Logique Floue

SpirOps avec Carole Cheysson

Logique Floue est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et penser le monde qui se construit autour d'elle. À l'heure où l'IA devient omniprésente dans nos métiers, nos outils, notre information et nos imaginaires, Logique Floue propose d'aller à la rencontre de celles et ceux qui la pensent, la développent, l'utilisent ou la questionnent. Chercheurs, ingénieurs, philosophes, artistes, entrepreneurs ou acteurs publics viendront confronter leur vision d'un futur déjà en train de s'écrire. Soutenu par Spirops, laboratoire de recherche indépendant en intelligence artificielle depuis plus de 20 ans, le podcast explorera notamment leur approche dite frugale de l'IA. Des systèmes plus spécialisés, plus maîtrisés et plus raisonnés, fondés sur des modèles différents des grandes IA génératives actuelles. À travers des portraits des membres de l'équipe de Spirops et des conversations avec des invités extérieurs spécialistes de leur domaine, Logique Floue ouvre un espace de dialogue autour des promesses, des limites et des choix de sociétés qui accompagnent le développement de l'intelligence artificielle. Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Episodes

  1. 1d ago

    #6 L'IA, recherche et imaginaire : la vision d'Axel Buendia

    Dans ce 6ème épisode de Logique Floue, rencontre avec Axel Buendia, cofondateur de Spirops, enseignant-chercheur au CNAM et spécialiste de l'intelligence artificielle décisionnelle. Depuis plus de vingt ans, il poursuit un même objectif : concevoir des intelligences artificielles capables de prendre des décisions de manière autonome et de donner vie à des personnages virtuels crédibles. Cette envie est née du jeu vidéo, et s’applique aujourd'hui à des applications dans des domaines aussi variés que la simulation de foule, la mobilité autonome ou la cybersécurité. Au fil de la conversation, Axel revient sur l'histoire de SpirOps, les choix qui ont guidé le laboratoire et cette recherche sur le long terme qui consiste à assembler, patiemment, les briques d'une intelligence artificielle explicable et frugale. L'épisode aborde également plusieurs questions essentielles : • Pourquoi les modèles génératifs ne constituent-ils qu'une approche parmi d'autres de l'IA ?• Que nous apprend la recherche en intelligence artificielle sur le fonctionnement du cerveau humain ?• Comment concilier innovation, sobriété énergétique et responsabilité écologique ? Pour Axel Buendia, l'intelligence artificielle est avant tout un outil. Comme toute technologie, sa valeur dépend moins de ses performances que des usages que nous choisissons d'en faire et de la société que nous souhaitons construire. TRANSCRIPT Transcription de l’épisode : Axel Buendia [00:00] Carole : Logique Floue est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et au monde qui se construit autour d'elle. Au fil des épisodes, des chercheurs, entrepreneurs, philosophes ou acteurs publics viennent partager leur vision de l'IA. D'autres épisodes sont consacrés aux femmes et aux hommes qui la développent au quotidien. Dans ce nouvel épisode, rencontre avec Axel Buendia, cofondateur de Spirops. Depuis plus de 20 ans, il participe aux recherches d'une IA frugale et agile. [00:31] Axel Buendia : Après, l'IA à la mode en ce moment, c'est très basé sur la génération et notamment le langage, mais aussi l'image, etc. Ce n'est pas un domaine dans lequel on est à fond. Les réseaux de neurones conservent cet aspect un peu boîte noire. Ils sont très difficiles à régler. Et donc, du coup, quand un truc ne marche pas, c'est très difficile de savoir quoi modifier dans le réseau, surtout les très gros réseaux qu'on utilise pour le dialogue. [00:57] Donc du coup, aujourd'hui, on s'y intéresse, bien sûr, on fait de la veille pour être sûr qu'on l'utilise ou pas, mais ce n'est pas le centre de notre activité. On continue de travailler, nous, sur le symbole, la représentation du monde. Qu'est-ce qui se passe dans la tête d'un être humain pour qu'il arrive à se représenter le monde qu'il se représente et puis apprendre des nouvelles choses tout le temps, etc. Et c'est ça qui est très intéressant. C'est sur ça qu'on travaille depuis... [01:19] Des années maintenant. Alors, je m'appelle Axel Buendia, je suis enseignant-chercheur. Aujourd'hui, je travaille au CNAM, au Conservatoire National des Arts et Métiers. Ma recherche, c'est donc l’IA décisionnelle, donc c'est comment on fait de l'IA pour prendre des décisions de manière autonome. Et mon rôle à Spirops, aujourd'hui, il est minime puisque je suis associé. Carole : Quel a été le parcours, finalement, pour arriver jusqu'à Spirops ? [01:44] Axel Buendia : Alors ça, c'est plus long. J'ai toujours aimé l'informatique. C'est quelque chose qu'on partage pas mal avec tous les gens de Spirops depuis tout petit. Et j'ai toujours voulu faire de l'IA depuis tout petit aussi. Et du coup, je fais des études, une école d'ingénieur pour faire de l'IA. Et après, j'ai fait un DEA par ESIS. Et après, pendant mon DEA, j'ai fait un stage à CRIO. Donc, je commençais à bosser avec [02:11] les jeux vidéo et l'IA. Et puis après, j'ai fait une thèse. Et donc pendant ma thèse, j'ai continué à bosser sur l'IA dans les jeux vidéo. Mon idée, c'était de faire des personnages virtuels autonomes avec qui on pourrait vraiment échanger dans les jeux vidéo, avec qui on aurait leur vie propre, leurs idées, leurs préférences, etc. Pour faire