Maldereve

Laurent Nef

Un combat ultime se prépare dans le monde fantastique de Maldereve. Les pièces du puzzle se mettent en place pour mener à une issue que personne ne peut prévoir. Suivez les aventures de la Mapurna, de Randt et Axelle, du roi Fermat, du peuple Hallouis ou des créatures O'guf'n au travers de cette vaste saga.

  1. EPISODE 1

    1. Elderoden

    Cette nuit encore, Penola sort dans son jardin. Elle en ouvre la petite porte et se dirige lentement vers le bois. Elle s’y rend chaque nuit. Elle ne craint aucune des créatures féroces qui la peuplent, ni le poids de l’obscurité, ni les cris lointains. Les terribles cheyrax, vautours géants aux griffes de tigres, s’éloignent des bois à son arrivée. Les mignets, farfadets friands de chair humaine aux crocs acérés, se terrent dans leur refuge.  Elle se place sur la plaque de marbre phosphorescente, gravée de signes indéchiffrables. Elle baisse la tête et ouvre les bras en grand. Observée par quelques créatures dissimulées dans les herbes, elle se soulève d’un mètre par enchantement. Ses habits tombent en cendre à ses pieds. Elle se retrouve nue, offerte en silence aux yeux de la forêt qui l’épie. Elle se sent une proie facile pour tout prédateur. Mais elle n’est pas inquiète. Elle est l’amante d’un démon puissant. Nul ne saurait s’en repaître sans crainte de vengeance. Soudain, un géant apparaît devant elle. Il est nu également. Sa force physique s’exprime dans chacun de ses mouvements. Il pourrait la briser d’une main, mais une étrange douceur émane de ses gestes, comme pour préserver sa fragile amante. Fasciné par sa beauté et sa douceur, l’être l’étreint, la possède brièvement avec passion, avant de disparaître. Allongée sur le sol, bouleversée, elle reprend conscience. Elle se sent gênée par sa nudité. Elle repart en courant dans sa demeure, laissant derrière elle le théâtre de son idylle nocturne. Demain, un jour, plus tard, contre toute volonté elle partira de nouveau sur la plaque de marbre rejoindre son amant mystérieux pour l’aimer en secret. Quelques mois plus tard, de cet amour infernal naîtra Elderoden, son fils. Dès lors, elle n’aura plus jamais aucun contact avec son amant et finira même par s’interroger sur son existence. Elderoden sera élevé par sa mère seule. Il grandira comme n’importe quel enfant, bercé par l’amour maternel. A l’adolescence, son apparence physique trahira pourtant son origine. Grand et plus fort que la moyenne, connaissant d’instinct les rudiments du combat, il aura conscience de sa différence.  Il voudra connaître l’identité de son géniteur, mais ses recherches resteront stériles. Toutefois, elles développeront chez lui le goût du voyage et de l’exploration qui l’amèneront à visiter d’anciennes bibliothèques, des laboratoires désertés, de rencontrer des savants érudits et quelques mages. Il finira par acquérir des connaissances dans la magie et les forces occultes, qu’il mettra au service de son ambition dévorante. Il ne reviendra jamais sur le lieu de sa naissance. Sa mère s’éteindra dans l’indifférence de son fils, dont plus personne ne connaîtra le destin. Certains prétendront que son pouvoir et l’absence cruelle de père l’auront conduit à une haine destructrice. Il demeure que Elderoden sera reconnu pour ses pouvoirs et craint par tous, puis sera oublié jusqu’à son retour inattendu.

