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Chaque lundi soir, sur lundimatin, une discussion, une rencontre, un débat...

  1. 2D AGO

    Comment nommer les nouvelles formes de pouvoir - Ian Alan Paul et la société réticulaire

    (Si vous ne comprenez pas l'anglais et que vous n'entendez pas les sous-titres, ils sont lisibles sur la version vidéo de cet entretien) Depuis que le pouvoir existe, on a essayé de le nommer. L’enjeu est de taille. En effet, nous présupposons (à tort ou à raison) qu’il n’y a qu’en comprenant adéquatement ses logiques, ses mécanismes et ses représentations qu’il est possible de le combattre ou de l’esquiver. Nous héritons de toute une palette de concepts et de mots plus ou moins ronflants et accessibles : société de classe (Marx), du spectacle (Debord), de contrôle (Deleuze), on en passe et des moins bons. De fait, la société (ou ce qu’il en reste) évolue et la domination s’affine et se perfectionne (ou se brutalise), il est donc impératif de nommer aussi précisément ce par quoi nous sommes tenus ou écrasés. C’est ce que tente de faire Ian Alan Paul avec son livre La société réticulaire que nous avons traduit et publié en octobre dernier. L’idée est simple mais se devait d’être élaborée : au pouvoir souverain de l’État et à la discipline de l’économie, au spectacle et à la biopolitique, s’est surajoutée ces dernières années une nouvelle couche : la forme réseau. Cette société réticulaire se manifeste par un maillage toujours plus serré de la surveillance autant que par notre dédoublement subjectif derrière des filtres et posts instagram. L’IA rédige nos déclarations d’amour et optimise des bombardements meurtriers, l’accumulation massive de données nous prévient d’une épidémie de grippe avant même qu’elle soit propagée et transforme toute la complexité de nos vies en pâte à modeler pour publicités. Bref, la société réticulaire, c’est une manière de nommer la pointe avancée de l’organisation du capital et du pouvoir aujourd’hui dans l’objectif de la faire dérailler. Pour que tout cela ne reste pas trop abstrait, on est parti de la situation actuelle aux Etats-Unis et de la résistance à ICE. D’un côté des entreprises de la tech qui vendent leurs données au gouvernement pour traquer les migrants, de l’autre des patrouilles de quartier qui s’organisent sur des messageries cryptées pour avertir les habitants de chaque opération de police. Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.

    35 min
  2. FEB 2

    Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité - Clélia Gasquet-Blanchard

    La maternité, cette expérience singulière qui consiste à « faire naître », occupe une place gigantesque dans la vie des femmes (et même aussi un peu des hommes). La maternité, en tant que lieu et institution qui accueille, sécurise, réglemente et organise les naissances, a parallèlement toujours été l’objet d’enjeux politiques et gouvernementaux. Pourtant et étrangement, nous pensons très peu politiquement­ la maternité, que ce soit l’évènement qui marque une vie en en mettant une autre au monde ou l’institution qui calibre pour toutes la manière dont cela doit se passer. C’est ce que propose de faire Clélia Gasquet-Blanchard dans Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité qui vient de paraître aux éditions La Fabrique. Géographe et maîtresse de conférences à l’École des hautes études en santé publique, c’est à partir d’un travail de recherche que l’autrice analyse les conséquences du capitalisme sur la gestion et le vécu des naissances ainsi que la manière dont les institutions gouvernent et administrent la vie, y compris à naître. Le livre s’attèle à ouvrir les questions, les tensions et les contradictions qui traversent la maternité telle qu’elle s’organise : comment la gestion du risque et de la sécurité compose avec un événement par essence incertain et imprévisible ? Pourquoi le rapport à la douleur, l’administration d’une péridurale ou le recours à une césarienne sont traversés par des problématiques qui excèdent l’expérience singulière des femmes ? En quoi la rationalisation, la technicisation et l’optimisation des naissances reconfigurent notre rapport au monde et à la mise au monde ? Comment les différentes formes de féminisme se sont rapportées à des enjeux aussi intimes, décisifs et évidemment politiques ? Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.