des univers vivants. Et donc du coup, c’est pendant ma thèse que j'ai travaillé à Polygon Studios et c'est là que j'ai rencontré Jérôme. [02:34] Et donc à la fin de ma thèse, on avait sympathisé parce que j'ai travaillé plusieurs mois à Polygon, et à la fin de ma thèse Jérôme était venu voir ma soutenance et puis on s'est dit avec Jérôme, Jérôme m'a dit « Ah c'est super ce que tu fais, c'est chouette ». Et moi je cherchais quelqu'un avec qui bosser parce que j'avais bossé pendant 4 ans et demi sur ma thèse tout seul. Et donc du coup j'ai dit à Jérôme « Bah super si tu veux on peut bosser ensemble ». [02:57] Et donc on a commencé à bosser ensemble, Jérôme avait eu un contrat juste avant qu'il était un rémunérateur, donc il pouvait se permettre de ne pas trop gagner d'argent parce que je n'avais pas de quoi le payer. Et du coup, on a commencé à bosser sur les outils autour de ce que j'avais fait pendant ma thèse. Et au bout d'un an, ça ne marchait pas trop mal, on a bien bossé avec Jérôme et du coup, on a commencé à se dire « Ok, créons la boîte ». [03:21] Donc il y avait déjà Denis à l'époque aussi, le trio infernal. Et c'est comme ça qu'on a commencé à monter Spirops. C'était en janvier 2004, donc ça fait 22 ans. Carole : Et est-ce qu'aujourd'hui tu dirais que Spirops, ça correspond à ce que vous aviez en tête au moment où vous l'avez lancé ? [03:46] Axel Buendia : Non. Enfin, oui et non. Oui, parce que ce qui est agréable avec Jérôme, c'est de pouvoir aller au fond des choses et puis pouvoir tout se dire. Même si des fois, le temps monte, ce n'est pas grave, on peut tout se dire. Et donc, c'est ces confrontations qui ont à chaque fois donné des choix, je pense, assez pertinents. [04:10] Et du coup, c'est ça qui a fait qu'on a créé des outils, des solutions qui sont, je pense, assez uniques. Non, parce qu'au début, on voulait aller que sur des jeux vidéo et faire nos personnages virtuels. Et c'était ça qui nous intéressait. Et puis, on s'est rendu compte que le marché du jeu vidéo, c'est un marché compliqué. Surtout le middleware, on est un peu les sous-traitants des sous-traitants. Donc, on est tout au bout de la chaîne alimentaire. Donc, ce n'est pas génial. [04:36] Et donc très vite on a dû recalibrer les marchés sur lesquels on bossait, on a fait la simulation de foule pour Disney, et puis après ça a été la voiture autonome. Et donc du coup en fait, par contre ce qui est intéressant c'est qu'on ne perd pas de vue notre objectif de personnage intelligent, complet, autonome, puisque chaque petite brique qu'on crée, y compris pour la voiture autonome et pour les autres, nous permet d'améliorer nos technologies de fond et de se rapprocher de [05:03] cette espèce de Graal qu'on verra peut-être jamais, mais au moins on essaie de s'en rapprocher. C'est ça la recherche. Carole : Mais qu'est-ce que c'est ce Graal ? Parce qu'on en a un peu parlé avec Jérôme là dans le podcast. C'est quoi cette histoire de personnage autonome ? On dirait presque une envie de quelqu'un qui joue et qui rêve à quelque chose. Raconte-moi plus ce que vous aviez en tête et ce que [05:31] qui aujourd'hui te semble faisable ? Axel Buendia : Alors l'idée c'était vraiment, je pense que c'est né d'une frustration, alors c'est né d'une envie d'abord d'avoir des, de pouvoir discuter avec des entités autonomes, il y a une espèce de pouvoir créateur quand même assez intéressant, [05:54] Et puis je pense que je peux être qualifié de nerd, j'ai passé quelques tests visiblement et j'en suis. Du coup, ça fait partie aussi du trip nerd. Donc l'idée c'est vraiment d'avoir des personnages avec qui on pourrait interagir. Aujourd'hui dans un jeu vidéo, vous dites à quelqu'un que vous ne l'aimez pas, sa femme va venir vous voir comme si de rien n'était. Alors que vous venez dire à son mari que vous ne l'aimez pas, ce n'est pas normal. [06:22] Il n'y a pas de logique, il n'y a pas de comportement réellement autonome. On sent bien qu'ils sont très limités. Et donc, ça crée un espèce de vide, finalement, platitude. Donc, la richesse des jeux ne vient pas des échanges toujours que j'ai avec les personnages autour de moi. Ça peut, mais c'est assez partiel quand même. Donc aujourd'hui, l'idée, ce serait vraiment d'être capable de créer des univers virtuels dans lesquels il y a bien sûr des autres humains qui s'incarnent. [06:48] mais aussi pléthore de personnages virtuels autonomes, virtuels complètement, y compris leur cerveau, pour pouvoir avoir des échanges, faire des choses, mettre de l'animation, générer des avent ures. Il y a plein de rôles que les gens ne veulent pas jouer dans la vraie vie. Du coup, il faut bien des personnages pour les jouer ces rôles. Et donc, du coup, c'est intéressant de faire ça. Donc, aujourd'hui, où on en est ? [07:12] Assez vite on s'est rendu compte qu'il ne suffisait pas de mettre des cerveaux plus gros, de leur donner plus d'idées, plus de motivation et plus de choix dans leur vie, que s'ils n'étaient pas cap ables de l'exprimer visuellement, c'est-à-dire que si le joueur qui joue ne se rendait pas compte, en fait ça ne marchait pas. Donc c'est pour ça que très vite on s'est intéressé à l'animation procédurale, donc comment générer des mouvements avec des personnages. Parce que si je ne m'incarne pas physiquement... [07:35] Si quand je suis triste, je ne marche pas de manière triste, je n'ai pas la tête un peu baissée, mélancolique, etc. Finalement, le joueur ne sait pas que je suis triste