    3 min
  2. EPISODE 2

    2. Randt & Elderoden

    Ce soir, comme chaque soir depuis des années, Elderoden marche lentement dans les couloirs d’un ancien monastère désaffecté où il a pris refuge. Les jours passés ont marqué le visage du sorcier. Des jours qui ont rempli son existence de néant. Jadis, il était craint par les plus grands des mages. Son ambition était démesurée et nul ne pouvait entraver sa route.  Ce ne sont pas ses pouvoirs qui l’ont abandonné. Il s’est affaibli, perdu dans sa détresse. Aucune quête, aucun trésor, ne semblent pouvoir lui apporter le réconfort. Il s’est mis en retrait et entretient le souvenir de la dernière flamme qui le retient à la vie. Une flamme lointaine qui brille d’autant plus fort qu’il ne vient pas l’altérer par sa présence. Du fond de sa tanière, il perçoit les mouvements du monde, qui ne le touchent pas. Les guerres stériles entre les royaumes, la vanité des souverains et celle encore plus criante de leurs sujets. Parfois, des combats lui redonnent le goût de la victoire. D’autres fois, des mystères se présentent à lui et lui font espérer qu’il ne connaît pas déjà tous les enchantements, toutes les sources, tous les recoins cachés de cette terre. Mais cette curiosité disparaît bien vite. Il a souvent été l’objet d’attaques impromptues de la part d’intrus qui le croyaient trop affaibli, pour lui dérober ses livres rares ou ses armes enchantées. Ou obtenir la gloire d’avoir abattu un mage légendaire. Le dernier en date, un jeune sorcier plein d’espoir, avait projeté vers lui des jets d’antimatière. Elderoden prit un plaisir raffiné à les éviter et à faire cesser cette attaque d’un coup d’épée entre ses deux yeux. Sans même user de magie. Ce soir, de nouveau, il pressent qu’il aura de la visite. Le bruit de bottes sur le carreau de la cour centrale confirme son sentiment. En voilà un autre qui veut se mesurer avec moi, se dit-il. La discrétion même…!Il relève ses manches et se prépare au combat. Le visiteur apparaît devant lui et s’immobilise. Le sorcier le reconnaît aussitôt. Oh…c’est toi, Randt, dit le sorcier.Il s’approche de lui, avec méfiance. Quelles sont tes intentions ? Cela remonte à loin…Oui. Bonjour Elderoden. Je sais ce qui te tourmente, lui répond-il.Elderoden ne se laisse pas troubler par cette affirmation. Pourtant, il n’en demeure pas moins affecté. Et que crois-tu savoir ?Je sais que depuis des années, ton cœur se consume à cause d’un amour impossible. Celui que tu as choisi délibérément de ne pas vivre. Ton isolement t’enferme dans une détresse qui te détruit.Tu ne sais rien, lâche-t-il avec une émotion dans la voix. Puis il se ressaisit : Que veux-tu ?Il est un objet magique, que je porte avec moi, et que je souhaite te confier. Nul ne doit entrer en sa possession. Je veux que tu le protèges pour moi.Pourquoi ferais-je cela ?Que ferais-tu pour préserver celle qui t’est si chère ?Baissant la tête, Eldoreden répond : N’importe quoi…mais quel rapport ?Le visiteur continue :  Tu sais qui je suis. Nous avons combattu ensemble par le passé. Si je suis ici c’est que je te crois le seul capable de garder cet objet en sécurité pendant mon absence.Je sais que je peux te faire confiance, Randt…mais qu’ai-je à y gagner ?En échange, je peux te conduire à elle. Je sais où elle est.Je me suis efforcé de perdre sa trace depuis bien longtemps pour la laisser vivre sa vie, pour qu’elle connaisse ce que je ne pouvais lui offrir. Pourquoi voudrais-je la retrouver maintenant ?Car c’est maintenant qu’elle a besoin de toi, de ta magie et de ta protection. Elle se meurt.Elderoden prend la révélation comme un coup de couteau au coeur. Comment se peut-il que son amour, son unique flamme, puisse un jour s’éteindre ? Il n’avait jamais imaginé que cela puisse se produire, sinon il l’aurait protégée au lieu de disparaître. Mais que ne pourrait-il accomplir pour elle, lui, le plus puissant des mages ? Si tu dis vrai, alors je m’y rendrai sans attendre, et je ne reviendrai jamais ici. Je resterai auprès d’elle. Donne-moi ton paquet, je m’en occuperai, tu as ma parole. Et je te remercie d’être venu me trouver.Elle se trouve au 3, route des Archers à Olipro…bonne chance.Randt pose un large paquet contre le mur et sort de la bâtisse.

