futures sorties. Assis dans l'herbe fraîche au bord de la Semois, Michèle et Hervé discutent avec passion du septième art. Ils s'enthousiasment pour la performance dramatique d'Annie Cordy dans le thriller psychologique « Le Passager de la pluie » de René Clément, où notre compatriote belge brille aux côtés de Charles Bronson. Michèle défend également le film « On achève bien les chevaux » de Sydney Pollack, où Jane Fonda livre une prestation habitée en pleine Grande Dépression américaine. Pour contrebalancer ces drames, ils rêvent de la légèreté de Brigitte Bardot dans « L'Ours et la Poupée », ou de l'élégance de Romy Schneider dans « Les Choses de la vie », sans oublier le conte féerique de Jacques Demy, « Peau d'Âne », avec Catherine Deneuve. Entre les éclats de rire au bistro, les pieds dans l'eau froide de la rivière et les espoirs d'une décennie qui commence, l'année 1970 restera pour eux celle d'une grâce absolue vécue dans la simplicité d'un camping ardennais.

  5. Jun 6

    1962 : De l'adieu à Marilyn Monroe au sacre de Johnny Hallyday et Françoise Hardy

    L’année 1962 s’ouvre sur les paysages industriels de La Louvière, une cité dont l’âme ouvrière et fière bat au rythme des hauts fourneaux, des verreries et des charbonnages qui dessinent l'horizon du pays noir. C’est une ville de labeur et de solidarité où, le samedi soir, les cafés restent ouverts tard pour accueillir les hommes venant jouer aux cartes autour d'une bière après une rude journée de travail. C’est aussi une terre de traditions populaires, marquée par l’enthousiasme du carnaval du Laetare, ses géants en papier mâché et ses Gilles dégustant des huîtres au champagne dès l’aube. Dans la rue Sylvain Guyaux, la famille Maquet incarne ce quotidien stable et chaleureux des Trente Glorieuses. Fernand, le père, est un ouvrier qualifié aux ateliers de construction mécanique, tandis qu’Angèle, la mère, partage son temps entre la bibliothèque communale et sa machine à coudre Singer. Leurs deux enfants, Daniel, quinze ans, et Brigitte, onze ans, grandissent dans ce décor où le canal du Centre voit passer les péniches chargées d’acier, manœuvrées par d’impressionnants ascenseurs hydrauliques que la famille aime admirer lors des promenades dominicales. Les matinées commencent invariablement autour du poêle à charbon et de l’odeur du café qui frémit, accompagnés du pain blanc et des couques au beurre du boulanger Renard, ainsi que du beurre de ferme acheté au marché couvert. Pourtant, le monde extérieur s’invite avec force dans le salon familial à travers une télévision en noir et blanc dont l'antenne râteau sur le toit nécessite souvent d’être réorientée manuellement par Fernand pour éviter les images « enneigées ». L’année 1962 est le théâtre de secousses historiques majeures : la décolonisation de l’Algérie, qui accède à l’indépendance le 5 juillet après huit ans de guerre, et celle de l’Ouganda quelques mois plus tard. Mais c’est l’annonce du décès de Marilyn Monroe, le 4 août à Los Angeles, qui marque les esprits. À seulement trente-six ans, l’icône qui ne souhaitait qu’être « merveilleuse » s’éteint, laissant derrière elle une image de femme aussi sublime que blessée. Les tensions de la Guerre froide pèsent également sur le foyer ; on y évoque la crise des missiles de Cuba, où l’humanité a frisé la catastrophe nucléaire, ainsi que l’intensification de la guerre du Vietnam. À l'inverse, des notes d'espoir et de futurisme percent le quotidien, comme l'appel de l'ONU pour l'arrêt des essais atomiques, les tests de l'aérotrain de Jean Bertin ou la présentation d'un prototype de téléphone sans fil à l'exposition universelle de Seattle, un gadget révolutionnaire qui fascine l'adolescent Daniel. La culture occupe une place prépondérante dans la vie d'Angèle, qui s'émancipe doucement grâce à son travail à la bibliothèque et ses sorties avec le cercle des femmes prévoyantes. Elle est captivée par le film noir Le Septième Juré de Georges Lautner, porté par l'interprétation de Bernard Blier. Ses lectures l'amènent à suivre l'actualité de Jean Cocteau, qui vit alors une période de création intense malgré une santé défaillante, publiant Le Cordon ombilical et concevant la scénographie de l'opéra Pelléas et Mélisande. Parallèlement, Jean Marais continue d'impressionner le monde du cinéma en réalisant ses propres cascades, notamment dans Le Masque de fer. Dans les chambres des enfants, la musique opère une véritable révolution. Daniel écoute en boucle Johnny Hallyday et son tube « Retiens la nuit », ainsi que les Beach Boys. On y entend aussi la mélancolie de Françoise Hardy avec « Tous les garçons et les filles », tandis que Brigitte préfère l’histoire du « Lion est mort ce soir » d’Henri Salvador ou la poésie de Jacques Brel dans « Le Plat Pays ». C’est enfin l’année d’une erreur historique monumentale dans l'industrie musicale : le refus du groupe les Beatles par le directeur artistique de Decca, persuadé que les groupes de guitares n’étaient plus à la mode. Une décision que l’histoire ne tardera pas à démentir avec l’explosion planétaire des quatre garçons de Liverpool.