    #6 L'IA, recherche et imaginaire : la vision d'Axel Buendia
  2. Jul 14

    #5 Trains autonomes, l’IA et l'humain avec Luc Laroche et Denis Raffin

    Dans ce nouvel épisode de Logique Floue, Denis Raffin, chercheur chez Spirops, échange avec Luc Laroche, ingénieur, directeur sécurité, sûreté, défense et mémoire au sein du Groupe SNCF et président de Railenium. À partir d'un projet de recherche sur le train autonome, ils explorent les défis que pose l'intelligence artificielle. Comment une machine perçoit-elle son environnement ? Peut-elle prendre des décisions fiables ? Et jusqu'où peut-on automatiser sans inclure un contrôle humain ? Ce point de départ permet une réflexion plus poussée de l’IA dans la société. • À qui doivent profiter les gains de productivité apportés par l'IA ?• Comment éviter la perte des compétences humaines lorsque les machines prennent en charge certaines tâches ? Denis Raffin et Luc Laroche défendent une vision pragmatique de l'intelligence artificielle : une technologie capable d'améliorer nos capacités, à condition de rester au service de l'humain et de s'inscrire dans un véritable projet de société. Un épisode qui rappelle que les questions posées par l'IA sont avant tout des questions de choix collectifs. TRANSCRIPTION Logique Floue – Podcast Spirops Transcription de l’épisode 5 : Denis Raffin et Luc Laroche [00:00] Carole : Logique Flou est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et au monde qui se construit autour d'elle. À travers des rencontres entre chercheurs, entrepreneurs, philosophes ou acteurs publics, nous explorons les multiples façons de penser l'IA et ses impacts sur nos sociétés. Aujourd'hui, rencontre entre Denis Raffin, chercheur chez Spirops, et Luc Larochee, ingénieur, directeur sécurité, sûreté, défense et mémoire chez SNCF Group et président de Rallenium, institut de recherche technologique. [00:27] pour une discussion autour des usages concrets de l'intelligence artificielle et des transformations qu'elle apporte dans nos organisations. Musique [00:40] Aujourd'hui, on reçoit Luc Larochee. Vous êtes ingénieur. Vous travaillez sur les trains autonomes dans l'innovation de manière plus générale à la SNCF. Et vous êtes aussi dans un groupe de réflexion sur l'IA et ses impacts sur la société. Est-ce que j'ai bien résumé ? Luc Laroche : Exactement. Carole : C'est parfait. Très bien, merci beaucoup. Et donc, on est avec Denis Raffin qui fait partie de Spirops. [01:04] Luc Laroche : Peut-être une précision pour commencer. Effectivement, je travaille à la SNCF. Là, je ne parle pas au nom de la SNCF. Donc, je parle au nom des compétences que j'ai pu acquérir dans les différents projets. Je ne parle pas au nom de la SNCF, même si, bien sûr, je travaille à la SNCF et je mène des projets d'innovation avec de l'IA. Carole : Très bien, parfait. Est-ce que vous voulez me raconter un petit peu sur quoi vous avez travaillé ? [01:27] en matière de véhicules autonomes et de trains autonomes ? Quels ont été vos travaux ? Denis Raffin : Oui, alors déjà, moi, je peux parler dans quel contexte on s'est rencontrés. Nous, on a participé à un projet voyageur. Donc, un train, c'était plutôt un train régional voyageurs. Donc, c'est une expérimentation pour... L'objectif, c'était de savoir quels étaient les... [01:51] contraintes, qu'est-ce qu'il était le reste à faire pour arriver à un train autonome. Donc on construisait, il y a eu une vraie réalisation, c'était un rétrofit ce qu'on appelle, c'est-à-dire la modification d'un train existant pour le rendre autonome. Nous on s'occupait de deux sujets, un sujet qui est la relation au voyageur et un peu la partie aléa, c'est-à-dire [02:15] Définir toutes les actions, toutes les réactions à avoir quand il y a quelque chose qui n'est pas prévu. Luc Laroche : L'objectif du projet Train Autonome, en l'occurrence, c'était pour nous d'essayer de sentir quelle était la faisabilité à terme d'un train autonome. Ce n'était pas du tout un projet qui avait comme ambition de déployer des trains autonomes, mais vraiment de monter... [02:39] les différents niveaux de compétences de ce qu'on appelle craquer des verrous technologiques, monter les niveaux de TRL pour ceux qui connaissent l'expression. Et donc c'était ça. Et c'était d’avoir une vision globale sur qu'est-ce que ça voulait dire de l'autonomie de conduite fondamentalement. Comment ça s'insérait dans le système ferroviaire. Et notamment quand vous avez avec [03:02] Spirops travaillait sur les aléas, c'est un des sujets les plus compliqués du train autonome. Le train autonome, c'est un robot fondamentalement. C'est-à-dire, c'est un engin qui doit capter ce qui se passe autour de lui. Donc, il y a tout un aspect de perception. On y reviendra en parlant de la partie IA. Et puis, à partir de la perception de tout ce qu'il doit percevoir, [03:27] Il prend des décisions et après, il y a un actionneur. C'est-à-dire, il décide certaines actions. Alors, suivre un train, ce n'est pas très compliqué. En gros, il avance ou il freine. Il n'y a pas de volant. Donc, la partie décision n'est pas très complexe. La partie actionneur, ce n'est pas très complexe non plus. Il n'y a pas vraiment de verrou technologique. En revanche, le vrai verrou, c'est de comprendre l'environnement, comprendre ce qui se passe. [03:55] et de le faire en sécurité. Carole : Quelle est la démarche derrière ? C'est-à-dire, la SNCF, dans l'absolu, à un moment, voudra avoir des trains autonomes et voudra mettre ça en place de manière plus large ou c'est de la recherche ? Luc Laroche : C'est de la recherche. Carole : Donc là, vous êtes bien trouvé, du coup. Denis Raffin : Oui, tout à fait. La difficulté, elle est beaucoup dans la perception. De savoir, de voir, de remplacer les yeux d'un humain [04:20] les yeux, les oreilles aussi, parce qu'en fait, il y a plein de sensations, il y a du ressenti même dans un train, donc cette partie-là est vraiment très complexe. Et ensuite, de la contextualiser. C'est là où il y a un petit peu, même si la décision en elle-même, c'est je freine ou j'accélère, ce n'est pas très compliqué, effectivement, la sortie de décision. Par contre, il y a ce qu'on appelle la fusion, qui est d'essayer de [04:45] reconstruire le monde, de comprendre le contexte. Le contexte, il peut changer en fonction de la... On ne va pas prendre la même décision si le rail est mouillé, etc. Donc ça change un peu. Il y a une complexité qui est à ce niveau-là, mais effectivement, elle est plutôt concentrée sur ça. Et ce que je pourrais dire, pour rassurer peut-être pour certains qui ne sont pas forcément... C'est que le chemin est encore un petit peu long. [05:09] On n'y est pas encore. Même si ça avance, il y a des choses qui sont... En fait, dans tous les systèmes autonomes, globalement, que ce soit voitures, etc., la recherche avance. Il y a des choses qui permettent déjà d'avancer sur certains tronçons. Par exemple, sur l'autoroute, il y a déjà des aides à la conduite. Sur le train, il y a déjà des aides à la conduite aussi qui vont... [05:34] Typiquement, pour tout ce qui est amélioration du contrôle pour la consommation, ça, il y a des aides. On veut trouver, améliorer des processus ou optimiser des choses, mais toujours en gardant l 'idée que l'humain, il est au centre de tout ça. Carole : Qu'est-ce que vous en pensez de ce point-là, justement ? Luc Laroche : Que l'humain reste au centre de tout, oui, je pense que c'est à la fois important. On peut avoir... [06:01] Des visions un peu philosophiques, des visions un peu sociales. Et puis aussi, on peut avoir une vision qui est très, très pragmatique et scientifique. C'est-à-dire que de toute façon, il y a besoin d'avoir quelque part un humain, quel que soit le niveau de sophistication de l'automatisation. C'est vrai à peu près de tous les systèmes. Parfois, l'humain est plus loin, parfois il est plus proche. Il y a guère de systèmes d'automatisation où il n'y a pas une supervision quelque part. [06:26] Donc oui, de toute façon, c'est le lien avec l'humain qui est important. Carole : C'est vrai que ça pose toutes ces questions-là derrière et que Denis soulève évidemment immédiatement et vous aussi, parce que qu'est-ce qu'on fait de l'humain dans tout ça ? Comment vous, vous voyez ça ? C'est-à-dire que d'un côté, il y a quelque chose de très excitant à l'IA et à cette avancée technologique formidable, etc. Mais d'un autre côté, il y a aussi ces questions-là qui se posent. Luc Laroche : C'est une question qui se pose pratiquement [06:54] Pas du tout uniquement au niveau des trains. C'est une question qui se pose généralement sur tout ce qui est automatisation des process et donc d'un certain nombre de travaux qui sont faits par l’homme aujourd'hui. Il y a des systèmes assez proches du train. Il y a le métro qui est déjà complètement autonome. Il y a le taxi autonome qui arrive, qui commence à se déployer, etc. Il y a plusieurs choses là-dedans. La première chose, c'est... [07:18] entre guillemets, à qui profite le crime ? C'est-à-dire, qu'est-ce qu'on fait si jamais il y avait hausse de productivité grâce à l'automatisation ? À qui est-ce que ça profite ? Et selon la réponse, il n'y a pas du tout la même vision morale, en tout cas en ce qui me concerne. C'est-à-dire que si ça permet de faire de la productivité à outrance éventuellement, [07:43] Et entre guillemets, ça va juste dans la poche des actionnaires. Pour moi, ça ne va pas du tout. Si ça permet de faire de la productivité et que la productivité faite, elle permet de redéployer des services au contact du client. Alors oui. Et qui dit service au contact du client ? Là, on dit vraiment des emplois humains. Donc, voilà la réponse à la question. Est-ce que c'est bien ? Est-ce que ce n'est pas bien ?