    6 min
  3. EPISODE 3

    3. Le vieux médecin

    Deux jours plus tard, à Olipro, un vieux médecin, vêtu de la veste noire traditionnelle des membres de sa confrérie et portant un sac de cuir à l’épaule, frappe la porte d’une petite maison. Une femme brune, mince, aux cheveux courts, ouvre à l’inconnu. Elle semble fatiguée, mais on perçoit malgré tout la beauté de ses traits et la douceur dans son regard. Oui…c’est pour quoi ? dit-elle avec une voix faible.Je suis médecin, auriez-vous besoin de mes services ?Hélas, je n’ai pas d’argent pour vous payer…mais…oui nous aurions besoin de vous…Peu importe l’argent, répond-il avec un geste de la main. Pour cette fois, vous me paierez avec votre gratitude…et un grand verre d’eau !La femme est surprise et ne sait que répondre. Mais son visage retrouve une lueur d’espoir depuis longtemps éteinte. Qui est-ce ? Dit un homme derrière lui, avec suspicion, en s’approchant du visiteur.Cher monsieur, je suis médecin et je viens apporter mes services.Je lui ai déjà dit que nous n’avions pas d’argent, précise la femme, mais cela ne semble pas poser de problème…Je ne vous ai jamais vu par ici, répond l’homme, dubitatif.Je viens d’arriver et je cherche à constituer ma clientèle, vous comprenez. Vous me paierez un jour si vous le pouvez. Et si vous ne pouvez pas, croyez-moi, ce n’est pas bien grave.L’homme hésite puis, se décide à le laisser entrer. Ah…bien…alors c’est la providence qui vous envoie. Venez avec moi…c’est en haut.Le mari monte les marches rapidement, le coeur battant, suivi du médecin et de sa femme. Il ouvre une porte couverte de motifs de couleurs vives puis entre dans la chambre sans faire de bruit. Contre un mur, dans un petit lit, une fillette repose, les yeux fermés. En la découvrant, Elderoden sent sa gorge se nouer. Elle a le teint pâle et les cernes très marquées. Cela fait maintenant deux semaines que Safinéia, notre fille, ne peut plus se lever et à peine manger. Elle respire difficilement…nous avons fait venir un médecin mais il n’a rien pu faire. Nous ne savons plus quoi faire maintenant. Nous attendons la saison du Palais des Réponses mais c’est tellement loin. Nous avons si peur de la perdre ! dit la femme avant d’éclater en sanglot dans les bras de son mari.Bien…puis-je vous demander de sortir ? Je vais m’en occuper, demande le médecin.Heu…oui bien sûr.L’hésitation est de courte durée. Les deux parents sortent de la chambre et referment la porte derrière eux. Elderoden s’assied sur le lit de l’enfant. [Musique : Un instant avec Safinéia] Ma petite fille, murmure le sorcier à la fillette endormie en lui prenant la main, je ne te laisserai plus seule. Je suis resté à distance trop longtemps, je t’ai laissé vivre ta vie avec des parents aimants car c’était mieux pour toi. Mais désormais je veillerai sur toi.Il passe sa main sur le front de la fille et chasse le mal d’un geste. Son visage retrouve sa fraîcheur, elle respire de nouveau normalement. Ses yeux s’ouvrent et découvrent l’inconnu penché sur elle avec un sourire. Qui…qui êtes-vous ?Je suis médecin. C’est fini, Safinéia, tu es guérie maintenant, tu te sens bien ?Oui…où est maman ?Entendant la voix de leur fille, ses parents entrent dans la chambre et se précipitent sur elle, les yeux humides de bonheur. Les retrouvailles sont émouvantes. Elderoden ne peut prononcer un seul mot devant ce spectacle de joie. Mais il lui faut conserver son rôle jusqu’au bout. Merci, docteur, merci. Je ne sais pas comment vous remercier pour ce que vous avez fait !Ce n’est rien…permettez-moi tout de même de revenir de temps à autre pour vérifier que tout se passe bien ?Bien sûr, vous serez toujours le bienvenu !Très bien alors je vous laisse…et prenez soin d’elle !Merci, merci, lui dit la femme en serrant sa fille contre elle.Il regarde encore un fois cette petite fille dont la blondeur et les grands yeux clairs lui rappellent l’enfant qu’il était. Son subterfuge lui a permis de ne pas être reconnu par la femme qu’il avait aimée. Il a appris l’existence de sa fille, longtemps après sa naissance, et avait décidé de ne pas intervenir pour lui laisser la chance de grandir avec deux parents aimants, ce qu’il n’avait jamais vécu. Mais cet éloignement lui avait coûté, quoi qu’il ait pu en penser.  Désormais, il pourra exister à ses yeux et lui apporter ses bienfaits sans remettre en cause sa décision initiale. Cette petite flamme, sa faiblesse et son trésor, est désormais saine et sauve. Elderoden, rendu méconnaissable par métamorphose, sent revenir à lui un souffle vital, comme au sortir d’une longue pénitence. Il retrouve un équilibre, reprend corps avec lui-même. Renforcé par son amour, il retrouve son ambition et sa soif de puissance. Il sait que ce secret est sa faiblesse, pour qui voudrait l’atteindre, et qu’il devra toujours le dissimuler. Arrivé chez lui, dans une humble demeure située au coeur du village, il regarde le paquet confié par Randt. Il commence à en arracher le papier protecteur pour découvrir son contenu.