  6. May 31

    1960 : De l’idylle de Marilyn Monroe à la ferveur d’Eddy Mitchell et Johnny Hallyday

    En 1960, la ville de Bastogne s'est relevée de ses ruines, quinze ans après avoir été le théâtre de la féroce bataille des Ardennes. Le mémorial du Mardasson domine désormais la cité, attirant les premiers pèlerins et vétérans américains venus photographier les lieux de leur jeunesse, tandis que l'économie locale, autrefois purement agricole, commence à se structurer autour de ce tourisme mémoriel. C'est dans ce décor de reconstruction que nous rencontrons Fernand Lambert, un boucher-charcutier de quarante-huit ans au rire communicatif, qui tient son commerce rue du Vivier. Son épouse Martine, professeure de piano, et leurs enfants Robert et Cécile, mènent une vie rythmée par les traditions ardennaises, entre le ramassage des bidons de lait sur la place MacAuliffe et les messes dominicales où la communauté se retrouve en habits de fête. Pourtant, derrière cette apparente quiétude provinciale, le monde est en train de basculer. Chaque matin, debout derrière son comptoir, Fernand lit L'Avenir du Luxembourg et découvre que 1960 est l'année de l'Afrique : dix-sept nations accèdent à l'indépendance, dont le Congo belge le 30 juin, marquant une rupture historique et financière pour la Belgique. Parallèlement, aux États-Unis, le jeune et charismatique John Fitzgerald Kennedy est élu président, promettant de rajeunir l'image du pouvoir américain. En Belgique, la tension monte avec la grève de l'hiver 1960-1961 provoquée par la « Loi Unique » du gouvernement Eyskens. Si Bastogne reste plus calme que le reste de la Wallonie embrasée par les manifestations syndicales, Fernand sent la fracture sociale grandir entre les nantis et ceux qui n'ont rien. Heureusement, le pays s'unit en décembre autour d'un événement féerique : le mariage du roi Baudouin avec Fabiola, retransmis en direct à la télévision. Pour les Lambert, c'est l'occasion d'étrenner leur tout nouveau téléviseur Philips noir et blanc, un cadeau de Saint-Nicolas qui change radicalement leurs soirées au salon. La culture s'invite également par les écrans de cinéma où Marilyn Monroe et Yves Montand partagent l'affiche du film musical Le Milliardaire. Leur idylle passionnée née durant le tournage alimente les chroniques hollywoodiennes, tandis que Marilyn ensorcelle le public avec son interprétation de « My Heart Belongs to Daddy ». À Bastogne, les adolescents de la maison se disputent la bande dessinée de l'année, Tintin au Tibet, un récit d'amitié pure signé Hergé qui démontre que la fidélité peut vaincre tous les obstacles. La révolution est aussi musicale et se vit lors des « booms », ces soirées dansantes organisées chez les copains où l'on découvre le twist. Venu des États-Unis avec Chubby Checker, ce mouvement planétaire est adopté en France par Eddy Mitchell et ses Chaussettes Noires. Pour danser le twist, il suffit d'écraser une cigarette imaginaire sur le sol, une gestuelle que les adolescents pratiquent avec ferveur lors de soirées près du char Sherman de la place. Même les parents, Fernand et Martine, tentent quelques pas de danse dans leur salon sur ces nouveaux rythmes, délaissant un instant les classiques de Georges Brassens avec « L'Orage », de Johnny Hallyday qui chante « T'aimer follement », ou la célèbre « Valse à mille temps » de Jacques Brel. Entre les échos douloureux du passé mémoriel de la guerre et l'effervescence d'un futur qui s'accélère à travers le prêt-à-porter et la télévision, l'année 1960 s'impose comme un pivot collector, où la Belgique provinciale s'ouvre enfin aux bruits et aux couleurs du monde moderne

  7. May 30

    1979 : De la poésie de Francis Cabrel au choc punk de The Clash et la fin d'une ère minière