    #5 Trains autonomes, l’IA et l'humain avec Luc Laroche et Denis Raffin
  3. Jul 8

    #4 Une IA au service de l'humain : le parcours de Denis Raffin

    Dans cet épisode de Logique Floue, rencontre avec Denis Raffin, chef de projet chez Spirops et membre de l'aventure depuis ses débuts. Issu du monde du jeu vidéo, il raconte comment, depuis plus de vingt ans, il travaille au développement d'une approche singulière de l'intelligence artificielle. Une approche fondée sur la compréhension des mécanismes de décision, plutôt que sur l'accumulation de données et de puissance de calcul. Au fil de la conversation, Denis revient sur ce qui fait la particularité de SpirOps : une organisation collégiale, une forte exigence éthique et une volonté constante de développer des technologies qui assistent l'humain plutôt que de le remplacer. L'épisode aborde également plusieurs questions de fond : • Comment reproduire un processus de décision humain sans chercher à imiter la pensée humaine ?• Dans quels domaines l'IA peut-elle réellement améliorer notre quotidien ?• Comment concilier innovation, responsabilité sociale et sobriété technologique ?• Quelles transformations de notre société l'IA nous oblige-t-elle à anticiper ? Pour Denis Raffin, l'intelligence artificielle n'est ni une promesse miracle ni une menace inévitable. C'est un outil, dont les effets dépendront avant tout des choix collectifs que nous ferons de ses usages. TRANSCRIPT Logique Floue – Podcast Spirops Transcription de l’épisode 4 : Denis Raffin [00:00] Carole : Logique Flou est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et au monde qui se construit autour d'elle. Au fil des épisodes, des chercheurs, entrepreneurs, philosophes ou acteurs publics viennent partager leur vision de l'IA. D'autres épisodes sont consacrés aux femmes et aux hommes qui la développent au quotidien. Aujourd'hui, rencontre avec Denis Raffin, l'un des tout premiers membres de Spirops. Depuis plus de 20 ans, il participe au développement d'une approche singulière de l'intelligence artificielle fondée sur la compréhension des mécanismes de décision [00:27] et des comportements. [00:36] Denis Raffin : Le point de départ, c'était quand même le jeu vidéo. On voulait faire qu'on interagisse avec des univers le plus intelligent possible, qu'on puisse jouer à plusieurs ou seul, mais avec un ordinateur intelligent. Donc c'est de ça qu'est lancée l'aventure. Carole : Est-ce que tu peux te présenter ? [01:01] Et nous dire depuis combien de temps tu travailles chez Spirops. Denis Raffin : Bonjour, je suis Denis Raffin. Je suis chef de projet chez Spirops depuis quasiment la création. En fait, j'ai rejoint Jérôme et Ax el qui ont créé la société en... [01:25] Je ne me rappelle plus, en 2003. Je travaillais déjà avec eux. En fait, moi, j'étais en freelance et je les ai rejoints pas très longtemps après, quelques mois plus tard pour l'aventure. Je suis là depuis le début. Carole : Raconte-moi un peu quelle est justement ta formation et comment tu arrives à travailler avec eux. Denis Raffin : Alors, à la base, j'ai une formation d'informatique assez classique, informatique de gestion. [01:49] en DUT, avec une spécialisation après une année supplémentaire, en alternance. J'ai commencé mon travail en alternance, dans le transfert de fichiers, je faisais du réseau, etc. J'avais déjà un peu de lien avec des amis qui eux faisaient du jeu vidéo à Paris, moi je suis de Toulouse, [02:13] Et j'avais très envie de faire ça aussi. Et donc, à un moment donné, j'ai dit, je tente l'expérience, je lâche tout, et je suis parti à Paris pour me lancer dans l'aventure du jeu vidéo. Donc , dans une société qui s'appelle Polygone, qui est feu Polygone, dans laquelle j'ai rencontré Jérôme, qui travaillait... [02:37] qui déjà faisait des missions pour eux, il était aussi en externe, et on a travaillé ensemble sur le même projet qui s'appelait Blue Dot. On a passé plusieurs boîtes ensemble pour finir ce projet, on l'a fini avec Jérôme. À la fin on était tous les deux. Et c'est là que l'aventure Spirops a commencé à débuter. J'ai continué à faire des jeux sur téléphone portable, ce genre de choses, avant l'iPhone. [03:02] Et donc on a continué, mais on travaillait déjà ensemble, on était déjà dans les mêmes locaux. Et puis quand, au bout d'un moment, je me suis dit, bon voilà, c'est mûr, il y avait des activités qui commençaient à démarrer, je les ai rejoints, et me voilà. Carole : Vous avez un mode de fonctionnement qui est très particulier, qui vous est propre en tout cas. Est-ce que tu veux me dire, toi, ce que tu apprécies dans ce mode de fonctionnement ? [03:29] ce que tu trouves ici et que tu trouverais sans doute pas ailleurs ? Denis Raffin : Alors moi déjà, j'ai un parcours un peu particulier parce que j'ai travaillé plutôt dans des petites sociétés, pas forcément dans des grandes sociétés. J'ai été à mon compte pendant 5-6 ans, je travaillais à mon compte. Et je pense que pour moi, ce serait très difficile de revenir à un mode de fonctionnement différent de [03:57] enfin de cette liberté entre guillemets que j'ai eue dans mon parcours précédent. Et donc Spirops m'apporte cette liberté. Donc j'ai liberté dans les choix, dans ma façon de travailler, etc. Alors j'ai un rôle un peu particulier, je suis un des anciens, donc je ne vais pas parler pour tout le monde, mais... [04:20] mais je pense que c'est le cas quand même globalement qui est assez partagé donc déjà il y a une collégialité dans les décisions on se parle c'est à dire qu'on se parle fort mais on se dit les choses et comme dans toute relation je pense que c'est important de se dire les choses donc là on se les dit [04:44] on ferme la porte et puis on règle les problèmes. Donc ça déjà c'est sain, on est dans une sorte de relation assez saine à ce niveau-là. Au niveau des sujets, pareil, on s'est collégiales dans tous les aspects. Dans l'aspect sélection des projets, [05:07] Donc on peut avoir n'importe qui peut dire « Non, c'est hors de question qu'on travaille avec dans ce secteur ». Donc typiquement, nous, l'armée, tout ce qui est militaire, on est contre. Donc ça , il n'y a pas de sujet. Mais sur d'autres sujets, il peut y avoir. Donc il y a des discussions. Et puis éventuellement, les gens qui ne veulent pas du tout, mais s'il y en a d'autres qui veulent, eux, ils ne travailleront pas sur ce projet-là. [05:32] et puis il y a un côté aussi le recrutement c'est pareil donc finalement on se retrouve avec des gens du même bord et politique et éthique entre guillemets donc tout ce qui est social tout ce qui est environnemental etc plutôt des gens qui sont plus [05:58] plutôt du bon côté. Donc, on a... Voilà. C'est un tout. C'est une ambiance de travail. C'est un désir d'aller dans la même direction. Carole : À quel moment, finalement, l'idée d'intelligence artificielle, et puis, au-delà de ça, Spirops qui devient un laboratoire de recherche en intelligence artificielle, à quel moment ça se transforme, ça devient vraiment ça ? [06:25] Denis Raffin : Nous on a une affinité avec le monde du jeu vidéo, on en a fait et puis on souhaite en faire d'autres et donc on a eu des opportunités pour faire plutôt des recherches, un peu plus de recherches dans le monde industriel et donc il y a eu différents secteurs qui sont venus, d'abord la simulation de foule, la conduite autonome, véhicules [06:51] autonome puis dans le dans tout ce qui est ferroviaire un petit peu plus pareil ferroviaire autonome alors c'est quand je dis autonomes nous notre spécialité c'est la prise de décision donc tous les processus tout tous les secteurs où il peut y avoir une décision il y a des décisions qui sont prises et qu'on peut faciliter ou automatiser on peut [07:16] On peut proposer des choses. J'ai parlé de la voiture autonome, par exemple. On est toujours dans une idée de reproduire un processus de réflexion humain. On va se mettre à la place d'un humain dans une situation, que ce soit le véhicule autonome ou un train autonome ou un processus industriel autonome. [07:40] on va se mettre à la place de l'humain, qu'est-ce qu'il aurait fait dans telle situation, et on va construire un automate, entre guillemets, qui va faire les actions, qui va prendre les décisions en fonction des critères. Donc déjà, il y a une étude à chaque fois de quelles sont les perceptions, je disais toujours, qui sont nécessaires, les actionneurs, enfin, et puis qu'est-ce qui va me permettre de prendre ces décisions. Donc par exemple, pour... [08:08] Pour un véhicule autonome, c'est un conducteur. Donc, qu'est-ce qui va être en entrée pour prendre la décision de doubler quelqu'un, par exemple ? Et, je simplifie beaucoup, et quelles sont les actions que je vais prendre pour le faire ? Carole : En fait, ça rejoint votre démarche qui est de, finalement... [08:34] expliquer à la machine, au cerveau, si j'ai bien compris vous appelez ça comme ça, comment faire ? Denis Raffin : C'est ça, oui, il y a toujours l'idée, c'est... Alors, à la base, comme je l'ai expliqué tout à l'heure, c'était de dire qu'on voulait exprimer les décisions, le cerveau. En gros, nous, le cœur de notre activité, c'est la prise de décision. Donc, [09:02] On a un agent, il a des perceptions, il perçoit des choses, il a des envies, etc. Et il va vouloir exprimer ces choses. Donc soit se déplacer pour aller chercher s'il a faim, etc. Soit exprimer à quelqu'un l'envie qu'il a, etc. Et donc nous, on a les outils. On a des outils, par exemple, on a développé des outils pour savoir où est-ce qu'on pouvait se déplacer dans un environnement 3D. Donc ça, c'est... [09:28] C'est une perception. Déjà, pour la réflexion, si je sais où je peux me déplacer, c'est déjà pas mal. Ensuite, une fois que je sais où je peux me déplacer, je