    5 min
  4. EPISODE 4

    4. Scape le voleur

    Scape le voleur se tient devant la petite masure. Dans la nuit, il se glisse près de la fenêtre et regarde au-dedans. Un vieil homme dîne d’une maigre soupe à la lueur d’une bougie. Dans son regard, la vie a presque déjà disparu. Ses yeux vitreux perçoivent à peine la flamme qui danse auprès de son repas misérable. Il peut à peine soulever son bras pour s’alimenter. La faible lumière donne encore quelques couleurs à sa peau grise. Il n’y a aucun bien qui puisse intéresser un voleur en quête de butin. Il regarde avec dédain le vieil homme et s’apprête à partir. Mais une lueur rouge attire tout de même son attention. Sur la table, une petite boite ouverte, posée précieusement devant le vieillard, d’où émane une lumière d’un rouge vif. « Un rubis », se dit-il tout bas, un malin sourire aux lèvres. Le seul bien de valeur dans cette pauvre demeure, que l’homme tient à ses côtés, comme l’ultime espoir qui l’attache encore à ce monde. Il s’approche de la porte et donne un violent coup de pied pour l’ouvrir et crie « Tu restes où tu es, le vieux, et il ne t’arrivera rien !» puis il se précipite sur la boite, devant les yeux médusés du pauvre homme qui n’a pas le temps de prononcer un mot. Il s’en saisit, la place dans son sac, et repart sans se presser, en vérifiant que personne ne l’a vu sortir de la maison. Quelques heures plus tard, de retour chez lui, il vide son sac sur une grand table de bois. La nuit a été prolifique : des pièces d’or, de l’argenterie, et cette étrange boite. Il l’ouvre pour contempler le rubis, estimant par avance combien il pourra en tirer. Il ne découvre qu’une petite fiole contenant un liquide rougeâtre luisant. « Qu’est-ce que c’est que ce truc ? », se demande-t-il. Il l’ouvre et l’approche de ses narines. Une odeur âcre les pénètre. Il la referme d’un coup en grimaçant, et la replace dans sa boite. Il redresse la tête et découvre stupéfait le vieil homme devant lui, qui le regarde avec un doux sourire. Il fait un bond en arrière, surpris de la présence de cet intrus. Il n’aurait pas cru qu’il puisse se déplacer à cette vitesse, ni qu’il aurait retrouvé sa demeure. Je crois qu’il est grand temps de reprendre ma forme d’origine…dit le vieillard. Où est ma fiole ? Ah, la voici ! Parfait…nous y sommes presque, dans la tradition ancestrale des mages Valteurs, dit-il en riant. Ne craignez rien, c’est rapide.Scape sort un poignard, se jette sur l’homme et tente de le transpercer. Il esquive le coup en tournant sur lui-même. Le mouvement déséquilibre le voleur. Il s’appuie maladroitement sur la table qui se renverse sous son poids. La fiole roule, tombe et explose sur le sol, répandant le mystérieux liquide autour d’elle dans une projection de verre. Le voleur reçoit quelques gouttes sur son visage, qui pénètrent la peau, provoquant une vive douleur. Cependant, Scape se ressaisit et assène un coup de couteau au ventre du vieil homme, qui s’effondre aussitôt. Mais il respire encore. Il s’agenouille pour lui trancher la gorge, place le couteau contre le cou et d’un geste vif, ouvre la peau pour laisser couler le sang. Mais la confusion se fait dans son esprit. Il se sent soudain écrasé au sol avec une douleur vive dans l’abdomen et une incapacité à respirer. Que se passe-t-il, qui a bien pu l’atteindre ? Il voit le vieillard s’approcher de son visage. Il a du mal à le distinguer car son regard est flou et altéré. L’homme lui dit « Je dois dire que vous êtes arrivé au moment parfait, j’avais déjà épuisé toutes les pistes possibles ! ». A vu d’œil, l’homme rajeunit devant lui. Scape regarde ses mains qui, elles, vieillissent rapidement alors qu’il se vide de son sang « Aidez-moi, par pitié… », dit-il dans un souffle. « Hélas mon ami j’ai beaucoup à faire. Votre vie sera mise au service d’un noble usage, soyez-en certain. » Pris de panique, le voleur tente un dernier cri d’effroi avant de subir la morsure fatale de la mort. Elderoden, le sorcier, part d’un pas rapide. Il ressent une énergie nouvelle l’envahir. Sa puissance est de retour. Son ambition est dévorante.