    53 min
  3. JAN 26

    La répression de l’antifascisme à l’échelle européenne - Avec Rexhino « Gino » Abazaj visé par un second mandat d’arrêt européen

    En février 2023, se tenait comme chaque année à Budapest, le « jour de l’honneur », soit l’un des plus grands rassemblements néo-nazis d’Europe. Selon la justice hongroise et Victor Orban lui-même, c’est dans ce contexte que quelques nostalgiques du 3e Reich auraient été houspillés par des antifascistes. S’en est suivi une enquête judiciaire et la traque, à travers toute l’Europe de 17 militants anti-nazis, tout cela avec le concours des services de renseignement et même de l’antiterrorisme de plusieurs états membres, dont la France. Gino a été interpellé par la Sous-direction Antiterroriste à Paris en novembre 2024 pour être extradé vers la Hongrie. Après quatre mois et demi de détention à Fresnes, les juges français ont finalement refusé de l’extrader au vu du peu de garanties offertes par la Hongrie quant à l’indépendance de son système judiciaire et des conditions de détention réservées aux opposants politiques. En décembre 2025, c’est un nouveau mandat d’arrêt européen qui est émis contre le jeune antifasciste et qui reprend mot pour mot celui émis par la Hongrie deux ans plus tôt sauf que cette fois, il émane de l’Allemagne. A nouveau la Sous-direction Antiterroriste, à nouveau la garde à vue et à nouveau la prison sauf que cette fois les juges le remettent rapidement en liberté, le temps que son pourvoi contre l’extradition soit examiné.  Certains y verront un acharnement incompréhensible pour des faits a priori bénins (rudoyer des nazis), ce qui se joue est pourtant de la plus haute importance tant ils démontrent l’existence à l’échelle européenne d’une répression conjointe et assumée de l’antifascisme. Collaboration en termes de renseignements évidemment mais aussi sur le plan judiciaire ; en Allemagne comme en Hongrie, c’est la qualification d’organisation criminelle (l’équivalent de l’association de malfaiteurs chez nous) qui autorise des moyens judiciaires ahurissants et des peines extrêmement lourdes. Maja, une militante allemande, est incarcérée en Hongrie depuis plus d’un an, avant le début de son procès 14 années de détention lui ont été proposées en échange d’un plaidé coupable qu’elle a refusé. Un militant allemand a déjà écopé de 5 ans de prison dans son pays. Ils sont 17 au total sur qui pèsent la menace de nombreuses années d’incarcération. Quant à Gino, le mandat d’arrêt hongrois le visant évoque une peine de 22 années. La première audience concernant son second refus d’être extradé se tiendra mercredi 28 janvier à la cour d’appel de Paris sur l’Île de la Cité. Pour mieux comprendre « l’affaire Budapest » et ses enjeux, voir nos articles :  Affaire Budapest : des néo-nazis, des juges, la SDAT et Viktor Orban La nuit sera longue - Zerocalcare  Une bande dessinée pour comprendre l’affaire « Budapest » et libérer Gino La justice ne serait-elle plus qu’un mot en Europe ?  Eric Vuillard sur l’affaire « Gino » Lettre de l’antifasciste Maja devant ses juges hongrois Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.

    51 min
  4. JAN 14

    Comprendre le soulèvement en Iran - Chowra Makaremi | Collectif Roja | Parham Shahrjerdi

    Au vu des évènements en cours en Iran, nous diffusons exceptionnellement un second lundisoir cette semaine. Depuis trois semaines, l’Iran connaît le plus grand soulèvement populaire depuis l’instauration de la République Islamique en 1979. Le 8 janvier, la foule a pris la rue dans toutes les villes du pays, des bâtiments officiels ont été incendiés et des miliciens du régime tués. Depuis, le pouvoir a coupé toutes les télécommunications, les chiffres de la répression varient : certains parlent de 3000 manifestants abattus, la chaîne CBS de 20 000, des images de sacs mortuaires entassés commencent à circuler. Lorsque nous avons invité Soma du collectif Roja, Chowra Makaremi autrice de Femme ! Vie ! Liberté ! Échos d’un soulèvement révolutionnaire en Iran (La Découverte, 2023) et Parham Shahrjerdi, psychanaliste et contributeur régulier de lundimatin, le courage et l’audace des rues iraniennes imposaient l’euphorie ou au moins l’enthousiasme. Quelques jours plus tard, c’est l’incertitude et l’inquiétude qui dominent, dans l’attente de savoir ce que le mouvement est parvenu à défaire et jusqu’où le régime est allé pour s’accrocher au pouvoir. Dans cette discussion, nos invités analysent ce soulèvement sans précédent en l’inscrivant dans l’histoire du régime et de sa contestation mais aussi dans le moment historique et géopolitique actuel. Quelles sont les conditions objectives qui poussent à ne voir aucune autre option que la chute du régime ? Que signifient les menaces d’ingérence pour un mouvement fondamentalement populaire ? En quoi les bouffonneries de la gauche campiste française sont symétriques et solidaires du soutien empoisonné de l’extrême droite mondiale ? Et quelles voies semblent praticables pour les iraniens encerclés par tant de vautours ? Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.