    #4 Une IA au service de l'humain : le parcours de Denis Raffin
  4. Jun 30

    #3 IA frugale : a-t-on vraiment besoin de toute cette puissance ? avec Amiel Sitruk et William Ledoux

    Dans ce nouvel épisode de Logique Floue, William Ledoux (SpirOps) et Amiel Sitruk (Terra-Cognita) s'interrogent sur une question incontournable : quel est le véritable coût environnemental de l'intelligence artificielle ? Alors que les modèles d'IA générative se développent à une vitesse fulgurante, leurs besoins en énergie, en eau, en infrastructures et en ressources matérielles explosent. Mais mesurer précisément cet impact reste difficile : les principaux acteurs du secteur communiquent peu sur leurs consommations réelles et les chiffres évoluent constamment. Les deux invités décryptent les différentes composantes de cette empreinte : fabrication des puces électroniques, construction et refroidissement des data centers, entraînement des modèles, consommation électrique ou encore dépendance à des infrastructures de plus en plus stratégiques. Ils questionnent également le modèle actuel de développement de l'IA générative, fondé sur une logique de croissance permanente : toujours plus de données, toujours plus de calculs, toujours plus d'usages. Mais l'objectif de cet épisode n'est pas seulement de dresser un constat. William Ledoux et Amiel Sitruk explorent des pistes concrètes pour concevoir et utiliser des systèmes plus sobres : • Faut-il toujours utiliser une IA générative pour résoudre un problème ?• Comment choisir un modèle adapté au besoin réel ?• Quels avantages offrent les modèles open source et les IA exécutées localement ?• Comment concilier innovation, souveraineté numérique et maîtrise de l'empreinte environnementale ? Au cœur de leur réflexion se trouve une idée simple : la meilleure IA n'est pas forcément la plus puissante, mais celle qui répond réellement à un besoin donné avec le minimum de ressources nécessaires. Logique Floue est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et penser le monde qui se construit autour d'elle. À l'heure où l'IA devient omniprésente dans nos métiers, nos outils, notre information et nos imaginaires, Logique Floue propose d'aller à la rencontre de celles et ceux qui la pensent, la développent, l'utilisent ou la questionnent. Chercheurs, ingénieurs, philosophes, artistes, entrepreneurs ou acteurs publics viendront confronter leur vision d'un futur déjà en train de s'écrire. Soutenu par Spirops, laboratoire de recherche indépendant en intelligence artificielle depuis plus de 20 ans, le podcast explorera notamment leur approche dite frugale de l'IA. Des systèmes plus spécialisés, plus maîtrisés et plus raisonnés, fondés sur des modèles différents des grandes IA génératives actuelles. À travers des portraits des membres de l'équipe de Spirops et des conversations avec des invités extérieurs spécialistes de leur domaine, Logique Floue ouvre un espace de dialogue autour des promesses, des limites et des choix de sociétés qui accompagnent le développement de l'intelligence artificielle. Réalisé et produit par Carole Cheysson chez Pulse Audio, avec l'aide de Sacha Bénard, mix William Lopez, illustration Yara Al Najem, jingle Kelian Régis. 2026 Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