    4 min
  5. EPISODE 5

    5. Le retour de l’épée

    Elle gravit les marches une à une, dans la nuit. Sa chevelure brune inonde son visage et dissimule ses traits, au gré du vent qui la soulève. Elle tient fermement sa longue robe blanche pour mieux franchir les blocs de pierre qui conduisent en haut de la tour en ruine. Une odeur de terre se mêle aux effluves de la forêt humide. La douleur d’un amour perdu est son seul guide. Faut-il s’approcher du ciel obscurci par des nuages immobiles pour y trouver un remède ? Faut-il chercher à l’horizon le signe d’un espoir ou faire entendre son cri pour le rappeler à ses côtés ? Arrivée au sommet, elle hurle l’absence de flamme, le vide, le manque. Elle ouvre ses bras, cherche son contact. Il se tient enfin face à elle. Il lui tend les mains. Elle les saisit sans en ressentir la chaleur bienfaisante. Par contraste, ses propres mains lui semblent douloureusement glacées. Ses larmes lui font perdre la vue. Elle tourne sur elle-même, avec lui, et chante : reviens-moi, reviens-moi ! Telle une incantation, elle recommence encore et encore.  Mais malgré ses efforts et ses tentatives, il ne parvient pas à la prendre dans ses bras. Il lui répond, au loin, le même chant, comme un écho fuyant. Puis le chant s’arrête, elle est seule, mais détentrice d’une force nouvelle. Sa robe blanche a disparu. Elle est maintenant vêtue d’une solide tenue de cuir noir, celle d’une combattante. Elle a, fixée dans son dos, une lance surmontée d’une longue lame tranchante. A ses pieds repose une lourde épée, qu’elle soulève et place à sa ceinture. Elle descend les marches, ouvre la porte et sort de la tour. Un vieil homme l’attend à l’extérieur. Elle lui dit : « La cérémonie s’est bien passée. ». Elle lui donne l’épée. Il la regarde, le visage éclairé par l’épée rayonnante et lui répond : « La voici donc. Tout peut commencer. »