    En 1979, la ville de Mons, capitale du Hainaut réputée pour sa Grand-Place baroque et son beffroi classé à l’UNESCO, s’apprête à tourner la page d’une décennie contrastée. Dans la rue de Nimy, au cœur d’une maison en brique grise où un chat roux nommé Doudou veille sur le jardin, la famille Dubois vit au rythme des dernières heures du Borinage minier. André, agent de maîtrise aux charbonnages, observe avec une certaine mélancolie les terrils qui dominent l’horizon, sentant que l’ère du charbon s’essouffle irrémédiablement alors que les complexes ferment les uns après les autres. Paulette, son épouse, secrétaire à la Chambre de Commerce, apporte une structure indispensable au foyer alors que l’économie est mise à mal par le deuxième choc pétrolier consécutif à la révolution iranienne et à la chute du Shah à Téhéran. Le quotidien des Dubois, marqué par un hiver d’une rigueur historique où la neige enveloppe la cité de janvier à mars, s’inscrit dans un décor typique des années septante avec ses meubles en acier, ses papiers peints aux formes géométriques et sa cuisine en formica aux tons orange. On y consomme encore de larges tartines de pain blanc au beurre frais et au sucre véritable, sans se soucier du bio, tandis que les adolescents de la maison, Éric et Valérie, affichent les codes vestimentaires de l'époque, entre pantalons pattes d’éléphant et robes en coton coloré parfumées au patchouli. Sur le plan international, 1979 est une année de bascules géopolitiques majeures que la famille suit dans les colonnes du journal La Province. André et son fils Éric commentent la signature du traité de paix historique entre l’Égypte d’Anouar el-Sadate et l’Israël de Menahem Begin, une lueur d’espoir récompensée par le prix Nobel de la paix. Parallèlement, l’arrivée de Margaret Thatcher, la « Dame de Fer », au poste de Premier ministre britannique, annonce des temps difficiles pour les syndicats miniers, un écho direct aux inquiétudes sociales qui grondent en Belgique sous le gouvernement fragile de Wilfried Martens. Malgré ce climat d’incertitude, la vie culturelle montoise reste vibrante. Paulette, passionnée de théâtre au sein du Cercle royal dramatique de Mons, dévore les classiques de Simenon ou les succès de Romain Gary comme La Vie devant soi. Elle entraîne même son mari voir le film polémique des Monty Python, La Vie de Brian, dont l'humour provocateur assure un succès retentissant malgré les protestations de certains croyants. La famille vibre également pour ses traditions locales, notamment la Ducasse de Mons et le combat du Lumeçon, ce rituel unificateur célébré le week-end de la Trinité où, selon la jeune Valérie, toute la ville semble avoir le même âge. La bande-son de cette fin de décennie est le théâtre d’une véritable révolution sonore qui anime les étages de la maison de la rue de Nimy. Au deuxième étage, Éric accumule les vinyles, plaçant l’album London Calling des Clash au sommet de sa collection affective, fasciné par l’énergie punk d’une pochette devenue iconique et par le refus du groupe de laisser l’argent dicter l’accès à la musique. Il suit également avec intérêt la fin symbolique du disco, marquée par la « Disco Demolition Night » de Chicago où des milliers de disques furent dynamités dans un stade de baseball. À l'inverse, dans sa chambre de treize ans, Valérie préfère la douceur de la chanson française, écoutant en boucle son idole Richard Cocciante et son célèbre Coup de soleil. Elle s’émeut devant la déclaration d'amour de Francis Cabrel à son épouse dans Je l’aime à mourir, un succès phénoménal, tout en fredonnant les airs de Daniel Balavoine ou l'élégance de Manureva chanté par Alain Chamfort sur des paroles de Gainsbourg. Entre les aspirations d’une jeunesse en quête de nouveaux rythmes et les réalités d’un monde industriel qui s’efface, l’année 1979 demeure pour les Dubois une période collector inoubliable, suspendue juste avant le saut vers les années quatre-vingt.

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Nos Années Collector est une séquence emblématique de Nostalgie+, animée par Anouchka Sikorsky , qui invite les auditeurs à replonger dans une année précise des années 60 ou 70, chaque week-end, le samedi et le dimanche de 11h à midi. Le temps d’une heure, Anouchka ouvre l’album des souvenirs et feuillette une année comme on tournerait les pages d’un vieil agenda : avec émotion, précision et tendresse. Que faisiez vous cette année-là ? Où viviez vous ? Quel âge aviez-vous ? Qu’écoutiez vous à la radio ? Autant de questions qui réveillent la mémoire collective et personnelle. Dans Nos Années Collector, chaque année est explorée sous tous ses angles : la musique des années 60 et 70, avec les grands tubes et artistes incontournables comme Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Claude François, Joe Dassin, Michel Sardou, Serge Gainsbourg, Elvis Presley, The Beatles, The Rolling Stones, Bee Gees, ABBA ou encore Elton John ; les événements historiques et politiques marquants comme la crise des missiles de Cuba, la révolution iranienne de 1979, la mort du général de Gaulle, l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, ou encore les premières élections européennes ; le cinéma des années 60 et 70, avec des films cultes tels que Lawrence of Arabia, Le Cercle rouge, Les Demoiselles de Rochefort, Borsalino, Love Story ; la littérature, avec Georges Simenon, Marguerite Duras, Albert Camus, John Steinbeck ; sans oublier la vie quotidienne, l’art de vivre, les modes vestimentaires, les objets cultes (45 tours, transistors, téléviseurs noir et blanc, mini-jupes, jeans, pick-up), les habitudes familiales et sociétales. Cette séquence ne se contente pas de raconter l’Histoire : elle la fait revivre, avec des anecdotes précises, des repères concrets et une bande-son soigneusement choisie : Tous les garçons et les filles, Let It Be, Born to Be Alive, Respect, Waterloo, In the Navy… autant de chansons qui ont accompagné des millions de vies. Nos Années Collector, c’est une véritable madeleine de Proust radiophonique, pensée pour celles et ceux qui ont grandi, aimé, travaillé et rêvé au rythme des années 60 et 70.