    #3 IA frugale : a-t-on vraiment besoin de toute cette puissance ? avec Amiel Sitruk et William Ledoux
  5. Jun 24

    #2 Comprendre les mécanismes humains : la vision de l'IA de William Ledoux

    Dans cet épisode de Logique Floue, rencontre avec William Ledoux, chercheur en intelligence artificielle chez Spirops depuis 17 ans. Amateur de science-fiction, de jeux vidéo et de robotique depuis l'enfance, William raconte ce qui l’a conduit à consacrer sa carrière à une question simple : comment créer des intelligences artificielles capables de prendre des décisions crédibles et de se comporter de manière autonome ? À contre-courant de l'approche dominante fondée sur l'apprentissage à partir de données massives, il défend une intelligence artificielle conçue comme un artisanat : des mécanismes explicitement construits par des humains, dont chaque règle, chaque décision et chaque comportement peuvent être compris, expliqués et améliorés. Au fil de la conversation, il nous plonge dans les coulisses du travail de SpirOps : la modélisation de comportements, la simulation de foule, la création de personnages virtuels dotés de souvenirs, mais surtout un équilibre constant entre développement logiciel, travail d’équipe, et exercices de pensée, dans l’espoir d’un jour capturer l’essence des mécanismes humains. L'épisode aborde également plusieurs enjeux actuels de l'IA :• Que gagne-t-on -— ou que perd-on -— lorsque les machines apprennent seules ? • Peut-on réellement faire confiance à des modèles d’IA générative dont personne ne comprend totalement le fonctionnement ? • Quel est le coût écologique de l'usage généralisé de l'IA ? Au-delà des questions techniques, William défend une conviction : comprendre comment une solution émerge est souvent plus important que la solution elle-même. Un épisode qui explore une autre façon de faire de l'intelligence artificielle : plus explicable, plus maîtrisée, mais aussi plus humaine. TRANSCRIPTION DE L'EPISODE Logique Floue – Podcast Spirops Transcription de l’épisode 3: William Ledoux [00:00] Carole : Logique Floue est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et au monde qui se construit autour d'elle. Au fil des épisodes, des chercheurs, entrepreneurs, philosophes ou acteurs publics viendront partager leur vision de l'IA. D'autres épisodes seront consacrés aux femmes et aux hommes qui la développent au quotidien. Aujourd'hui, rencontre avec William Ledoux qui travaille chez Spirops depuis 17 ans. [00:28] William Ledoux : À l'époque où j'ai choisi cette voie, c'était une époque où les IA étaient quand même assez nulles. Et en fait, il y avait cette conviction qu'on peut faire mieux. Et à l'époque, ce qu'on appelait l'IA, par exemple, dans les jeux vidéo, c'était le « pathfinding », c'est-à-dire le fait qu'un personnage puisse aller d'un endroit à l'autre. C'était ça, l'IA. C'était juste qu'il arrive à trouver son chemin et qu'il le suive. [00:54] Et donc du coup, moi j'avais des jeux auxquels je jouais où j'avais des adversaires qui étaient pas crédibles quoi, qui étaient pas... Donc il y avait ce truc là et j'avais lu Asimov, j'avais eu des magazines sur les robots et j'avais ce truc de ah mais je vois pas comment ça peut être possible ce qu'ils décrivent dans les bouquins de science-fiction. C'est-à-dire que... [01:21] Et en même temps, j'ai envie de voir, est-ce que c'est possible ou pas ? Et quand je lisais, je me disais, mais alors si je devais faire ça, comment je ferais ? Et du coup, à force de se poser ces questions, on a des idées et on a envie de voir si elles marchent. Carole : Est-ce que tu pourrais te présenter et nous dire ce que tu fais aujourd'hui ? [01:44] William Ledoux : Je m'appelle William et je travaille à Spirops depuis 17 ans. Donc nous, à Spirops, on fait de l'IA un peu à l'ancienne, c'est-à-dire qu'on écrit nos règles, on fait nos mécanismes décisionnels à la main avec des outils et une méthode. On ne fait pas de l'apprentissage automatique, on peut faire de l'apprentissage de parties de règles, mais globalement, ça reste quelque chose de... [02:11] Ça reste un peu de l'artisanat, quelque chose de maîtrisé, de dessiné par un humain. Carole : Qu'est-ce qui te plaît particulièrement chez Spirops ? William Ledoux : J'aime beaucoup le fait qu'on développe nos technologies beaucoup en interne, qu'on prenne les décisions en commun. On a du coup, au fil des années, construit une manière de fonctionner incroyablement [02:35] et des outils technologiques qui sont hyper agréables et dont je ne me verrais pas me passer si je devais travailler ailleurs. Tous les développeurs sont libres de travailler sur le sujet sur lequel ils pensent que c'est important de travailler. Et on est souvent partagé entre faire des fonctionnalités, c'est-à-dire faire le travail qu'il faut qu'on fasse, et faire les outils qui nous permettent de faire ce travail plus vite. [03:03] Donc on a un curseur à trouver parce qu'on peut passer, si on prend une analogie d'un menuisier, il peut passer tout son temps de travail à faire la machine parfaite qui lui permettrait de faire des meubles ou inversement il peut faire des meubles. Et donc celui qui va faire que des meubles, il va les faire lentement parce qu'il n'aura jamais investi pour se construire ses outils et celui qui va faire que les outils, il n'aura fait aucun meuble. [03:28] Et dans la boîte, on a différents profils qui ont une appétence pour différentes parties. Il y en a qui sont des très bons starters, c'est-à-dire qui vont commencer un projet très vite. Et puis il y en a qui sont plus dans le détail, faire le truc parfait. Et il y en a qui aiment bien faire les outils. [03:51] Il y en a qui aiment bien débuguer. On a chacun nos compétences. Donc l'idée, c'est de faire beaucoup de pair-programming et d'aller chercher quelqu'un qui va venir. On travaille beaucoup plus vite à deux et de trouver quelqu'un qui va venir tacler le problème qu'on a sur la planche là. Et ça peut tourner beaucoup entre les projets. On a aussi à Spirops le fait qu'on construit de la technologie [04:18] peut-être pour un client et on sait que cette technologie elle peut servir à autre chose derrière donc on peut trouver un intérêt plus large que le projet sur lequel on travaille vraiment l'application. Carole : Tu peux me donner un exemple ? William Ledoux : Un des objectifs de l'entreprise c'est de faire des villes un peu vivantes et autonomes, qui ont l'air vivantes avec des personnages qui ont l'air de vivre leur vie, qui ont leurs souvenirs, qui ont leurs émotions, qui vont réagir à ce qui se passe autour [04:45] de manière procédurale, c'est-à-dire qu’ils ne soient pas scriptés ou programmés. Et avec cet objectif-là, du coup, on fait beaucoup de technologies, parfois pour des applications qui ont l'air lointainement liées, mais nous, on sait que cette brique-là, elle nous est utile pour notre route à nous. Et donc, en fait, quel que soit le client, on... [05:12] on a cet objectif-là en ligne de mire, donc ça donne de l'intérêt. Carole : Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Ça s'applique comment ? William Ledoux : Typiquement, on avait été contacté par le centre de recherche et innovation d'un grand parc d'attractions. Ils avaient été contactés par un des parcs d'attractions du groupe parce qu'ils avaient refait un restaurant. Et après l'avoir refait, il marchait moins bien qu'avant. [05:35] Et donc, il disait comment est-ce qu'on aurait pu se prémunir de ça ? Et donc, la partie recherche-innovation s'est dit, en fait, si on construisait un simulateur, on pourrait permettre à tous nos parcs d'attraction d'améliorer certains agencements pour faire que les visiteurs soient plus contents, que ça se passe mieux. Et donc, c'est comme ça qu'on avait commencé à développer la simulation de foule. [06:00] Et donc à s'intéresser à qu'est-ce que c'est que l'espace personnel des gens, pourquoi les gens naviguent comme ça, pourquoi est-ce qu'ils vont se décaler, pas se décaler, se mettre près d'un mur, etc. Comment naviguent les gens en groupe, en famille, est-ce qu'ils s'attendent, est-ce qu'ils ne s'attendent pas, est-ce qu'ils se split, comment est-ce que des gens évitent des gens qui se prennent en photo, ce genre de choses. Toujours en gardant à l'idée de [06:23] nous ce qu'on veut c'est comprendre les motivations qui font que les gens se comportent comme ça on veut pas reproduire bêtement quelque chose qu'on observe on va essayer de comprendre c'est quoi les facteurs cognitifs qui font que les gens font ça pourquoi ils font ça et une fois qu'on a fait ça après on a travaillé on a poursuivi ce travail sur la simulation de piétons dans d’autres environnements y compris urbain etc et on a toujours gardé [06:50] ce modèle-là. Et parce que nous, ça nous permet d'avancer sur des mécanismes cognitifs humains et les biais cognitifs, etc. Carole : Mais comment vous réfléchissez à ces mécanismes cognitifs ? William Ledoux : Il peut y avoir plein de raisons pour lesquelles les gens ne se collent pas l'épaule au mur quand ils marchent dans le métro. Et en fait, c'est en... [07:13] en designant des expériences pour essayer de les pousser à le faire, qu'on se rende compte des raisons qui le font. Donc il y a des moyens, des expériences de pensée qui nous permettent de... On fait beaucoup ça à Spirops, c'est-à-dire on se place dans une situation hypothétique et on essaye d'imaginer comment est-ce qu'on réagirait dans ce cadre-là et on confronte [07:35] les réactions des différentes personnes et en général à 5-10 personnes qui ont des réactions différentes on arrive à dire ah oui ok toi t'aurais fait comme ça moi j'aurais fait comme ça mais alors pourquoi on fait pas pareil et donc on explique ah bah moi ça c'est parce que j'ai peur de tel truc ah ok donc moi j'ai pas du tout peur de ça pourquoi est-ce q