    3 min
  6. EPISODE 6

    6. Une naissance

    Par-delà les roches ciselées des montagnes des Valteurs, siège une forêt immense, dense et infranchissable. Des arbres millénaires aux cimes étourdissantes aiguillonnent le ciel nuageux. De rares gouttes pesantes parviennent jusqu’au sol où l’on pourrait se reposer et contempler ce plafond de branches comme une voûte céleste. De toute éternité, rien ne semble bouger en ce sinistre lieu. Le moindre mouvement se compte en années, pas un vent n’y pénètre, pas une âme n’y vit. Les troncs en sont les maîtres.  En son cœur, un marais stagne. Une rivière souterraine doit bien circuler en profondeur pour nourrir ces géants immobiles. Cet amas d’eau croupie qui s’assèche imperceptiblement jour après jour en est le rejeton, fils naturel de la rencontre des courants anarchiques et d’une faille dans la terre. Mais alors que des herbes jaunes tentent de s’y abreuver sans espoir, une forme s’anime et commence à ramper hors de ce lac mourant. Une naissance froide, celle d’un être abject qui s’extirpe d’un ventre stérile. Est-il humain ou animal ? Nul ne saurait l’affirmer, mais il vit, il respire. Il n’est ni enfant, ni adulte. Étendu dans la boue, sur les berges, il ouvre les yeux. Ils sont bleus, ce qui tranche avec la verte noirceur qui l’entoure.  Un vent parcourt les feuillages au-dessus de lui, comme un frisson. Le vent chargé de parfums amers traverse les vallées pour venir s’éteindre lourdement contre la porte d’une vieille demeure. Une porte frappée par les coups d’un visiteur inattendu…

    2 min
  7. EPISODE 7

    7. La tablette de Chetun

    Le volcan crache ses flammes dans sa direction. D’un coup de bouclier, le guerrier fait dévier de sa trajectoire le projectile qui lui était destiné. La lave, roulant du sommet de la montagne, vire soudain dans sa direction. Malgré le masque qui recouvre entièrement son visage, il sent sur sa peau une chaleur extrême s’approcher, puis l’entourer. Avant que la lave ne l’atteigne, il saute sur un rocher, plus en hauteur, et évite la morsure fatale.  D’autres boules de feu tombent sur lui. Malgré le bouclier, il sent les coups s’abattre pour le frapper davantage. Une pluie de braises fond alors sur lui. Il doit fuir son refuge temporaire. Il bondit de rocher en rocher. L’un d’eux s’effondre et glisse sous son poids. Une main sort des entrailles de la terre, tente de saisir sa jambe alors que rugissent d’autres explosions au sommet. Il aperçoit une silhouette, celle d’un homme qui dirige les flammes vers lui. D’un coup d’épée il tranche le bras-racine qui l’empêchait d’avancer et continue de monter dans sa direction.  L’ascension est freinée par les pièges que le sorcier pose devant lui mais ni les flammes, ni la chaleur, ne peuvent empêcher sa progression. A présent, la rivière de lave est derrière lui et les jets de pierre ne peuvent plus l’atteindre. Arrivé au sommet, il voit le sorcier prendre panique et courir pour se mettre à l’abri. Dans sa fuite, il tente quelques incantations mais sans succès. Le guerrier plante fermement son épée au sol et répète le sort qu’on lui a appris : « m’sbrul glaf’n’shet ».  Le sorcier n’est plus en mesure de combattre. Il se sent perdu. Effrayé par sa mort proche, il le met en garde : Ne me tue pas ! Un danger bien plus grand nous attend, je peux vous aider ! Dans la tablette de Chetun, tout est écrit ! Le guerrier s’approche de lui, sa lance prête à s’abattre sur son crâne. Explique-toi, lui dit-ilLa tablette de Chetun, elle m’a été confiée par un étranger. Pitié, ne me tue pas, lui répond le sorcier en pleurant Où est-elle ?Elle est dans ma demeure…vous ne pourrez pas la trouver sans moi…je dois t’accompagner, dit-il en montrant de la main une des parois du volcan.Le guerrier prend un instant de réflexion. En temps normal, il se débarrasserait de lui sans attendre, mais l’objectif de sa venue est d’obtenir cette tablette. Peut-être aura-t-il encore besoin de lui ? Le sorcier profite de ce temps pour tenter un dernier sort et l’aveugler. Le guerrier détourne le visage et abat sa lance sur lui. Le corps du vieil homme tombe lourdement à terre, le visage couvert de sang. Il sort de son sac une poudre grise qu’il jette autour de lui. Elle est emportée par un vent soudain qui vient recouvrir une des parois de la montagne, révélant l’entrée de la demeure du sorcier. Il pénètre et découvre une multitude d’objets, de pots, de bols de poudres rares, de pierres précieuses et de pièces d’or. Il remplit son sac en sélectionnant avec soin son butin.  Posée dans une pièce adjacente creusée dans la roche se trouve une petite plaque d’argile, gravée de signes mystérieux, comme un dialecte ancien. Pour mieux l’admirer, le guerrier retire son masque. Sa peau est blanche et tranche avec la chevelure brune qui entoure son visage. Axelle enveloppe la tablette d’un morceau de tissu et la range soigneusement dans son sac, avant de repartir. La tablette est enfin en sa possession et livrera bientôt tous ses secrets.