    1h 23m
  5. 12/14/2025

    Du nazisme quantique - Christian Ingrao

    Ce lundisoir nous invitons Christian Ingrao, le big boss de l’histoire française du nazisme. Après Johann Chapoutot qui nous avait parlé du « nazisme zombi », voilà qu’il va nous falloir comprendre ce qu’est le « nazisme quantique ». C’est l’hypothèse de Christian Ingrao dans Soleil noir du paroxysme. Ça a l’air fou, mais c’est en réalité totalement génial. Non seulement nous allons comprendre comment les structures imaginaires de la chasse et de la domestication les plus profondes peuvent soudain surgir en quelques mois à travers les pratiques de guerre des brigades de « chasseurs noirs » nazis sur le front de l’Est, mais nous allons aussi méditer sur la méthode de l’historien lorsque ses objets atteignent des paroxysmes de violence qui rendent tout témoin muet et tétanique. Et puis pourquoi se suicide-t-on en masse à la suite d’une défaite militaire comme en Allemagne nazie ou comme dans le Japon impérial ? Enfin, l’histoire peut-elle emprunter à la physique et à la mécanique quantiques ses concepts et ses instruments pour penser ses propres « incomplétudes » ? Allé, on vous laisse découvrir tout ça, c’est du lourd, du délirant et du super sérieux à la fois, bref, c’est de qualité quantique, à la fois onde et corpuscule. Une belle citation avant de regarder : « Il n’en reste pas moins que le système de « reproduction » des sociétés européennes occidentales du long Moyen Âge qu’ils décrivent est formé de millions d’orgasmes – essentiellement masculins, je le crains fort – et de centaines de millions d’instants suspendus, où des couples tremblants de désir se sont abstenus de faire l’amour, myriades vertigineuses d’étreintes interrompues par des femmes ou des hommes qui bâtissaient – malgré et avec la jouissance, ce paroxysme des corps… – ce qui se dégradait par décohérence en un modèle démographique de limitation des naissances par retard de l’âge au mariage. Ces milliards de possibles, pour certains seulement advenus, qui sont en eux-mêmes les états d’un système, son histoire et son devenir, n’ont jamais été mesurés ni observés.  Mais leur enveloppe à peine pensable constitue les espaces probabilistes à dimensions infinies qui font du réel un système quantique sur lequel l’histoire des populations, la démographie historique, mais aussi les observations plus micro-issues de l’histoire sociale, de la microstoria, des cultural studies et des gender studies n’ont et ne pourront peut-être jamais avoir qu’un point de vue newtonien, faute de pouvoir se doter des procédures, des langages et des outils descriptifs aptes, comme le calcul matriciel, les mathématiques probabilistes ou les algèbres non commutatives, à rendre compte de sa nature quantique. Car le réel, en histoire comme dans la plus grande partie de la physique, n’est mesurable qu’après ou à décohérence ; une décohérence constante mais discrète elle aussi ; une décohérence qui élimine superposition des états et suspension des potentialités du réel. Un réel qui nous fuit, donc, mais dont on intuite au moins fugitivement les potentialités, ne serait-ce qu’en formulant des expériences de pensée… Il est d’ailleurs temps, désormais, de conclure celle-ci. »  Le Soleil noir du paroxysme, Christian IngraoVous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.

    1h 19m

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