    #2 Comprendre les mécanismes humains : la vision de l'IA de William Ledoux
  6. Jun 16

    #1 Un autre modèle d’IA : simplicité et frugalité avec Axel Buendia et Jérôme Hoibian

    Dans ce premier épisode de Logique Floue, Axel Buendia et Jérôme Hoibian, fondateurs de Spirops, laboratoire indépendant de R&D en IA de plus de 20 ans, présentent leur vision singulière de l’IA. À rebours des discours dominants sur l’IA générative et la course à la puissance, ils défendent une approche différente : une IA frugale, inspirée du raisonnement humain, construite pour fonctionner avec peu de ressources, peu de données, en accordant une attention particulière à ses usages et à leurs conséquences concrètes. Ils reviennent sur les origines de leurs travaux autour de la “logique floue”, une manière de penser et de représenter le monde non pas de façon binaire, mais dans toutes les nuances de sa complexité. Une approche qui ouvre la voie à des systèmes autonomes, plus simples et plus précis, capables de prendre des décisions, de planifier leurs actions et d’interagir de manière crédible. Mais derrière les questions techniques se dessinent surtout des interrogations profondément humaines :- Quelle place laisser aux machines dans notre société ?- Que devient le travail dans un monde automatisé ?- Peut-on développer une IA sans céder à la logique du profit absolu ?- Et comment penser collectivement une société qui intègre les nouveaux paramètres mis en place par le développement de l’IA ? Entre recherche, jeu vidéo, philosophie et politique, ce premier épisode pose les bases d’un podcast qui entend ouvrir le débat sur le monde qui se construit autour de l’intelligence artificielle. Itw Carole Cheysson - Pulse, assisté de Sacha Bénard, mix William Lopez, Jingle Kelian Regis, illustration Yar ALnajem Transcription de l'épisode Logique Floue – Podcast #1 Un autre modèle d’IA : simplicité et frugalité avec Axel Buendia et Jérôme Hoibian Avec Jérôme Hoibian et Axel Buendia [00:00] Carole : Logique Floue est un podcast consacré à l'intelligence artificielle et penser le monde qui se construit autour d'elle. À l'heure où l'IA devient omniprésente dans nos métiers, nos outils, notre information et nos imaginaires, Logique Floue propose d'aller à la rencontre de celles et ceux qui la pensent, la développent, l'utilisent ou la questionnent. Chercheurs, ingénieurs, philosophes, artistes, entrepreneurs ou acteurs publics viendront confronter leur vision d'un futur déjà en train de s'écrire. [00:24] Soutenu par Spirops, laboratoire de recherche indépendant en intelligence artificielle depuis plus de 20 ans, le podcast explorera notamment leur approche dite frugale de l'IA. Des systèmes plus spécialisés, plus maîtrisés et plus raisonnés, fondés sur des modèles différents des grandes IA génératives actuelles. À travers des portraits des membres de l'équipe de Spirops et des conversations avec des invités extérieurs spécialistes de leur domaine, Logique Floue ouvre un espace de dialogue autour des promesses, des limites [00:51] et des choix de sociétés qui accompagnent le développement de l'intelligence artificielle. Dans ce premier épisode, les deux fondateurs de Spirops, Axel Buendia et Jérôme Hoibian, reviennent sur leur parcours et sur la vision de l'IA qui guide leur démarche depuis le début. [01:11] Carole : On a décidé, je crois de manière collective, d'appeler ce podcast La Logique Floue. Pourquoi est-ce qu'on utilise ce terme-là et comment on pourrait le définir ? Axel Buendia : Allez, je commence. Donc La Logique Floue, c'est une logique qui, contrairement à la logique un peu classique où les choses sont vraies ou fausses, c'est noir ou blanc. [01:34] La logique Floue, ça dit en gros, les choses peuvent être un peu vraies ou un peu fausses. Donc c'est une logique, comme son nom l'indique, qui est un peu floue. Donc en gros, voilà, c'est ça la logique floue. Donc il y a des opérateurs mathématiques qui vont avec, etc. Jérôme Hoibian : Alors il faut faire attention parce que ça s'appelle la logique floue, parce que c'est une traduction d'un mot anglais qui s'appelle la Fuzzy Logic. Mais en français, en fait, nous, on n'aime pas trop la traduction parce que quand on discute avec différents interlocuteurs, ils ont... [02:01] Ils imaginent que logique floue, ça veut dire une logique qui n'est pas si précise que ça. En fait, c'est presque un défaut d'être flou. Alors que fuzzy logic , on pourrait nous traduire en français comme logique continue. C'est-à-dire qu'au lieu que quelque chose soit faux, puis d'un seul coup vrai, il y a toutes les graduations entre le vrai et le faux. Un exemple, par exemple, chez soi, [02:28] Est-ce qu'il fait froid ou est-ce qu'il fait chaud ? En logique binaire, on va dire, s'il fait moins de 17 degrés, il fait froid. S'il fait plus de 17 degrés, il fait chaud. Mais dans la logique globale, quand on discute entre êtres humains, si je demande à Axel, est-ce qu'il fait chaud ? Oui, s'il fait vraiment