    4 min
  8. EPISODE 8

    8. Retour au chateau

    Axelle sort de la forêt et examine le paysage à l’horizon. Un paysage sinistre, une beauté sombre et silencieuse. Au cœur de Malderève, nul ne peut arriver ici par hasard. En contrebas, les ruines du château millénaire où réside le vieux Randt. Elle revient vers lui sa mission accomplie, avec la tablette tant convoitée. Elle descend vers le château, passe par d’anciennes salles écroulées. Ses pas résonnent devant les escaliers descendant aux grottes inférieures, fermées à tout jamais. Elle passe devant des allées aux herbes folles et des statues aux visages presque effacés, avant d’arriver à l’aile encore habitable.  Randt l’attend debout à l’entrée. Elle s’approche de lui sans un mot et sort le précieux objet de son sac, qu’elle lui confie. Ils s’engouffrent dans la demeure. Elle le suit, jette son sac à terre et se laisse tomber sur un vieux fauteuil. Elle regarde le vieux sage faire l’inventaire. Entre eux, il n’est pas souvent besoin de mots pour se comprendre.  Tout s’est passé comme prévu ? As-tu récupéré les fioles de Lophiz comme je te l’avais demandé ? Ah, parfait. Et l’or ? Très bien. Maintenant, regardons de plus près cette fameuse tablette.Tu verras, répond la jeune femme, il est en excellent état pour un artefact aussi ancien. C’est une vieille langue, que je n’ai jamais vue. Son gardien m’a dit qu’un étranger lui avait remise. C’était peut-être une ruse. Mais il semblait effrayé. Il l’installe sur un pupitre et commence à la parcourir, en toute hâte. En effet, c’est une écriture Arbaïque, il est peu de gens capables de la traduire. Le fait est que je maîtrise parfaitement ce dialecte. C’est celui des fondateurs de ce château, d’ailleurs, qui vivaient en Malderève il y a fort longtemps.La lecture finie, il s’assied dans un fauteuil en face d’Axelle. Elle garde le silence, pour lui permettre de conduire sa réflexion. Après quelques minutes, il s’adresse à elle. Tous les signes que nous avons reçus, corroborés par cette ancienne tablette, ont une cohérence rare. Cela confirme nos craintes, et ce lointain récit le démontre, dit-il. L’avenir est mouvant, mais il parait que des forces supérieures en tracent les grandes lignes. Nous sommes au centre d’un conflit qui nous dépasse totalement et ce nouvel indice nous oriente sur la conduite à tenir maintenant. Il existe une arme unique que nous devons retrouver.Quand pouvons-nous partir ? Sais-tu par où commencer ? Demande la guerrière, enthousiasmée par l’idée d’un nouveau voyage.Je crois avoir une idée. Mais ce sera un long voyage, difficile, et j’aurai grand besoin de tes talents. Et même quand l’arme sera en notre possession, nous devrons lutter contre les ignares et les imbéciles qui chercheront à nous en empêcher. Rien n’est encore fait.Ce n’est pas ça qui va nous arrêter…nous en avons déjà vu !Dans ce cas, partons demain. Je vais t’expliquer précisément ce qui nous attend et ce que nous allons faire.Plus tard, Axelle prépare ses affaires. Elle répare sa lance, abîmée et souillée pendant le combat, fixe sa dague à sa ceinture. Cette mission présente un danger supérieur à tout ce qu’elle a pu connaître. Leurs pouvoirs combinés pourront sans aucun doute y venir à bout, se dit-elle.

    4 min

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