froid, il va dire qu'il caille. S'il fait très chaud, il va dire qu'il fait super chaud. Mais en fait, on va utiliser différentes valeurs et si on les transforme [02:53] en valeur numérique. On peut imaginer une échelle qui commencerait par exemple à zéro, qui serait vraiment le froid glacial de Sibérie. Un, il fait aussi chaud que si on était aux Émirats arabes. Et puis, tous les chiffres entre. Donc, zéro, zéro-un, zéro-deux, zéro-trois, etc. Qui seraient toutes les valeurs intermédiaires. Et on peut étendre cette logique à tous les opérateurs. [03:20] habituels booléens comme les ET, les OU. Donc souvent on a des conditions qui vont dire est-ce qu'il fait chaud et que le radiateur est allumé ? Ça c'est des logiques booléennes, il y a des tables comme ça donc le et c'est si le premier est vrai et le deuxième est vrai, ça fait vrai si un des deux est faux, ça fait faux si les deux sont faux, ça fait faux et bien on peut étendre [03:42] ces opérateurs à la logique floue pour dire si le radiateur est à moitié allumé et qu'il fait à moitié chaud, quel est le résultat du « et ». Ce qui donne, dans l'occurrence, 0,25 dans notre unité. Carole : Mais du coup, en ce qui concerne votre travail, comment ça se traduit par opposition à une logique qui ne serait pas floue ? [04:06] Axel Buendia : Alors ce qui est intéressant, c'est que la logique floue c'est arrivé en réponse au raisonnement sur l'incertitude. L'idée c'était de dire, on partait de la logique booléene, du mathématicien Boole, et l'idée c'était de dire, ça ne suffit pas à modéliser notre monde, notre monde il est incertain, on n'a pas de garantie sur les choses, parfois on n'est pas totalement sûr de nous. Et donc du coup, comment on peut introduire cette incertitude dans les raisonnements logiques ? [04:31] Donc c'est ça la logique Floue. Ce qui est intéressant c'est que nous on a utilisé la logique Floue dans nos premiers outils pour faire des personnages puisqu'on pense que pour décider il y a plein de choses floues dans notre vie et qu'on n'est jamais sûr de rien, enfin rarement sûr de grand-chose. Et donc du coup c'est un clin d'œil à notre technologie de départ et sinon je pense que c'est surtout parce que le nom sonne bien. Jérôme Hoibian : Oui mais comme je le disais tout à l'heure il y a deux usages. [04:54] Donc il y a ce côté flou. Mais nous, on l'utilise plutôt dans l'exemple de tout à l'heure. Par exemple, est-ce qu'un ennemi est proche ou est-ce qu'un ennemi est loin ? Bon, c'est pas dès qu'il est à moins de 25 mètres, il est proche, et à plus de 25 mètres, il est loin. C'est plus il va être proche, plus on va... Donc en fait, ce qui se passe, c'est que nous, on continue à utiliser la logique booléenne quand on discute entre nous, quand on crée ce qu'on appelle des cerveaux de l'intelligence, etc. On va dire, si l'ennemi est proche et qu'il est menaçant [05:21] alors je vais partir en courant. Bon, mais en fait, tous ces « ET » là, nous, on en parle comme ça parce que c'est beaucoup plus facile à comprendre, mais en fait, on sait très bien que ça va être plus il est proche, plus il est menaçant, plus je vais avoir envie de fuir. Voilà, c'est ça la logique. Carole : D'accord. Mais en fait, ça semble presque plus humain ? [05:43] Comme tu disais, avec cette histoire d'incertitude, je trouve que c'est intéressant ce concept-là, plutôt que de voir effectivement de manière binaire, j'imagine. Donc votre démarche, finalement , en partant de l'humain, elle garde cet aspect humain de la décision, si je comprends bien. Axel Buendia : Tout à fait. Jérôme Hoibian : Et on continue systématiquement à garder ce mantra de dire : il faut faire [06:07] comme l'humain, parce que même là, ça fait plus de 20 ans qu'on fait de l'IA, et ça nous arrive encore de faire des calculs compliqués, d'essayer de prédire une situation, etc. Et puis, assez fréquemment, on s'arrête et on se dit, mais ce n'est pas possible que ce soit aussi compliqué. Si je suis en train de faire l'IA, je ne sais pas quoi, d'une fourmi, c'est sûr qu'elle ne fait pas tous ces calculs-là. Du coup, ça nous oblige à chaque fois à revoir notre copie, à simplifier [06:33] et à essayer le plus possible de faire des algorithmes qui ressemblent à ce qu'on pense être le raisonnement humain. Et ça a une vertu, c'est que finalement, en faisant ça, ça a comme effet secondaire de faire des algorithmes qui sont moins lourds en termes de temps de calcul. S'obliger à dire, non, cet algorithme est trop compliqué, c'est sûr que moi, dans la réalité [06:59] quand je pense, je ne fais pas des calculs aussi compliqués. Ça a aussi cette vertu de faire que nos algorithmes sont plus frugaux. Carole : J'allais y venir justement parce qu'on en a parlé quand on a fait ton interview. Tu disais que vous aviez cette démarche d'IA frugale, qu'on appelle comme ça, aussi parce qu'il

    #1 Un autre modèle d’IA : simplicité et frugalité avec Axel Buendia et Jérôme Hoibian

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